mercredi 15 juillet 2026

Jo, Zette et Jocko, de Hergé



Quand j'étais petite, nous avions de « bonnes » lectures, chez mes parents. Tintin, Astérix, Lucky Luke principalement. Et Jo, Zette et Jocko. Les cinq albums, que je connaissais par cœur à force de les avoir lus, relus et re-relus.

Jo et Zette, ce sont les deux enfants de M. et Mme Legrand. M. Legrand est ingénieur, aéronautique d'après les premiers albums, mais pas uniquement, si on s'en réfère au dernier...

Jo et Zette, ce sont les petits frère et sœur de Tintin (d'ailleurs Jo lui ressemble pas mal, en brun). Et Jocko, c'est leur singe apprivoisé, l'élément gaffeur et drôle, mais qui, plus d'une fois, vient en aide à ses maîtres (après les avoir bien mis dans l'embarras, toutefois!).

Cet album est en fait un recueil des cinq albums écrits par Hergé entre 1951 et 1957 : deux histoires en deux albums et un album simple.

La première aventure, intitulée Le Stratonef H. 22 se déroule donc en deux épisodes : Le Testament de M. Pump et Destination New York. Dans cette histoire, John Archibald Pump, un fana de vitesse et d'optimisation du temps, meurt dans un accident de voiture. Il est richissime et son immense fortune (10 millions de dollars) ira aux constructeurs de l'avion capable de rallier Paris à New York – ou vice-versa – sans escale, à une moyenne de 1000 km/h. Dans l'hypothèse où ce raid n'aurait pas eu lieu dans le délai d'un an, l'intégralité de la fortune de M. Pump ira à ses neveux William et Fred Stockrise.

Évidemment, les deux neveux de John Archibald Pump ne vont pas se laisser faire. Ils ne peuvent contester le testament, aussi s'attaquent-ils directement à M. Legrand, le candidat le plus sérieux pour réussir l'exploit. Rien ne lui sera épargné : attentat, diffamation, re-attentat, violence armée, vol... jusqu'à l'empoisonnement. Sauf que Jo et Zette suivent de près les travaux de leur père et les péripéties qui émaillent la construction du Stratonef H. 22. Et lorsque ce dernier est menacé par les bombes du traître à la solde des frères Stockrise, les deux enfants font tout pour sauver l'avion, ce qui va les lancer dans un périple improbable.

La seconde aventure, Le Rayon du Mystère, regroupe Le Manitoba ne répond plus et L’Éruption du Karamako. Les enfants Legrand et Jocko sont sur la plage, en vacances, et s'aventurent sur la mer pour jouer aux pirates : ils ont entendu parler de l'aventure du Manitoba, un bateau qui reliait New York à Liverpool et qui n'a plus donné de nouvelles pendant plusieurs heures, avant que les échanges reprennent. Et les membres de l'équipage et les passagers découvrent alors qu'ils ont été méthodiquement dévalisés... Les enfants ne reviennent pas, le soir venu, et leurs parents s'inquiètent bien sûr. En réalité, ils ont été recueillis en pleine mer par un mystérieux sous-marin qui les emmène dans une non-moins mystérieuse île sous-marine où sévit un étrange professeur qui a l'air plus fou qu'autre chose et qui cherche à mettre au point sa dernière invention. Et pour cela, il a besoin des enfants... Parce qu'évidemment, les pirates n'ont pas du tout recueilli les enfants et leur singe par pure bonté d'âme.

L'histoire bien sûr ne s'arrête pas là : Jo et Zette, accompagnés de Jocko, parviennent à s'enfuir de l'île sous-marine, mais c'est pour tomber sur une île faussement déserte, où des cannibales leur réservent un bien triste sort...

Enfin, la dernière histoire, en un album, cette fois, est intitulée La Vallée des Cobras. La famille Legrand est en vacances à la montagne et, durant l'une de leurs promenades à skis, Jo et Zette dépassent le Maharajah de Gopal, un homme irascible et quelque peu buté, mais investi d'un pouvoir absolu sur chacun de ses sujets. Et il se trouve qu'il a tendance à oublier que, quand il est en France, son autorité n'est pas tout à fait la même que quand il est au pays...

