mercredi 7 octobre 2026

Lefranc, tome 15 : El Paradisio, de Jacques Martin et Christophe Simon


L'histoire commence dans la Cordillère des Andes, où a lieu un meeting aérien impliquant des avions de la seconde guerre mondiale. Lefranc (qui, apparemment, est pilote d'avions autant que journaliste), a atterri sans encombre et doit remplacer un autre pilote, empêché de concourir le lendemain.

Lefranc part avec l'avion pour se familiariser avec les commandes et est victime d'un accident en pleine montagne. Il en réchappe, mais l'avion est détruit et Lefranc est blessé. Il se retrouve dans la jungle sud-américaine, sans ressources ou si peu, et surtout sans moyen de savoir où il se trouve exactement. Il passe la nuit dans un campement improvisé, au bord du fleuve près duquel il a atterri en parachute et, au matin, il est surpris par des indigènes qui l'endorment et le transportent dans leur village, empêchant les secours dépêchés sur place de le retrouver. Le chef du village parle français, fruit du travail d'un missionnaire chrétien qui a vécu un moment auprès d'eux, permettant la communication avec Lefranc, qui, de son côté, adopte très vite les us, coutumes et savoirs des villageois. Ces derniers ne l'ont pas accueilli par hasard ni par pure bonté d'âme : ils sont face à un problème récurrent, et seul un « blanc » comme Lefranc peut les aider à le résoudre. Les jeunes filles du village sont régulièrement enlevées pour servir de main-d’œuvre pas chère et corvéable à merci. « Les frères d'El Paradisio ont besoin de jeunes filles pour coudre des vêtements afin d'entretenir les frères et sœurs d'El Paradisio et par leur dévouement rendre hommage au grand Devin »...

Lefranc va, bien sûr, les aider à résoudre le problème et mettre fin à cet esclavage moderne.


L'histoire se lit facilement, comme toujours dans cette série et les autres du même auteur. Elle m'en a rappelé une autre, « Les Proies du Volcan », dans la série « Alix »... C'est à peu près la même trame, transposée durant l'Empire romain. Là, il ne s'agissait pas de coudre des vêtements, mais de calmer la folie d'un « dieu »...

Ici, ce qui est dénoncé, c'est purement et simplement l'exploitation des croyances des villageois pour des raisons mercantiles. Une bande dessinée plutôt sympa à lire, où se mêlent des indigènes, des intérêts financiers, de pseudos-religieux d'une secte obscure et, bien sûr, l'aventure et le danger. Les ingrédients sont donc tous réunis pour en faire une bonne histoire !


Paru aux éditions Casterman, 2002. ISBN : 978-2-203-31415-3.

mercredi 23 septembre 2026

Lefranc, tome 13 : Le Vol du Spirit, de Jaques Martin et Gilles Chaillet

 

Guy Lefranc, journaliste français, est à Washington, en marge d'une réunion du G7, où il visite le Parlement des États-Unis. Il y a retrouvé Francis, son ami de « La Camarilla », qui le prend en photo avec un appareil Polaroïd. En regardant la photo, Lefranc a la surprise d'y reconnaître, en arrière-plan, son éternel adversaire, Axel Borg.

Un peu plus tard, alors que Borg a disparu, Lefranc retourne à son hôtel, pour y recevoir un colis déposé à son intention... et qui, bien sûr, vient d'Axel Borg. La provocation continue, puisque Francis a revu Borg, cette fois-ci avec la délégation suédoise, qui se présentait sous le nom de Comte Joachim von Sylow. Francis ayant un ami au F.B.I., il a contacté ce dernier qui demande à rencontrer Lefranc.

Borg est mis sous surveillance, bien sûr, mais cela ne l'empêche pas de réussir un tour de force : voler un avion dans le musée Air and Space, et pas n'importe lequel. Il s'agit du Spirit of Saint Louis, de l'aviateur Lindberg.

