samedi 31 octobre 2026

Ferdinaud Céline, de Pierre Siniac


Jean-Rémi Dochin et Gastinel remportent un succès littéraire tout à fait inattendu avec leur roman La Java Brune, qui a pour cadre la France sous l'occupation. Mais ces deux auteurs sont « hors-normes » dans le monde de l'édition : Jean-Rémi Dochin est clochard et ne croit pas en son talent. Quant à Gastinel, c'est un éditeur qui n'édite rien, après avoir été un écrivain raté.

La seule qui a foi en Dochin, c'est Céline Ferdinaud, qui tient un gîte accueillant tous ceux qui ne trouvent pas de place à l'hôtel : les marginaux, les trop gros, les saltimbanques et leurs animaux plus ou moins exotiques... elle pousse Jean-Rémi à écrire, lui fournit gîte et couvert (et un peu plus...), tant et si bien que Jean-Rémi finit par mettre le point final à ce récit et se lance dans l'aventure de l'édition.

Le roman est plutôt poussif au début (j'ai eu du mal à entrer dedans), mais, assez vite, j'ai été prise par le récit, construit en quatre parties qui emmènent le lecteur dans des allers-retours temporels permettant de comprendre peu à peu les tenants et aboutissants de cette intrigue rudement bien ficelée et inattendue. Parce que, bien sûr, tout n'est pas aussi simple qu'il y paraît...

J'ai dévoré ce livre, après les premiers chapitres plus difficiles. L'intrigue est vraiment bien, les rebondissements incessants, et le lecteur est entraîné malgré lui dans une enquête policière (sans la police, d'ailleurs) mouvementée et avec des retours dans le temps fréquents. Comme le dit Jean-Patrick Manchette : « C'est toujours le même œil que Siniac pose, dingue, désespéré, hilarant. ». Je n'aurais pas dit mieux.


Paru aux éditions Payot & Rivages, 2025 (Les Iconiques de François Guérif). ISBN : 978-2-743-66565-4.


mercredi 28 octobre 2026

Un Pape dans l'histoire : Alexandre VI : Le Règne des Borgia, tomes 1 et 2, de Simona Mogavino, Alessio Lapo et Bernard Lecomte





« Rome, 26 août 1492. Neveu et fils adoptif du pape Calixte III, Rodrigo Borgia triomphe et s'assoit sur le trône pontifical. A coups de corruption et de manœuvres politiques au sein de la curie romaine, il a su déjouer son grand rival, Giuliano Della Rovere, futur Jules II. Le nouveau pape règne alors en profitant, sans aucun scrupule, de son pouvoir pour favoriser sa propre famille et accumuler l'une des plus grandes richesses de l'époque. »

La série « Un Pape dans l'histoire » est vraiment passionnante, et elle permet de mettre à portée de tout le monde l'histoire (simplifiée, bien sûr, mais très exacte du point de vue scientifique) de l’Église. Le pape Alexandre VI est un homme riche, très riche, et très influent en son temps. Il fait partie de la famille Borgia, l'une des plus influentes de l'époque, tout comme les Della Rovere ou les Médicis dans leurs fiefs respectifs. La papauté, à l'époque, est une affaire de pouvoir, de famille aussi, et bien sûr d'influence dans le contexte compliqué des débuts de la Renaissance, avec la découverte du Nouveau Monde, mais aussi les guerres et les luttes de pouvoir. Les années 1490, c'est aussi les conflits entre la France et l'Italie pour le contrôle de la péninsule, à travers laquelle le roi de France espère contrôler la Méditerranée et ses richesses, ce qui lui donnerait la suprématie en Europe.

Pour obtenir ce qu'il veut, le pape Alexandre VI utilise les différents moyens à sa disposition, dont ses enfants (parce que, oui, à ce moment-là, la discipline de l’Église en matière de célibat ecclésiastique n'était pas vraiment la même qu'aujourd'hui!), et en particulier sa fille Lucrèce, qu'il marie trois fois pour assurer ses intérêts tant financiers que territoriaux, les alliances matrimoniales servant, à l'époque, à s'assurer qu'un contrat sera bien honoré...