Lorsqu'il rencontre l'ingénieur Legrand, il voit tout de suite la solution à l'un des problèmes qui se posent à lui, dans son pays : il cherche à construire un pont au-dessus de la Vallée de Cobras, une vallée très encaissée avec un gué qui constitue un passage obligé pour relier la capitale. Or cette vallée est gardée par un fakir qui fait payer un droit de passage à toutes les caravanes qui s'y présentent, et décide, « au nom des dieux », du moment favorable pour le passage. En faisant payer chaque jour la caravane pour avoir l'avis des « dieux »... Là encore, la construction du pont ne se fera pas sans mal, puisque tout le monde n'a pas intérêt (et surtout pas le fakir) à ce que le gué ne soit plus utilisé...


Ces trois histoires m'ont énormément plu quand j'étais enfant, plus pour les aventures de Jo et Zette (à laquelle je m'identifiais, bien sûr, me demandant si j'aurais son courage, son intelligence, son amour sans faille pour sa famille...) que pour le message délivré en arrière fond.

Dans la première histoire, c'est l'intégrité qui est valorisée : les personnages « méchants » sont des traîtres, bien sûr. Et leur image pour le lecteur varie en fonction de leur capacité à se rendre compte du mal qu'ils ont fait. Une histoire de rédemption, donc, pour certains d'entre eux, et une réelle absence de pitié pour ceux qui refusent de comprendre où est le Bien.

Dans la seconde histoire, il est plus question du pouvoir d'un homme sur les autres, du contrôle. Le « savant fou » n'hésite pas à tuer, quitte à perdre lui-même la vie pour ne pas voir son « œuvre » lui échapper. Là c'est l'altruisme qui triomphe : M. Legrand n'hésite pas à affronter les pires dangers pour sauver ses enfants.

Enfin, dans La Vallée des Cobras, on rencontre d'abord le Maharadjah qui n'a d'autre vision que son propre pouvoir : tout le monde doit lui obéir, et il se comporte, de fait, comme un enfant pourri gâté. Mais M. Legrand finit par lui faire comprendre qu'un peu de respect pour les autres lui assure d'autant plus facilement leur collaboration, si tant est qu'ils y trouvent, eux aussi, leur intérêt. Le véritable ennemi, ici, n'est pas le « pouvoir », mais l'homme qui, dans l'ombre, tire les ficelles et manipule habilement les autres. Là encore, c'est l'empathie de M. Legrand qui permet de résoudre le problème et sauve la vie de nombreuses personnes.

Les valeurs prônées ici sont bien sûr l'honnêteté, le courage, la loyauté, l'altruisme, le pardon et la fraternité.

En filigrane, on peut y voir aussi une timide critique d'un progrès devenu fou (Le Rayon du Mystère) ou, au contraire, une exaltation d'avancées technologiques bonnes pour le plus grand nombre, et qui permettent (La Vallée des Cobras) de commencer à sortir d'une sorte d'obscurantisme ou de superstition. En ce sens, les bandes dessinées d'Hergé préfigurent déjà les œuvres de Roger Leloup, largement chroniquées ici. Et ce n'est pas un hasard : Roger Leloup a travaillé pendant un moment aux Studios Hergé, redessinant en particulier les avions dans L'Ïle Noire ou travaillant sur celui de Carédas dans Vol 714 pour Sydney. Même si la technique de Roger Leloup a bien sûr évolué avec le temps et la maturité, la filiation entre les deux œuvres est indéniable. Et c'est bien ça qui rend la série Jo, Zette et Jocko tout à fait intéressante pour les lecteurs d'aujourd'hui : dans un monde où les repères – en particulier moraux – se désagrègent allègrement et semblent disparaître peu à peu, donner ce genre de lectures à des enfants ne peut que les aider à comprendre l'importance de toutes ces valeurs véhiculées par les petits héros à leur image. Ici, au moins, c'est clair : le méchant est réellement méchant, identifié comme tel, et le gentil est vraiment bon, jusqu'au bout. Sans aller jusqu'au sacrifice ou au parallèle douteux avec la Croix, il y a quand même un peu de ça dans l'oeuvre d'Hergé, avec des enfants qui n'hésitent pas à prendre des risques pour sauver ce qui leur est cher. C'est bien sûr caricatural et tiré par les cheveux, ce n'est pas crédible pour un sou, mais ça fait du bien. Ici, point de relativisme : le bien est appelé « Bien » et l'histoire est construite afin de le voir triompher.


