mercredi 20 mai 2026

Les Piliers de la Terre, tome 3 : Le Chantier de l'espoir, de Didier Alcante et Steven Dupré


Dans ce troisième tome, nous retrouvons Tom à Kingsbridge, en train d'évaluer l'axe de la futur cathédrale qu'il doit reconstruire après l'incendie. Le chantier est loin d'avoir commencé, dans cette première page, mais celle-ci donne déjà le thème général de ce troisième épisode.

L'histoire elle-même s'ouvre sur le château de William, où Aliéna, qui a été violée par ce dernier, et son frère Richard, les enfants de Bartholomew, cherchent à rejoindre leur père qui a disparu. De nombreuses embûches se dressent devant eux, une jeune femme et un enfant n'étant pas réellement en sécurité sur les routes anglaises, d'autant plus qu'ils n'ont pas de moyen de transport, pas d'argent et qu'ils ne sont guère habitués à la vie rude hors de leur château. Aliéna prend toutefois les choses en mains, après avoir finalement vu son père et lui avoir promis de veiller sur Richard jusqu'à ce que ce dernier soit en capacité de récupérer son héritage. Le frère et la sœur se retrouvent ainsi à Kingsbridge, sous la protection du père Philip, prieur de la communauté.

Avril 1137 : le chantier de la cathédrale a avancé. L'ancien édifice a été totalement démoli et Tom a matérialisé dans le sol le tracé de celui qui le remplacera. Les fondations sont en cours, mais l'abbaye manque de bras pour que les travaux avancent au rythme voulu par le prieur et par Tom. Qu'à cela ne tienne, Tom se rend à la carrière qui a été laissée au prieuré pour en extraire les matériaux nécessaires, mais c'est pour constater que celle-ci est déjà exploitée par les ouvriers du Comte de Shiring, qui viole ainsi les accords négociés avec le roi... Entre les ordres donnés et la réalité du pouvoir sur place, il y a donc une bonne marge ! Averti, le prieur fait appel à Dieu, qui trouve une manière originale de permettre aux ouvriers de Tom de reprendre le travail ! Mais le bras de fer ne fait, hélas, que commencer : l'évêque de Shiring a bien l'intention de damer le pion à Philip et de construire la cathédrale sur son domaine, anticipant les gains financiers que lui apporterait l'édifice par les pèlerinages et les offrandes de messes qui y seront dites.


Ce troisième tome est beau et bien écrit. Bien que simplifiée par rapport au roman (une adaptation d'un monument littéraire comme celui-là fait forcément des coupes sombres dans le récit), la trame reste solide et le lecteur, peu à peu, s'attache aux personnages multiples qui prennent petit à petit de l'importance dans le récit. Ce troisième album met l'accent sur les figures d'Aliéna et Richard, ce qui permet au lecteur de mieux les comprendre, ainsi que leurs interactions avec les autres protagonistes de l'histoire. On ne voyait pas bien, jusque là, les liens entre ces enfants et les moines de Kingsbridge. Peu à peu, le récit se construit...


Paru aux éditions Glénat / Robert Laffont, 2025. ISBN : 978-2-344-07000-0.


lundi 18 mai 2026

La Psy, de Freida McFadden

 

Tricia et Ethan viennent de se marier, et ils recherchent la maison de leurs rêves. Ce jour-là, ils ont rendez-vous avec Judy, l'agent immobilier, qui doit leur faire visiter une maison à l'extérieur de la ville. Ils s'y rendent de leur côté, mais ils sont surpris par le mauvais temps et contraints de s'abriter dans la maison. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de réseau téléphonique dans ce coin isolé et les deux jeunes époux vont devoir patienter : la neige tombe dru et commence déjà à recouvrir leur voiture, garée dans l'allée.

Coincés, Ethan et Tricia visitent la maison, pensant tout d'abord à un simple contretemps. Sauf que Judy ne vient pas, et qu'il leur faut se rendre à l'évidence : ils vont devoir passer la nuit sur place. Ce serait sans grand problème pour l'un comme pour l'autre si cette maison n'appartenait à Adrienne Hale, médecin psychiatre qui recevait ses patients dans cette maison mais qui, surtout, a disparu quelques années plus tôt. Les « gens » ont dit qu'elle avait été assassinée par son petit ami, mais sait-on vraiment ce qui s'est passé ?

Ethan aime immédiatement cette maison, et semble passer outre certains faits étranges : de la lumière au premier étage, de la nourriture dans le réfrigérateur alors que la maison est vide depuis plusieurs années, des empreintes de pas récentes dans la poussière, un tableau qui semble se décrocher et se raccrocher seul au mur, des indices d'occupation au grenier... Tricia ne veut pas de cette maison, qui lui semble étrange et où il se passe des choses bizarres. Et puis, Tricia est enceinte et n'ose pas l'avouer à Ethan : c'est bien trop tôt, ils avaient convenu d'attendre deux ans avant de devenir parents...

En parallèle, le lecteur découvre le récit d'Adrienne, ce qu'elle vit, ses rencontres, ses luttes... et un lien se crée entre elle et Tricia, parce que cette dernière a découvert les cassettes sur lesquelles la psy enregistrait ses séances. Et ces cassettes semblent vraiment obséder la jeune mariée.


