mercredi 22 juillet 2026

Lefranc, tome 12 : La Camarilla, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


Je poursuis mon exploration des bandes dessinées écrites par Jacques Martin (et dessinées par d'autres parce que l'auteur avait tant d'histoires à raconter, sur deux séries (Alix et Lefranc) puis une troisième (Jhen), qu'il ne pouvait plus les dessiner toutes lui-même, d'autant plus qu'il avait intégré, très tôt, avec Roger Leloup, les Studios Hergé).

Bref. Mon mari et mes enfants se chargent de m'offrir régulièrement les albums des deux séries principales de Jacques Martin, ce qui me permet de rattraper mon retard en lecture. Parce que, bien sûr, ce douzième album de la série Lefranc ne date pas du tout de 1997, mais plutôt des années 1970...

Nous sommes ici en Italie, à Monza, où a lieu, comme chaque année, une course automobile. Celle-ci voit s'affronter Yon Clare, un français, et Jim Hall, un américain. Très vite, le Français est mis en difficulté et réchappe de peu à un accident, qu'il sait ne pas être tout à fait accidentel... Il refuse de répondre aux journalistes présents pour couvrir l'événement, n'acceptant de parler qu'à son ami Guy Lefranc, à qui il révèle que le moteur de sa voiture a été saboté à distance, provoquant ainsi l'accident et donnant l'avantage à l'américain pour des histoires de gros sous (en gros).

Yon Clare ne se laisse pas abattre pour autant et part se mettre « au vert » quelques temps au bord du lac de Côme, où il invite Lefranc à qui il a promis une série d'interviews pour son journal. Les deux hommes vont ainsi se retrouver au cœur d'une machination mafieuse à laquelle, bien sûr, Axel Borg, le meilleur ennemi de Lefranc, n'est pas étranger.

J'ai lu cette bande dessinée assez rapidement : elle est intéressante, au rythme enlevé, bien construite et pleine de rebondissements. Tout à fait ce dont on a besoin en vacances ! (et quand il fait aussi chaud qu'au moment où j'écris ces lignes, c'est-à-dire le 24 juin!). Si vous ne connaissez toujours pas la série, foncez : il s'agit d'une valeur sûre, au même titre que Tintin, Astérix, Yoko Tsuno ou Blake et Mortimer ! 'D'autres aussi, bien sûr, mais ces séries-là sont vraiment tout public : comme je l'écrivais dans mon précédent billet, ici, le Bien triomphe toujours du Mal, même si le mal continue son œuvre, avec comme toujours des victimes innocentes...


Paru aux éditions Casterman, 1997. ISBN : 978-2-203-31412-2.

mercredi 15 juillet 2026

Jo, Zette et Jocko, de Hergé



Quand j'étais petite, nous avions de « bonnes » lectures, chez mes parents. Tintin, Astérix, Lucky Luke principalement. Et Jo, Zette et Jocko. Les cinq albums, que je connaissais par cœur à force de les avoir lus, relus et re-relus.

Jo et Zette, ce sont les deux enfants de M. et Mme Legrand. M. Legrand est ingénieur, aéronautique d'après les premiers albums, mais pas uniquement, si on s'en réfère au dernier...

Jo et Zette, ce sont les petits frère et sœur de Tintin (d'ailleurs Jo lui ressemble pas mal, en brun). Et Jocko, c'est leur singe apprivoisé, l'élément gaffeur et drôle, mais qui, plus d'une fois, vient en aide à ses maîtres (après les avoir bien mis dans l'embarras, toutefois!).

Cet album est en fait un recueil des cinq albums écrits par Hergé entre 1951 et 1957 : deux histoires en deux albums et un album simple.

