mercredi 11 janvier 2012

La Fabrique, tome 1 : Le Créateur destructeur, de Peb et Fox



J'ai découvert cette bande dessinée un peu par hasard, à la bibliothèque où je travaille. J'étais en train de faire de la place dans les étagères quand soudain, elle m'est littéralement tombée dessus, elle m'a tendu les bras, s'est précipitée sur moi... bref, je n'ai pas pu faire autrement que de m'installer avec elle et de l'ouvrir... Et j'ai bien fait !
Je l'avais achetée pour les étudiants, mais n'avais pas eu le temps de la lire. Ah ! Comme j'aimerais avoir le temps de lire tous les romans et toutes les bds que j'achète pour les étudiants ! Au moins, je saurais ce que je leur donne en pâture !
Trèves de bavardages, la bd.

La couverture donne à elle seule le ton... Il est ici question d'une entreprise énorme, gigantesque, dont on ne sait absolument pas ce qu'elle produit, le pourquoi de son existence... mais ce n'est pas si grave que ça au fond. Parce que le propos des auteurs est, avec beaucoup d'humour et un dessin excellent, de croquer les relations entre le patron de cette entreprise et les employés, la masse laborieuse. Évidemment, le trait est forcé, les scènes sont excessives, le PDG est odieux, absolument horrible, abject, imbu de lui-même... et si drôle ! Drôles aussi sont les employés qui se distinguent du lot, de la "masse laborieuse" : Trognon, le pauvre héros si malheureux, le syndicaliste, le cuisinier, la secrétaire, l'assistante de direction, le responsable réseaux, le DRH... ils sont tous très bien campés, et surtout hilarants, même si le propos fait vraiment froid dans le dos. L'actualité économique ne permet pas de faire totalement l'impasse sur l'aspect purement descriptif des choses, même si il faut garder à l'esprit qu'il ne s'agit pas là de la réalité, mais bien d'une satyre. Évidemment, tout cela est à prendre au quatre-vingt-quinze-millième degré, on l'aura compris.

Côté dessin, c'est simple, sobre au niveau du trait, très coloré : les personnages sont croqués sous l'apparence de souris (grise pour le PDG, marron pour tous les autres), avec des traits physiques caractéristiques pour ceux qui sortent du lot, et qu'on retrouve d'une planche à l'autre. L'album est en effet construit sous forme d'histoires courtes d'une page ou deux, avec des rappels hilarants de certaines situations dans les pages suivantes. En tout cas, c'est une excellente mise à distance du monde parfois difficile des grandes entreprises, avec un trait et un ton volontairement caustiques et caricaturaux. Une bonne découverte (et une agréable pause au milieu de mon déménagement de ce jour-là, ce qui n'était pas du luxe, vous pouvez me croire !).
Ah oui, le parachute du PDG, sur la couverture, il est... doré, bien sûr !

Paru aux éditions Paquet, 2009. ISBN : 978-2-88890-303-1

jeudi 5 janvier 2012

Les Evadés, de Christian Gailly



J'avais envie de lire Christian Gailly depuis longtemps, depuis que j'avais rencontré cet auteur au détour du livre Au bon roman, il y a un peu plus d'un an. Je ne le connaissais pas du tout, ni de nom, ni par l'écriture, et j'étais curieuse de savoir pourquoi cet auteur en particulier se devait de faire partie de la sélection de la "librairie idéale"...
Je ne saurais trop dire si j'ai été déçue ou non. J'avoue que c'est difficile de se faire une opinion quand on a lu ce roman dans les conditions dans lesquelles je l'ai lu, à savoir par petits bouts, un chapitre après l'autre (normal, me direz-vous, il vaut mieux !), à plusieurs jours d'intervalle entre chaque chapitre (et là, c'est sans doute beaucoup moins normal, et vous devez commencer à comprendre où se trouve le problème).
Donc, voilà. Un roman assez court (234 pages), que j'ai lu en pointillés, alternant le désintérêt et l'envie d'en savoir plus.
Alors autant vous dire que j'ai eu beaucoup de mal à suivre l'intrigue, avec un tel rythme de lecture. Une fois n'est pas coutume, je vais donc reprendre la 4e de couverture pour que vous puissiez vous faire une idée de l'histoire qui est ici racontée :
Le jeune Jérémie Tod ressemble trop à son père. On va le lui faire payer. En pleine rue, on le fait battre par un policier. Un homme, Théo Panol, intervient. Maladroit, il tue le policier. Il est arrêté, jugé et condamné : trente ans de réclusion. Ses amis décident de le faire évader. Les chances de réussite sont à peu près nulles. Ils vont quand même essayer.

