mercredi 6 mai 2026

Alix, tome 4 : La Tiare d'Oribal, de Jacques Martin


Le quatrième tome des aventures d'Alix débute au Moyen-Orient. Une caravane de soldats romains se dirige vers une place forte dressée aux confins du désert syrien. Ils escortent Oribal, l'héritier du trône d'un royaume voisin, vers son pays. Ils arrivent au fort, mais pour le découvrir entièrement détruit. La caravane s'établit là pour la nuit. Alix, qui fait partie, avec Enak, de la caravane, découvre durant la nuit un soldat Parthe qui a pris la place de la sentinelle romaine. Dans le combat qui s'engage, Alix sort vainqueur, mais ne peut pas arrêter la fuite du soldat. Et dès le lendemain, c'est toute une partie de l'armée Parthe qui se jette à l'assaut du fort déjà en partie détruit.

Le plan monté par Alix fonctionne, et conduit le jeune homme et ses deux alliés, Enak et Oribal, à sauver la vie de deux éclaireurs parthes, dont l'un n'est autre que l'espion contre lequel Alix s'était battu la nuit précédente.

L'équipage réduit, plus mobile qu'une caravane entière, poursuit son chemin et le lecteur en apprend alors plus sur l'étrange tiare que les trois cavaliers transportent, seul attribut royal capable, depuis Oribal 1er, d'assurer l'identité et la légitimité de l'héritier qui doit la porter.

On est là dans l'une des premières aventures d'Alix, écrite par Jacques Martin lui-même. Le schéma narratif est clairement un classique du genre, avec des rebondissements réguliers, des trahisons, des retournements de situation et beaucoup, beaucoup de texte, l'une des caractéristiques principales des bandes dessinées de Jacques Martin.

Pour ce qui est de l'histoire, elle est comme toujours bien menée, on est là dans un classique de la bande dessinée européenne des années 1960. Il y a un héros (Alix), l'ami du héros un peu gauche et maladroit (le pauvre Enak passe son temps à être fait prisonnier, ou à provoquer des catastrophes en faisant malgré lui du bruit au pire moment) et un troisième personnage (ici, Oribal) qu'Alix se trouve missionné pour le protéger, le conduire chez lui ou l'aider d'une manière ou d'une autre. Et bien sûr, il y a le méchant de l'histoire, en général le même d'un volume à l'autre : c'est Rastapopoulos ou Müller pour Tintin, Olrik pour Blake et Mortimer, et, ici, Arbacès, l'horrible Grec qui cherche, encore et toujours, à accaparer pouvoir et argent, quitte à défendre pour cela une cause à laquelle il ne croît pas, le temps d'obtenir ce qu'il veut et avant de larguer les pauvres naïfs qui ont cru en ses belles paroles.

Ce scénario-type a quelque chose de rassurant : il met en évidence la laideur du lâche/traître/méchant vilain profiteur et en exergue les qualités de cœur, d'abnégation, d'honnêteté et de grandeur d'âme du gentil héros qui préfère tout perdre plutôt que de laisser son ami (Enak en général) souffrir seul et inutilement.

Même si ce scénario peut faire sourire aujourd'hui par sa « simplicité », il met quand même en avant une sorte de morale bonne et belle, capable de construire, chez l'adolescent(e) qui lit ces histoires, une conscience droite. Et finalement, c'est peut-être ça que nous devrions redécouvrir aujourd'hui, dans notre monde devenu extrêmement complexe, et où le relativisme fait des ravages. Tout est bien, pourvu que la personne puisse accomplir librement ce que lui dicte sa conscience... Vraiment ? Le mal n'est-il pas mauvais, intrinsèquement, et indépendamment de la raison pour laquelle il est commis ?

