samedi 29 août 2026

L'Odyssée, de Homère


Comme beaucoup de livres, j'ai celui-ci dans ma bibliothèque depuis très longtemps. Et quand je dis « très longtemps », c'est vraiment très long... au moins 20 ans, au vu de l'année d'édition de l'ouvrage (la couverture qui sert ici d'illustration n'est pas du tout celle qui orne l'ouvrage que j'ai entre les mains!). Ce livre, cela faisait des années que je voulais le lire, et j'avais toujours eu autre chose de plus urgent à faire. Sauf que cette année, un de nos amis prêtres nous a invités à passer douze jours sur un voilier, en Grèce, et le voyage avait pour thème L'Odyssée, au moment même où est sortie l'adaptation au cinéma de Christopher Nolan. Et les consignes avant le voyage étaient claires : nous devions nous renseigner sur le voyage d'Ulysse.

Voilà l'occasion et les raisons qui me manquaient d'ouvrir enfin L'Odyssée...

L'histoire elle-même est connue, bien sûr. Ulysse, héros de la Guerre de Troie, revient dans sa patrie, à Ithaque, pour y retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque, qu'il a laissés derrière lui quand il est parti pour Troie, vingt ans plus tôt. Parce que oui, son absence aura duré vingt ans au total. Dix ans de guerre, et dix autres années pour le retour, le temps de grandir en humanité, de devenir un véritable homme, capable de prendre des décisions difficiles, de choisir le moindre mal, de s'ancrer dans la réalité, de fuir les plaisirs faciles et les rêves inaccessibles pour décider de retrouver la vie quotidienne, la vie de père de famille, d'époux, de chef.

C'est tout cela que raconte L'Odyssée, à travers les différentes épreuves qu'Ulysse doit affronter : les sirènes, le cyclope, Charybde et Scylla, la fureur du dieu Poséidon, les Lestrygons, les lotophages ou encore les Cicones, la magicienne Circé, l’envoûtante Calypso... et jusqu'au séjour des morts. Ulysse doit faire face à la force brutale, à la barbarie, à la violence pure et sans raison, aux tentations diverses, et si ce voyage prend tant de temps, c'est peut-être justement parce qu'il faut du temps pour bâtir un homme droit dans ses bottes, capable de faire face aux aléas et difficultés de la vie....

Le poème (car c'en est un) se compose de 24 chants, dont la moitié est occupée par le retour d'Ulysse proprement dit et le récit de toutes ses épreuves, et l'autre moitié par l'ultime épreuve : celle du retour à Ithaque et de la reconquête de sa maison, de son épouse, mais aussi de son pouvoir et de sa place de roi d'Ithaque. Ulysse doit déployer ruses et astuces pour mettre à mal les projets des prétendants, de jeunes hommes qui convoitent le trône d'Ulysse et espèrent, pour y accéder, se marier avec Pénélope.

Cette dernière est un modèle de vertu, de patience, d'abnégation. Elle attend son mari, elle attend de ses nouvelles, espère et pleure chaque jour son absence.

Les enfants, dans la Grèce antique, apprenaient à lire et à écrire avec les récits d'Homère, dont celui-ci est la deuxième partie de l'oeuvre, commencée avec L'Iliade. Et c'était loin d'être idiot, comme méthode d'enseignement de la langue. Car le contenu de l'oeuvre est aussi, en soi, un enseignement précieux sur le développement de l'être humain : comment devenir un homme avisé, par exemple.

Un fait m'a frappé, qui a fait écho à ce qu'on trouve encore, de nos jours, en Grèce : le sens de l'hospitalité. L'hospitalité, dans la Grèce antique, était d'une importance cruciale : ce qui est dit dans l'Odyssée, c'est que cette hospitalité est dûe à toute personne qui arrive, quel que soit son rang, son apparence, sa famille, sa filiation, ses qualités. L'hôte qui l'accueille doit lui donner de quoi boire et manger, se vêtir si nécessaire, se reposer... et ce avant même de lui demander son nom. Cet accueil, cette aide gratuite, nous les avons retrouvés dans les îles où nous sommes passés durant notre périple cet été. Nous y avons vécu l'accueil, l'aide de la part des îliens en cas de difficultés pour amarrer le bateau, par exemple, ou encore quand le moteur électrique de l'annexe refusait de démarrer : un habitant de l'île a alors demandé à son fils de nous ramener au bateau avec sa barque et ce jeune garçon d'une douzaine d'années nous a tous conduits à bon port.