Paru aux éditions Casterman, 2008. ISBN : 978-2-203-25757-3


mercredi 8 juillet 2026

Lefranc, tome 11 : La Cible, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


L'histoire débute près de Lausanne, au bord du lac Léman. Le journaliste Guy Lefranc vient rencontrer Igor Lipsky, un ancien danseur de grande renommée qui a élu domicile à l'hôtel Beau-Rivage-Palace pour y passer sa retraite.

Lors de l'interview que l'artiste accorde à Lefranc, celui-ci tombe sur un document qui lui semble étrange et l'envoie directement vers une enquête bien plus mystérieuse, d'autant plus que ce document appartient à une femme, dont le nom, Ritter-Borg, n'est pas sans rappeler celui du meilleur ennemi de Guy Lefranc, Axel Borg... Il se trouve que Madame Ritter-Borg est aussi liée à une multinationale, la Sybor, à Québec, qui semble se débarrasser de certains déchets de manière frauduleuse. Il n'en faut pas plus au journaliste pour décider d'aller enquêter sur place.

Les choses, bien sûr, vont se compliquer, mais je ne vais pas en dévoiler davantage pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne connaîtraient pas encore cet album.


Et mon avis ? Eh bien je suis toujours aussi peu fan des visages féminins dans cette série (et dans Alix aussi), sinon c'est un inconvénient plutôt mineur : l'histoire est comme d'habitude vraiment bien ficelée, avec tous les rebondissements, les méchants (et les gentils qui leur font face) nécessaires, et un suspense qui dure jusqu'à la dernière page. Les dessins sont classiques mais très réalistes encore une fois et le tout se lit très agréablement. Un bon cru, donc, que cet album, si on aime le genre aventure avec un gentil héros au grand cœur et à l'honnêteté sans reproche. Peu de fissures, donc, dans le personnage de Guy Lefranc, et c'est justement un peu ça le problème : il est légèrement trop « parfait »... Heureusement que face à lui, il y a les personnages secondaires, bien plus hauts en couleurs, voire énervants, pour lui donner le change. Mais d'un autre côté, un héros comme Lefranc a aussi un côté rassurant : on sait où se trouve le bien, et où est le mal...


Paru aux éditions Casterman, 1989. ISBN : 978-2-203-31411-5.


mercredi 1 juillet 2026

XIII, tome 29 : Moscow – Spaso House, de Iouri Jigounov et Yves Sente


L'histoire du jour débute à Moscou (mais je ne me souviens plus bien de ce qui s'est passé avant, alors je suis un peu perdue quand même dans cette longue saga...).

En tout cas, à Moscou, une conversation qui aurait dû rester privée est finalement interceptée par les mauvaises personnes.

Au-dessus de l'Atlantique, entre Cuba et la Russie, XIII est à bord d'un jet où Boris l'informe sur une opération qui a eu lieu à Spaso House, la résidence moscovite de l'ambassadeur américain, où XIII-Kelly (ou quel que soit son nom d'ailleurs) avait pour mission d'empoisonner Constantin Ryabko, un conservateur russe qui, s'il avait pris la tête de l'URSS, aurait, selon les services secrets américains, pu mener le monde vers la troisième guerre mondiale. La mission de « Kelly » était donc de le neutraliser. Sauf que tout ne s'est pas passé exactement comme le supposait le plan : la taupe a été surprise, des documents ont disparu, et XIII est le seul à savoir où ils ont été cachés. Sauf que XIII n'a plus de mémoire, son cerveau ayant été comme « réinitialisé »...