Lefranc est « embauché » par le F.B.I. et la police, afin de récupérer l'avion, à cause de ses connaissances approfondies des manœuvres d'Axel Borg, suspecté d'avoir commis le vol. L'aventure va l'entraîner jusqu'en Irlande, où il rencontre (un peu brutalement) Maureen Kinley, une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux et qui va aider le journaliste français dans ses recherches afin de retrouver l'avion et celui qui l'a volé, afin de le ramener en entier aux États-Unis.

Une histoire comme je les aime, bien construite et bien menée, avec des dessins réalistes et beaux, dans la droite ligne de la tradition de la bande dessinée franco-belge. C'est bien sûr parfois « capillotracté » (mais cette fois-ci, c'est Borg qui ne reconnaît pas Lefranc sous son déguisement, ça change!), mais globalement ça tient la route et l'histoire est pleine de rebondissements.

Mention spéciale pour le titre de l'album : il est vraiment très bien trouvé, parce qu'à double-sens en plus ! 

Une bonne lecture, donc, fidèle à la série !


Paru aux éditions Casterman, 2002. ISBN : 978-2-203-31413-3.



mercredi 16 septembre 2026

Yoko Tsuno, tome 32 : L'Intelligence intemporelle, de Roger Leloup


Avec cet album, j'avoue que je suis très, très ennuyée.

C'est vraiment la première fois que je suis déçue à la première lecture. Les derniers albums montraient des faiblesses évidentes au niveau du dessin, avec des erreurs de perspective, par exemple, mais là....

L'histoire commence, comme toujours depuis « La Servante de Lucifer », dans le ciel d’Écosse. Yoko et Emilia reviennent de Glasgow avec un petit appareil volant écossais, que Yoko semble avoir échangé contre le Tsar russe qu'elle pilotait depuis le « Septième Code ». Et c'est en rentrant à Loch Castle que réapparaît le père d'Emilia, qui invite sa fille à aller observer les glaciers en Antarctique. Emilia partie, Yoko reçoit la visite de Khany, inquiète au sujet d'une navette spatiale qui revient dans les environs de la Terre, porteuse d'une cargaison dont la Vinéenne se garde d'abord de préciser la nature à Yoko, mais aussi, et surtout, d'un désintégrateur très puissant qui pourrait menacer la sécurité des terriens.

Le décor est planté, on est donc repartis dans l'espace, avec une histoire en deux parties, l'une, effectivement, dans la banlieue de la Terre, et l'autre sous la Terre... Yoko y part seule avec Myna (et je n'ai pas trop bien compris pourquoi d'ailleurs), pour retrouver Syrby à la porte de la Citadelle des Fées. Et j'avoue que là, ça part, pour moi, quelque peu en « vrille »...

Je suis déçue. De l'histoire, donc, que j'ai du mal à suivre, avec deux « aventures » qui se suivent, un peu comme dans l'un des albums précédents, « Anges et Faucons », sauf que là, les défauts graphiques remarqués sont encore plus importants. Comme si le trait, autrefois si beau, si fin et si sûr, si tendre aussi, perdait tout réalisme, en particulier dans les visages des personnages. Vic, en particulier, est vraiment maltraité, visuellement parlant, aux pages 40 et 41 de l'album. Pol aussi, mais Pol n'apparaît que sur trois vignettes... preuve qu'il commence à y avoir bien trop de monde dans ces histoires. Songez : il a fallu d'abord éloigner Emilia et son père, puis faire garder Poky, Rosée et Pya par Ebony et Mieke, au cottage, pendant que Vic et Pol étaient à Glasgow, pour justifier que Yoko parte dans l'espace, seule avec Myna et Khany. L'histoire met donc 10 bonnes pages à se mettre en route, et cette première partie n'occupe qu'une quinzaine de pages de l'album en tout.