L'aspect avec lequel j'ai eu le plus de mal, c'est la structure des phrases. C'est en fait ce qui m'a le plus marquée durant ma lecture, et qui explique peut-être le côté haché de mon rythme, qui correspond finalement plutôt bien avec le style de l'auteur : un style incisif, avec des phrases parfois incomplètes, des chapitres très courts, des dialogues insérés dans le texte sans point de repère pour le lecteur (oui, je suis très « classique » sur ce point, j'ai besoin de m'y retrouver visuellement pour comprendre ce que veut dire l'auteur, et la ponctuation, la graphie, la mise en page sont de ce point de vue fondamentales pour moi). Pour vous donner une idée, voici le début du chapitre deux :

Arthur Maiden conduisait bien, loin du volant , bras tendus, regard absent. A côté de lui Elisabeth sa femme examinait ses yeux, les siens, ses propres yeux dans un petit miroir. Elle était secouée mais ne disait rien. Elle se laissait conduire. Elle n'avait pas peur. Il y a des femmes comme ça, qui ont confiance. Elle avait confiance en Arthur. Ou bien alors. C'est plutôt ça. Elle se moquait éperdument de ce qui pouvait se produire. Sa figure seule la préoccupait, sa gueule comme elle disait, parlant de son visage elle utilisait le mot Gueule.

Voilà le premier paragraphe du deuxième chapitre, et vous pouvez déjà voir ce qui me gêne là, dans la construction des phrases, ces phrases tronquées, sans verbe, sans sujet, qui font plus penser à une personne qui parle qu'à quelqu'un qui écrit et raconte une histoire. J'ai bien sûr fini par m'habituer à ce style, sinon je ne serais sans doute pas allée au bout du livre, mais j'ai souvent dû relire plusieurs fois certains passage pour comprendre l'histoire, tant les ellipses sont nombreuses ici. Et ça, j'avoue que je n'aime pas du tout. Ou alors, c'est une écriture trop exigeante ? Je ne sais pas. A la lecture de ce livre, j'ai fini par me demander si je n'étais pas trop habituée à des lectures trop faciles, où le style est trop simple, et si, du coup, je n'avais pas été désarçonnée par ce roman à cause de ce style plus complexe, plus travaillé aussi.
Mais une autre chose m'a gênée : la multiplicité des personnages. J'ai eu beaucoup de mal à suivre, à comprendre qui est qui, du père, de la fille, des amis des uns ou des autres, des maris, femmes, amants ou autres... l'histoire est quelque peu alambiquée, et comme je l'ai lue en pointillés et que les chapitres sont très courts, j'ai eu beaucoup de mal à m'y retrouver. C'est sûrement un livre qui mériterait plus d'attention, plus de continuité et d'assiduité dans la lecture, contrairement à d'autres, plus faciles, qui peuvent se lire de manière discontinue sans que l'on se perde dedans...
Mais le pire, sans doute, c'est que je n'ai pas vraiment compris l'histoire... A force de lire ce roman de manière hachée, par ma faute, certes, mais aussi par la faute de l'auteur à cause de la construction de ses phrases, j'ai plus été attirée par les questions liées au style que par l'intrigue elle-même. Arrivée au milieu du livre, je me suis aperçue que je n'avais rien compris de l'histoire, ou alors par petits morceaux sans lien réel les uns avec les autres. Et ça, vous avouerez, chers lecteurs, que c'est quand même assez gênant et que ça empêche carrément de s'attacher aux personnages et de tenter de les suivre dans leurs pérégrinations. La fin m'a beaucoup plus accrochée, heureusement, et c'est pour cette raison que je ne peux pas donner d'avis définitif sur ce livre. J'ai vraiment la sensation que je ne lui ai pas accordé l'attention qu'il mérite ni le temps dont il avait besoin pour me montrer tout ce qu'il avait à me faire découvrir. Un peu comme un rendez-vous manqué, en fait. Donc une petite déception, de mon côté, mais mea culpa, c'est beaucoup par ma faute : je n'avais qu'à le lire dans de bonnes conditions ! Je pense que c'est un livre que je relirai plus tard, quand j'aurai moins d'idées parasites en tête...