Les deux fils d'Alexandre VI, César et Juan, ne sont pas en reste. L'aîné, César, est voué par son père à assurer la continuité en matière religieuse, puisque le pape fait de lui un prêtre, puis cardinal à 25 ans, avant qu'il ne quitte la prêtrise pour digiger militairement les Etats pontificaux. Juan, de son côté, est Duc ce Gandie et rival de son frère. Ce qui n'ira pas sans poser certains problèmes à leur père. On voit bien ici l'un des problèmes qui se posent, celui de la simonie, c'est-à-dire l'achat de charges ecclésiastiques, ou le trafic de biens spirituels (par exemple les fameux trafics d'indulgences), qui conduiront, quelques années plus tard, à la crise protestante et au schisme qui s'ensuivra.

Bref, une double bande dessinée très intéressante, à lire avec, à l'esprit, la conscience que l'époque n'avait rien à voir avec ce que nous vivons aujourd'hui, et que les enjeux de pouvoirs prévalaient la plupart du temps sur les questions de foi. On doit à Rodrigo Borgia, Alexandre VI, certaines richesses des bâtiments pontificaux, tout comme la chapelle Sixtine est le résultat des goûts de Sixte IV, pape quelques années avant Rodrigo Borgia. Pourtant, de manière providentielle, malgré les problèmes de discipline religieuse, les papes (dont Alexandre VI) ont toujours gardé le dépôt de la foi sans y introduire d'hérésies (ce qui aurait pu arriver, compte-tenu des mœurs et des erreurs que certains papes ont commises...). Et c'est sans doute ce qu'il y a de plus important, puisque le pape est le garant de la foi pour toute l’Église, depuis plus de 2000 ans maintenant.


Tome 1 : Paru aux éditions Glénat et Cerf, 2019. ISBN : 978-2-344-03088-2.

Tome 2 : Paru aux éditions Glénat et Cerf, 2025. ISBN : 978-2-344-03808-6.



mercredi 7 octobre 2026

Lefranc, tome 15 : El Paradisio, de Jacques Martin et Christophe Simon


L'histoire commence dans la Cordillère des Andes, où a lieu un meeting aérien impliquant des avions de la seconde guerre mondiale. Lefranc (qui, apparemment, est pilote d'avions autant que journaliste), a atterri sans encombre et doit remplacer un autre pilote, empêché de concourir le lendemain.

Lefranc part avec l'avion pour se familiariser avec les commandes et est victime d'un accident en pleine montagne. Il en réchappe, mais l'avion est détruit et Lefranc est blessé. Il se retrouve dans la jungle sud-américaine, sans ressources ou si peu, et surtout sans moyen de savoir où il se trouve exactement. Il passe la nuit dans un campement improvisé, au bord du fleuve près duquel il a atterri en parachute et, au matin, il est surpris par des indigènes qui l'endorment et le transportent dans leur village, empêchant les secours dépêchés sur place de le retrouver. Le chef du village parle français, fruit du travail d'un missionnaire chrétien qui a vécu un moment auprès d'eux, permettant la communication avec Lefranc, qui, de son côté, adopte très vite les us, coutumes et savoirs des villageois. Ces derniers ne l'ont pas accueilli par hasard ni par pure bonté d'âme : ils sont face à un problème récurrent, et seul un « blanc » comme Lefranc peut les aider à le résoudre. Les jeunes filles du village sont régulièrement enlevées pour servir de main-d’œuvre pas chère et corvéable à merci. « Les frères d'El Paradisio ont besoin de jeunes filles pour coudre des vêtements afin d'entretenir les frères et sœurs d'El Paradisio et par leur dévouement rendre hommage au grand Devin »...

Lefranc va, bien sûr, les aider à résoudre le problème et mettre fin à cet esclavage moderne.