Ce roman est efficace, il n'y a pas à dire : bien écrit (c'est déjà un très bon point!), avec une bonne intrigue, même si on retrouve vraiment les mêmes procédés d'écriture que dans la série de livres « La Femme de ménage », au point que ça en devient presque la marque de fabrique de Freida McFadden. Encore une fois, les procédés sont efficaces et ça marche vraiment. Mais j'avoue que je suis un peu déçue... peut-être justement à cause ce ça. C'est encore une fois la même « recette », et si on se laisse vite entraîner dans l'histoire, l'attrait de la nouveauté a quelque peu disparu. Peut-être que j'aurais dû lire d'autres romans entre la saga « La Femme de ménage » et « La Psy » ?

N'allez pas croire que je déconseille ce roman : il est vraiment bien. C'est juste que, pour moi, enchaîner trop de livres du même auteur semble me faire un effet du style « gavage ». Ce qui est étrange, parce que je n'ai jamais ressenti ça pour un auteur comme Agatha Christie, ou Patricia Cornwell, par exemple. Deux auteurs de livres policiers/thrillers qui ont su se renouveler, inventer de nouvelles intrigues sans copier/coller des « recettes » efficaces... Un petit bémol, donc, mais qui n'a de sens que si on lit plusieurs livres de Freida McFadden les uns à la suite des autres.

Alors, fans du genre, ne boudez pas votre plaisir !


Paru aux éditions J'ai Lu, 2025. ISBN : 978-2-290-41562-7.

mercredi 13 mai 2026

Thorgal, tome 43 : La Vengeance de la déesse Skaedhi, de Frédéric Vignaux et Yann

 

Boréale, la petite amie de Jolan, est retenue dans une fosse, un piège dont elle ne peut sortir. Deux hommes l'en sortent, mais pour la conduire à leur chef qui ne veut qu'une chose : abuser d'elle. Thorgal, qui était à sa recherche, intervient et parvient à la libérer en tuant le chef de la bande en question et plusieurs de ses hommes, mais plusieurs cavaliers arrivent sur les lieux et les font prisonniers. Ces cavaliers sont en réalité les hommes de main d'Aniel, le fils de Thorgal et de Kriss de Valnor, qui a pris le pouvoir dans cette partie du pays.

Dans son château, Aniel est quant à lui en train de superviser les expériences de mages venus d'orient, qu'il garde en son château pour mettre leurs talents scientifiques à son service : il cherche à étudier les « yeux » de la déesse Skaedhi, pour pouvoir utiliser leurs propriétés à son profit.

Voici le point de départ de ce nouvel album de la saga, dont le dessin est de plus en plus sombre (même si la série, depuis le début, n'a jamais été particulièrement « lumineuse », tant le monde qu'elle décrit est fait de trahisons, de mal, de violence). Ici, les décors « réels » sont sombres, sales, alors que les rêves sont lumineux, colorés... mais faux.

Thorgal et Boréale, prisonniers du château d'Aniel sans que ce dernier n'en soit informé (du moins au départ), parviennent à s'échapper. Mais Thorgal revient au château, car le sort de son fils lui importe, même si ce dernier a clairement choisi le « côté obscur » des forces qui l'habitent.

Aniel, de son côté, est entièrement sous influence. Celle d'une femme, Dame Pallas, qui le contrôle à l'aide de drogues et veut, bien sûr, s'approprier, à travers Aniel, pouvoir et richesse...

Toute la « famille » de Thorgal, incluant Kriss de Valnor, a intérêt à s'unir pour sortir le jeune homme des griffes de cette femme, bien plus dangereuse qu'elle ne le semble aux yeux d'un Aniel complètement tombé sous son charme, mais qui détient bien plus de pouvoir que Thorgal n'en a jamais eu et, de ce fait, est aussi bien plus dangereux, d'autant plus s'il est mal conseillé ou aveuglé...


L'histoire continue, de plus en plus noire. Les « forces » maléfiques qui sont ici déployées sont puissantes et plutôt horribles, si vous voulez mon avis. Entre ésotérisme, magie noire – ou rouge dans le cas d'Aniel – et technologie atlante que Boréale est la seule à connaître et à maîtriser encore, la violence se déchaîne régulièrement dans ces pages. Je ne sais pas si j'aime ce qu'est en train de devenir cette série...


Paru aux éditions Le Lombard, 2025. ISBN : 978-2-8082-1486-5.


mercredi 6 mai 2026

Alix, tome 4 : La Tiare d'Oribal, de Jacques Martin


Le quatrième tome des aventures d'Alix débute au Moyen-Orient. Une caravane de soldats romains se dirige vers une place forte dressée aux confins du désert syrien. Ils escortent Oribal, l'héritier du trône d'un royaume voisin, vers son pays. Ils arrivent au fort, mais pour le découvrir entièrement détruit. La caravane s'établit là pour la nuit. Alix, qui fait partie, avec Enak, de la caravane, découvre durant la nuit un soldat Parthe qui a pris la place de la sentinelle romaine. Dans le combat qui s'engage, Alix sort vainqueur, mais ne peut pas arrêter la fuite du soldat. Et dès le lendemain, c'est toute une partie de l'armée Parthe qui se jette à l'assaut du fort déjà en partie détruit.

Le plan monté par Alix fonctionne, et conduit le jeune homme et ses deux alliés, Enak et Oribal, à sauver la vie de deux éclaireurs parthes, dont l'un n'est autre que l'espion contre lequel Alix s'était battu la nuit précédente.

