« Rome, 26 août 1492. Neveu et fils adoptif du pape Calixte III, Rodrigo Borgia triomphe et s'assoit sur le trône pontifical. A coups de corruption et de manœuvres politiques au sein de la curie romaine, il a su déjouer son grand rival, Giuliano Della Rovere, futur Jules II. Le nouveau pape règne alors en profitant, sans aucun scrupule, de son pouvoir pour favoriser sa propre famille et accumuler l'une des plus grandes richesses de l'époque. »
La série « Un Pape dans l'histoire » est vraiment passionnante, et elle permet de mettre à portée de tout le monde l'histoire (simplifiée, bien sûr, mais très exacte du point de vue scientifique) de l’Église. Le pape Alexandre VI est un homme riche, très riche, et très influent en son temps. Il fait partie de la famille Borgia, l'une des plus influentes de l'époque, tout comme les Della Rovere ou les Médicis dans leurs fiefs respectifs. La papauté, à l'époque, est une affaire de pouvoir, de famille aussi, et bien sûr d'influence dans le contexte compliqué des débuts de la Renaissance, avec la découverte du Nouveau Monde, mais aussi les guerres et les luttes de pouvoir. Les années 1490, c'est aussi les conflits entre la France et l'Italie pour le contrôle de la péninsule, à travers laquelle le roi de France espère contrôler la Méditerranée et ses richesses, ce qui lui donnerait la suprématie en Europe.
Pour obtenir ce qu'il veut, le pape Alexandre VI utilise les différents moyens à sa disposition, dont ses enfants (parce que, oui, à ce moment-là, la discipline de l’Église en matière de célibat ecclésiastique n'était pas vraiment la même qu'aujourd'hui!), et en particulier sa fille Lucrèce, qu'il marie trois fois pour assurer ses intérêts tant financiers que territoriaux, les alliances matrimoniales servant, à l'époque, à s'assurer qu'un contrat sera bien honoré...
Les deux fils d'Alexandre VI, César et Juan, ne sont pas en reste. L'aîné, César, est voué par son père à assurer la continuité en matière religieuse, puisque le pape fait de lui un prêtre, puis cardinal à 25 ans, avant qu'il ne quitte la prêtrise pour digiger militairement les Etats pontificaux. Juan, de son côté, est Duc ce Gandie et rival de son frère. Ce qui n'ira pas sans poser certains problèmes à leur père. On voit bien ici l'un des problèmes qui se posent, celui de la simonie, c'est-à-dire l'achat de charges ecclésiastiques, ou le trafic de biens spirituels (par exemple les fameux trafics d'indulgences), qui conduiront, quelques années plus tard, à la crise protestante et au schisme qui s'ensuivra.
Bref, une double bande dessinée très intéressante, à lire avec, à l'esprit, la conscience que l'époque n'avait rien à voir avec ce que nous vivons aujourd'hui, et que les enjeux de pouvoirs prévalaient la plupart du temps sur les questions de foi. On doit à Rodrigo Borgia, Alexandre VI, certaines richesses des bâtiments pontificaux, tout comme la chapelle Sixtine est le résultat des goûts de Sixte IV, pape quelques années avant Rodrigo Borgia. Pourtant, de manière providentielle, malgré les problèmes de discipline religieuse, les papes (dont Alexandre VI) ont toujours gardé le dépôt de la foi sans y introduire d'hérésies (ce qui aurait pu arriver, compte-tenu des mœurs et des erreurs que certains papes ont commises...). Et c'est sans doute ce qu'il y a de plus important, puisque le pape est le garant de la foi pour toute l’Église, depuis plus de 2000 ans maintenant.
Tome 1 : Paru aux éditions Glénat et Cerf, 2019. ISBN : 978-2-344-03088-2.
Tome 2 : Paru aux éditions Glénat et Cerf, 2025. ISBN : 978-2-344-03808-6.