Ce que nous disent aujourd'hui ces bandes dessinées d'un autre temps (celui de mes parents), c'est que le Bien vaut le coup de se battre pour lui, même si c'est au prix de notre propre liberté, voire de notre vie. Les récits de Jacques Martin ont quelque chose, dans le personnage d'Alix par exemple, de presque christique... La lutte du Bien contre le Mal est une lutte difficile, exigeante, mais fondamentalement bonne, même si elle exige de la part du Bien des sacrifices. Ces sacrifices portent du fruit justement parce que le « mal » ne peut y consentir. Et c'est peut-être pour cela que c'est le Bien qui, finalement, l'emporte toujours dans ces histoires. Même contre toute logique narrative...


Paru aux éditions Casterman, 1966. ISBN : 978-2-203-31203-6.

lundi 20 avril 2026

La Chambre des officiers, de Marc Dugain

Il y a quelques mois, une cousine de mon père était de passage quelques jours à la maison, et, en partant, elle m'a laissé ce livre, un roman très court qui se lit bien sûr très vite. J'ai mis du temps à l'ouvrir, parce qu'il a rejoint une PAL très fournie que j'épuise le plus rapidement possible, mais bon, j'ai aussi d'autres choses à faire que la lecture...

Donc j'ai ouvert ce roman de 172 pages très bien écrites en début de semaine et quelques heures plus tard, il était déjà refermé...

Adrien est ingénieur et, au début de la guerre de 14, il est envoyé au front. À peine arrivé, son officier supérieur l'envoie en reconnaissance pour trouver l'endroit idéal où construire un pont. Une embuscade, et voilà Adrien seul rescapé du trio envoyé en reconnaissance. Rescapé, mais pas indemne : il est défiguré et immédiatement envoyé à l'hôpital du Val-de-Grâce pour y être soigné.

Il est le premier arrivé dans la « chambre des officiers », la pièce où sont soignés, comme son nom l'indique, les officiers blessés au front, qu'on ne mélange pas avec les soldats du rang. Et ces officiers-là ont quelque chose de bien particulier : ils sont tous blessés de la face. Mais en ces premiers jours de conflit, Adrien est seul. Premier arrivé.

Au fil du temps, des semaines, il fait la connaissance des nouveaux arrivants. Certains s'en sortiront, d'autres ne survivront pas à leurs blessures ou, pire, se donneront la mort. Une solidarité fraternelle naît entre ces grands blessés, qui n'ont d'autre choix que de se soutenir mutuellement pour ne pas désespérer, eux qui ont perdu leur visage, leur voix, leurs sens, le goût... et jusqu'à la possibilité d'être reconnus par leurs proches.

J'ai été bouleversée par ce roman si beau et si bien écrit. Il ne tombe jamais dans le pathos et la caricature. Il décrit simplement les faits, bruts, mais sans brutalité. Avec une bonne dose d'humour et d'auto-dérision de la part d'Adrien et de ses plus proches compagnons d'infortune, le breton Penanster, l'aviateur juif Weil et Marguerite, elle aussi blessée de la face, au front, et seule survivante d'un bombardement. Entre les quatre personnages, une fraternité sans faille naît dans les couloirs de la chambre des officiers, fraternité et amitié qui se prolongeront bien au-delà de la guerre, bien après la reprise de la « vie normale », si tant est que les « gueules cassées » de 14-18 aient pu reprendre une vie normale... et jusqu'à la fin. Avec, de surcroît, le retour de la guerre 20 ans après la fin de celle qui devait être la « der des ders ».

Un roman puissant, bouleversant mais jamais misérabiliste ni larmoyant. C'est brillant. Simplement.


Paru aux éditions Pocket, 1999. ISBN : 978-2-2266-09308-8.


lundi 13 avril 2026

L'Homme biblique : Lectures dans le premier Testament, d'André Wénin


J'ai découvert André Wénin cette année, durant mon troisième semestre d'études de théologie, pour un cours de théologie du mariage. André Wénin est exégète, et il a écrit un livre, D'Adam à Abraham, où l'un des chapitres est une lecture particulièrement intéressante de la création de la femme.