Bien sûr, on peut voir là la solidarité des gens de mer, solidarité nécessaire et vitale pour tous. Une des règles d'or de la marine est qu'on ne laisse jamais, jamais, quelqu'un en danger en mer. Fût-ce un ennemi. Mais il y avait chez les Grecs que nous avons rencontrés une forme de bienveillance et d'accueil inconditionnel, un sourire empreint de gentillesse qui allait plus loin que la simple solidarité qui protège tous les marins. C'est peut-être parce que je n'ai pas retrouvé cette bienveillance à notre retour que cela m'a frappée, mais j'ai l'impression que l'hospitalité, en Grèce, c'est bien plus qu'un simple mot.

Quelques mots sur le film de Christopher Nolan, pour ceux qui ne l'ont pas encore vu : Allez-y !

D'abord, le film est assez fidèle au récit d'Homère. Moyennant quelques raccourcis (par exemple, c'est Calypso, dans le film, qui fait manger les fleurs de loto à Ulysse, et non les lotophages), on retrouve dans le film la quasi-totalité des épreuves que subit Ulysse dans le récit homérique. La partie la moins bien traitée, et c'est dommage, à mon sens, c'est celle où Ulysse affronte le Cyclope. Sans doute pour aller plus vite, Nolan est passé à côté d'un élément important de l'Odyssée, à savoir la question de l'identité d'Ulysse. Je n'en ai pas encore parlé, mais toute l'histoire d'Ulysse est aussi une question de nom, d'identité, celle qu'Ulysse doit accepter d'endosser, d'assumer, pour devenir vraiment lui-même. C'est donc un peu dommage. Mais par ailleurs, ce que j'ai trouvé intéressant, c'est aussi le saut dans le temps et dans la mémoire d'Ulysse, lorsqu'il raconte comment il a vécu la fin de la Guerre de Troie, et la ruse qu'il a dû utiliser pour vaincre les Troyens. Nolan a réussi à intégrer, au cœur de l'Odyssée, la fin de l'Iliade, en tout cas les hauts faits d'Ulysse dans cette guerre, alors même qu'il n'est pas le personnage principal de ce premier récit. Il y aurait beaucoup à dire, bien sûr, sur ce film de presque trois heures que j'ai trouvé magnifique, mais je ne voudrais pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l'ont pas encore vu. Alors, si vous voulez en savoir plus, foncez au cinéma le plus proche ! Et régalez-vous...


Paru aux éditions LGF (Le Livre de Poche), 1996. ISBN : 978-2-253-00564-3.


mercredi 22 juillet 2026

Lefranc, tome 12 : La Camarilla, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


Je poursuis mon exploration des bandes dessinées écrites par Jacques Martin (et dessinées par d'autres parce que l'auteur avait tant d'histoires à raconter, sur deux séries (Alix et Lefranc) puis une troisième (Jhen), qu'il ne pouvait plus les dessiner toutes lui-même, d'autant plus qu'il avait intégré, très tôt, avec Roger Leloup, les Studios Hergé).

Bref. Mon mari et mes enfants se chargent de m'offrir régulièrement les albums des deux séries principales de Jacques Martin, ce qui me permet de rattraper mon retard en lecture. Parce que, bien sûr, ce douzième album de la série Lefranc ne date pas du tout de 1997, mais plutôt des années 1970...