La première aventure, intitulée Le Stratonef H. 22 se déroule donc en deux épisodes : Le Testament de M. Pump et Destination New York. Dans cette histoire, John Archibald Pump, un fana de vitesse et d'optimisation du temps, meurt dans un accident de voiture. Il est richissime et son immense fortune (10 millions de dollars) ira aux constructeurs de l'avion capable de rallier Paris à New York – ou vice-versa – sans escale, à une moyenne de 1000 km/h. Dans l'hypothèse où ce raid n'aurait pas eu lieu dans le délai d'un an, l'intégralité de la fortune de M. Pump ira à ses neveux William et Fred Stockrise.

Évidemment, les deux neveux de John Archibald Pump ne vont pas se laisser faire. Ils ne peuvent contester le testament, aussi s'attaquent-ils directement à M. Legrand, le candidat le plus sérieux pour réussir l'exploit. Rien ne lui sera épargné : attentat, diffamation, re-attentat, violence armée, vol... jusqu'à l'empoisonnement. Sauf que Jo et Zette suivent de près les travaux de leur père et les péripéties qui émaillent la construction du Stratonef H. 22. Et lorsque ce dernier est menacé par les bombes du traître à la solde des frères Stockrise, les deux enfants font tout pour sauver l'avion, ce qui va les lancer dans un périple improbable.

La seconde aventure, Le Rayon du Mystère, regroupe Le Manitoba ne répond plus et L’Éruption du Karamako. Les enfants Legrand et Jocko sont sur la plage, en vacances, et s'aventurent sur la mer pour jouer aux pirates : ils ont entendu parler de l'aventure du Manitoba, un bateau qui reliait New York à Liverpool et qui n'a plus donné de nouvelles pendant plusieurs heures, avant que les échanges reprennent. Et les membres de l'équipage et les passagers découvrent alors qu'ils ont été méthodiquement dévalisés... Les enfants ne reviennent pas, le soir venu, et leurs parents s'inquiètent bien sûr. En réalité, ils ont été recueillis en pleine mer par un mystérieux sous-marin qui les emmène dans une non-moins mystérieuse île sous-marine où sévit un étrange professeur qui a l'air plus fou qu'autre chose et qui cherche à mettre au point sa dernière invention. Et pour cela, il a besoin des enfants... Parce qu'évidemment, les pirates n'ont pas du tout recueilli les enfants et leur singe par pure bonté d'âme.

L'histoire bien sûr ne s'arrête pas là : Jo et Zette, accompagnés de Jocko, parviennent à s'enfuir de l'île sous-marine, mais c'est pour tomber sur une île faussement déserte, où des cannibales leur réservent un bien triste sort...

Enfin, la dernière histoire, en un album, cette fois, est intitulée La Vallée des Cobras. La famille Legrand est en vacances à la montagne et, durant l'une de leurs promenades à skis, Jo et Zette dépassent le Maharajah de Gopal, un homme irascible et quelque peu buté, mais investi d'un pouvoir absolu sur chacun de ses sujets. Et il se trouve qu'il a tendance à oublier que, quand il est en France, son autorité n'est pas tout à fait la même que quand il est au pays...

Lorsqu'il rencontre l'ingénieur Legrand, il voit tout de suite la solution à l'un des problèmes qui se posent à lui, dans son pays : il cherche à construire un pont au-dessus de la Vallée de Cobras, une vallée très encaissée avec un gué qui constitue un passage obligé pour relier la capitale. Or cette vallée est gardée par un fakir qui fait payer un droit de passage à toutes les caravanes qui s'y présentent, et décide, « au nom des dieux », du moment favorable pour le passage. En faisant payer chaque jour la caravane pour avoir l'avis des « dieux »... Là encore, la construction du pont ne se fera pas sans mal, puisque tout le monde n'a pas intérêt (et surtout pas le fakir) à ce que le gué ne soit plus utilisé...


Ces trois histoires m'ont énormément plu quand j'étais enfant, plus pour les aventures de Jo et Zette (à laquelle je m'identifiais, bien sûr, me demandant si j'aurais son courage, son intelligence, son amour sans faille pour sa famille...) que pour le message délivré en arrière fond.