Dans ce livre, on repart de la Genèse aussi, mais pour explorer les liens entre l'homme et Dieu et, surtout, pour examiner l'image que Dieu a pris pour l'homme au fil du temps. D'emblée, André Wénin interroge le lecteur sur l'origine de cette image d'un Dieu « supérieur » à l'homme et remarque que cette image nous vient non pas de Dieu lui-même, mais du serpent des origines, celui-là même qui a provoqué la chute de l'homme et de la femme.

S'en suit une relecture des premiers livres de la Bible, où l'on est amené à repenser l'image de Dieu dans nos représentations, mais aussi la relation qu'il entretient avec l'homme.

C'est brillant, fascinant et ça donne une toute autre manière de penser le rapport entre l'être humain et son Créateur.

J'ai vraiment été conquise, à la fois par le chapitre lu dans D'Adam à Abraham et par ce livre-ci, que j'ai lu en entier, même si je ne devais qu'en résumer les deux premières parties pour mon devoir de philosophie. C'est plutôt facile d'accès comme lecture, et vraiment passionnant. Si le sujet vous intéresse, c'est vraiment un livre à lire !


Paru aux éditions Cerf, 2007. ISBN:978-2-204-07418-6


mercredi 8 avril 2026

Les Aventures d'Alix, tome 17 : L'Empereur de Chine, de Jacques Martin

Je poursuis ma redécouverte de la série Alix, avec un certain plaisir parce que j'étudie justement en ce moment l’Église et ses débuts, pour ma licence de théologie. Et les débuts de l’Église, c'est aussi le temps de l'Empire romain.

Le lien s'arrête là, mais ça me donne une excuse pour lire autre chose que des livres de spiritualité et de théologie ! Et c'est toujours bien de se trouver un alibi !;)

Ici, c'est une histoire classique : pour une raison assez mineure, finalement, Alix et Enak sont embarqués par Mardokos, un de leurs amis, à bord d'un navire qui les conduit en Chine, où le père de Mardokos a été nommé percepteur du prince héritier de l'Empire chinois.

L'accroche est une excuse, bien sûr, pour permettre à Alix de quitter un temps Rome et ses environs et pour pénétrer dans un autre univers. Le prince héritier est malade, mourant, même, et bien sûr, il y a derrière tout cela des enjeux de pouvoir. Mais ce n'est même pas ce pouvoir et cette succession qui forme la trame de l'intrigue. L'enjeu, c'est le désir de guérison du jeune prince, et, encore et toujours, Enak au mauvais endroit et au mauvais moment...

L'histoire est très classique, donc, mais comme d'habitude avec Jacques Martin et tous ceux de sa génération, elle est bien écrite, bien menée et ne manque pas de rebondissements. Un grand classique du genre, donc, mais qui fait du bien !


Paru aux éditions Casterman, 1983. ISBN : 978-2-203-31217-3.


lundi 6 avril 2026

L'Homme des jeux, de Iain M. Banks



L'Homme des jeux est le premier tome du Cycle de la Culture, qui en comprend neuf. J'ai découvert cet auteur dans une revue que je lis régulièrement, qui contient, pour Noël, une sélection de livres à découvrir. Ce Cycle n'est pas récent, mais je n'avais jamais entendu parler de Banks.

On est là dans la littérature de science-fiction pure et dure.

Gurgeh est un « joueur de jeu », c'est-à-dire que sa vie tourne autour des jeux de société. Champion de la Culture, il affronte d'autres joueurs et c'est au cours de l'un de ces combats qu'il est repéré et sollicité pour aller dans l'empire d'Azad, où le pouvoir se conquiert par un jeu multiforme : jeu de stratégie, de rôle et de hasard, où le prix remis au vainqueur n'est autre que le trône de l'Empereur.

J'avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans cet univers de science-fiction auquel je ne suis pas vraiment habituée. La première partie est une description de la Culture, cette vaste société galactique pacifique, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique qui considère le jeu comme un art majeur. On y découvre le personnage principal et ses amis, tant « humains » que drones, qui sont autant de conseillers plus ou moins fiables et honnêtes.