En rentrant, Yoko tombe sur les petites qui ont peur des « sorcières » hébergées en sous-sol. Myna est au courant, bien sûr, et les deux repartent, cette fois-ci dans les profondeurs de la Terre, à la recherche de l'intelligence supérieure qui gère le monde souterrain. Yoko découvre dans cet univers l'une des « fées », en réalité une créature matérielle intelligente, que Yoko finit par ramener, bien sûr, dans le cottage, qui commence de plus en plus à ressembler à l'Arche de Noé...

Oui, je suis déçue, parce que non seulement l'histoire en deux parties aurait mérité un développement plus long en deux albums, pour honorer chaque récit comme il se doit, mais aussi parce que Roger Leloup semble réutiliser les mêmes « ficelles », les mêmes objets qu'au début de la série : le désintégrateur « modèle familial » de « La Forge de Vulcain », les boîtes mémoires des « Trois Soleils de Vinéa »... Le monde souterrain n'est pas inconnu, en réalité, sauf que dans le tout premier album, « Le Trio de l’Étrange », l'entrée ne se trouvait pas là du tout, et que dans « La Forge de Vulcain », le puits d'accès avait été fermé. Ici, l'entrée par l’Écosse semble ouvrir sur plusieurs mondes à la fois, tant Vinéens que Celtes, plus ou moins ésotériques et irréels... J'ai de plus en plus de difficultés à adhérer à ces histoires, et aussi de plus en plus l'impression que Roger Leloup a, en réalité, encore beaucoup de choses à dire et à écrire, beaucoup d'aventures à faire vivre à ses héroïnes. Tellement qu'il les condense en peu de pages, là où, dans les albums précédents, il déployait les histoires sur 48 vraies pages. Au final, cela me donne plutôt l'impression d'une histoire presque bâclée, un peu « fourre-tout », avec de nombreuses élisions qui rendent la compréhension plus difficile...

Je n'oublie pas (et j'admire, d'ailleurs, la performance), que l'auteur aura bientôt 93 ans... Mes critiques semblent acerbes, alors qu'elles reflètent, en réalité, l'étendue de mes attentes envers cet auteur... et donc l'étendue de ma déception devant cet album qui aurait pu avoir une toute autre ampleur...

Roger Leloup m'a dit un jour qu'il refusait catégoriquement que son héroïne soit reprise par un autre (ou d'autres) auteur(s), tant au scénario qu'au dessin. Yoko est et restera sa fille, et ses aventures se termineront avec la mort de son « père ». Un choix courageux, responsable aussi, mais qui peut, d'une certaine manière, expliquer aussi l'urgence qu'on ressent à la lecture des derniers albums. Quitte à sacrifier la cohérence, le graphisme, la beauté des histoires ? Pourtant, le fond des récits de Roger Leloup reflète toujours, et depuis le début de la série, une préoccupation contemporaine : les dangers de la technologie quand elle est mal utilisée, ou utilisée à des fins criminelles : le clonage, si je me souviens bien, dans « Le Secret de Khany », par exemple, ou, ici, les dangers de l'intelligence artificielle. Une vraie déception, donc, parce que j'ai une très grande affection pour cette série et pour son auteur...


Paru aux éditions Dupuis, 2026. ISBN : 978-2-8085-1465-1.


mercredi 9 septembre 2026

François, le pape venu du sud, de Bernard Lecomte, Simona Mogavino, Pasquale Del Vecchio et Giampiero Casertano


François est le premier pape venu d'Amérique latine. Mort en 2025, son successeur, Léon XIV, vient lui aussi du Nouveau Monde, mais il a, quant à lui, un pied sur les deux continents américains : il vient des USA mais a vécu une bonne partie de son ministère en Amérique latine...

Pour en revenir à François, d'origine italienne, il était évêque de Rome au moment de la pandémie de Covid 19. L'album s'ouvre d'ailleurs sur une séquence inédite : en mars 2020, dans les premiers jours du confinement qui a frappé toute la planète ou presque, les images télévisées montrent le pape, seul sur la place Saint Pierre, sous la pluie. Il prie pour le monde, pour les victimes de la pandémie.