Nous sommes ici en Italie, à Monza, où a lieu, comme chaque année, une course automobile. Celle-ci voit s'affronter Yon Clare, un français, et Jim Hall, un américain. Très vite, le Français est mis en difficulté et réchappe de peu à un accident, qu'il sait ne pas être tout à fait accidentel... Il refuse de répondre aux journalistes présents pour couvrir l'événement, n'acceptant de parler qu'à son ami Guy Lefranc, à qui il révèle que le moteur de sa voiture a été saboté à distance, provoquant ainsi l'accident et donnant l'avantage à l'américain pour des histoires de gros sous (en gros).

Yon Clare ne se laisse pas abattre pour autant et part se mettre « au vert » quelques temps au bord du lac de Côme, où il invite Lefranc à qui il a promis une série d'interviews pour son journal. Les deux hommes vont ainsi se retrouver au cœur d'une machination mafieuse à laquelle, bien sûr, Axel Borg, le meilleur ennemi de Lefranc, n'est pas étranger.

J'ai lu cette bande dessinée assez rapidement : elle est intéressante, au rythme enlevé, bien construite et pleine de rebondissements. Tout à fait ce dont on a besoin en vacances ! (et quand il fait aussi chaud qu'au moment où j'écris ces lignes, c'est-à-dire le 24 juin!). Si vous ne connaissez toujours pas la série, foncez : il s'agit d'une valeur sûre, au même titre que Tintin, Astérix, Yoko Tsuno ou Blake et Mortimer ! 'D'autres aussi, bien sûr, mais ces séries-là sont vraiment tout public : comme je l'écrivais dans mon précédent billet, ici, le Bien triomphe toujours du Mal, même si le mal continue son œuvre, avec comme toujours des victimes innocentes...


Paru aux éditions Casterman, 1997. ISBN : 978-2-203-31412-2.

mercredi 15 juillet 2026

Jo, Zette et Jocko, de Hergé



Quand j'étais petite, nous avions de « bonnes » lectures, chez mes parents. Tintin, Astérix, Lucky Luke principalement. Et Jo, Zette et Jocko. Les cinq albums, que je connaissais par cœur à force de les avoir lus, relus et re-relus.

Jo et Zette, ce sont les deux enfants de M. et Mme Legrand. M. Legrand est ingénieur, aéronautique d'après les premiers albums, mais pas uniquement, si on s'en réfère au dernier...

Jo et Zette, ce sont les petits frère et sœur de Tintin (d'ailleurs Jo lui ressemble pas mal, en brun). Et Jocko, c'est leur singe apprivoisé, l'élément gaffeur et drôle, mais qui, plus d'une fois, vient en aide à ses maîtres (après les avoir bien mis dans l'embarras, toutefois!).

Cet album est en fait un recueil des cinq albums écrits par Hergé entre 1951 et 1957 : deux histoires en deux albums et un album simple.

La première aventure, intitulée Le Stratonef H. 22 se déroule donc en deux épisodes : Le Testament de M. Pump et Destination New York. Dans cette histoire, John Archibald Pump, un fana de vitesse et d'optimisation du temps, meurt dans un accident de voiture. Il est richissime et son immense fortune (10 millions de dollars) ira aux constructeurs de l'avion capable de rallier Paris à New York – ou vice-versa – sans escale, à une moyenne de 1000 km/h. Dans l'hypothèse où ce raid n'aurait pas eu lieu dans le délai d'un an, l'intégralité de la fortune de M. Pump ira à ses neveux William et Fred Stockrise.

Évidemment, les deux neveux de John Archibald Pump ne vont pas se laisser faire. Ils ne peuvent contester le testament, aussi s'attaquent-ils directement à M. Legrand, le candidat le plus sérieux pour réussir l'exploit. Rien ne lui sera épargné : attentat, diffamation, re-attentat, violence armée, vol... jusqu'à l'empoisonnement. Sauf que Jo et Zette suivent de près les travaux de leur père et les péripéties qui émaillent la construction du Stratonef H. 22. Et lorsque ce dernier est menacé par les bombes du traître à la solde des frères Stockrise, les deux enfants font tout pour sauver l'avion, ce qui va les lancer dans un périple improbable.