Paru aux éditions de Minuit (MDouble), 2010. ISBN : 978-2-7037-2109-1

lundi 2 janvier 2012

Bonne année !

Eh oui, je viens de capter un truc, ce matin : je commence l'année à la bourre. Oui.
A la bourre pour les voeux (je les ai vus fleurir hier sur les blogs, j'ai souhaité plein de bonnes choses aux uns et aux autres en particulier, mais je ne vous ai pas souhaité une bonne année ! Ca ne va pas du tout, ça.)
A la bourre pour mes lectures : je n'avance pas du tout !!!

S'il faut donc prendre des résolutions, ce sera de lire !

Bonne année à tous !

mardi 27 décembre 2011

Joyeux Noël !

Je l'ai déjà dit sur l'autre blog, mais là, je l'ai un peu zappé...
Alors puisque Noël est un tout petit peu passé (pour ceux qui, comme moi, ont du mal à suivre, on est déjà le 27 !), bon Noël en retard, et déjà bonne année à tous !

mercredi 21 décembre 2011

Princesse Sara, tome 3 : Mystérieuses héritières, de Audrey Alwett, Nora Moretti et Claudia Boccato



Ce tome 3 débute à Moscou, où l'on suit l'homme de confiance de l'ami de monsieur Crewe, qui est à la recherche de Sara. Il l'a cherchée à Paris, et il est maintenant en Russie, où un renseignement émanant d'un pensionnat lui a dit que la jeune fille était. Plein d'espoir, il la rencontre et prépare tout pour la ramener en Angleterre.
Dans le même temps, Sara fait la connaissance du serviteur de son voisin, un Indien, et cette rencontre va quelque peu compenser les brimades et privations dont elle est l'objet de la part de Miss Minchin.

Je n'en dis pas plus sur l'histoire, pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte... Le dessin est toujours aussi beau, aussi expressif, les couleurs sont magnifiques, et le lecteur découvre un peu mieux Sara et son caractère. Contrairement au dessin animé, cette version-ci confirme un aspect de la personnalité de Sara qui apparaît semble-t-il dans le roman mais a totalement été occulté dans la série animée : l’héroïne se prend réellement pour une princesse. Mais ce qui est ici intéressant, c'est qu'elle semble avoir assimilé aussi qu'en plus des privilèges que lui octroie son rang, elle a aussi des devoirs. La scène devant la boulangerie, avec la petite mendiante qui a encore plus faim qu'elle est à cet égard très révélatrice de cet état d'esprit.
De très belles choses, donc, dans cet opus, en attendant d'avoir le temps d'aller chercher le dernier tome, paru il y a un peu moins d'un mois.
Petite précision quand même : le format de l'album a changé entre le deuxième et le troisième. Celui-ci est un peu plus petit que les deux autres. C'est un peu dommage...

Paru aux éditions Soleil, 2011 (Blackberry). ISBN : 978-2-3020-1524-1

vendredi 16 décembre 2011

Humeur, suite, mais ça va mieux !

Mon mari s'est finalement rangé à mon avis. Ouf, enfin !!!!
Pour deux raisons :
- nous sommes engagés en couple dans la préparation au mariage, et toutes les dates ont été données aux couples concernés, ainsi qu'aux prêtres et aux animateurs. Cela engage quand même pas loin de 40 personnes, et il est hors de question pour mois de remettre tout en cause à ce niveau-là. Il s'agit d'un engagement à deux, donc il n'est pas non plus envisageable que j'y aille seule, c'est un fait acquis.
- hier, j'ai appris que la date retenue pour notre voyage à Paris avec les collègues tombait la même semaine, c'est-à-dire le jour où mon mari aurait dû partir. Là, il s'agit d'un déplacement professionnel déjà reporté (il devait avoir lieu en décembre) parce que mon beau-frère nous avait donné la date du salon lui-même, sans tenir compte des livraisons. Et donc, je ne pouvais pas y aller (mais la date n'arrangeait pas tout le monde non plus parmi mes collègues), et a été repoussée au mois de janvier. Il s'agit donc là d'un déplacement professionnel qui concerne mes collègues de l'école, mais aussi ceux des cinq écoles d'Alsace, ainsi que nos hôtes parisiens, pour qui cela signifie de réserver une salle, organiser leur absence au travail... bref, là aussi, cela fait 8 personnes concernées au minimum, en plus de moi.
Devant ces deux seuls arguments, et après une discussion assez longue mais finalement plutôt sereine, j'ai obtenu de mon mari qu'il ne parte pas fin janvier, et tant pis pour les 1500 €.
Non mais !

