Le quatrième
tome des aventures d'Alix débute au Moyen-Orient. Une caravane de
soldats romains se dirige vers une place forte dressée aux confins
du désert syrien. Ils escortent Oribal, l'héritier du trône d'un
royaume voisin, vers son pays. Ils arrivent au fort, mais pour le
découvrir entièrement détruit. La caravane s'établit là pour la
nuit. Alix, qui fait partie, avec Enak, de la caravane, découvre
durant la nuit un soldat Parthe qui a pris la place de la sentinelle
romaine. Dans le combat qui s'engage, Alix sort vainqueur, mais ne
peut pas arrêter la fuite du soldat. Et dès le lendemain, c'est
toute une partie de l'armée Parthe qui se jette à l'assaut du fort
déjà en partie détruit.
Le plan
monté par Alix fonctionne, et conduit le jeune homme et ses deux
alliés, Enak et Oribal, à sauver la vie de deux éclaireurs
parthes, dont l'un n'est autre que l'espion contre lequel Alix
s'était battu la nuit précédente.
L'équipage
réduit, plus mobile qu'une caravane entière, poursuit son chemin et
le lecteur en apprend alors plus sur l'étrange tiare que les trois
cavaliers transportent, seul attribut royal capable, depuis Oribal
1er, d'assurer l'identité et la légitimité de l'héritier qui doit
la porter.
On est là
dans l'une des premières aventures d'Alix, écrite par Jacques
Martin lui-même. Le schéma narratif est clairement un classique du
genre, avec des rebondissements réguliers, des trahisons, des
retournements de situation et beaucoup, beaucoup de texte, l'une des
caractéristiques principales des bandes dessinées de Jacques
Martin.
Pour ce qui
est de l'histoire, elle est comme toujours bien menée, on est là
dans un classique de la bande dessinée européenne des années 1960.
Il y a un héros (Alix), l'ami du héros un peu gauche et maladroit
(le pauvre Enak passe son temps à être fait prisonnier, ou à
provoquer des catastrophes en faisant malgré lui du bruit au pire
moment) et un troisième personnage (ici, Oribal) qu'Alix se trouve
missionné pour le protéger, le conduire chez lui ou l'aider d'une
manière ou d'une autre. Et bien sûr, il y a le méchant de
l'histoire, en général le même d'un volume à l'autre : c'est
Rastapopoulos ou Müller pour Tintin, Olrik pour Blake et Mortimer,
et, ici, Arbacès, l'horrible Grec qui cherche, encore et toujours, à
accaparer pouvoir et argent, quitte à défendre pour cela une cause
à laquelle il ne croît pas, le temps d'obtenir ce qu'il veut et
avant de larguer les pauvres naïfs qui ont cru en ses belles
paroles.
Ce
scénario-type a quelque chose de rassurant : il met en évidence
la laideur du lâche/traître/méchant vilain profiteur et en exergue
les qualités de cœur, d'abnégation, d'honnêteté et de grandeur
d'âme du gentil héros qui préfère tout perdre plutôt que de
laisser son ami (Enak en général) souffrir seul et inutilement.
Même si ce
scénario peut faire sourire aujourd'hui par sa « simplicité »,
il met quand même en avant une sorte de morale bonne et belle,
capable de construire, chez l'adolescent(e) qui lit ces histoires,
une conscience droite. Et finalement, c'est peut-être ça que nous
devrions redécouvrir aujourd'hui, dans notre monde devenu
extrêmement complexe, et où le relativisme fait des ravages. Tout
est bien, pourvu que la personne puisse accomplir librement ce que
lui dicte sa conscience... Vraiment ? Le mal n'est-il pas
mauvais, intrinsèquement, et indépendamment de la raison pour
laquelle il est commis ?
Ce que nous
disent aujourd'hui ces bandes dessinées d'un autre temps (celui de
mes parents), c'est que le Bien vaut le coup de se battre pour lui,
même si c'est au prix de notre propre liberté, voire de notre vie.
Les récits de Jacques Martin ont quelque chose, dans le personnage
d'Alix par exemple, de presque christique... La lutte du Bien contre
le Mal est une lutte difficile, exigeante, mais fondamentalement
bonne, même si elle exige de la part du Bien des sacrifices. Ces
sacrifices portent du fruit justement parce que le « mal »
ne peut y consentir. Et c'est peut-être pour cela que c'est le Bien
qui, finalement, l'emporte toujours dans ces histoires. Même contre
toute logique narrative...
Paru aux
éditions Casterman, 1966. ISBN : 978-2-203-31203-6.