La seconde aventure, Le Rayon du Mystère, regroupe Le Manitoba ne répond plus et L’Éruption du Karamako. Les enfants Legrand et Jocko sont sur la plage, en vacances, et s'aventurent sur la mer pour jouer aux pirates : ils ont entendu parler de l'aventure du Manitoba, un bateau qui reliait New York à Liverpool et qui n'a plus donné de nouvelles pendant plusieurs heures, avant que les échanges reprennent. Et les membres de l'équipage et les passagers découvrent alors qu'ils ont été méthodiquement dévalisés... Les enfants ne reviennent pas, le soir venu, et leurs parents s'inquiètent bien sûr. En réalité, ils ont été recueillis en pleine mer par un mystérieux sous-marin qui les emmène dans une non-moins mystérieuse île sous-marine où sévit un étrange professeur qui a l'air plus fou qu'autre chose et qui cherche à mettre au point sa dernière invention. Et pour cela, il a besoin des enfants... Parce qu'évidemment, les pirates n'ont pas du tout recueilli les enfants et leur singe par pure bonté d'âme.

L'histoire bien sûr ne s'arrête pas là : Jo et Zette, accompagnés de Jocko, parviennent à s'enfuir de l'île sous-marine, mais c'est pour tomber sur une île faussement déserte, où des cannibales leur réservent un bien triste sort...

Enfin, la dernière histoire, en un album, cette fois, est intitulée La Vallée des Cobras. La famille Legrand est en vacances à la montagne et, durant l'une de leurs promenades à skis, Jo et Zette dépassent le Maharajah de Gopal, un homme irascible et quelque peu buté, mais investi d'un pouvoir absolu sur chacun de ses sujets. Et il se trouve qu'il a tendance à oublier que, quand il est en France, son autorité n'est pas tout à fait la même que quand il est au pays...

Lorsqu'il rencontre l'ingénieur Legrand, il voit tout de suite la solution à l'un des problèmes qui se posent à lui, dans son pays : il cherche à construire un pont au-dessus de la Vallée de Cobras, une vallée très encaissée avec un gué qui constitue un passage obligé pour relier la capitale. Or cette vallée est gardée par un fakir qui fait payer un droit de passage à toutes les caravanes qui s'y présentent, et décide, « au nom des dieux », du moment favorable pour le passage. En faisant payer chaque jour la caravane pour avoir l'avis des « dieux »... Là encore, la construction du pont ne se fera pas sans mal, puisque tout le monde n'a pas intérêt (et surtout pas le fakir) à ce que le gué ne soit plus utilisé...


Ces trois histoires m'ont énormément plu quand j'étais enfant, plus pour les aventures de Jo et Zette (à laquelle je m'identifiais, bien sûr, me demandant si j'aurais son courage, son intelligence, son amour sans faille pour sa famille...) que pour le message délivré en arrière fond.

Dans la première histoire, c'est l'intégrité qui est valorisée : les personnages « méchants » sont des traîtres, bien sûr. Et leur image pour le lecteur varie en fonction de leur capacité à se rendre compte du mal qu'ils ont fait. Une histoire de rédemption, donc, pour certains d'entre eux, et une réelle absence de pitié pour ceux qui refusent de comprendre où est le Bien.

Dans la seconde histoire, il est plus question du pouvoir d'un homme sur les autres, du contrôle. Le « savant fou » n'hésite pas à tuer, quitte à perdre lui-même la vie pour ne pas voir son « œuvre » lui échapper. Là c'est l'altruisme qui triomphe : M. Legrand n'hésite pas à affronter les pires dangers pour sauver ses enfants.

Enfin, dans La Vallée des Cobras, on rencontre d'abord le Maharadjah qui n'a d'autre vision que son propre pouvoir : tout le monde doit lui obéir, et il se comporte, de fait, comme un enfant pourri gâté. Mais M. Legrand finit par lui faire comprendre qu'un peu de respect pour les autres lui assure d'autant plus facilement leur collaboration, si tant est qu'ils y trouvent, eux aussi, leur intérêt. Le véritable ennemi, ici, n'est pas le « pouvoir », mais l'homme qui, dans l'ombre, tire les ficelles et manipule habilement les autres. Là encore, c'est l'empathie de M. Legrand qui permet de résoudre le problème et sauve la vie de nombreuses personnes.

