lundi 20 avril 2026

La Chambre des officiers, de Marc Dugain

Il y a quelques mois, une cousine de mon père était de passage quelques jours à la maison, et, en partant, elle m'a laissé ce livre, un roman très court qui se lit bien sûr très vite. J'ai mis du temps à l'ouvrir, parce qu'il a rejoint une PAL très fournie que j'épuise le plus rapidement possible, mais bon, j'ai aussi d'autres choses à faire que la lecture...

Donc j'ai ouvert ce roman de 172 pages très bien écrites en début de semaine et quelques heures plus tard, il était déjà refermé...

Adrien est ingénieur et, au début de la guerre de 14, il est envoyé au front. À peine arrivé, son officier supérieur l'envoie en reconnaissance pour trouver l'endroit idéal où construire un pont. Une embuscade, et voilà Adrien seul rescapé du trio envoyé en reconnaissance. Rescapé, mais pas indemne : il est défiguré et immédiatement envoyé à l'hôpital du Val-de-Grâce pour y être soigné.

Il est le premier arrivé dans la « chambre des officiers », la pièce où sont soignés, comme son nom l'indique, les officiers blessés au front, qu'on ne mélange pas avec les soldats du rang. Et ces officiers-là ont quelque chose de bien particulier : ils sont tous blessés de la face. Mais en ces premiers jours de conflit, Adrien est seul. Premier arrivé.

Au fil du temps, des semaines, il fait la connaissance des nouveaux arrivants. Certains s'en sortiront, d'autres ne survivront pas à leurs blessures ou, pire, se donneront la mort. Une solidarité fraternelle naît entre ces grands blessés, qui n'ont d'autre choix que de se soutenir mutuellement pour ne pas désespérer, eux qui ont perdu leur visage, leur voix, leurs sens, le goût... et jusqu'à la possibilité d'être reconnus par leurs proches.

J'ai été bouleversée par ce roman si beau et si bien écrit. Il ne tombe jamais dans le pathos et la caricature. Il décrit simplement les faits, bruts, mais sans brutalité. Avec une bonne dose d'humour et d'auto-dérision de la part d'Adrien et de ses plus proches compagnons d'infortune, le breton Penanster, l'aviateur juif Weil et Marguerite, elle aussi blessée de la face, au front, et seule survivante d'un bombardement. Entre les quatre personnages, une fraternité sans faille naît dans les couloirs de la chambre des officiers, fraternité et amitié qui se prolongeront bien au-delà de la guerre, bien après la reprise de la « vie normale », si tant est que les « gueules cassées » de 14-18 aient pu reprendre une vie normale... et jusqu'à la fin. Avec, de surcroît, le retour de la guerre 20 ans après la fin de celle qui devait être la « der des ders ».

Un roman puissant, bouleversant mais jamais misérabiliste ni larmoyant. C'est brillant. Simplement.


Paru aux éditions Pocket, 1999. ISBN : 978-2-2266-09308-8.


lundi 13 avril 2026

L'Homme biblique : Lectures dans le premier Testament, d'André Wénin


J'ai découvert André Wénin cette année, durant mon troisième semestre d'études de théologie, pour un cours de théologie du mariage. André Wénin est exégète, et il a écrit un livre, D'Adam à Abraham, où l'un des chapitres est une lecture particulièrement intéressante de la création de la femme.

Dans ce livre, on repart de la Genèse aussi, mais pour explorer les liens entre l'homme et Dieu et, surtout, pour examiner l'image que Dieu a pris pour l'homme au fil du temps. D'emblée, André Wénin interroge le lecteur sur l'origine de cette image d'un Dieu « supérieur » à l'homme et remarque que cette image nous vient non pas de Dieu lui-même, mais du serpent des origines, celui-là même qui a provoqué la chute de l'homme et de la femme.

S'en suit une relecture des premiers livres de la Bible, où l'on est amené à repenser l'image de Dieu dans nos représentations, mais aussi la relation qu'il entretient avec l'homme.

C'est brillant, fascinant et ça donne une toute autre manière de penser le rapport entre l'être humain et son Créateur.

J'ai vraiment été conquise, à la fois par le chapitre lu dans D'Adam à Abraham et par ce livre-ci, que j'ai lu en entier, même si je ne devais qu'en résumer les deux premières parties pour mon devoir de philosophie. C'est plutôt facile d'accès comme lecture, et vraiment passionnant. Si le sujet vous intéresse, c'est vraiment un livre à lire !


