lundi 6 avril 2026

L'Homme des jeux, de Iain M. Banks



L'Homme des jeux est le premier tome du Cycle de la Culture, qui en comprend neuf. J'ai découvert cet auteur dans une revue que je lis régulièrement, qui contient, pour Noël, une sélection de livres à découvrir. Ce Cycle n'est pas récent, mais je n'avais jamais entendu parler de Banks.

On est là dans la littérature de science-fiction pure et dure.

Gurgeh est un « joueur de jeu », c'est-à-dire que sa vie tourne autour des jeux de société. Champion de la Culture, il affronte d'autres joueurs et c'est au cours de l'un de ces combats qu'il est repéré et sollicité pour aller dans l'empire d'Azad, où le pouvoir se conquiert par un jeu multiforme : jeu de stratégie, de rôle et de hasard, où le prix remis au vainqueur n'est autre que le trône de l'Empereur.

J'avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans cet univers de science-fiction auquel je ne suis pas vraiment habituée. La première partie est une description de la Culture, cette vaste société galactique pacifique, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique qui considère le jeu comme un art majeur. On y découvre le personnage principal et ses amis, tant « humains » que drones, qui sont autant de conseillers plus ou moins fiables et honnêtes.

Puis, dans la seconde partie, Gurgeh est envoyé vers Azad et on suit son périple durant lequel il se familiarise avec le jeu auquel il va devoir participer : Gurgeh a en effet une mission, et pas des moindres : s'il gagne, la paix sera sauvée entre la Culture et Azad, et s'il perd, les conséquences en seraient funestes.

La troisième partie permet de suivre Gurgeh sur Azad, ainsi que ses contacts, les parties qu'il doit disputer et comment il s'en sort, lui, qui débute à ce jeu où il doit affronter des joueurs expérimentés et qui sont tous là parce qu'ils ont battu leurs adversaires et qu'ils convoitent, eux aussi, le titre et le trône impérial.

Après un temps de familiarisation avec cet univers plutôt éloigné du nôtre (mais est-ce si vrai?), j'ai pu entrer davantage dans l'histoire et mieux comprendre le déroulement de l'intrigue.

Et il se trouve que la personne qui m'a offert ce livre m'en a offert un autre du même auteur et de la même série, mais pas le suivant... Je vais donc lire le dernier tome, et si je suis conquise, je crois que je chercherai les autres tomes, histoire de compléter mes connaissances en matière « culturelle » ! Un bon divertissement, en tout cas, mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Certaines scènes sont particulièrement violentes.


Paru aux éditions LGF (Livre de Poche), 1996. ISBN : 978-2-253-07185-3.


mercredi 4 mars 2026

Les Cités Obscures : L'Archiviste, de François Schuiten et Benoît Peeters


Cet album n'en est pas un. Enfin, ce n'est pas un album de bande dessinée au sens strict du terme. Et pourtant, il raconte une histoire. Isidore Louis, archiviste à l'institut central des archives, sous-section des mythes et légendes de son état, est mandaté pour rédiger un rapport au sujet d'un « curieux cas de superstition », concernant les « cités obscures ». Il déménage toute la documentation au dernier étage, et commence à l'explorer.

L'album est le résultat de ses recherches : des documents iconographiques que l'archiviste répertorie, afin de documenter l'affaire des « Cités obscures ». Le lecteur est donc amené à suivre la découverte de ces documents, ceux-ci étant reproduits sur la page de droite, face à chaque nouvelle description, tant de la « pièce » concernée que de l'entreprise d'Isidore Louis.


L'édition qui m'a été offerte l'an dernier comporte en plus une carte des différentes « Cités ». Et j'avoue qu'en tant que géographe, c'est bien ce document qui m'a d'abord attirée ! Le monde élaboré par les auteurs est cohérent, même 40 ans après sa création. Et en plus, comme toujours, c'est beau. Cette série est décidément un OVNI dans la planète BD, mais qu'est-ce que c'est bien !


Paru aux éditions Casterman, 2022. ISBN : 978-2-203-24740-6


mercredi 25 février 2026

Thorgal, tome 42 : Özurr le Varègue, de Frédéric Vignaux et Yann


Thorgal et sa famille sont de retour au village viking. Et ils ne sont pas les seuls : Özurr, le frère de Gandalf-le-Fou, l'ancien chef, revient dans son village, après des années au service de l'armée Byzantine suite à son bannissement. A son retour, il doit payer le Wergild, le prix du sang pour la faute commise des années auparavant. Mais quand il découvre que Gandalf-le-Fou a été tué par Jorund-le-Taureau, il réclame le droit de venger son frère.