L'équipage réduit, plus mobile qu'une caravane entière, poursuit son chemin et le lecteur en apprend alors plus sur l'étrange tiare que les trois cavaliers transportent, seul attribut royal capable, depuis Oribal 1er, d'assurer l'identité et la légitimité de l'héritier qui doit la porter.

On est là dans l'une des premières aventures d'Alix, écrite par Jacques Martin lui-même. Le schéma narratif est clairement un classique du genre, avec des rebondissements réguliers, des trahisons, des retournements de situation et beaucoup, beaucoup de texte, l'une des caractéristiques principales des bandes dessinées de Jacques Martin.

Pour ce qui est de l'histoire, elle est comme toujours bien menée, on est là dans un classique de la bande dessinée européenne des années 1960. Il y a un héros (Alix), l'ami du héros un peu gauche et maladroit (le pauvre Enak passe son temps à être fait prisonnier, ou à provoquer des catastrophes en faisant malgré lui du bruit au pire moment) et un troisième personnage (ici, Oribal) qu'Alix se trouve missionné pour le protéger, le conduire chez lui ou l'aider d'une manière ou d'une autre. Et bien sûr, il y a le méchant de l'histoire, en général le même d'un volume à l'autre : c'est Rastapopoulos ou Müller pour Tintin, Olrik pour Blake et Mortimer, et, ici, Arbacès, l'horrible Grec qui cherche, encore et toujours, à accaparer pouvoir et argent, quitte à défendre pour cela une cause à laquelle il ne croît pas, le temps d'obtenir ce qu'il veut et avant de larguer les pauvres naïfs qui ont cru en ses belles paroles.

Ce scénario-type a quelque chose de rassurant : il met en évidence la laideur du lâche/traître/méchant vilain profiteur et en exergue les qualités de cœur, d'abnégation, d'honnêteté et de grandeur d'âme du gentil héros qui préfère tout perdre plutôt que de laisser son ami (Enak en général) souffrir seul et inutilement.

Même si ce scénario peut faire sourire aujourd'hui par sa « simplicité », il met quand même en avant une sorte de morale bonne et belle, capable de construire, chez l'adolescent(e) qui lit ces histoires, une conscience droite. Et finalement, c'est peut-être ça que nous devrions redécouvrir aujourd'hui, dans notre monde devenu extrêmement complexe, et où le relativisme fait des ravages. Tout est bien, pourvu que la personne puisse accomplir librement ce que lui dicte sa conscience... Vraiment ? Le mal n'est-il pas mauvais, intrinsèquement, et indépendamment de la raison pour laquelle il est commis ?

Ce que nous disent aujourd'hui ces bandes dessinées d'un autre temps (celui de mes parents), c'est que le Bien vaut le coup de se battre pour lui, même si c'est au prix de notre propre liberté, voire de notre vie. Les récits de Jacques Martin ont quelque chose, dans le personnage d'Alix par exemple, de presque christique... La lutte du Bien contre le Mal est une lutte difficile, exigeante, mais fondamentalement bonne, même si elle exige de la part du Bien des sacrifices. Ces sacrifices portent du fruit justement parce que le « mal » ne peut y consentir. Et c'est peut-être pour cela que c'est le Bien qui, finalement, l'emporte toujours dans ces histoires. Même contre toute logique narrative...


Paru aux éditions Casterman, 1966. ISBN : 978-2-203-31203-6.

lundi 20 avril 2026

La Chambre des officiers, de Marc Dugain

Il y a quelques mois, une cousine de mon père était de passage quelques jours à la maison, et, en partant, elle m'a laissé ce livre, un roman très court qui se lit bien sûr très vite. J'ai mis du temps à l'ouvrir, parce qu'il a rejoint une PAL très fournie que j'épuise le plus rapidement possible, mais bon, j'ai aussi d'autres choses à faire que la lecture...

Donc j'ai ouvert ce roman de 172 pages très bien écrites en début de semaine et quelques heures plus tard, il était déjà refermé...

Adrien est ingénieur et, au début de la guerre de 14, il est envoyé au front. À peine arrivé, son officier supérieur l'envoie en reconnaissance pour trouver l'endroit idéal où construire un pont. Une embuscade, et voilà Adrien seul rescapé du trio envoyé en reconnaissance. Rescapé, mais pas indemne : il est défiguré et immédiatement envoyé à l'hôpital du Val-de-Grâce pour y être soigné.

Il est le premier arrivé dans la « chambre des officiers », la pièce où sont soignés, comme son nom l'indique, les officiers blessés au front, qu'on ne mélange pas avec les soldats du rang. Et ces officiers-là ont quelque chose de bien particulier : ils sont tous blessés de la face. Mais en ces premiers jours de conflit, Adrien est seul. Premier arrivé.

Au fil du temps, des semaines, il fait la connaissance des nouveaux arrivants. Certains s'en sortiront, d'autres ne survivront pas à leurs blessures ou, pire, se donneront la mort. Une solidarité fraternelle naît entre ces grands blessés, qui n'ont d'autre choix que de se soutenir mutuellement pour ne pas désespérer, eux qui ont perdu leur visage, leur voix, leurs sens, le goût... et jusqu'à la possibilité d'être reconnus par leurs proches.