Dans la première histoire, c'est l'intégrité qui est valorisée : les personnages « méchants » sont des traîtres, bien sûr. Et leur image pour le lecteur varie en fonction de leur capacité à se rendre compte du mal qu'ils ont fait. Une histoire de rédemption, donc, pour certains d'entre eux, et une réelle absence de pitié pour ceux qui refusent de comprendre où est le Bien.

Dans la seconde histoire, il est plus question du pouvoir d'un homme sur les autres, du contrôle. Le « savant fou » n'hésite pas à tuer, quitte à perdre lui-même la vie pour ne pas voir son « œuvre » lui échapper. Là c'est l'altruisme qui triomphe : M. Legrand n'hésite pas à affronter les pires dangers pour sauver ses enfants.

Enfin, dans La Vallée des Cobras, on rencontre d'abord le Maharadjah qui n'a d'autre vision que son propre pouvoir : tout le monde doit lui obéir, et il se comporte, de fait, comme un enfant pourri gâté. Mais M. Legrand finit par lui faire comprendre qu'un peu de respect pour les autres lui assure d'autant plus facilement leur collaboration, si tant est qu'ils y trouvent, eux aussi, leur intérêt. Le véritable ennemi, ici, n'est pas le « pouvoir », mais l'homme qui, dans l'ombre, tire les ficelles et manipule habilement les autres. Là encore, c'est l'empathie de M. Legrand qui permet de résoudre le problème et sauve la vie de nombreuses personnes.

Les valeurs prônées ici sont bien sûr l'honnêteté, le courage, la loyauté, l'altruisme, le pardon et la fraternité.

En filigrane, on peut y voir aussi une timide critique d'un progrès devenu fou (Le Rayon du Mystère) ou, au contraire, une exaltation d'avancées technologiques bonnes pour le plus grand nombre, et qui permettent (La Vallée des Cobras) de commencer à sortir d'une sorte d'obscurantisme ou de superstition. En ce sens, les bandes dessinées d'Hergé préfigurent déjà les œuvres de Roger Leloup, largement chroniquées ici. Et ce n'est pas un hasard : Roger Leloup a travaillé pendant un moment aux Studios Hergé, redessinant en particulier les avions dans L'Ïle Noire ou travaillant sur celui de Carédas dans Vol 714 pour Sydney. Même si la technique de Roger Leloup a bien sûr évolué avec le temps et la maturité, la filiation entre les deux œuvres est indéniable. Et c'est bien ça qui rend la série Jo, Zette et Jocko tout à fait intéressante pour les lecteurs d'aujourd'hui : dans un monde où les repères – en particulier moraux – se désagrègent allègrement et semblent disparaître peu à peu, donner ce genre de lectures à des enfants ne peut que les aider à comprendre l'importance de toutes ces valeurs véhiculées par les petits héros à leur image. Ici, au moins, c'est clair : le méchant est réellement méchant, identifié comme tel, et le gentil est vraiment bon, jusqu'au bout. Sans aller jusqu'au sacrifice ou au parallèle douteux avec la Croix, il y a quand même un peu de ça dans l'oeuvre d'Hergé, avec des enfants qui n'hésitent pas à prendre des risques pour sauver ce qui leur est cher. C'est bien sûr caricatural et tiré par les cheveux, ce n'est pas crédible pour un sou, mais ça fait du bien. Ici, point de relativisme : le bien est appelé « Bien » et l'histoire est construite afin de le voir triompher.


Paru aux éditions Casterman, 2008. ISBN : 978-2-203-25757-3


mercredi 8 juillet 2026

Lefranc, tome 11 : La Cible, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


L'histoire débute près de Lausanne, au bord du lac Léman. Le journaliste Guy Lefranc vient rencontrer Igor Lipsky, un ancien danseur de grande renommée qui a élu domicile à l'hôtel Beau-Rivage-Palace pour y passer sa retraite.

