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vendredi 15 mai 2015

In Cathedra, de Henry Le Bal et Thierry Bécouarn



Mes parents m'ont offert ce petit livre il y a quelques jours, livre qui vient de paraître et qui s'avère être très particulier pour moi.
Tout d'abord par son sujet : la Cathédrale Saint Corentin à Quimper. Quimper, chef-lieu du Finistère, est la ville où j'ai grandi et la Cathédrale est l'église où j'ai passé une bonne partie de mon enfance. J'y ai fait ma Première Communion et ma Confirmation ainsi que ma Profession de Foi, j'y ai rencontré nombre de personnes qui restent des "phares" dans mon existence, par leur amitié, leur foi, leur présence. Cette Cathédrale, c'est aussi celle où mon mère dirige, depuis plus de 35 ans maintenant, la chorale où j'ai appris les bases de la musique vocale et liturgique (j'y suis allée pour la première fois à l'âge de 4 ans !)... un lieu chargé d'histoire pour moi, sans parler des évêques qui y sont inhumés et que j'ai, pour deux d'entre eux au moins, connus et appréciés.
Le photographe, aussi, que je connais par mon père, qui prend chez lui des cours de photographie. J'ai visité son atelier, à un moment douloureux il y a un peu plus d'un an, et j'y ai rencontré un homme d'une gentillesse exemplaire et d'une grande finesse, à la fois intellectuelle et artistique... un homme dont j'apprécie beaucoup le talent.

Et puis, il y a la poésie.
Un art littéraire auquel je suis particulièrement hermétique. En lisant la préface écrite par le curé de la Cathédrale, puis l'avant-propos des deux auteurs, j'ai senti comme un appel, une invitation à lire et à savourer.

Ce fut un beau voyage ! J'ai été très touchée, profondément, même, par les lignes et courtes et fluides d'Henry Le Bal. L'écrivain et dramaturge s'y adresse à la Cathédrale elle-même, telle une bien-aimée qui se découvre sous un jour inconnu, voilé de mystère.
Il faut dire que l'histoire de ce livre est assez singulière puisqu'il est né durant d'importants travaux de chauffage qui ont défiguré l'édifice pendant plusieurs semaines à la fin de l'année 2014. Henry Le Bal et Thierry Bécouarn ont eu l'occasion d'y passer du temps en dehors d ela présence des ouvriers et ont pu voir ce que personne d'autre n'a contemplé : la Cathédrale sous un aspect désolé, inhabituel, qui en a transformé jusqu'à son identité, presque son essence. Au point de lui donner une autre personnalité, marquée par l'Absence de Celui pour qui elle a été construite. Sous les bâches, les voiiles, Dieu semble avoir été relégué au rang des oubliés. La Cathédrale, si habitée d'habitude, est transformée par le manque et l'absence de Dieu durant toute la période des travaux. Et c'est cette absence qu'ont su saisir, de manière très paradoxale, les deux artistes qui nous offrent là ce très bel objet.

Mais peut-on réellement parler ici d'"absence" ? N'est-ce pas, plutôt, comme une présence malgré l'absence que Thierry Bécouarn a photographiée ? Qu'Henry Le Bal a su mettre en mots ? Eux seuls connaissent les réponses à ces questions...

Paru aux éditions Palantines, 2015. ISBN : 978-2-35678-118-5.


jeudi 18 août 2011

Lorraines, de Gabriel Eugène Kopp


Les Agents littéraires m'ont contactée il y a quelques jours. Ils étaient à la recherche d'un(e) lecteur(trice) qui accepterait de lire et de parler de ce recueil de poèmes un peu particulier. Je ne lis que très peu de poésie (je dois en avoir deux ou trois recueils seulement chez moi, c'est dire !), mais je suis toujours ouverte à ce qui m'est étranger. Et là, c'était l'occasion, parce qu'en général, je suis tentée, mais le livre est susceptible de terminer au fin fond d'un carton et de n'être jamais lu. Il me fallait donc une motivation sérieuse, et elle était toute trouvée ici, grâce à ce partenariat.
Cette introduction est donc aussi un petit avertissement : cette critique est une première pour moi, et étant peu familière du genre, je n'ai aucun repère ni aucune habitude de lecture. Il faut donc prendre ce billet pour ce qu'il est : le ressenti d'une lectrice novice à la lecture de poèmes auxquels elle n'est pas habituée.
Eh bien je n'ai pas été déçue.