Cette bande dessinée reprend donc l'un des moments forts du pontificat de Jorge Bergoglio, sous le nom de François, pour en montrer les difficultés, les enjeux et le fonctionnement. François a été un pape qui n'a laissé personne indifférent : très aimé des uns, détesté des autres, avec un style bien à lui. Marqué par sa vie en Argentine, où il a été témoin des difficultés sociales de ses compatriotes en particulier, il a montré dès son élection au siège de Pierre un attachement particulier pour les migrants, les pauvres, les malades, les prisonniers, et a multiplié les gestes marquants envers eux : visites sur l'île de Lesbos, auprès des migrants, à plusieurs reprises, accueil de migrants sur le sol italien, messes du Jeudi Saint avec le geste du lavement des pieds en prison... Ces gestes forts ont émaillé son pontificat et ses déplacements.

François, c'est aussi le successeur de Benoît XVI, dont le pontificat a été marqué par les Vatileaks, une fuite de documents émanant du Vatican qui a poussé le pape à démissionner, et François à commencer un grand « ménage » au sein de la curie romaine, ce qui, bien sûr, n'a pas plu à tout le monde. Avec son style de gouvernement musclé, voire brutal, sans doute, François ne s'est pas fait que des amis.

C'est donc la vie de ce pape qui est racontée dans cet album, documents à l'appui, et qui, pour qui s'intéresse à l'histoire de la papauté et de l'Eglise, offre un regard plutôt nuancé. Les éditions du Cerf et Glénat s'associent une fois encore avec cette série sur les Papes, et c'est plutôt une bonne nouvelle, qui permet de mieux connaître différentes figures de la papauté à travers l'histoire, depuis Saint Pierre, le premier pape, jusqu'à François, en passant par Pie XII, Jean-Paul II Clément III ou Alexandre IV pour n'en citer que quelques-uns. C'est une série de qualité, que je recommande pour sa qualité documentaire, narrative et graphique, toutes qualités que l'on attend d'une bande dessinée sérieuse. Quelques pages, à la fin, donnent davantage d'informations, avec des documents d'archives (photos, par exemple) afin d'approfondir un peu la lecture.

 

Paru aux éditions Glénat/Cerf, 2025 (Un Pape dans l'Histoire). ISBN : 978-2-344-03114-8


mercredi 2 septembre 2026

Largo Winch, tome 24 : Le Centile d'Or, par Philippe Francq et Eric Giacometti

 

La deuxième partie du diptyque commencé dans La Frontière de la Nuit commence par un flashback sur l'enfance de Jarod Manskind, qui a invité Largo pour une escapade en navette suborbitale, afin de trouver une solution dans le différend qui les oppose. Dans la navette, tout ne se passe pas comme prévu : les deux milliardaires perdent connaissance durant le vol, victimes d'une panne d'oxygène orchestrée par une organisation d'éco-combattants qui a déclaré la guerre aux riches : We Blue.

Quand Largo reprend connaissance, il parvient à réveiller Jarod, juste à temps pour apprendre que We-Blue a aussi pris le contrôle de la navette et a décidé de les éradiquer tous les deux. La navette fonce vers la Terre, et s'écrasera quatre minutes plus tard...

Bien sûr, la vie de Largo, le héros de la série, ne va pas s'arrêter à la page 3 de l'album, donc on se doute qu'il finira bien par trouver une solution. Mais le suspense est bien là !

Parallèlement, Simon poursuit son enquête et découvre que l'Indomining, partenaire de Largo dans l'exploitation d'une mine en Indonésie, a monté une embrouille afin d'obliger Largo à fermer la mine et à lui vendre ses parts afin d'en prendre le contrôle.

Les deux intrigues se déroulent donc en parallèle, avec d'une part le sauvetage de Lardo et Jarod, et, d'autre part, l'enquête de Simon en Indonésie.