Lors de l'interview que l'artiste accorde à Lefranc, celui-ci tombe sur un document qui lui semble étrange et l'envoie directement vers une enquête bien plus mystérieuse, d'autant plus que ce document appartient à une femme, dont le nom, Ritter-Borg, n'est pas sans rappeler celui du meilleur ennemi de Guy Lefranc, Axel Borg... Il se trouve que Madame Ritter-Borg est aussi liée à une multinationale, la Sybor, à Québec, qui semble se débarrasser de certains déchets de manière frauduleuse. Il n'en faut pas plus au journaliste pour décider d'aller enquêter sur place.

Les choses, bien sûr, vont se compliquer, mais je ne vais pas en dévoiler davantage pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne connaîtraient pas encore cet album.


Et mon avis ? Eh bien je suis toujours aussi peu fan des visages féminins dans cette série (et dans Alix aussi), sinon c'est un inconvénient plutôt mineur : l'histoire est comme d'habitude vraiment bien ficelée, avec tous les rebondissements, les méchants (et les gentils qui leur font face) nécessaires, et un suspense qui dure jusqu'à la dernière page. Les dessins sont classiques mais très réalistes encore une fois et le tout se lit très agréablement. Un bon cru, donc, que cet album, si on aime le genre aventure avec un gentil héros au grand cœur et à l'honnêteté sans reproche. Peu de fissures, donc, dans le personnage de Guy Lefranc, et c'est justement un peu ça le problème : il est légèrement trop « parfait »... Heureusement que face à lui, il y a les personnages secondaires, bien plus hauts en couleurs, voire énervants, pour lui donner le change. Mais d'un autre côté, un héros comme Lefranc a aussi un côté rassurant : on sait où se trouve le bien, et où est le mal...


Paru aux éditions Casterman, 1989. ISBN : 978-2-203-31411-5.


mercredi 1 juillet 2026

XIII, tome 29 : Moscow – Spaso House, de Iouri Jigounov et Yves Sente


L'histoire du jour débute à Moscou (mais je ne me souviens plus bien de ce qui s'est passé avant, alors je suis un peu perdue quand même dans cette longue saga...).

En tout cas, à Moscou, une conversation qui aurait dû rester privée est finalement interceptée par les mauvaises personnes.

Au-dessus de l'Atlantique, entre Cuba et la Russie, XIII est à bord d'un jet où Boris l'informe sur une opération qui a eu lieu à Spaso House, la résidence moscovite de l'ambassadeur américain, où XIII-Kelly (ou quel que soit son nom d'ailleurs) avait pour mission d'empoisonner Constantin Ryabko, un conservateur russe qui, s'il avait pris la tête de l'URSS, aurait, selon les services secrets américains, pu mener le monde vers la troisième guerre mondiale. La mission de « Kelly » était donc de le neutraliser. Sauf que tout ne s'est pas passé exactement comme le supposait le plan : la taupe a été surprise, des documents ont disparu, et XIII est le seul à savoir où ils ont été cachés. Sauf que XIII n'a plus de mémoire, son cerveau ayant été comme « réinitialisé »...

Les personnages qu'il croise font pour beaucoup partie de son passé, mais, comme dans toute cette série, la question qui se pose est de savoir si XIII peut faire confiance à ceux qui se disent être ses amis...


Là aussi, dans cette série, beaucoup d'action, beaucoup de personnages, des allers-retours dans les récits, des situations complexes, cette fois dans le cadre des relations internationales. On est là dans le contexte du conflit russo-américain post-guerre froide, avec une résolution dans un présent qu'il est quelque peu compliqué de dater précisément. Mais peu importe : ce qui compte, c'est l'éternelle chasse mémorielle de XIII et, plus encore, sa quête de liberté.


Paru aux éditions Dargaud, 2024. ISBN : 978-2-5051-2430-6.