Sur la forme tout d'abord, il s'agit d'un recueil de poèmes en trois parties, dont le thème central est la Lorraine (comme son titre l'indique), et plus particulièrement sur les mines (comme la photo de couverture l'indique également). Les poèmes sont visuellement assez classiques, avec des strophes plus ou moins longues et des vers variés tant en ce qui concerne le nombre de pieds que leur structure. On est donc loin ici des alexandrins ou des formes classiques, et j'avoue que ce point au départ m'a quelque peu perturbée. Déjà que je lis très peu de poésie, alors si en plus on me brouille mes repères... Mais j'ai très vite été séduite. Les poèmes sont courts, souvent sur une page, et certains d'entre eux semblent être construits en deux temps, ou pouvoir se lire de deux façons différentes, soit linéairement, soit verticalement. C'est assez étrange, mais j'ai lu des deux manières, et dans les deux cas, on découvre le texte sous un jour nouveau, avec une atmosphère et un sens différents en fonction du sens de lecture. C'était comme un de ces jeux d'énigmes où les mots changent de signification en fonction du contexte ou de la forme qu'ils prennent sur le papier... Je me suis prise au jeu, et avoue avoir été presque déçue d'en voir si peu avec cette construction. Et puis, dans ce recueil, il y a aussi des petites surprises, notamment dans la deuxième partie, où le dernier texte donne enfin son sens à tout ce qui précède...

Sur le fond, maintenant... J'ai dû lire à haute voix les textes pour pouvoir y entrer. Parce que pour moi, la poésie est un art oral, tout autant que la chanson. Je me suis rendu compte que ce qui me « barbait » dans la poésie en général, c'est que souvent, je n'y comprends rien. Certaines figures de style sont trop abstraites pour moi, et trop étriquées dans les règles formelles pour que j'y entende quelque chose. Mais (et peut-être est-ce dû au fait que cela fait longtemps que je ne m'y étais pas remise), ici, c'est tout différent. J'ai eu une impression bizarre en lisant ces poèmes, où la musique des mots m'emportait bien plus que le sens des mots eux-mêmes. Et j'ai alors savouré ces textes avec beaucoup de bonheur. Alors bien sûr, je n'ai pas tout compris à la première lecture. Mais j'en ai relu certains, deux fois, trois fois, en me laissant porter par la musique des mots, et des images sont nées, allant bien au-delà des mots eux-mêmes. Tout un univers est apparu devant mes yeux, à l'évocation de ces gueules cassées, de ces trous, de cette noirceur, mais aussi des saisons, des jeux d'enfants... Le ton est assez noir, voire pessimiste, sans se départir pour autant d'une petite lumière qui éclaire la scène... Est-ce pareil pour tout poème ? Je ne suis pas assez familière de ce genre pour l'affirmer. En tout cas, la magie des mots et leur musique ont opéré en moi. J'ai pour le savoir un indicateur imparable : un livre m'ennuie si je compte les pages qui me restent avant la fin, si je veux savoir la fin avant d'y être arrivée... Alors bien sûr, avec un recueil de poèmes, c'est un peu différent, mais si j'ai vu défiler les pages, ce fut en me disant qu'il était bien dommage d'arriver si vite à la dernière...

Merci donc aux Agents littéraires et aux éditions Flammes Vives pour cette jolie découverte, parce que malgré la rudesse du sujet, ce recueil m'a peut-être réconciliée avec la poésie.

Préface de Rodolphe Oppenheimer

Paru aux éditions Flammes Vives, 2011. ISBN : 978-2-915475-82-1.