Les valeurs prônées ici sont bien sûr l'honnêteté, le courage, la loyauté, l'altruisme, le pardon et la fraternité.

En filigrane, on peut y voir aussi une timide critique d'un progrès devenu fou (Le Rayon du Mystère) ou, au contraire, une exaltation d'avancées technologiques bonnes pour le plus grand nombre, et qui permettent (La Vallée des Cobras) de commencer à sortir d'une sorte d'obscurantisme ou de superstition. En ce sens, les bandes dessinées d'Hergé préfigurent déjà les œuvres de Roger Leloup, largement chroniquées ici. Et ce n'est pas un hasard : Roger Leloup a travaillé pendant un moment aux Studios Hergé, redessinant en particulier les avions dans L'Ïle Noire ou travaillant sur celui de Carédas dans Vol 714 pour Sydney. Même si la technique de Roger Leloup a bien sûr évolué avec le temps et la maturité, la filiation entre les deux œuvres est indéniable. Et c'est bien ça qui rend la série Jo, Zette et Jocko tout à fait intéressante pour les lecteurs d'aujourd'hui : dans un monde où les repères – en particulier moraux – se désagrègent allègrement et semblent disparaître peu à peu, donner ce genre de lectures à des enfants ne peut que les aider à comprendre l'importance de toutes ces valeurs véhiculées par les petits héros à leur image. Ici, au moins, c'est clair : le méchant est réellement méchant, identifié comme tel, et le gentil est vraiment bon, jusqu'au bout. Sans aller jusqu'au sacrifice ou au parallèle douteux avec la Croix, il y a quand même un peu de ça dans l'oeuvre d'Hergé, avec des enfants qui n'hésitent pas à prendre des risques pour sauver ce qui leur est cher. C'est bien sûr caricatural et tiré par les cheveux, ce n'est pas crédible pour un sou, mais ça fait du bien. Ici, point de relativisme : le bien est appelé « Bien » et l'histoire est construite afin de le voir triompher.


Paru aux éditions Casterman, 2008. ISBN : 978-2-203-25757-3


mercredi 8 juillet 2026

Lefranc, tome 11 : La Cible, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


L'histoire débute près de Lausanne, au bord du lac Léman. Le journaliste Guy Lefranc vient rencontrer Igor Lipsky, un ancien danseur de grande renommée qui a élu domicile à l'hôtel Beau-Rivage-Palace pour y passer sa retraite.

Lors de l'interview que l'artiste accorde à Lefranc, celui-ci tombe sur un document qui lui semble étrange et l'envoie directement vers une enquête bien plus mystérieuse, d'autant plus que ce document appartient à une femme, dont le nom, Ritter-Borg, n'est pas sans rappeler celui du meilleur ennemi de Guy Lefranc, Axel Borg... Il se trouve que Madame Ritter-Borg est aussi liée à une multinationale, la Sybor, à Québec, qui semble se débarrasser de certains déchets de manière frauduleuse. Il n'en faut pas plus au journaliste pour décider d'aller enquêter sur place.

Les choses, bien sûr, vont se compliquer, mais je ne vais pas en dévoiler davantage pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne connaîtraient pas encore cet album.


Et mon avis ? Eh bien je suis toujours aussi peu fan des visages féminins dans cette série (et dans Alix aussi), sinon c'est un inconvénient plutôt mineur : l'histoire est comme d'habitude vraiment bien ficelée, avec tous les rebondissements, les méchants (et les gentils qui leur font face) nécessaires, et un suspense qui dure jusqu'à la dernière page. Les dessins sont classiques mais très réalistes encore une fois et le tout se lit très agréablement. Un bon cru, donc, que cet album, si on aime le genre aventure avec un gentil héros au grand cœur et à l'honnêteté sans reproche. Peu de fissures, donc, dans le personnage de Guy Lefranc, et c'est justement un peu ça le problème : il est légèrement trop « parfait »... Heureusement que face à lui, il y a les personnages secondaires, bien plus hauts en couleurs, voire énervants, pour lui donner le change. Mais d'un autre côté, un héros comme Lefranc a aussi un côté rassurant : on sait où se trouve le bien, et où est le mal...


