lundi 9 février 2026

La Communication Non Violente à l'usage de celles et ceux qui veulent changer le monde, de Nathalie Achard


D'habitude, je n'aime pas trop ces livres de psychologie qui prétendent donner des recettes pour mieux vivre en société, par exemple. Là, j'y ai été un peu obligée, parce que l'an dernier, j'ai suivi une formation à la CNV (Communication Non Violente) et j'avais acheté ce livre afin de pouvoir approfondir la question.

Et j'avoue que j'avais jugé un peu trop rapidement ce type d'ouvrages. Celui-ci est plutôt bien fait, facile et rapide à lire. Il est axé particulièrement sur « celles et ceux qui veulent changer le monde », mais en réalité, les techniques présentées sont utilisables dans le quotidien des relations interpersonnelles, que ce soit au travail, en famille, dans le cercle d'amis. On y apprend de nombreuses choses, notamment à différencier émotions et besoins, par exemple.

Le livre est construit en trois parties :

  • Les premiers pas en communication non-violente ;

  • Changer de regard, changer le monde ;

  • À la découverte de nos inépuisables ressources intérieures.

Il s'agit donc d'un parcours découverte de cette technique de communication très intéressante, puisqu'elle remet à leur juste place les émotions et leurs manifestations, les sentiments, les besoins, pour centrer ces émotions sur la personne qui les ressent, afin que cette dernière cherche à comprendre quel besoin non satisfait une émotion négative exprime, par exemple. Le but de tout cela, c'est bien entendu d'apprendre à exprimer à son interlocuteur ses émotions, inconforts, besoins... sans entrer dans l'accusation, J'ai bien apprécié cette lecture, mais je pense qu'elle mériterait une mise en pratique à plusieurs, parce que la CNV, ce n'est pas juste théorique, c'est extrêmement incarné. C'est d'ailleurs l'intérêt... D'ailleurs, le livre regorge d'exemples de situations potentiellement conflictuelles, avec les « solutions » utilisables pour éviter le conflit : comment on aurait pu formuler telle demande, telle observation... il s'agit donc, à mon avis, d'un bon outil, à condition de le maîtriser correctement et de l'utiliser à bon escient. En tout cas, c'est quelque chose à creuser.


Paru aux éditions Marabout (Poche Psy), 2020. ISBN : 978-2-501-16691-1.


lundi 26 janvier 2026

La Peste, d'Albert Camus


Bizarrement, je me suis aperçue que je n'avais jamais lu « La Peste », de Camus. Un livre si connu, et il m'avait échappé... Pourtant, il avait connu à la faveur du confinement de 2020, un regain d'intérêt, tout comme « Notre Dame de Paris » de Victor Hugo avait explosé les ventes de 2019 suite à l'incendie de la Cathédrale... Mais non. Même là, je ne l'avais pas ouvert.

Il a fallu les vacances de Noël et me retrouver chez mes parents (à qui j'avais « piqué » l'exemplaire plus ancien qu'ils avaient) pour que je l'ouvre enfin, ce chef-d’œuvre tant vanté ! Et bien m'en a pris, bien sûr...

Nous sommes à Oran, et le docteur Rieux est confronté à une maladie étrange que, pourtant, il reconnaît sans vouloir, au début, l'avouer : la peste. Les rats meurent d'abord par milliers, avant que la maladie s'attaquent aux habitants de la ville. Peu à peu, on suit le docteur, mais aussi divers personnages, comme le docteur Castel, ou encore le journaliste Rambert, ou Grand, Tarrou et Cottard... Tous ces personnages sont attachants et vivent l'épidémie et le confinement qui en résulte diversement. Avec plus ou moins de fortune d'ailleurs.

La lecture m'a happée, j'ai été comme envoûtée. Je ne sais pas trop comment exprimer cela. La qualité de la langue, le choix des mots, la naissance des images, les couleurs, la peur, la sueur, la fièvre... tout y est. Ce n'est pas étonnant qu'Albert Camus ait eu le prix Nobel de Littérature !

Ce qui m'a beaucoup plu, aussi, ce sont les très belles descriptions des comportements très humains de ces personnages qui font ce qu'ils peuvent dans la situation compliquée qu'ils rencontrent. L'auteur les décrit surtout avec une grande humanité, et même de la tendresse, même pour les personnages plutôt problématiques, les profiteurs, les resquilleurs, ceux qui sont ce qu'on appellerait aujourd'hui « moralement répréhensibles ».