J'ai été bouleversée par ce roman si beau et si bien écrit. Il ne tombe jamais dans le pathos et la caricature. Il décrit simplement les faits, bruts, mais sans brutalité. Avec une bonne dose d'humour et d'auto-dérision de la part d'Adrien et de ses plus proches compagnons d'infortune, le breton Penanster, l'aviateur juif Weil et Marguerite, elle aussi blessée de la face, au front, et seule survivante d'un bombardement. Entre les quatre personnages, une fraternité sans faille naît dans les couloirs de la chambre des officiers, fraternité et amitié qui se prolongeront bien au-delà de la guerre, bien après la reprise de la « vie normale », si tant est que les « gueules cassées » de 14-18 aient pu reprendre une vie normale... et jusqu'à la fin. Avec, de surcroît, le retour de la guerre 20 ans après la fin de celle qui devait être la « der des ders ».

Un roman puissant, bouleversant mais jamais misérabiliste ni larmoyant. C'est brillant. Simplement.


Paru aux éditions Pocket, 1999. ISBN : 978-2-2266-09308-8.


lundi 13 avril 2026

L'Homme biblique : Lectures dans le premier Testament, d'André Wénin


J'ai découvert André Wénin cette année, durant mon troisième semestre d'études de théologie, pour un cours de théologie du mariage. André Wénin est exégète, et il a écrit un livre, D'Adam à Abraham, où l'un des chapitres est une lecture particulièrement intéressante de la création de la femme.

Dans ce livre, on repart de la Genèse aussi, mais pour explorer les liens entre l'homme et Dieu et, surtout, pour examiner l'image que Dieu a pris pour l'homme au fil du temps. D'emblée, André Wénin interroge le lecteur sur l'origine de cette image d'un Dieu « supérieur » à l'homme et remarque que cette image nous vient non pas de Dieu lui-même, mais du serpent des origines, celui-là même qui a provoqué la chute de l'homme et de la femme.

S'en suit une relecture des premiers livres de la Bible, où l'on est amené à repenser l'image de Dieu dans nos représentations, mais aussi la relation qu'il entretient avec l'homme.

C'est brillant, fascinant et ça donne une toute autre manière de penser le rapport entre l'être humain et son Créateur.

J'ai vraiment été conquise, à la fois par le chapitre lu dans D'Adam à Abraham et par ce livre-ci, que j'ai lu en entier, même si je ne devais qu'en résumer les deux premières parties pour mon devoir de philosophie. C'est plutôt facile d'accès comme lecture, et vraiment passionnant. Si le sujet vous intéresse, c'est vraiment un livre à lire !


Paru aux éditions Cerf, 2007. ISBN:978-2-204-07418-6


mercredi 8 avril 2026

Les Aventures d'Alix, tome 17 : L'Empereur de Chine, de Jacques Martin

Je poursuis ma redécouverte de la série Alix, avec un certain plaisir parce que j'étudie justement en ce moment l’Église et ses débuts, pour ma licence de théologie. Et les débuts de l’Église, c'est aussi le temps de l'Empire romain.

Le lien s'arrête là, mais ça me donne une excuse pour lire autre chose que des livres de spiritualité et de théologie ! Et c'est toujours bien de se trouver un alibi !;)

Ici, c'est une histoire classique : pour une raison assez mineure, finalement, Alix et Enak sont embarqués par Mardokos, un de leurs amis, à bord d'un navire qui les conduit en Chine, où le père de Mardokos a été nommé percepteur du prince héritier de l'Empire chinois.

L'accroche est une excuse, bien sûr, pour permettre à Alix de quitter un temps Rome et ses environs et pour pénétrer dans un autre univers. Le prince héritier est malade, mourant, même, et bien sûr, il y a derrière tout cela des enjeux de pouvoir. Mais ce n'est même pas ce pouvoir et cette succession qui forme la trame de l'intrigue. L'enjeu, c'est le désir de guérison du jeune prince, et, encore et toujours, Enak au mauvais endroit et au mauvais moment...

L'histoire est très classique, donc, mais comme d'habitude avec Jacques Martin et tous ceux de sa génération, elle est bien écrite, bien menée et ne manque pas de rebondissements. Un grand classique du genre, donc, mais qui fait du bien !


Paru aux éditions Casterman, 1983. ISBN : 978-2-203-31217-3.


lundi 6 avril 2026

L'Homme des jeux, de Iain M. Banks



L'Homme des jeux est le premier tome du Cycle de la Culture, qui en comprend neuf. J'ai découvert cet auteur dans une revue que je lis régulièrement, qui contient, pour Noël, une sélection de livres à découvrir. Ce Cycle n'est pas récent, mais je n'avais jamais entendu parler de Banks.

On est là dans la littérature de science-fiction pure et dure.

Gurgeh est un « joueur de jeu », c'est-à-dire que sa vie tourne autour des jeux de société. Champion de la Culture, il affronte d'autres joueurs et c'est au cours de l'un de ces combats qu'il est repéré et sollicité pour aller dans l'empire d'Azad, où le pouvoir se conquiert par un jeu multiforme : jeu de stratégie, de rôle et de hasard, où le prix remis au vainqueur n'est autre que le trône de l'Empereur.

J'avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans cet univers de science-fiction auquel je ne suis pas vraiment habituée. La première partie est une description de la Culture, cette vaste société galactique pacifique, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique qui considère le jeu comme un art majeur. On y découvre le personnage principal et ses amis, tant « humains » que drones, qui sont autant de conseillers plus ou moins fiables et honnêtes.