Nous sommes ici dans un épisode plus « calme » que les précédents : pas d'aventures au loin, pas de dieux à vaincre, mais deux combats : celui que va mener Özurr et celui qui oppose la famille de Thorgal à la « sage-femme » du village...

Une histoire un peu plus calme, donc, qui revient aux origines de la série, en quelque sorte. Ce qui n'en fait pas une histoire morne pour autant : l'intrigue avance, peu à peu, et les membres de la famille de Thorgal sont, pour certains au moins, mis à rude épreuve, avec plusieurs arcs narratifs simultanés. Un bon opus !


Paru aux éditions Le Lombard, 2024. ISBN : 978-2-8082-1293-9


mercredi 18 février 2026

Les Piliers de la Terre, tome 2 : Le Feu de Dieu, de Didier Alcante et Steven Dupré.

 


Tom le bâtisseur, Alfred et Martha ses enfants, Ellen sa nouvelle compagne et son fils Jack sont à nouveau sur les routes, en plein hiver. Les deux garçons ne s'entendent pas, ce qui ne va pas sans poser des problèmes. Mais ils arrivent finalement au prieuré de Kingsbridge où Tom espère trouver un abri et, pourquoi pas ? Un travail. Il remarque en effet très vite que l'une des tours de l'église du prieuré est en très mauvais état, et même en partie déjà effondrée. Mais le nouveau prieur de Kingsbridge, Philipp, n'a pas les moyens de faire les travaux : il ne fait qu'entretenir la ruine pour qu'elle ne s’abîme pas plus, mais n'a pas de quoi payer un artisan pour reconstruire. C'est que la gestion du prieuré, comme va s'en rendre compte Philipp, laisse à désirer et le prieur doit en premier s'attacher à y mettre un peu d'ordre.

Seulement, un incendie va rapidement changer la donne et forcer Philipp à essayer de trouver une solution pour sa communauté.

Pendant ce temps, en haut lieu, des alliances se nouent pour, comme toujours, que les grands puissent obtenir plus de terres, de pouvoir, d'argent... et Philipp découvre qu'il risque d'être, dans cette histoire, le jouet des puissants. Sauf s'il arrive à manœuvrer intelligemment.

Enfin, la jeune Aliéna et son frère Richard sont toujours prisonniers des Hamleigh. Et William n'a pas encore digéré le refus de la jeune fille de l'épouser.

C'est... épatant ! Comme le premier épisode, c'est beau, bien mené... et c'est un vrai exploit en soit que les auteurs parviennent à mettre en cases un roman aussi dense que celui de Ken Follett. Je ne sais pas combien de tomes sont prévus, mais je suis fan de la série !


Paru aux éditions Glénat et Robert Laffont, 2024. ISBN : 978-2-344-05940-1.

mercredi 11 février 2026

Alix, tome 6 : Les Légions perdues, de Jacques Martin


Une nuit d'orage étouffante, à Rome, Alix se réveille brusquement. Alors qu'il observe l'orage, il aperçoit un homme qui tente d'échapper à des soldats en se sauvant par les toits. L'homme est agile mais les soldats le rattrapent, l'obligeant à les affronter à l'épée. Au cours du combat, il tombe et disparaît. Alix et son serviteur partent à sa recherche mais ne peuvent trouver son corps. Ils apprennent rapidement que cet homme, Agérix, est un esclave gaulois qu'il a été vendu à un organisateur de combats de gladiateurs pour avoir tenté de s'échapper. Alix tente de le racheter, car cet homme a crié son nom lors de sa tentative d'escapade sur les toits.

Alix ira jusque dans l'arène pour sauver cet homme, qui lui révèle alors qu'un complot a été ourdi contre César par Pompée. Et le maître d'Agérix, Garofula, est un des rouages de ce complot.

Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, qui va mener Alix sur les routes avec plusieurs compagnons, dont certains sont plutôt surprenants ! On est là dans les débuts des albums de la série Alix, Jacques Martin est encore seul à la manœuvre et ça se voit. Le style narratif, le dessin, les cartouches dans les cases pour décrire les scènes... C'est un peu comme si on était encore dans la phase transitoire entre les deux époques de la bande dessinée franco-belge... Bref, c'est une bonne bande dessinée, avec une action qui ne s'arrête qu'à la dernière case, et ça fait du bien de revenir aux fondamentaux !

Pour ceux qui découvrent la série : amusez-vous bien en plongeant dans ce monde un peu particulier de l'empire romain d'occident...


Paru aux éditions Casterman, 1965. ISBN : 978-2-203-31201-2.


lundi 9 février 2026

La Communication Non Violente à l'usage de celles et ceux qui veulent changer le monde, de Nathalie Achard


D'habitude, je n'aime pas trop ces livres de psychologie qui prétendent donner des recettes pour mieux vivre en société, par exemple. Là, j'y ai été un peu obligée, parce que l'an dernier, j'ai suivi une formation à la CNV (Communication Non Violente) et j'avais acheté ce livre afin de pouvoir approfondir la question.