Il est ici beaucoup – et surtout – question d'amour. De l'amour des personnages entre eux, bien sûr, avec ces relations qui se tissent entre des gens qui n'auraient finalement jamais du se croiser s'il n'y avait pas eu la peste pour les réunir. Et puis l'amour évident de l'auteur pour l'humanité.

C'est un livre magnifique. Simplement magnifique.


Paru aux éditions Gallimard (Folio), 1947. ISBN : 978-2-07-036042-0

lundi 19 janvier 2026

Petite Histoire de l’Église, de Francine Bay


J'ai acheté ce livre il y a quelques années, quand j'étais intervenante de religion, afin de mieux connaître l'Histoire de l’Église catholique et pouvoir répondre aux questions de mes élèves. Sauf qu'ils avaient tellement de questions et moi si peu de temps à l'époque que la lecture de ce livre a attendu, et attendu encore pendant des années.

Jusqu'à ce mois de décembre 2025, où je l'ai finalement ouvert en espérant qu'il m'aiderait à préparer mon devoir d'Histoire de l’Église au Haut Moyen-Age, dans le cadre de ma licence de théologie à la faculté de Strasbourg.

Eh ben... chou blanc !

Rien.

Nada.

Alors non, ce livre n'est pas plein de « vide ». Il retrace effectivement l'histoire de l’Église depuis les commencements (les temps apostoliques) jusqu'au pape François (mort en 2025, mais le livre étant sorti 10 ans plus tôt, l'information, bien sûr, n'y figure pas).

Alors ? Pourquoi ai-je écrit « Rien » ?

Eh bien tout simplement parce que ce livre ne m'a pas aidée vraiment. Il est bien trop peu détaillé pour donner ne serait-ce qu'une vague idée des débats, des grandes questions théologiques autres que les tartes à la crème « arianisme » et « nature divine ou humaine du Christ ». Ces problèmes sont bien abordés, mais jamais approfondis.

De plus, les termes employés sont plutôt ennuyeux : les protestants y sont traités d' « hérétiques », ce qui, du point de vue de la foi catholique, est sans doute vrai, mais qui pose quand même un problème dans un livre tel que celui-ci : on sent vraiment un parti-pris très important en faveur de l'Eglise catholique, et même plutôt en faveur de sa frange traditionnelle.

On est donc très loin, là, d'un cours d'histoire. Et c'est dommage, parce que ce livre aurait pu être une bonne entrée en matière. Mais les partis-pris sont tels que ça finit par poser problème : le dénigrement des protestants, par exemple, permet à l'auteur de passer carrément sous silence les raisons objectives qui ont fait que les protestants ont... protesté justement. Qui de la question des indulgences ? Des abus de pouvoir ? Quels étaient les points de désaccord théologiques entre catholiques et protestants ?

Dans l'autre sens, les papes catholiques sont plutôt montrés sous leur meilleur jour, et quand il est impossible de cacher les problèmes, ceux-ci semblent vraiment minimisés... alors qu'il n'y a aucune raison de cacher la réalité des faits : on est là dans un livre d'histoire, pas de propagande (enfin... normalement !)

Bref. J'ai lu rapidement ce livre (c'est son avantage : il est facile à lire!) mais je n'en retire rien, ni pour ma foi, ni pour ma culture historique personnelle.

Finalement, j'ai ouvert mon cours d'Histoire et... j'y ai appris beaucoup plus de choses !


Paru aux éditions Transmettre, 2015. ISBN : 978-2-913708-32-7.

lundi 12 janvier 2026

Le Jour des cendres, de Jean-Christophe Grangé


J’ai lu peu d’ouvrages de Jean-Christophe Grangé, finalement, et c’est uniquement par manque de temps. Parce que j’aime bien cet auteur. Alors quand je suis tombée sur ce livre, un peu par hasard, j’ai sauté sur l’occasion. Et j’en suis heureuse. Parce qu’en plus, l’intrigue se déroule en Alsace (là où j’habite!) et dans le milieu viticole (et mon mari est viticulteur…). Si en plus on considère qu’il s’agit d’un roman policier, genre littéraire que j’apprécie particulièrement, celui-ci avait vraiment tout pour me plaire. Et la promesse a été largement tenue !

Pierre Niémans et son adjointe Ivana Bogdanovic (il est alsacien d’origine et elle croate), tous deux policiers, sont envoyé de Paris pour résoudre une énigme : un homme, Samuel, a été retrouvé mort dans une chapelle dont la voûte s’est effondrée. Il n’y aurait pas grand-chose de suspect là-dedans, sans doute un banal accident, mais Samuel est membre d’une communauté d’anabaptistes et le procureur de Colmar a décidé une enquête discrète pour éloigner tout risque.