Puis, dans la seconde partie, Gurgeh est envoyé vers Azad et on suit son périple durant lequel il se familiarise avec le jeu auquel il va devoir participer : Gurgeh a en effet une mission, et pas des moindres : s'il gagne, la paix sera sauvée entre la Culture et Azad, et s'il perd, les conséquences en seraient funestes.

La troisième partie permet de suivre Gurgeh sur Azad, ainsi que ses contacts, les parties qu'il doit disputer et comment il s'en sort, lui, qui débute à ce jeu où il doit affronter des joueurs expérimentés et qui sont tous là parce qu'ils ont battu leurs adversaires et qu'ils convoitent, eux aussi, le titre et le trône impérial.

Après un temps de familiarisation avec cet univers plutôt éloigné du nôtre (mais est-ce si vrai?), j'ai pu entrer davantage dans l'histoire et mieux comprendre le déroulement de l'intrigue.

Et il se trouve que la personne qui m'a offert ce livre m'en a offert un autre du même auteur et de la même série, mais pas le suivant... Je vais donc lire le dernier tome, et si je suis conquise, je crois que je chercherai les autres tomes, histoire de compléter mes connaissances en matière « culturelle » ! Un bon divertissement, en tout cas, mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Certaines scènes sont particulièrement violentes.


Paru aux éditions LGF (Livre de Poche), 1996. ISBN : 978-2-253-07185-3.


mercredi 4 mars 2026

Les Cités Obscures : L'Archiviste, de François Schuiten et Benoît Peeters


Cet album n'en est pas un. Enfin, ce n'est pas un album de bande dessinée au sens strict du terme. Et pourtant, il raconte une histoire. Isidore Louis, archiviste à l'institut central des archives, sous-section des mythes et légendes de son état, est mandaté pour rédiger un rapport au sujet d'un « curieux cas de superstition », concernant les « cités obscures ». Il déménage toute la documentation au dernier étage, et commence à l'explorer.

L'album est le résultat de ses recherches : des documents iconographiques que l'archiviste répertorie, afin de documenter l'affaire des « Cités obscures ». Le lecteur est donc amené à suivre la découverte de ces documents, ceux-ci étant reproduits sur la page de droite, face à chaque nouvelle description, tant de la « pièce » concernée que de l'entreprise d'Isidore Louis.


L'édition qui m'a été offerte l'an dernier comporte en plus une carte des différentes « Cités ». Et j'avoue qu'en tant que géographe, c'est bien ce document qui m'a d'abord attirée ! Le monde élaboré par les auteurs est cohérent, même 40 ans après sa création. Et en plus, comme toujours, c'est beau. Cette série est décidément un OVNI dans la planète BD, mais qu'est-ce que c'est bien !


Paru aux éditions Casterman, 2022. ISBN : 978-2-203-24740-6


mercredi 25 février 2026

Thorgal, tome 42 : Özurr le Varègue, de Frédéric Vignaux et Yann


Thorgal et sa famille sont de retour au village viking. Et ils ne sont pas les seuls : Özurr, le frère de Gandalf-le-Fou, l'ancien chef, revient dans son village, après des années au service de l'armée Byzantine suite à son bannissement. A son retour, il doit payer le Wergild, le prix du sang pour la faute commise des années auparavant. Mais quand il découvre que Gandalf-le-Fou a été tué par Jorund-le-Taureau, il réclame le droit de venger son frère.

Nous sommes ici dans un épisode plus « calme » que les précédents : pas d'aventures au loin, pas de dieux à vaincre, mais deux combats : celui que va mener Özurr et celui qui oppose la famille de Thorgal à la « sage-femme » du village...

Une histoire un peu plus calme, donc, qui revient aux origines de la série, en quelque sorte. Ce qui n'en fait pas une histoire morne pour autant : l'intrigue avance, peu à peu, et les membres de la famille de Thorgal sont, pour certains au moins, mis à rude épreuve, avec plusieurs arcs narratifs simultanés. Un bon opus !


Paru aux éditions Le Lombard, 2024. ISBN : 978-2-8082-1293-9


mercredi 18 février 2026

Les Piliers de la Terre, tome 2 : Le Feu de Dieu, de Didier Alcante et Steven Dupré.

 


Tom le bâtisseur, Alfred et Martha ses enfants, Ellen sa nouvelle compagne et son fils Jack sont à nouveau sur les routes, en plein hiver. Les deux garçons ne s'entendent pas, ce qui ne va pas sans poser des problèmes. Mais ils arrivent finalement au prieuré de Kingsbridge où Tom espère trouver un abri et, pourquoi pas ? Un travail. Il remarque en effet très vite que l'une des tours de l'église du prieuré est en très mauvais état, et même en partie déjà effondrée. Mais le nouveau prieur de Kingsbridge, Philipp, n'a pas les moyens de faire les travaux : il ne fait qu'entretenir la ruine pour qu'elle ne s’abîme pas plus, mais n'a pas de quoi payer un artisan pour reconstruire. C'est que la gestion du prieuré, comme va s'en rendre compte Philipp, laisse à désirer et le prieur doit en premier s'attacher à y mettre un peu d'ordre.

Seulement, un incendie va rapidement changer la donne et forcer Philipp à essayer de trouver une solution pour sa communauté.

