Il y a quelques mois, une cousine de mon père était de passage quelques jours à la maison, et, en partant, elle m'a laissé ce livre, un roman très court qui se lit bien sûr très vite. J'ai mis du temps à l'ouvrir, parce qu'il a rejoint une PAL très fournie que j'épuise le plus rapidement possible, mais bon, j'ai aussi d'autres choses à faire que la lecture...
Donc j'ai ouvert ce roman de 172 pages très bien écrites en début de semaine et quelques heures plus tard, il était déjà refermé...
Adrien est ingénieur et, au début de la guerre de 14, il est envoyé au front. À peine arrivé, son officier supérieur l'envoie en reconnaissance pour trouver l'endroit idéal où construire un pont. Une embuscade, et voilà Adrien seul rescapé du trio envoyé en reconnaissance. Rescapé, mais pas indemne : il est défiguré et immédiatement envoyé à l'hôpital du Val-de-Grâce pour y être soigné.
Il est le premier arrivé dans la « chambre des officiers », la pièce où sont soignés, comme son nom l'indique, les officiers blessés au front, qu'on ne mélange pas avec les soldats du rang. Et ces officiers-là ont quelque chose de bien particulier : ils sont tous blessés de la face. Mais en ces premiers jours de conflit, Adrien est seul. Premier arrivé.
Au fil du temps, des semaines, il fait la connaissance des nouveaux arrivants. Certains s'en sortiront, d'autres ne survivront pas à leurs blessures ou, pire, se donneront la mort. Une solidarité fraternelle naît entre ces grands blessés, qui n'ont d'autre choix que de se soutenir mutuellement pour ne pas désespérer, eux qui ont perdu leur visage, leur voix, leurs sens, le goût... et jusqu'à la possibilité d'être reconnus par leurs proches.
J'ai été bouleversée par ce roman si beau et si bien écrit. Il ne tombe jamais dans le pathos et la caricature. Il décrit simplement les faits, bruts, mais sans brutalité. Avec une bonne dose d'humour et d'auto-dérision de la part d'Adrien et de ses plus proches compagnons d'infortune, le breton Penanster, l'aviateur juif Weil et Marguerite, elle aussi blessée de la face, au front, et seule survivante d'un bombardement. Entre les quatre personnages, une fraternité sans faille naît dans les couloirs de la chambre des officiers, fraternité et amitié qui se prolongeront bien au-delà de la guerre, bien après la reprise de la « vie normale », si tant est que les « gueules cassées » de 14-18 aient pu reprendre une vie normale... et jusqu'à la fin. Avec, de surcroît, le retour de la guerre 20 ans après la fin de celle qui devait être la « der des ders ».
Un roman puissant, bouleversant mais jamais misérabiliste ni larmoyant. C'est brillant. Simplement.
Paru aux éditions Pocket, 1999. ISBN : 978-2-2266-09308-8.