Sauf que, quand Niémans arrive, un peu après Ivana qui joue les saisonniers en ces temps de vendanges tardives, il comprend vite que rien ne va dans cette histoire. L’autopsie n’a pas été faite dans les règles de l’art et le rapport est lacunaire, la communauté est très serviable, pacifique, et vit en totale autarcie, rejetant toute violence. Un meurtrier ne peut donc pas venir de l’intérieur, mais personne de l’extérieur, pas même les saisonniers, n’auraient pu commettre le crime… Tout est donc un peu trop parfait du côté des anabaptistes et trop de détails restent inexpliqués au sujet du corps de la victime, si Samuel a bien été victime d’un meurtre.

Niémans reçoit l’aide des gendarmes locaux, dont la capitaine Stéphane Desnos, tous en bons termes, d’ailleurs, avec les membres de la communauté. Tout semble pencher vers la thèse accidentelle, sauf que cette thèse ne résiste pas une seconde à un examen un peu plus scrupuleux de la scène du crime, même souillée, et du rapport d’autopsie, même incomplet.

La galerie des personnages est riche et haute en couleurs, et Samuel n’est, finalement, que le premier d’une longue liste de morts brutales. Une enquête menée tambour battant (le temps presse : les vendanges vont bientôt se terminer et Niémans va perdre son alliée infiltrée, qui va devoir quitter la communauté), enquête qui révèle de nombreuses surprises et rebondissements. La fin paraît presque trop « simple », d’ailleurs… Mais là, tout est affaire de mobile. Et celui-ci, bien que simple, compte parmi les plus puissants qui existent. Mais chut… je ne dirai rien pour ne rien dévoiler à ceux qui n’auraient pas encore lu ce roman !

Une bonne lecture, en tout cas, divertissante à souhait !


Paru aux éditions LGF (Le Livre de Poche), 2020. ISBN : 978-2-253-07946-0.

lundi 5 janvier 2026

L'Homme qui vivait sous terre, de Richard Wright

 

L'histoire commence avec un bel orage, durant lequel une bouche d'égout, soulevée par l'eau qui monte d'en dessous, offre à un noir recherché pour meurtre une porte de sortie : il va pouvoir échapper à la police, au moins durant un petit moment. Il commence par hésiter, puis avance dans les couloirs sombres. Peu à peu, il prend ses repères, découvre des souterrains plus secs, creuse des passages vers les sous-sols des bâtiments sous lesquels il se trouve, et fait preuve de beaucoup de créativité pour trouver de quoi survivre dans ce nouveau terrain de jeu que constitue le réseau souterrain d'une grande ville. Avec le temps, il s'enhardit et s'immisce jusque dans les réserves d'un joaillier, et c'est vraiment là que les ennuis commencent.

Richard Wright, auteur afro-américain, fait partie de ceux qui ont préparé les mouvements revendiquant l'égalité des droits entre les Noirs et les Blancs aux États-Unis, dans les années 1950. Avant Martin Luther King, il y a eu des intellectuels qui ont préparé le terrain. Wright fait partie de ceux-là. Ce texte est d'une grande force. Il dépeint un homme qui n'a pas grand-chose à perdre, alors qu'il est innocent du crime dont on l'accuse. Il trouve, dans le sous-sol, un endroit où il peut être lui-même et vivre sans crainte d'être pris et accusé à tort. Il observe, crée ses propres règles et le lecteur le suit dans son évolution, jusqu'à s'apercevoir peu à peu que la solitude et l'enfermement, même si celui-ci est choisi, d'une certaine façon, le mènent aux portes de la folie. Il faudra à cet homme retrouver la civilisation et, surtout, l'humanité, pour récupérer du même coup son identité et jusqu'à son existence. Pour le pire, malheureusement.

J'ai été très impressionnée par ce récit, assez long pour une nouvelle (plus de 120 pages quand même), mais très efficace. Et c'est en réalité ce que j'aime dans ce genre littéraire : des récits ciselés, qui vont à l'essentiel, sans fioritures ni longues descriptions. Ici, la puissance du texte vient justement de là : sans trop en dire, avec peu de détails, la force évocatrice des mots permet au lecteur de s'immerger dans ce labyrinthe des égouts de la grande ville et d'y suivre le fuyard qui y vit selon des règles qui lui sont propres : tout est à construire, quand on est seul à vivre dans un univers particulier...