Pendant ce temps, en haut lieu, des alliances se nouent pour, comme toujours, que les grands puissent obtenir plus de terres, de pouvoir, d'argent... et Philipp découvre qu'il risque d'être, dans cette histoire, le jouet des puissants. Sauf s'il arrive à manœuvrer intelligemment.

Enfin, la jeune Aliéna et son frère Richard sont toujours prisonniers des Hamleigh. Et William n'a pas encore digéré le refus de la jeune fille de l'épouser.

C'est... épatant ! Comme le premier épisode, c'est beau, bien mené... et c'est un vrai exploit en soit que les auteurs parviennent à mettre en cases un roman aussi dense que celui de Ken Follett. Je ne sais pas combien de tomes sont prévus, mais je suis fan de la série !


Paru aux éditions Glénat et Robert Laffont, 2024. ISBN : 978-2-344-05940-1.

mercredi 11 février 2026

Alix, tome 6 : Les Légions perdues, de Jacques Martin


Une nuit d'orage étouffante, à Rome, Alix se réveille brusquement. Alors qu'il observe l'orage, il aperçoit un homme qui tente d'échapper à des soldats en se sauvant par les toits. L'homme est agile mais les soldats le rattrapent, l'obligeant à les affronter à l'épée. Au cours du combat, il tombe et disparaît. Alix et son serviteur partent à sa recherche mais ne peuvent trouver son corps. Ils apprennent rapidement que cet homme, Agérix, est un esclave gaulois qu'il a été vendu à un organisateur de combats de gladiateurs pour avoir tenté de s'échapper. Alix tente de le racheter, car cet homme a crié son nom lors de sa tentative d'escapade sur les toits.

Alix ira jusque dans l'arène pour sauver cet homme, qui lui révèle alors qu'un complot a été ourdi contre César par Pompée. Et le maître d'Agérix, Garofula, est un des rouages de ce complot.

Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, qui va mener Alix sur les routes avec plusieurs compagnons, dont certains sont plutôt surprenants ! On est là dans les débuts des albums de la série Alix, Jacques Martin est encore seul à la manœuvre et ça se voit. Le style narratif, le dessin, les cartouches dans les cases pour décrire les scènes... C'est un peu comme si on était encore dans la phase transitoire entre les deux époques de la bande dessinée franco-belge... Bref, c'est une bonne bande dessinée, avec une action qui ne s'arrête qu'à la dernière case, et ça fait du bien de revenir aux fondamentaux !

Pour ceux qui découvrent la série : amusez-vous bien en plongeant dans ce monde un peu particulier de l'empire romain d'occident...


Paru aux éditions Casterman, 1965. ISBN : 978-2-203-31201-2.


lundi 9 février 2026

La Communication Non Violente à l'usage de celles et ceux qui veulent changer le monde, de Nathalie Achard


D'habitude, je n'aime pas trop ces livres de psychologie qui prétendent donner des recettes pour mieux vivre en société, par exemple. Là, j'y ai été un peu obligée, parce que l'an dernier, j'ai suivi une formation à la CNV (Communication Non Violente) et j'avais acheté ce livre afin de pouvoir approfondir la question.

Et j'avoue que j'avais jugé un peu trop rapidement ce type d'ouvrages. Celui-ci est plutôt bien fait, facile et rapide à lire. Il est axé particulièrement sur « celles et ceux qui veulent changer le monde », mais en réalité, les techniques présentées sont utilisables dans le quotidien des relations interpersonnelles, que ce soit au travail, en famille, dans le cercle d'amis. On y apprend de nombreuses choses, notamment à différencier émotions et besoins, par exemple.

Le livre est construit en trois parties :

  • Les premiers pas en communication non-violente ;

  • Changer de regard, changer le monde ;

  • À la découverte de nos inépuisables ressources intérieures.

Il s'agit donc d'un parcours découverte de cette technique de communication très intéressante, puisqu'elle remet à leur juste place les émotions et leurs manifestations, les sentiments, les besoins, pour centrer ces émotions sur la personne qui les ressent, afin que cette dernière cherche à comprendre quel besoin non satisfait une émotion négative exprime, par exemple. Le but de tout cela, c'est bien entendu d'apprendre à exprimer à son interlocuteur ses émotions, inconforts, besoins... sans entrer dans l'accusation, J'ai bien apprécié cette lecture, mais je pense qu'elle mériterait une mise en pratique à plusieurs, parce que la CNV, ce n'est pas juste théorique, c'est extrêmement incarné. C'est d'ailleurs l'intérêt... D'ailleurs, le livre regorge d'exemples de situations potentiellement conflictuelles, avec les « solutions » utilisables pour éviter le conflit : comment on aurait pu formuler telle demande, telle observation... il s'agit donc, à mon avis, d'un bon outil, à condition de le maîtriser correctement et de l'utiliser à bon escient. En tout cas, c'est quelque chose à creuser.


Paru aux éditions Marabout (Poche Psy), 2020. ISBN : 978-2-501-16691-1.


lundi 26 janvier 2026

La Peste, d'Albert Camus


Bizarrement, je me suis aperçue que je n'avais jamais lu « La Peste », de Camus. Un livre si connu, et il m'avait échappé... Pourtant, il avait connu à la faveur du confinement de 2020, un regain d'intérêt, tout comme « Notre Dame de Paris » de Victor Hugo avait explosé les ventes de 2019 suite à l'incendie de la Cathédrale... Mais non. Même là, je ne l'avais pas ouvert.