L'histoire se lit facilement, comme toujours dans cette série et les autres du même auteur. Elle m'en a rappelé une autre, « Les Proies du Volcan », dans la série « Alix »... C'est à peu près la même trame, transposée durant l'Empire romain. Là, il ne s'agissait pas de coudre des vêtements, mais de calmer la folie d'un « dieu »...

Ici, ce qui est dénoncé, c'est purement et simplement l'exploitation des croyances des villageois pour des raisons mercantiles. Une bande dessinée plutôt sympa à lire, où se mêlent des indigènes, des intérêts financiers, de pseudos-religieux d'une secte obscure et, bien sûr, l'aventure et le danger. Les ingrédients sont donc tous réunis pour en faire une bonne histoire !


Paru aux éditions Casterman, 2002. ISBN : 978-2-203-31415-3.

mercredi 23 septembre 2026

Lefranc, tome 13 : Le Vol du Spirit, de Jaques Martin et Gilles Chaillet

 

Guy Lefranc, journaliste français, est à Washington, en marge d'une réunion du G7, où il visite le Parlement des États-Unis. Il y a retrouvé Francis, son ami de « La Camarilla », qui le prend en photo avec un appareil Polaroïd. En regardant la photo, Lefranc a la surprise d'y reconnaître, en arrière-plan, son éternel adversaire, Axel Borg.

Un peu plus tard, alors que Borg a disparu, Lefranc retourne à son hôtel, pour y recevoir un colis déposé à son intention... et qui, bien sûr, vient d'Axel Borg. La provocation continue, puisque Francis a revu Borg, cette fois-ci avec la délégation suédoise, qui se présentait sous le nom de Comte Joachim von Sylow. Francis ayant un ami au F.B.I., il a contacté ce dernier qui demande à rencontrer Lefranc.

Borg est mis sous surveillance, bien sûr, mais cela ne l'empêche pas de réussir un tour de force : voler un avion dans le musée Air and Space, et pas n'importe lequel. Il s'agit du Spirit of Saint Louis, de l'aviateur Lindberg.

Lefranc est « embauché » par le F.B.I. et la police, afin de récupérer l'avion, à cause de ses connaissances approfondies des manœuvres d'Axel Borg, suspecté d'avoir commis le vol. L'aventure va l'entraîner jusqu'en Irlande, où il rencontre (un peu brutalement) Maureen Kinley, une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux et qui va aider le journaliste français dans ses recherches afin de retrouver l'avion et celui qui l'a volé, afin de le ramener en entier aux États-Unis.

Une histoire comme je les aime, bien construite et bien menée, avec des dessins réalistes et beaux, dans la droite ligne de la tradition de la bande dessinée franco-belge. C'est bien sûr parfois « capillotracté » (mais cette fois-ci, c'est Borg qui ne reconnaît pas Lefranc sous son déguisement, ça change!), mais globalement ça tient la route et l'histoire est pleine de rebondissements.

Mention spéciale pour le titre de l'album : il est vraiment très bien trouvé, parce qu'à double-sens en plus ! 

Une bonne lecture, donc, fidèle à la série !


Paru aux éditions Casterman, 2002. ISBN : 978-2-203-31413-3.



mercredi 16 septembre 2026

Yoko Tsuno, tome 32 : L'Intelligence intemporelle, de Roger Leloup


Avec cet album, j'avoue que je suis très, très ennuyée.

C'est vraiment la première fois que je suis déçue à la première lecture. Les derniers albums montraient des faiblesses évidentes au niveau du dessin, avec des erreurs de perspective, par exemple, mais là....

L'histoire commence, comme toujours depuis « La Servante de Lucifer », dans le ciel d’Écosse. Yoko et Emilia reviennent de Glasgow avec un petit appareil volant écossais, que Yoko semble avoir échangé contre le Tsar russe qu'elle pilotait depuis le « Septième Code ». Et c'est en rentrant à Loch Castle que réapparaît le père d'Emilia, qui invite sa fille à aller observer les glaciers en Antarctique. Emilia partie, Yoko reçoit la visite de Khany, inquiète au sujet d'une navette spatiale qui revient dans les environs de la Terre, porteuse d'une cargaison dont la Vinéenne se garde d'abord de préciser la nature à Yoko, mais aussi, et surtout, d'un désintégrateur très puissant qui pourrait menacer la sécurité des terriens.