Paru aux éditions Casterman, 1989. ISBN : 978-2-203-31411-5.


mercredi 1 juillet 2026

XIII, tome 29 : Moscow – Spaso House, de Iouri Jigounov et Yves Sente


L'histoire du jour débute à Moscou (mais je ne me souviens plus bien de ce qui s'est passé avant, alors je suis un peu perdue quand même dans cette longue saga...).

En tout cas, à Moscou, une conversation qui aurait dû rester privée est finalement interceptée par les mauvaises personnes.

Au-dessus de l'Atlantique, entre Cuba et la Russie, XIII est à bord d'un jet où Boris l'informe sur une opération qui a eu lieu à Spaso House, la résidence moscovite de l'ambassadeur américain, où XIII-Kelly (ou quel que soit son nom d'ailleurs) avait pour mission d'empoisonner Constantin Ryabko, un conservateur russe qui, s'il avait pris la tête de l'URSS, aurait, selon les services secrets américains, pu mener le monde vers la troisième guerre mondiale. La mission de « Kelly » était donc de le neutraliser. Sauf que tout ne s'est pas passé exactement comme le supposait le plan : la taupe a été surprise, des documents ont disparu, et XIII est le seul à savoir où ils ont été cachés. Sauf que XIII n'a plus de mémoire, son cerveau ayant été comme « réinitialisé »...

Les personnages qu'il croise font pour beaucoup partie de son passé, mais, comme dans toute cette série, la question qui se pose est de savoir si XIII peut faire confiance à ceux qui se disent être ses amis...


Là aussi, dans cette série, beaucoup d'action, beaucoup de personnages, des allers-retours dans les récits, des situations complexes, cette fois dans le cadre des relations internationales. On est là dans le contexte du conflit russo-américain post-guerre froide, avec une résolution dans un présent qu'il est quelque peu compliqué de dater précisément. Mais peu importe : ce qui compte, c'est l'éternelle chasse mémorielle de XIII et, plus encore, sa quête de liberté.


Paru aux éditions Dargaud, 2024. ISBN : 978-2-5051-2430-6.


mercredi 24 juin 2026

Largo Winch, tome 23 : La Frontière de la nuit, de Philippe Francq et Eric Giacometti


Ce nouvel opus des aventures de Largo Winch nous emmène dans l'espace... ou plutôt dans la proche banlieue de la Terre, à la frontière entre l'atmosphère terrestre et le vide spatial.

Mais avant d'en arriver là, il va y avoir un mort, un homme à qui seront soutirées des informations. Et Largo va visiter une de ses usines en Indonésie, pour y découvrir comment cette usine, qui appartient au groupe W, exploite le travail d'enfants.

Dans la Silicon Valley, un jeune couple, Jarod et Demetria Manskind, met au point le « Manskind Air Board » un appareil qui permet ni plus ni moins de voler. Et Jarod défie Largo.

Pendant ce temps, Largo, de retour à Chicago, dirige une réunion de son conseil d'administration, où il met en avant le scandale qu'il a découvert en Indonésie, mettant ainsi sur la sellette le directeur de la Division Mines, qui, visiblement, tombe des nues quand il apprend ce qui se passe sous sa propre juridiction...


Comme d'habitude avec cette série, c'est un peu compliqué à résumer parce que ça part dans tous les sens et ce n'est qu'à la fin du tome 2 de chaque histoire que tout prend un sens. Et je n'ai pas encore lu « Le Centile d'Or », la deuxième partie de cette aventure.

Tout ce que je peux dire, c'est que cette histoire s'inspire grandement des faits actuels, certains personnages étant directement inspirés de personnes réelles (comme Elon Musk, Jeff Bezos... par exemple).