Merci en tout cas pour votre soutien, et il va falloir qu'on trouve une solution pour organiser à l'avenir ces déplacements ensemble, mon mari, mon beau-frère et moi...

jeudi 15 décembre 2011

Le Chuchoteur, de Donato Carrisi



Cela faisait un petit moment que je n'avais pas lu de Thriller. Et je n'ai pas été déçue du voyage. J'avais vu ce livre sur plusieurs blogs, mais n'avais pas lu les avis à son sujet pour ne pas être influencée dans ma lecture ni, plus tard, dans ma critique. Alors quand une de mes amies m'a dit qu'on lui avait prêté le livre mais qu'elle n'était pas en état de le lire à ce moment-là, j'ai sauté sur l'occasion et je lui ai emprunté (c'est donc un livre voyageur que celui-là, même si du coup, le voyage se fait en dehors de tout circuit et cheminement balisé, mais peu importe. Ça me rappelle ce que m'avait dit Fatou Diome en juin, quand j'ai eu la chance de la rencontrer : un livre vendu, c'est dix lecteurs avec le jeu des prêts...). Fin de la parenthèse.

Et le livre ? Ben... je dirais diaboliquement efficace !
L'histoire commence avec la découverte d'un cimetière de bras, tous des bras gauches, qui indiquent par là que leurs propriétaires (5 fillettes enlevées récemment dans la région où se déroule l'histoire, aux États-Unis) sont mortes. Les enquêteurs vont donc se mettre à la recherche d'un tueur en série. Sauf qu'un sixième bras est retrouvé... sans 6e victime signalée. Pour la retrouver, l'équipe d'enquêteurs se tourne alors vers Mila, spécialiste de la question et qui a acquis une bonne renommée dans les affaires d'enlèvement. D'ailleurs, le lecteur fait sa connaissance lors de la conclusion de l'une de ses affaires, et il n'y a pas de doute : non seulement elle est efficace, mais elle ne craint pas le danger, et c'est une tête brûlée.

A partir de là, le lecteur suit l'enquête à travers les yeux de Mila (le récit est à la troisième personne, mais c'est bien la jeune femme que l'on suit, et on rencontre ses coéquipiers à travers son ressenti et son vécu à elle), et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'affaire est pleine de rebondissements, jusqu'au final assez... déroutant, et en même temps parfaitement logique. En fait, les faits se déroulent sous les yeux du lecteur ébahi avec beaucoup de vraisemblance et comme si ces conclusions étaient des évidences...

Voilà. Ce que je retiens de ce livre, c'est un rythme haletant, de nombreuses fausses pistes (presque trop, en fait, mais comme elles sont parfaitement logiques et vraiment bien ficelées, ça passe très bien). Les personnages sont sympathiques et complexes, et le lecteur les découvre tout au long de l'intrigue, comme Mila elle-même qui apprend à connaître ses coéquipiers au fur et à mesure que l'enquête avance. J'aime particulièrement cette manière de présenter les personnages, parce que leur complexité s'approche finalement de la réalité : personne n'est jamais tout blanc ou tout noir... chacun a ses troubles, ses petits secrets, ses peurs, ses beautés, aussi, et cet aspect du roman est particulièrement bien réussi à mes yeux de lectrice. Au cours du récit, il y a aussi des incursions dans la tête d'un personnage, et j'avoue que j'ai eu la surprise jusqu'au bout, j'ai marché à fond dans l'intrigue et la construction, même si celle-ci est quelque peu alambiquée. Je me suis posé la question du pourquoi du titre tout au long de ma lecture, mais comme l'explication vient à la fin, je ne vais rien en dire. Juste une chose : cette explication est tout à fait plausible, et du coup, ça fait froid dans le dos pendant encore quelques temps après la fin de la lecture !
Bref, ce fut un très bon moment, dans un genre qui tient là toutes ses promesses.
Un grand merci à Christine pour le prêt !

Traduit de l'Italien par Anaïs Bokobza
Paru aux éditions LGF, 2011 (Le livre de poche). ISBN : 978-2-253-15720-5