Le décor est planté, on est donc repartis dans l'espace, avec une histoire en deux parties, l'une, effectivement, dans la banlieue de la Terre, et l'autre sous la Terre... Yoko y part seule avec Myna (et je n'ai pas trop bien compris pourquoi d'ailleurs), pour retrouver Syrby à la porte de la Citadelle des Fées. Et j'avoue que là, ça part, pour moi, quelque peu en « vrille »...

Je suis déçue. De l'histoire, donc, que j'ai du mal à suivre, avec deux « aventures » qui se suivent, un peu comme dans l'un des albums précédents, « Anges et Faucons », sauf que là, les défauts graphiques remarqués sont encore plus importants. Comme si le trait, autrefois si beau, si fin et si sûr, si tendre aussi, perdait tout réalisme, en particulier dans les visages des personnages. Vic, en particulier, est vraiment maltraité, visuellement parlant, aux pages 40 et 41 de l'album. Pol aussi, mais Pol n'apparaît que sur trois vignettes... preuve qu'il commence à y avoir bien trop de monde dans ces histoires. Songez : il a fallu d'abord éloigner Emilia et son père, puis faire garder Poky, Rosée et Pya par Ebony et Mieke, au cottage, pendant que Vic et Pol étaient à Glasgow, pour justifier que Yoko parte dans l'espace, seule avec Myna et Khany. L'histoire met donc 10 bonnes pages à se mettre en route, et cette première partie n'occupe qu'une quinzaine de pages de l'album en tout.

En rentrant, Yoko tombe sur les petites qui ont peur des « sorcières » hébergées en sous-sol. Myna est au courant, bien sûr, et les deux repartent, cette fois-ci dans les profondeurs de la Terre, à la recherche de l'intelligence supérieure qui gère le monde souterrain. Yoko découvre dans cet univers l'une des « fées », en réalité une créature matérielle intelligente, que Yoko finit par ramener, bien sûr, dans le cottage, qui commence de plus en plus à ressembler à l'Arche de Noé...

Oui, je suis déçue, parce que non seulement l'histoire en deux parties aurait mérité un développement plus long en deux albums, pour honorer chaque récit comme il se doit, mais aussi parce que Roger Leloup semble réutiliser les mêmes « ficelles », les mêmes objets qu'au début de la série : le désintégrateur « modèle familial » de « La Forge de Vulcain », les boîtes mémoires des « Trois Soleils de Vinéa »... Le monde souterrain n'est pas inconnu, en réalité, sauf que dans le tout premier album, « Le Trio de l’Étrange », l'entrée ne se trouvait pas là du tout, et que dans « La Forge de Vulcain », le puits d'accès avait été fermé. Ici, l'entrée par l’Écosse semble ouvrir sur plusieurs mondes à la fois, tant Vinéens que Celtes, plus ou moins ésotériques et irréels... J'ai de plus en plus de difficultés à adhérer à ces histoires, et aussi de plus en plus l'impression que Roger Leloup a, en réalité, encore beaucoup de choses à dire et à écrire, beaucoup d'aventures à faire vivre à ses héroïnes. Tellement qu'il les condense en peu de pages, là où, dans les albums précédents, il déployait les histoires sur 48 vraies pages. Au final, cela me donne plutôt l'impression d'une histoire presque bâclée, un peu « fourre-tout », avec de nombreuses élisions qui rendent la compréhension plus difficile...

Je n'oublie pas (et j'admire, d'ailleurs, la performance), que l'auteur aura bientôt 93 ans... Mes critiques semblent acerbes, alors qu'elles reflètent, en réalité, l'étendue de mes attentes envers cet auteur... et donc l'étendue de ma déception devant cet album qui aurait pu avoir une toute autre ampleur...