Paru aux éditions Cerf, 2007. ISBN:978-2-204-07418-6


mercredi 8 avril 2026

Les Aventures d'Alix, tome 17 : L'Empereur de Chine, de Jacques Martin

Je poursuis ma redécouverte de la série Alix, avec un certain plaisir parce que j'étudie justement en ce moment l’Église et ses débuts, pour ma licence de théologie. Et les débuts de l’Église, c'est aussi le temps de l'Empire romain.

Le lien s'arrête là, mais ça me donne une excuse pour lire autre chose que des livres de spiritualité et de théologie ! Et c'est toujours bien de se trouver un alibi !;)

Ici, c'est une histoire classique : pour une raison assez mineure, finalement, Alix et Enak sont embarqués par Mardokos, un de leurs amis, à bord d'un navire qui les conduit en Chine, où le père de Mardokos a été nommé percepteur du prince héritier de l'Empire chinois.

L'accroche est une excuse, bien sûr, pour permettre à Alix de quitter un temps Rome et ses environs et pour pénétrer dans un autre univers. Le prince héritier est malade, mourant, même, et bien sûr, il y a derrière tout cela des enjeux de pouvoir. Mais ce n'est même pas ce pouvoir et cette succession qui forme la trame de l'intrigue. L'enjeu, c'est le désir de guérison du jeune prince, et, encore et toujours, Enak au mauvais endroit et au mauvais moment...

L'histoire est très classique, donc, mais comme d'habitude avec Jacques Martin et tous ceux de sa génération, elle est bien écrite, bien menée et ne manque pas de rebondissements. Un grand classique du genre, donc, mais qui fait du bien !


Paru aux éditions Casterman, 1983. ISBN : 978-2-203-31217-3.


lundi 6 avril 2026

L'Homme des jeux, de Iain M. Banks



L'Homme des jeux est le premier tome du Cycle de la Culture, qui en comprend neuf. J'ai découvert cet auteur dans une revue que je lis régulièrement, qui contient, pour Noël, une sélection de livres à découvrir. Ce Cycle n'est pas récent, mais je n'avais jamais entendu parler de Banks.

On est là dans la littérature de science-fiction pure et dure.

Gurgeh est un « joueur de jeu », c'est-à-dire que sa vie tourne autour des jeux de société. Champion de la Culture, il affronte d'autres joueurs et c'est au cours de l'un de ces combats qu'il est repéré et sollicité pour aller dans l'empire d'Azad, où le pouvoir se conquiert par un jeu multiforme : jeu de stratégie, de rôle et de hasard, où le prix remis au vainqueur n'est autre que le trône de l'Empereur.

J'avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans cet univers de science-fiction auquel je ne suis pas vraiment habituée. La première partie est une description de la Culture, cette vaste société galactique pacifique, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique qui considère le jeu comme un art majeur. On y découvre le personnage principal et ses amis, tant « humains » que drones, qui sont autant de conseillers plus ou moins fiables et honnêtes.

Puis, dans la seconde partie, Gurgeh est envoyé vers Azad et on suit son périple durant lequel il se familiarise avec le jeu auquel il va devoir participer : Gurgeh a en effet une mission, et pas des moindres : s'il gagne, la paix sera sauvée entre la Culture et Azad, et s'il perd, les conséquences en seraient funestes.

La troisième partie permet de suivre Gurgeh sur Azad, ainsi que ses contacts, les parties qu'il doit disputer et comment il s'en sort, lui, qui débute à ce jeu où il doit affronter des joueurs expérimentés et qui sont tous là parce qu'ils ont battu leurs adversaires et qu'ils convoitent, eux aussi, le titre et le trône impérial.

Après un temps de familiarisation avec cet univers plutôt éloigné du nôtre (mais est-ce si vrai?), j'ai pu entrer davantage dans l'histoire et mieux comprendre le déroulement de l'intrigue.

Et il se trouve que la personne qui m'a offert ce livre m'en a offert un autre du même auteur et de la même série, mais pas le suivant... Je vais donc lire le dernier tome, et si je suis conquise, je crois que je chercherai les autres tomes, histoire de compléter mes connaissances en matière « culturelle » ! Un bon divertissement, en tout cas, mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Certaines scènes sont particulièrement violentes.


Paru aux éditions LGF (Livre de Poche), 1996. ISBN : 978-2-253-07185-3.