Il a fallu les vacances de Noël et me retrouver chez mes parents (à qui j'avais « piqué » l'exemplaire plus ancien qu'ils avaient) pour que je l'ouvre enfin, ce chef-d’œuvre tant vanté ! Et bien m'en a pris, bien sûr...

Nous sommes à Oran, et le docteur Rieux est confronté à une maladie étrange que, pourtant, il reconnaît sans vouloir, au début, l'avouer : la peste. Les rats meurent d'abord par milliers, avant que la maladie s'attaquent aux habitants de la ville. Peu à peu, on suit le docteur, mais aussi divers personnages, comme le docteur Castel, ou encore le journaliste Rambert, ou Grand, Tarrou et Cottard... Tous ces personnages sont attachants et vivent l'épidémie et le confinement qui en résulte diversement. Avec plus ou moins de fortune d'ailleurs.

La lecture m'a happée, j'ai été comme envoûtée. Je ne sais pas trop comment exprimer cela. La qualité de la langue, le choix des mots, la naissance des images, les couleurs, la peur, la sueur, la fièvre... tout y est. Ce n'est pas étonnant qu'Albert Camus ait eu le prix Nobel de Littérature !

Ce qui m'a beaucoup plu, aussi, ce sont les très belles descriptions des comportements très humains de ces personnages qui font ce qu'ils peuvent dans la situation compliquée qu'ils rencontrent. L'auteur les décrit surtout avec une grande humanité, et même de la tendresse, même pour les personnages plutôt problématiques, les profiteurs, les resquilleurs, ceux qui sont ce qu'on appellerait aujourd'hui « moralement répréhensibles ».

Il est ici beaucoup – et surtout – question d'amour. De l'amour des personnages entre eux, bien sûr, avec ces relations qui se tissent entre des gens qui n'auraient finalement jamais du se croiser s'il n'y avait pas eu la peste pour les réunir. Et puis l'amour évident de l'auteur pour l'humanité.

C'est un livre magnifique. Simplement magnifique.


Paru aux éditions Gallimard (Folio), 1947. ISBN : 978-2-07-036042-0

lundi 19 janvier 2026

Petite Histoire de l’Église, de Francine Bay


J'ai acheté ce livre il y a quelques années, quand j'étais intervenante de religion, afin de mieux connaître l'Histoire de l’Église catholique et pouvoir répondre aux questions de mes élèves. Sauf qu'ils avaient tellement de questions et moi si peu de temps à l'époque que la lecture de ce livre a attendu, et attendu encore pendant des années.

Jusqu'à ce mois de décembre 2025, où je l'ai finalement ouvert en espérant qu'il m'aiderait à préparer mon devoir d'Histoire de l’Église au Haut Moyen-Age, dans le cadre de ma licence de théologie à la faculté de Strasbourg.

Eh ben... chou blanc !

Rien.

Nada.

Alors non, ce livre n'est pas plein de « vide ». Il retrace effectivement l'histoire de l’Église depuis les commencements (les temps apostoliques) jusqu'au pape François (mort en 2025, mais le livre étant sorti 10 ans plus tôt, l'information, bien sûr, n'y figure pas).

Alors ? Pourquoi ai-je écrit « Rien » ?

Eh bien tout simplement parce que ce livre ne m'a pas aidée vraiment. Il est bien trop peu détaillé pour donner ne serait-ce qu'une vague idée des débats, des grandes questions théologiques autres que les tartes à la crème « arianisme » et « nature divine ou humaine du Christ ». Ces problèmes sont bien abordés, mais jamais approfondis.

De plus, les termes employés sont plutôt ennuyeux : les protestants y sont traités d' « hérétiques », ce qui, du point de vue de la foi catholique, est sans doute vrai, mais qui pose quand même un problème dans un livre tel que celui-ci : on sent vraiment un parti-pris très important en faveur de l'Eglise catholique, et même plutôt en faveur de sa frange traditionnelle.

On est donc très loin, là, d'un cours d'histoire. Et c'est dommage, parce que ce livre aurait pu être une bonne entrée en matière. Mais les partis-pris sont tels que ça finit par poser problème : le dénigrement des protestants, par exemple, permet à l'auteur de passer carrément sous silence les raisons objectives qui ont fait que les protestants ont... protesté justement. Qui de la question des indulgences ? Des abus de pouvoir ? Quels étaient les points de désaccord théologiques entre catholiques et protestants ?

Dans l'autre sens, les papes catholiques sont plutôt montrés sous leur meilleur jour, et quand il est impossible de cacher les problèmes, ceux-ci semblent vraiment minimisés... alors qu'il n'y a aucune raison de cacher la réalité des faits : on est là dans un livre d'histoire, pas de propagande (enfin... normalement !)

Bref. J'ai lu rapidement ce livre (c'est son avantage : il est facile à lire!) mais je n'en retire rien, ni pour ma foi, ni pour ma culture historique personnelle.

Finalement, j'ai ouvert mon cours d'Histoire et... j'y ai appris beaucoup plus de choses !