Roger Leloup m'a dit un jour qu'il refusait catégoriquement que son héroïne soit reprise par un autre (ou d'autres) auteur(s), tant au scénario qu'au dessin. Yoko est et restera sa fille, et ses aventures se termineront avec la mort de son « père ». Un choix courageux, responsable aussi, mais qui peut, d'une certaine manière, expliquer aussi l'urgence qu'on ressent à la lecture des derniers albums. Quitte à sacrifier la cohérence, le graphisme, la beauté des histoires ? Pourtant, le fond des récits de Roger Leloup reflète toujours, et depuis le début de la série, une préoccupation contemporaine : les dangers de la technologie quand elle est mal utilisée, ou utilisée à des fins criminelles : le clonage, si je me souviens bien, dans « Le Secret de Khany », par exemple, ou, ici, les dangers de l'intelligence artificielle. Une vraie déception, donc, parce que j'ai une très grande affection pour cette série et pour son auteur...


Paru aux éditions Dupuis, 2026. ISBN : 978-2-8085-1465-1.


mercredi 9 septembre 2026

François, le pape venu du sud, de Bernard Lecomte, Simona Mogavino, Pasquale Del Vecchio et Giampiero Casertano


François est le premier pape venu d'Amérique latine. Mort en 2025, son successeur, Léon XIV, vient lui aussi du Nouveau Monde, mais il a, quant à lui, un pied sur les deux continents américains : il vient des USA mais a vécu une bonne partie de son ministère en Amérique latine...

Pour en revenir à François, d'origine italienne, il était évêque de Rome au moment de la pandémie de Covid 19. L'album s'ouvre d'ailleurs sur une séquence inédite : en mars 2020, dans les premiers jours du confinement qui a frappé toute la planète ou presque, les images télévisées montrent le pape, seul sur la place Saint Pierre, sous la pluie. Il prie pour le monde, pour les victimes de la pandémie.

Cette bande dessinée reprend donc l'un des moments forts du pontificat de Jorge Bergoglio, sous le nom de François, pour en montrer les difficultés, les enjeux et le fonctionnement. François a été un pape qui n'a laissé personne indifférent : très aimé des uns, détesté des autres, avec un style bien à lui. Marqué par sa vie en Argentine, où il a été témoin des difficultés sociales de ses compatriotes en particulier, il a montré dès son élection au siège de Pierre un attachement particulier pour les migrants, les pauvres, les malades, les prisonniers, et a multiplié les gestes marquants envers eux : visites sur l'île de Lesbos, auprès des migrants, à plusieurs reprises, accueil de migrants sur le sol italien, messes du Jeudi Saint avec le geste du lavement des pieds en prison... Ces gestes forts ont émaillé son pontificat et ses déplacements.

François, c'est aussi le successeur de Benoît XVI, dont le pontificat a été marqué par les Vatileaks, une fuite de documents émanant du Vatican qui a poussé le pape à démissionner, et François à commencer un grand « ménage » au sein de la curie romaine, ce qui, bien sûr, n'a pas plu à tout le monde. Avec son style de gouvernement musclé, voire brutal, sans doute, François ne s'est pas fait que des amis.

C'est donc la vie de ce pape qui est racontée dans cet album, documents à l'appui, et qui, pour qui s'intéresse à l'histoire de la papauté et de l'Eglise, offre un regard plutôt nuancé. Les éditions du Cerf et Glénat s'associent une fois encore avec cette série sur les Papes, et c'est plutôt une bonne nouvelle, qui permet de mieux connaître différentes figures de la papauté à travers l'histoire, depuis Saint Pierre, le premier pape, jusqu'à François, en passant par Pie XII, Jean-Paul II Clément III ou Alexandre IV pour n'en citer que quelques-uns. C'est une série de qualité, que je recommande pour sa qualité documentaire, narrative et graphique, toutes qualités que l'on attend d'une bande dessinée sérieuse. Quelques pages, à la fin, donnent davantage d'informations, avec des documents d'archives (photos, par exemple) afin d'approfondir un peu la lecture.