Les personnages qu'il croise font pour beaucoup partie de son passé, mais, comme dans toute cette série, la question qui se pose est de savoir si XIII peut faire confiance à ceux qui se disent être ses amis...


Là aussi, dans cette série, beaucoup d'action, beaucoup de personnages, des allers-retours dans les récits, des situations complexes, cette fois dans le cadre des relations internationales. On est là dans le contexte du conflit russo-américain post-guerre froide, avec une résolution dans un présent qu'il est quelque peu compliqué de dater précisément. Mais peu importe : ce qui compte, c'est l'éternelle chasse mémorielle de XIII et, plus encore, sa quête de liberté.


Paru aux éditions Dargaud, 2024. ISBN : 978-2-5051-2430-6.


mercredi 24 juin 2026

Largo Winch, tome 23 : La Frontière de la nuit, de Philippe Francq et Eric Giacometti


Ce nouvel opus des aventures de Largo Winch nous emmène dans l'espace... ou plutôt dans la proche banlieue de la Terre, à la frontière entre l'atmosphère terrestre et le vide spatial.

Mais avant d'en arriver là, il va y avoir un mort, un homme à qui seront soutirées des informations. Et Largo va visiter une de ses usines en Indonésie, pour y découvrir comment cette usine, qui appartient au groupe W, exploite le travail d'enfants.

Dans la Silicon Valley, un jeune couple, Jarod et Demetria Manskind, met au point le « Manskind Air Board » un appareil qui permet ni plus ni moins de voler. Et Jarod défie Largo.

Pendant ce temps, Largo, de retour à Chicago, dirige une réunion de son conseil d'administration, où il met en avant le scandale qu'il a découvert en Indonésie, mettant ainsi sur la sellette le directeur de la Division Mines, qui, visiblement, tombe des nues quand il apprend ce qui se passe sous sa propre juridiction...


Comme d'habitude avec cette série, c'est un peu compliqué à résumer parce que ça part dans tous les sens et ce n'est qu'à la fin du tome 2 de chaque histoire que tout prend un sens. Et je n'ai pas encore lu « Le Centile d'Or », la deuxième partie de cette aventure.

Tout ce que je peux dire, c'est que cette histoire s'inspire grandement des faits actuels, certains personnages étant directement inspirés de personnes réelles (comme Elon Musk, Jeff Bezos... par exemple).

Comme toujours dans cette série, il y a de l'action, du rythme, mais aussi, et c'est ce que j'aime bien, du « contenu », c'est-à-dire des questions actuelles qui confinent souvent à l'éthique des affaires : jusqu'où aller ? L'argent, s'il est un moteur, un moyen, surtout, peut-il, et à quel prix, devenir un but, une fin en soi ? La ligne de crête observée par Largo, qui met au-dessus de tout la morale, est bien difficile à tenir, surtout quand les apparences sont trompeuses...


Paru aux éditions Dupuis, 2021. ISBN : 979-1-0347-4295-0.


mercredi 17 juin 2026

Alix, tome 5 : La Griffe noire, de Jacques Martin


Pompéi, premier siècle avant JC. Durant la nuit, une ombre inquiétante s'approche d'une riche demeure et, s'étant introduit dans la chambre du propriétaire de la maison, Flavius, qu'il frappe alors que la victime s'est réveillée à cause du bruit que l'intrus a fait en s'approchant du lit. Flavius, terrifié, quitte sa chambre en appelant au secours, avant de s'effondrer, totalement paralysé.