Paru aux éditions Transmettre, 2015. ISBN : 978-2-913708-32-7.

lundi 12 janvier 2026

Le Jour des cendres, de Jean-Christophe Grangé


J’ai lu peu d’ouvrages de Jean-Christophe Grangé, finalement, et c’est uniquement par manque de temps. Parce que j’aime bien cet auteur. Alors quand je suis tombée sur ce livre, un peu par hasard, j’ai sauté sur l’occasion. Et j’en suis heureuse. Parce qu’en plus, l’intrigue se déroule en Alsace (là où j’habite!) et dans le milieu viticole (et mon mari est viticulteur…). Si en plus on considère qu’il s’agit d’un roman policier, genre littéraire que j’apprécie particulièrement, celui-ci avait vraiment tout pour me plaire. Et la promesse a été largement tenue !

Pierre Niémans et son adjointe Ivana Bogdanovic (il est alsacien d’origine et elle croate), tous deux policiers, sont envoyé de Paris pour résoudre une énigme : un homme, Samuel, a été retrouvé mort dans une chapelle dont la voûte s’est effondrée. Il n’y aurait pas grand-chose de suspect là-dedans, sans doute un banal accident, mais Samuel est membre d’une communauté d’anabaptistes et le procureur de Colmar a décidé une enquête discrète pour éloigner tout risque.

Sauf que, quand Niémans arrive, un peu après Ivana qui joue les saisonniers en ces temps de vendanges tardives, il comprend vite que rien ne va dans cette histoire. L’autopsie n’a pas été faite dans les règles de l’art et le rapport est lacunaire, la communauté est très serviable, pacifique, et vit en totale autarcie, rejetant toute violence. Un meurtrier ne peut donc pas venir de l’intérieur, mais personne de l’extérieur, pas même les saisonniers, n’auraient pu commettre le crime… Tout est donc un peu trop parfait du côté des anabaptistes et trop de détails restent inexpliqués au sujet du corps de la victime, si Samuel a bien été victime d’un meurtre.

Niémans reçoit l’aide des gendarmes locaux, dont la capitaine Stéphane Desnos, tous en bons termes, d’ailleurs, avec les membres de la communauté. Tout semble pencher vers la thèse accidentelle, sauf que cette thèse ne résiste pas une seconde à un examen un peu plus scrupuleux de la scène du crime, même souillée, et du rapport d’autopsie, même incomplet.

La galerie des personnages est riche et haute en couleurs, et Samuel n’est, finalement, que le premier d’une longue liste de morts brutales. Une enquête menée tambour battant (le temps presse : les vendanges vont bientôt se terminer et Niémans va perdre son alliée infiltrée, qui va devoir quitter la communauté), enquête qui révèle de nombreuses surprises et rebondissements. La fin paraît presque trop « simple », d’ailleurs… Mais là, tout est affaire de mobile. Et celui-ci, bien que simple, compte parmi les plus puissants qui existent. Mais chut… je ne dirai rien pour ne rien dévoiler à ceux qui n’auraient pas encore lu ce roman !

Une bonne lecture, en tout cas, divertissante à souhait !


Paru aux éditions LGF (Le Livre de Poche), 2020. ISBN : 978-2-253-07946-0.

lundi 5 janvier 2026

L'Homme qui vivait sous terre, de Richard Wright

 

L'histoire commence avec un bel orage, durant lequel une bouche d'égout, soulevée par l'eau qui monte d'en dessous, offre à un noir recherché pour meurtre une porte de sortie : il va pouvoir échapper à la police, au moins durant un petit moment. Il commence par hésiter, puis avance dans les couloirs sombres. Peu à peu, il prend ses repères, découvre des souterrains plus secs, creuse des passages vers les sous-sols des bâtiments sous lesquels il se trouve, et fait preuve de beaucoup de créativité pour trouver de quoi survivre dans ce nouveau terrain de jeu que constitue le réseau souterrain d'une grande ville. Avec le temps, il s'enhardit et s'immisce jusque dans les réserves d'un joaillier, et c'est vraiment là que les ennuis commencent.

Richard Wright, auteur afro-américain, fait partie de ceux qui ont préparé les mouvements revendiquant l'égalité des droits entre les Noirs et les Blancs aux États-Unis, dans les années 1950. Avant Martin Luther King, il y a eu des intellectuels qui ont préparé le terrain. Wright fait partie de ceux-là. Ce texte est d'une grande force. Il dépeint un homme qui n'a pas grand-chose à perdre, alors qu'il est innocent du crime dont on l'accuse. Il trouve, dans le sous-sol, un endroit où il peut être lui-même et vivre sans crainte d'être pris et accusé à tort. Il observe, crée ses propres règles et le lecteur le suit dans son évolution, jusqu'à s'apercevoir peu à peu que la solitude et l'enfermement, même si celui-ci est choisi, d'une certaine façon, le mènent aux portes de la folie. Il faudra à cet homme retrouver la civilisation et, surtout, l'humanité, pour récupérer du même coup son identité et jusqu'à son existence. Pour le pire, malheureusement.

J'ai été très impressionnée par ce récit, assez long pour une nouvelle (plus de 120 pages quand même), mais très efficace. Et c'est en réalité ce que j'aime dans ce genre littéraire : des récits ciselés, qui vont à l'essentiel, sans fioritures ni longues descriptions. Ici, la puissance du texte vient justement de là : sans trop en dire, avec peu de détails, la force évocatrice des mots permet au lecteur de s'immerger dans ce labyrinthe des égouts de la grande ville et d'y suivre le fuyard qui y vit selon des règles qui lui sont propres : tout est à construire, quand on est seul à vivre dans un univers particulier...


Paru aux éditions Gallimard (Folio), 1989. ISBN : 978-2-07-294125-2