Mais là encore, tout ne se passe pas comme prévu, et l'adversaire est de taille, provoquant un drame qui va demander à Largo tout son courage pour rétablir la situation.

Je reste attachée à cette série, parce qu'elle m'a vue évoluer durant la fin de mon adolescence et le début de ma vie d'adulte, mais j'ai de plus en plus de mal à entrer dans les intrigues.

Je dois malgré tout reconnaître que les auteurs parviennent à « coller » à l'actualité, dans les thèmes qu'ils abordent. Ici, la question écologique et le grand reproche qui est fait aux « riches », accusés de polluer sans vergogne et d'exploiter les plus pauvres pour toujours s'enrichir davantage. Le personnage de Largo est intéressant de ce point de vue : il fait partie de ces milliardaires qui, dans l'imaginaire collectif de nos sociétés, sont dans le camp du « mal » ou des « méchants » pollueurs/exploiteurs. Mais Largo est le héros de la série, et il véhicule l'image d'un milliardaire en blue-jeans qui utilise sa fortune pour rétablir la justice, et non pour en tirer profit personnellement. Dans ce nouveau diptyque, le lecteur se rend compte que le problème n'est pas d'être riche – et donc méchant – ou pauvre – et gentil, mais de savoir comment on utilise sa richesse, ses biens, son travail, son savoir, ses rêves, pour en faire quelque chose de bon ou de mauvais pour soi et pour les autres. C'est donc un peu plus subtil que ce que nos « élites » (hommes et femmes politiques de droite, d'extrême droite ou gauche, ou écologistes par exemple) cherchent à nous faire croire. Et rien que pour ça, cette série est plus intelligente qu'il n'y paraît.

Et j'avoue que j'aime particulièrement ce qui est subtil, intelligent, et qui tord le cou aux idées simplistes et binaires. La vie est toujours, toujours en technicolor, et non en noir et blanc... Et, je vous rassure, comme c'est une bande dessinée, c'est bien le héros qui triomphe et qui fait triompher la justice, au bout du compte. Pour savoir comment, il va quand même falloir lire la BD !


Paru aux éditions Dupuis, 2023. ISBN : 979-1-0347-7090-8.

samedi 29 août 2026

L'Odyssée, de Homère


Comme beaucoup de livres, j'ai celui-ci dans ma bibliothèque depuis très longtemps. Et quand je dis « très longtemps », c'est vraiment très long... au moins 20 ans, au vu de l'année d'édition de l'ouvrage (la couverture qui sert ici d'illustration n'est pas du tout celle qui orne l'ouvrage que j'ai entre les mains!). Ce livre, cela faisait des années que je voulais le lire, et j'avais toujours eu autre chose de plus urgent à faire. Sauf que cette année, un de nos amis prêtres nous a invités à passer douze jours sur un voilier, en Grèce, et le voyage avait pour thème L'Odyssée, au moment même où est sortie l'adaptation au cinéma de Christopher Nolan. Et les consignes avant le voyage étaient claires : nous devions nous renseigner sur le voyage d'Ulysse.

Voilà l'occasion et les raisons qui me manquaient d'ouvrir enfin L'Odyssée...

L'histoire elle-même est connue, bien sûr. Ulysse, héros de la Guerre de Troie, revient dans sa patrie, à Ithaque, pour y retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque, qu'il a laissés derrière lui quand il est parti pour Troie, vingt ans plus tôt. Parce que oui, son absence aura duré vingt ans au total. Dix ans de guerre, et dix autres années pour le retour, le temps de grandir en humanité, de devenir un véritable homme, capable de prendre des décisions difficiles, de choisir le moindre mal, de s'ancrer dans la réalité, de fuir les plaisirs faciles et les rêves inaccessibles pour décider de retrouver la vie quotidienne, la vie de père de famille, d'époux, de chef.