Quelques jours plus tard, alors que le drame vient d'être oublié, les pompéiens se réunissent dans la demeure de Pétrone pour une grande fête. Mais au cours de la soirée, alors que la nuit est tombée, un cri se fait entendre : Sulla, l'un des invités, s'effondre à son tour, lui aussi paralysé. C'est Alix, cousin de Pétrone, qui le découvre avec le maître des lieux. Le jeune homme repère rapidement la piste du coupable mais est distancé à l'extérieur et, une fois de plus, l'homme s'en sort sans conséquences.

Pétrone, cette fois, soupçonne un danger, y compris pour lui : les deux hommes attaqués font partie de ses proches. Ces soupçons se confirment lorsqu'une troisième victime est découverte inanimée dans un cimetière. C'est Alix et Enak, lancés sur la piste par un mystérieux parchemin laissé à leur intention, qui l'ont découvert et qui se retrouvent ainsi embarqués dans cette dangereuse histoire.

En enquêtant, Alix tombe sur un mystérieux mage qui n'hésite pas à le mettre au parfum avant de disparaître avec ses sbires. Alix risque sa vie, mais il est sauvé in extremis par Enak et le serviteur de Pétrone que ce dernier a mis à leur service pour le temps de l'enquête.

Pétrone finit par faire le lien entre les différentes victimes, le mage et un événement qui s'est déroulé à Icara, et c'est Gallas, le procurateur, lui aussi membre de l'équipe et prochaine victime potentielle, qui va raconter à Alix et Enak l'événement en question, et l'horreur qui en a découlé pour les habitants d'Icara.

L'attaque a bien lieu, mais la victime n'est pas celle qui était prévue. C'est le jeune héritier de Gallas qui se retrouve paralysé, et Alix s'engage alors à trouver le remède qui doit rendre aux victimes de la « Griffe noire » toute leur santé.

Et, bien sûr, ça va être assez compliqué...


Cet album est beau et bien écrit. Heureusement, les personnages sont surtout masculins, ce qui évite la question des visages des femmes...

L'histoire est bien menée, et les personnages me semblent moins « binaires » que dans d'autres albums : les méchants sont vraiment méchants, mais agissent pour « réparer » une situation odieuse dont ils ont été victimes au départ. Quant aux « gentils », si la plupart sont de vraies victimes, d'autres, en particulier Gallas, sont réellement antipathiques. Comme d'habitude aussi, Enak se met en danger par sa propre maladresse (ou malchance?), ce qui complique encore quelque peu le périple d'Alix. Mais a aussi le mérite de rajouter quelques péripéties à l'histoire et de faire avancer cette dernière. Donc...

Un bon cru, donc, même si ce n'est pas forcément mon préféré de la série...


Paru aux éditions Casterman, 1965. ISBN : 978-2-203-31202-9.


mercredi 10 juin 2026

Lefranc, tome 14 : La Colonne, de Jacques Martin et Christophe Simon


Paris, 4 heures du matin. Guy Lefranc, journaliste, est réveillé par le téléphone. Son patron, au journal, l'appelle pour lui demander de se rendre, en pleine nuit, chez une riche dame qui a une mission importante à lui confier.

Lefranc se rend donc chez elle, et elle lui raconte ce qu'elle attend de lui : qu'il se rende en Extrême-Orient, au nord du Cambodge, dans la jungle, afin de retrouver son fils Joachim qui semble y courir un grave danger. Le tout tous frais payés : la mère est colossalement riche et a déjà tout prévu : cartes de crédit, billets d'avion, adresses, recommandations, téléphone portable, etc, ainsi, bien sûr, qu'un chèque pour les honoraires et les dépliants touristiques et documents nécessaires à la mission.

Cela semble simple, comme toujours, et, bien entendu, la mission sera bien plus compliquée que prévu.

Lefranc s'embarque sans tarder, mais dès le départ, il est évident que Barbara Trelaunay joue un jeu trouble que, bien sûr, le lecteur n'apprendra qu'au fur et à mesure du déroulement de l'aventure (sinon, ce ne serait pas drôle...).