Comme toujours dans cette série, il y a de l'action, du rythme, mais aussi, et c'est ce que j'aime bien, du « contenu », c'est-à-dire des questions actuelles qui confinent souvent à l'éthique des affaires : jusqu'où aller ? L'argent, s'il est un moteur, un moyen, surtout, peut-il, et à quel prix, devenir un but, une fin en soi ? La ligne de crête observée par Largo, qui met au-dessus de tout la morale, est bien difficile à tenir, surtout quand les apparences sont trompeuses...


Paru aux éditions Dupuis, 2021. ISBN : 979-1-0347-4295-0.


mercredi 17 juin 2026

Alix, tome 5 : La Griffe noire, de Jacques Martin


Pompéi, premier siècle avant JC. Durant la nuit, une ombre inquiétante s'approche d'une riche demeure et, s'étant introduit dans la chambre du propriétaire de la maison, Flavius, qu'il frappe alors que la victime s'est réveillée à cause du bruit que l'intrus a fait en s'approchant du lit. Flavius, terrifié, quitte sa chambre en appelant au secours, avant de s'effondrer, totalement paralysé.

Quelques jours plus tard, alors que le drame vient d'être oublié, les pompéiens se réunissent dans la demeure de Pétrone pour une grande fête. Mais au cours de la soirée, alors que la nuit est tombée, un cri se fait entendre : Sulla, l'un des invités, s'effondre à son tour, lui aussi paralysé. C'est Alix, cousin de Pétrone, qui le découvre avec le maître des lieux. Le jeune homme repère rapidement la piste du coupable mais est distancé à l'extérieur et, une fois de plus, l'homme s'en sort sans conséquences.

Pétrone, cette fois, soupçonne un danger, y compris pour lui : les deux hommes attaqués font partie de ses proches. Ces soupçons se confirment lorsqu'une troisième victime est découverte inanimée dans un cimetière. C'est Alix et Enak, lancés sur la piste par un mystérieux parchemin laissé à leur intention, qui l'ont découvert et qui se retrouvent ainsi embarqués dans cette dangereuse histoire.

En enquêtant, Alix tombe sur un mystérieux mage qui n'hésite pas à le mettre au parfum avant de disparaître avec ses sbires. Alix risque sa vie, mais il est sauvé in extremis par Enak et le serviteur de Pétrone que ce dernier a mis à leur service pour le temps de l'enquête.

Pétrone finit par faire le lien entre les différentes victimes, le mage et un événement qui s'est déroulé à Icara, et c'est Gallas, le procurateur, lui aussi membre de l'équipe et prochaine victime potentielle, qui va raconter à Alix et Enak l'événement en question, et l'horreur qui en a découlé pour les habitants d'Icara.

L'attaque a bien lieu, mais la victime n'est pas celle qui était prévue. C'est le jeune héritier de Gallas qui se retrouve paralysé, et Alix s'engage alors à trouver le remède qui doit rendre aux victimes de la « Griffe noire » toute leur santé.

Et, bien sûr, ça va être assez compliqué...


Cet album est beau et bien écrit. Heureusement, les personnages sont surtout masculins, ce qui évite la question des visages des femmes...

L'histoire est bien menée, et les personnages me semblent moins « binaires » que dans d'autres albums : les méchants sont vraiment méchants, mais agissent pour « réparer » une situation odieuse dont ils ont été victimes au départ. Quant aux « gentils », si la plupart sont de vraies victimes, d'autres, en particulier Gallas, sont réellement antipathiques. Comme d'habitude aussi, Enak se met en danger par sa propre maladresse (ou malchance?), ce qui complique encore quelque peu le périple d'Alix. Mais a aussi le mérite de rajouter quelques péripéties à l'histoire et de faire avancer cette dernière. Donc...

Un bon cru, donc, même si ce n'est pas forcément mon préféré de la série...


Paru aux éditions Casterman, 1965. ISBN : 978-2-203-31202-9.