Paru aux éditions Gallimard (Folio), 1989. ISBN : 978-2-07-294125-2

lundi 29 décembre 2025

Histoires à lire : sept nouvelles, de Claude Michelet, Henri Vincenot, André Dubreuil et alii


Un patient de l'hôpital où je travaille m'a prêté ce livre quelques jours avant mes vacances, parce que la lecture est un petit plaisir que nous partageons tous les deux. Ce recueil de nouvelles m'a fait du bien, en ce qu'il regroupe des textes d'auteurs qu'à l'exception d'Agatha Christie, je ne connaissais pas.

Ces nouvelles ont toutes été éditées dans les dernières années du XXe siècle, certaines sont très courtes (moins de 20 pages), d'autres plus conséquentes, et la dernière a plus la forme d'un court roman. Des nouvelles où on voyage, d'une manière ou d'une autre, du désert à l'Amazonie, dans le temps, la publicité ou les méandres glauques de l'esprit dérangé d'un tueur froid et méthodique... Outre Michelet, Vincenot et Dubreuil, les autres auteurs de ces nouvelles sont Agatha Christie, Philippe Delerm, Brigitte Aubert et Martha Grimes.

Dans Histoire d'eau, Claude Michelet nous embarque en 1958 à la frontière entre l'Algérie et le Maroc, où Dominique Jobert attend avec impatience la fin de son service militaire, de 2 ans à l'époque. Encore 15 jours. Sauf que les événements qui vont advenir risquent bien de lui rendre tout retour impossible !

Dans Les Loutres, Henri Vincenot peint le portrait de Noé, un pêcheur, confronté à un conflit « territorial » avec un autre pêcheur, qui est bien décidé à ne pas laisser l'intrus s'incruster. Quitte, pour cela, à user de la force brute.

Les Mots interdits, d'André Dubreuil, semble a priori plus léger, mais c'est sans compter la brutalité langagière de Sébastien, le fils Piroulet. Jusqu'à la pirouette finale, qui, bien que quelque peu « téléphonée », donne tout son sel à cette, finalement, gentille nouvelle.

Le Mystère du bahut de Bagdad d'Agatha Christie, a été immortalisé dans la série télévisée de la BBC Poirot. Un homme est retrouvé mort dans un salon d'où il est sensé être reparti... et c'est bien sûr l'amant de sa veuve qui est suspecté. Sauf que, comme toujours, ce n'est pas aussi simple. Seul Hercule Poirot saura dénouer les fils de cette très courte intrigue...

Philippe Delerm, dans la nouvelle suivante, Panier de fruits, le portrait d'un écrivain publiciste qui n'a pour seule ambition que d'écrire tout en étant lu et en restant dans l'ombre. Toute la question est de savoir quel est son moteur intérieur !

Brigitte Hubert entraîne quant à elle lecteur de Rigor Mortis dans la tête d'un meurtrier bien particulier, puisqu'il tue « par amour ». Peu à peu, on entre dans sa pensée, ainsi que dans l'enquête. De jeunes femmes, étudiantes à Paris, disparaissent mystérieusement, sans laisser aucune trace. Peu à peu, grâce à une photo envoyée par le meurtrier au journal local, l'étau se resserre. Et la vérité est proprement effrayante...

Enfin, Le Train à destination de..., de Martha Grimes, fait voyager le lecteur un peu partout dans le monde sans jamais quitter la table des divers restaurants où se retrouvent les deux principaux protagonistes de l'histoire : lui est écrivain, il écrit des récits de voyages. Elle est une riche héritière qui n'ose pas quitter sa ville et attend de son amis des détails sur ses voyages, détails qui ne vienne pas et qu'elle se trouve contrainte à imaginer. Le récit est bien plus long que les précédents et permet au lecteur d'entrer de plus en plus profondément dans l'univers de cette femme, qui observe ce qui l'entour, et en particulier ce qui se passe à la gare où elle a ses habitudes. Un joli texte, plein de surprises et de questions, qui m'a transportée dans un univers un peu suranné bien agréable.

J'ai donc pris un grand plaisir à lire ce recueil de nouvelles très diverses, qui, vous l'aurez compris, m'ont permis de voyager sans quitter mon fauteuil...


Paru aux éditions France Loisirs, 2000. ISBN : 2-7441-3653-0


vendredi 26 décembre 2025