C'est tout cela que raconte L'Odyssée, à travers les différentes épreuves qu'Ulysse doit affronter : les sirènes, le cyclope, Charybde et Scylla, la fureur du dieu Poséidon, les Lestrygons, les lotophages ou encore les Cicones, la magicienne Circé, l’envoûtante Calypso... et jusqu'au séjour des morts. Ulysse doit faire face à la force brutale, à la barbarie, à la violence pure et sans raison, aux tentations diverses, et si ce voyage prend tant de temps, c'est peut-être justement parce qu'il faut du temps pour bâtir un homme droit dans ses bottes, capable de faire face aux aléas et difficultés de la vie....

Le poème (car c'en est un) se compose de 24 chants, dont la moitié est occupée par le retour d'Ulysse proprement dit et le récit de toutes ses épreuves, et l'autre moitié par l'ultime épreuve : celle du retour à Ithaque et de la reconquête de sa maison, de son épouse, mais aussi de son pouvoir et de sa place de roi d'Ithaque. Ulysse doit déployer ruses et astuces pour mettre à mal les projets des prétendants, de jeunes hommes qui convoitent le trône d'Ulysse et espèrent, pour y accéder, se marier avec Pénélope.

Cette dernière est un modèle de vertu, de patience, d'abnégation. Elle attend son mari, elle attend de ses nouvelles, espère et pleure chaque jour son absence.

Les enfants, dans la Grèce antique, apprenaient à lire et à écrire avec les récits d'Homère, dont celui-ci est la deuxième partie de l'oeuvre, commencée avec L'Iliade. Et c'était loin d'être idiot, comme méthode d'enseignement de la langue. Car le contenu de l'oeuvre est aussi, en soi, un enseignement précieux sur le développement de l'être humain : comment devenir un homme avisé, par exemple.

Un fait m'a frappé, qui a fait écho à ce qu'on trouve encore, de nos jours, en Grèce : le sens de l'hospitalité. L'hospitalité, dans la Grèce antique, était d'une importance cruciale : ce qui est dit dans l'Odyssée, c'est que cette hospitalité est dûe à toute personne qui arrive, quel que soit son rang, son apparence, sa famille, sa filiation, ses qualités. L'hôte qui l'accueille doit lui donner de quoi boire et manger, se vêtir si nécessaire, se reposer... et ce avant même de lui demander son nom. Cet accueil, cette aide gratuite, nous les avons retrouvés dans les îles où nous sommes passés durant notre périple cet été. Nous y avons vécu l'accueil, l'aide de la part des îliens en cas de difficultés pour amarrer le bateau, par exemple, ou encore quand le moteur électrique de l'annexe refusait de démarrer : un habitant de l'île a alors demandé à son fils de nous ramener au bateau avec sa barque et ce jeune garçon d'une douzaine d'années nous a tous conduits à bon port.

Bien sûr, on peut voir là la solidarité des gens de mer, solidarité nécessaire et vitale pour tous. Une des règles d'or de la marine est qu'on ne laisse jamais, jamais, quelqu'un en danger en mer. Fût-ce un ennemi. Mais il y avait chez les Grecs que nous avons rencontrés une forme de bienveillance et d'accueil inconditionnel, un sourire empreint de gentillesse qui allait plus loin que la simple solidarité qui protège tous les marins. C'est peut-être parce que je n'ai pas retrouvé cette bienveillance à notre retour que cela m'a frappée, mais j'ai l'impression que l'hospitalité, en Grèce, c'est bien plus qu'un simple mot.

Quelques mots sur le film de Christopher Nolan, pour ceux qui ne l'ont pas encore vu : Allez-y !