 

Paru aux éditions Glénat/Cerf, 2025 (Un Pape dans l'Histoire). ISBN : 978-2-344-03114-8


mercredi 2 septembre 2026

Largo Winch, tome 24 : Le Centile d'Or, par Philippe Francq et Eric Giacometti

 

La deuxième partie du diptyque commencé dans La Frontière de la Nuit commence par un flashback sur l'enfance de Jarod Manskind, qui a invité Largo pour une escapade en navette suborbitale, afin de trouver une solution dans le différend qui les oppose. Dans la navette, tout ne se passe pas comme prévu : les deux milliardaires perdent connaissance durant le vol, victimes d'une panne d'oxygène orchestrée par une organisation d'éco-combattants qui a déclaré la guerre aux riches : We Blue.

Quand Largo reprend connaissance, il parvient à réveiller Jarod, juste à temps pour apprendre que We-Blue a aussi pris le contrôle de la navette et a décidé de les éradiquer tous les deux. La navette fonce vers la Terre, et s'écrasera quatre minutes plus tard...

Bien sûr, la vie de Largo, le héros de la série, ne va pas s'arrêter à la page 3 de l'album, donc on se doute qu'il finira bien par trouver une solution. Mais le suspense est bien là !

Parallèlement, Simon poursuit son enquête et découvre que l'Indomining, partenaire de Largo dans l'exploitation d'une mine en Indonésie, a monté une embrouille afin d'obliger Largo à fermer la mine et à lui vendre ses parts afin d'en prendre le contrôle.

Les deux intrigues se déroulent donc en parallèle, avec d'une part le sauvetage de Lardo et Jarod, et, d'autre part, l'enquête de Simon en Indonésie.

Mais là encore, tout ne se passe pas comme prévu, et l'adversaire est de taille, provoquant un drame qui va demander à Largo tout son courage pour rétablir la situation.

Je reste attachée à cette série, parce qu'elle m'a vue évoluer durant la fin de mon adolescence et le début de ma vie d'adulte, mais j'ai de plus en plus de mal à entrer dans les intrigues.

Je dois malgré tout reconnaître que les auteurs parviennent à « coller » à l'actualité, dans les thèmes qu'ils abordent. Ici, la question écologique et le grand reproche qui est fait aux « riches », accusés de polluer sans vergogne et d'exploiter les plus pauvres pour toujours s'enrichir davantage. Le personnage de Largo est intéressant de ce point de vue : il fait partie de ces milliardaires qui, dans l'imaginaire collectif de nos sociétés, sont dans le camp du « mal » ou des « méchants » pollueurs/exploiteurs. Mais Largo est le héros de la série, et il véhicule l'image d'un milliardaire en blue-jeans qui utilise sa fortune pour rétablir la justice, et non pour en tirer profit personnellement. Dans ce nouveau diptyque, le lecteur se rend compte que le problème n'est pas d'être riche – et donc méchant – ou pauvre – et gentil, mais de savoir comment on utilise sa richesse, ses biens, son travail, son savoir, ses rêves, pour en faire quelque chose de bon ou de mauvais pour soi et pour les autres. C'est donc un peu plus subtil que ce que nos « élites » (hommes et femmes politiques de droite, d'extrême droite ou gauche, ou écologistes par exemple) cherchent à nous faire croire. Et rien que pour ça, cette série est plus intelligente qu'il n'y paraît.

Et j'avoue que j'aime particulièrement ce qui est subtil, intelligent, et qui tord le cou aux idées simplistes et binaires. La vie est toujours, toujours en technicolor, et non en noir et blanc... Et, je vous rassure, comme c'est une bande dessinée, c'est bien le héros qui triomphe et qui fait triompher la justice, au bout du compte. Pour savoir comment, il va quand même falloir lire la BD !


Paru aux éditions Dupuis, 2023. ISBN : 979-1-0347-7090-8.