Et j'avoue que j'avais jugé un peu trop rapidement ce type d'ouvrages. Celui-ci est plutôt bien fait, facile et rapide à lire. Il est axé particulièrement sur « celles et ceux qui veulent changer le monde », mais en réalité, les techniques présentées sont utilisables dans le quotidien des relations interpersonnelles, que ce soit au travail, en famille, dans le cercle d'amis. On y apprend de nombreuses choses, notamment à différencier émotions et besoins, par exemple.

Le livre est construit en trois parties :

  • Les premiers pas en communication non-violente ;

  • Changer de regard, changer le monde ;

  • À la découverte de nos inépuisables ressources intérieures.

Il s'agit donc d'un parcours découverte de cette technique de communication très intéressante, puisqu'elle remet à leur juste place les émotions et leurs manifestations, les sentiments, les besoins, pour centrer ces émotions sur la personne qui les ressent, afin que cette dernière cherche à comprendre quel besoin non satisfait une émotion négative exprime, par exemple. Le but de tout cela, c'est bien entendu d'apprendre à exprimer à son interlocuteur ses émotions, inconforts, besoins... sans entrer dans l'accusation, J'ai bien apprécié cette lecture, mais je pense qu'elle mériterait une mise en pratique à plusieurs, parce que la CNV, ce n'est pas juste théorique, c'est extrêmement incarné. C'est d'ailleurs l'intérêt... D'ailleurs, le livre regorge d'exemples de situations potentiellement conflictuelles, avec les « solutions » utilisables pour éviter le conflit : comment on aurait pu formuler telle demande, telle observation... il s'agit donc, à mon avis, d'un bon outil, à condition de le maîtriser correctement et de l'utiliser à bon escient. En tout cas, c'est quelque chose à creuser.


Paru aux éditions Marabout (Poche Psy), 2020. ISBN : 978-2-501-16691-1.


lundi 26 janvier 2026

La Peste, d'Albert Camus


Bizarrement, je me suis aperçue que je n'avais jamais lu « La Peste », de Camus. Un livre si connu, et il m'avait échappé... Pourtant, il avait connu à la faveur du confinement de 2020, un regain d'intérêt, tout comme « Notre Dame de Paris » de Victor Hugo avait explosé les ventes de 2019 suite à l'incendie de la Cathédrale... Mais non. Même là, je ne l'avais pas ouvert.

Il a fallu les vacances de Noël et me retrouver chez mes parents (à qui j'avais « piqué » l'exemplaire plus ancien qu'ils avaient) pour que je l'ouvre enfin, ce chef-d’œuvre tant vanté ! Et bien m'en a pris, bien sûr...

Nous sommes à Oran, et le docteur Rieux est confronté à une maladie étrange que, pourtant, il reconnaît sans vouloir, au début, l'avouer : la peste. Les rats meurent d'abord par milliers, avant que la maladie s'attaquent aux habitants de la ville. Peu à peu, on suit le docteur, mais aussi divers personnages, comme le docteur Castel, ou encore le journaliste Rambert, ou Grand, Tarrou et Cottard... Tous ces personnages sont attachants et vivent l'épidémie et le confinement qui en résulte diversement. Avec plus ou moins de fortune d'ailleurs.

La lecture m'a happée, j'ai été comme envoûtée. Je ne sais pas trop comment exprimer cela. La qualité de la langue, le choix des mots, la naissance des images, les couleurs, la peur, la sueur, la fièvre... tout y est. Ce n'est pas étonnant qu'Albert Camus ait eu le prix Nobel de Littérature !

Ce qui m'a beaucoup plu, aussi, ce sont les très belles descriptions des comportements très humains de ces personnages qui font ce qu'ils peuvent dans la situation compliquée qu'ils rencontrent. L'auteur les décrit surtout avec une grande humanité, et même de la tendresse, même pour les personnages plutôt problématiques, les profiteurs, les resquilleurs, ceux qui sont ce qu'on appellerait aujourd'hui « moralement répréhensibles ».

Il est ici beaucoup – et surtout – question d'amour. De l'amour des personnages entre eux, bien sûr, avec ces relations qui se tissent entre des gens qui n'auraient finalement jamais du se croiser s'il n'y avait pas eu la peste pour les réunir. Et puis l'amour évident de l'auteur pour l'humanité.

C'est un livre magnifique. Simplement magnifique.


Paru aux éditions Gallimard (Folio), 1947. ISBN : 978-2-07-036042-0