Puis, dans la seconde partie, Gurgeh est envoyé vers Azad et on suit son périple durant lequel il se familiarise avec le jeu auquel il va devoir participer : Gurgeh a en effet une mission, et pas des moindres : s'il gagne, la paix sera sauvée entre la Culture et Azad, et s'il perd, les conséquences en seraient funestes.

La troisième partie permet de suivre Gurgeh sur Azad, ainsi que ses contacts, les parties qu'il doit disputer et comment il s'en sort, lui, qui débute à ce jeu où il doit affronter des joueurs expérimentés et qui sont tous là parce qu'ils ont battu leurs adversaires et qu'ils convoitent, eux aussi, le titre et le trône impérial.

Après un temps de familiarisation avec cet univers plutôt éloigné du nôtre (mais est-ce si vrai?), j'ai pu entrer davantage dans l'histoire et mieux comprendre le déroulement de l'intrigue.

Et il se trouve que la personne qui m'a offert ce livre m'en a offert un autre du même auteur et de la même série, mais pas le suivant... Je vais donc lire le dernier tome, et si je suis conquise, je crois que je chercherai les autres tomes, histoire de compléter mes connaissances en matière « culturelle » ! Un bon divertissement, en tout cas, mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Certaines scènes sont particulièrement violentes.


Paru aux éditions LGF (Livre de Poche), 1996. ISBN : 978-2-253-07185-3.


mercredi 4 mars 2026

Les Cités Obscures : L'Archiviste, de François Schuiten et Benoît Peeters


Cet album n'en est pas un. Enfin, ce n'est pas un album de bande dessinée au sens strict du terme. Et pourtant, il raconte une histoire. Isidore Louis, archiviste à l'institut central des archives, sous-section des mythes et légendes de son état, est mandaté pour rédiger un rapport au sujet d'un « curieux cas de superstition », concernant les « cités obscures ». Il déménage toute la documentation au dernier étage, et commence à l'explorer.

L'album est le résultat de ses recherches : des documents iconographiques que l'archiviste répertorie, afin de documenter l'affaire des « Cités obscures ». Le lecteur est donc amené à suivre la découverte de ces documents, ceux-ci étant reproduits sur la page de droite, face à chaque nouvelle description, tant de la « pièce » concernée que de l'entreprise d'Isidore Louis.


L'édition qui m'a été offerte l'an dernier comporte en plus une carte des différentes « Cités ». Et j'avoue qu'en tant que géographe, c'est bien ce document qui m'a d'abord attirée ! Le monde élaboré par les auteurs est cohérent, même 40 ans après sa création. Et en plus, comme toujours, c'est beau. Cette série est décidément un OVNI dans la planète BD, mais qu'est-ce que c'est bien !


Paru aux éditions Casterman, 2022. ISBN : 978-2-203-24740-6


mercredi 25 février 2026

Thorgal, tome 42 : Özurr le Varègue, de Frédéric Vignaux et Yann


Thorgal et sa famille sont de retour au village viking. Et ils ne sont pas les seuls : Özurr, le frère de Gandalf-le-Fou, l'ancien chef, revient dans son village, après des années au service de l'armée Byzantine suite à son bannissement. A son retour, il doit payer le Wergild, le prix du sang pour la faute commise des années auparavant. Mais quand il découvre que Gandalf-le-Fou a été tué par Jorund-le-Taureau, il réclame le droit de venger son frère.

Nous sommes ici dans un épisode plus « calme » que les précédents : pas d'aventures au loin, pas de dieux à vaincre, mais deux combats : celui que va mener Özurr et celui qui oppose la famille de Thorgal à la « sage-femme » du village...

Une histoire un peu plus calme, donc, qui revient aux origines de la série, en quelque sorte. Ce qui n'en fait pas une histoire morne pour autant : l'intrigue avance, peu à peu, et les membres de la famille de Thorgal sont, pour certains au moins, mis à rude épreuve, avec plusieurs arcs narratifs simultanés. Un bon opus !


Paru aux éditions Le Lombard, 2024. ISBN : 978-2-8082-1293-9