D'abord, le film est assez fidèle au récit d'Homère. Moyennant quelques raccourcis (par exemple, c'est Calypso, dans le film, qui fait manger les fleurs de loto à Ulysse, et non les lotophages), on retrouve dans le film la quasi-totalité des épreuves que subit Ulysse dans le récit homérique. La partie la moins bien traitée, et c'est dommage, à mon sens, c'est celle où Ulysse affronte le Cyclope. Sans doute pour aller plus vite, Nolan est passé à côté d'un élément important de l'Odyssée, à savoir la question de l'identité d'Ulysse. Je n'en ai pas encore parlé, mais toute l'histoire d'Ulysse est aussi une question de nom, d'identité, celle qu'Ulysse doit accepter d'endosser, d'assumer, pour devenir vraiment lui-même. C'est donc un peu dommage. Mais par ailleurs, ce que j'ai trouvé intéressant, c'est aussi le saut dans le temps et dans la mémoire d'Ulysse, lorsqu'il raconte comment il a vécu la fin de la Guerre de Troie, et la ruse qu'il a dû utiliser pour vaincre les Troyens. Nolan a réussi à intégrer, au cœur de l'Odyssée, la fin de l'Iliade, en tout cas les hauts faits d'Ulysse dans cette guerre, alors même qu'il n'est pas le personnage principal de ce premier récit. Il y aurait beaucoup à dire, bien sûr, sur ce film de presque trois heures que j'ai trouvé magnifique, mais je ne voudrais pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l'ont pas encore vu. Alors, si vous voulez en savoir plus, foncez au cinéma le plus proche ! Et régalez-vous...


Paru aux éditions LGF (Le Livre de Poche), 1996. ISBN : 978-2-253-00564-3.


mercredi 22 juillet 2026

Lefranc, tome 12 : La Camarilla, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


Je poursuis mon exploration des bandes dessinées écrites par Jacques Martin (et dessinées par d'autres parce que l'auteur avait tant d'histoires à raconter, sur deux séries (Alix et Lefranc) puis une troisième (Jhen), qu'il ne pouvait plus les dessiner toutes lui-même, d'autant plus qu'il avait intégré, très tôt, avec Roger Leloup, les Studios Hergé).

Bref. Mon mari et mes enfants se chargent de m'offrir régulièrement les albums des deux séries principales de Jacques Martin, ce qui me permet de rattraper mon retard en lecture. Parce que, bien sûr, ce douzième album de la série Lefranc ne date pas du tout de 1997, mais plutôt des années 1970...

Nous sommes ici en Italie, à Monza, où a lieu, comme chaque année, une course automobile. Celle-ci voit s'affronter Yon Clare, un français, et Jim Hall, un américain. Très vite, le Français est mis en difficulté et réchappe de peu à un accident, qu'il sait ne pas être tout à fait accidentel... Il refuse de répondre aux journalistes présents pour couvrir l'événement, n'acceptant de parler qu'à son ami Guy Lefranc, à qui il révèle que le moteur de sa voiture a été saboté à distance, provoquant ainsi l'accident et donnant l'avantage à l'américain pour des histoires de gros sous (en gros).

Yon Clare ne se laisse pas abattre pour autant et part se mettre « au vert » quelques temps au bord du lac de Côme, où il invite Lefranc à qui il a promis une série d'interviews pour son journal. Les deux hommes vont ainsi se retrouver au cœur d'une machination mafieuse à laquelle, bien sûr, Axel Borg, le meilleur ennemi de Lefranc, n'est pas étranger.

J'ai lu cette bande dessinée assez rapidement : elle est intéressante, au rythme enlevé, bien construite et pleine de rebondissements. Tout à fait ce dont on a besoin en vacances ! (et quand il fait aussi chaud qu'au moment où j'écris ces lignes, c'est-à-dire le 24 juin!). Si vous ne connaissez toujours pas la série, foncez : il s'agit d'une valeur sûre, au même titre que Tintin, Astérix, Yoko Tsuno ou Blake et Mortimer ! 'D'autres aussi, bien sûr, mais ces séries-là sont vraiment tout public : comme je l'écrivais dans mon précédent billet, ici, le Bien triomphe toujours du Mal, même si le mal continue son œuvre, avec comme toujours des victimes innocentes...


Paru aux éditions Casterman, 1997. ISBN : 978-2-203-31412-2.