Gros bémol pour cette histoire : les dessins des personnages féminins (peu nombreux heureusement dans cet album). Le visage de Barbara est tout sauf celui d'une femme du monde : anguleux, laid, avec des traits masculins, on dirait plutôt une femme trans qu'une véritable femme... Ce trait caractéristique des bandes dessinées de Jacques Martin est malheureusement un de ceux qui m'ennuient le plus, parce qu'ils rendent les femmes de ces histoires assez détestables, me semble-t-il, alors que toutes ne sont pas aussi abjectes que Barbara Trelaunay ici...

Sinon, comme toujours, Axel Borg est de la partie, mais plus guidé par son propre intérêt personnel que par son animosité envers Lefranc, quitte, une fois de plus, à lui venir en aide. Borg est ainsi un peu l'antithèse de Lefranc, son alter ego maléfique, qui persiste à avoir besoin de lui, et donc à préférer le préserver plutôt que lui régler son compte une bonne fois pour toutes, même quand son ennemi est à sa merci... Les ressorts du mal sont parfois bien étranges. A moins que Borg ne soit pas aussi « diabolique » que son rôle dans ces albums ne le fait penser ?


Paru aux éditions Casterman, 1965. ISBN : 978-2-203-31414-6.


mercredi 3 juin 2026

Lefranc, tome 9 : La Crypte, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


Après l'Alsace, Lefranc, à bord d'un petit voilier, arrive dans le port de San Larco, dans un petit pays indéterminé qui ressemble furieusement à une principauté du type de Monaco. Il est immédiatement repéré par un mystérieux inconnu qui semblait l'attendre. Lefranc prend ses quartiers, mais, très vite, le mystère frappe à sa porte et son contact, la jeune femme qui l'a fait venir, prend des précautions infinies pour ne pas être elle-même repérée. Elle a ses raisons, très valables semble-t-il au passage, car sa famille est mêlée à une étrange histoire. Son père, ingénieur et surveillant général des chantiers nommé par le Conseil d’État du petit comté, découvre avec ses hommes, lors du chantier du nouvel aéroport et du complexe hôtelier de luxe qui lui sera attenant, une cavité qu'il explore et qui s'avère être une crypte gothique souterraine, entièrement préservée jusque là car totalement inconnue. Peu de temps après, l'ingénieur meurt dans un accident étrange, soi voiture écrabouillée par un bulldozer présent sur le chantier.

Julia, sa fille, a décidé de faire éclater la vérité : son père, selon elle, a été assassiné pour éviter qu'il n'ébruite sa découverte et mette un terme au chantier de l'aéroport, le complexe devant générer des bénéfices importants une fois qu'il sera opérationnel. Mais pour cela, elle a besoin de Guy Lefranc pour publier les documents qu'elle a en sa possession.

Tout aurait pu se terminer ici : Lefranc aurait pu rentrer à Paris et faire publier les documents, sauf que le mystère de la crypte le titille et il se renseigne au sujet de la vieille abbaye qui surplombe le site du chantier de l'aéroport et, la curiosité l'emportant, il décide d'y faire un tour... mettant ainsi le pied dans l'énigme de la crypte jusqu'à, finalement, ne plus pouvoir reculer.


On retrouvera bien entendu Axel Borg dans cette histoire, mais, comme dans l'album précédent, dans un rôle un peu intermédiaire, ni gentil, ni vraiment méchant (en tout cas envers Lefranc), mais plutôt cherchant son propre intérêt. Une sorte de grain de sable dans l'engrenage, donc, qui va mettre un beau bazar dans l'organisation criminelle que Lefranc tente de mettre au jour avec Julia.

Là encore, cet album est un bon cru ! Des décors soignés, une histoire bien montée, des personnages et une action qui ne laisse pas de place à l'ennui. Pour une fois, le personnage féminin a vraiment un visage de femme (c'est la grosse critique que je fais à cette série, comme on le verra dans d'autres albums). Le tout est beau, bien amené et fait montre de la bonne « dose » d'action que l'on est en droit d'attendre de ce type de bande dessinée.


Paru aux éditions Casterman, 1984. ISBN : 978-2-203-31409-2.