lundi 7 avril 2014

L'Homosexualité en vérité, de Philippe Arino


Lors des débats sur le projet de loi permettant l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe, je suis tombée plusieurs fois sur le site de Philippe Ariño et son propos m'avait beaucoup intéressée dans la mesure où il apportait des éléments importants pour moi, qui ne connais pas grand-chose à l'homosexualité (il faut bien avouer ses lacunes !).
J'ai donc ouvert cet ouvrage avec une grande curiosité. C'est un livre très court (95 pages), construit en trois parties sous forme de questions-réponses.
Dans la première partie, l'auteur s'attache à définir l'homosexualité ("L'homosexualité, qu'est-ce que c'est et que dit-elle de moi ?"), dans la seconde partie, il aborde plus particulièrement la question du désir homosexuel ("Que faire du désir homosexuel si je le ressens en moi de manière persistante ?"). Enfin, dans la troisième partie ("Si je suis croyant et homo, comment je fais ?"), il replace l'homosexualité dans la perspective catholique et montre que, malgré ce que l'on en dit en général, l'Église a un chemin de sainteté à proposer à chacun, y compris aux personnes homosexuelles (que donc, elle ne voue pas à l'enfer et qu'elle ne rejette pas, loin de là).

J'ai beaucoup aimé cet ouvrage, même si, parfois, il est quelque peu ardu pour quelqu'un qui ne connaît rien à l'homosexualité. Il aborde de manière assez pointue ce qu'est l'homosexualité, mais ce qu e j'ai vraiment apprécié, c'est que l'auteur, bien qu'homosexuel lui-même, ne rentre pas dans le politiquement correct en cachant la réalité du vécu chez les personnes homosexuelles. Il parle aussi bien des tabous que des difficultés rencontrées, en se basant non seulement sur sa propre expérience, mais aussi sur les rencontres et les connaissances qu'il a dans le "milieu homosexuel"; Il s'agit donc d'observations de l'intérieur sur une longue période, et non pas d'une enquête d'opinion à un instant "t" dans le contexte du vote de la loi sur le mariage.

Si les observation de Philippe Ariño dans les deux premières parties ne semblent pas très réjouissantes, la dernière partie, elle, est très positive et optimiste. Elle ouvre un autre chemin que celui que montre la société dans son ensemble qui, en autorisant les homosexuels à être "comme tout le monde", finit par les enfermer dans leur différence alors qu'une personne ne peut pas se limiter à son orientation sexuelle. Le chemin mis en lumière par l'auteur, et proposé par l'Église, celui de la continence, sublime en quelque sorte le désir homosexuel et rend à la personne sa dignité d'être humain, fils ou fille de Dieu. C'est finalement un chemin de vie, fécond lui aussi, mais d'une tout autre manière que ce que l'on entend habituellement par "fécondité" (le fait de pouvoir avoir des enfants).
L'auteur ne mâche pas ses mots, il écrit comme il parle et le propos est fort, dérangeant, sans concessions ni états d'âme. Et il est courageux dans la société d'aujourd'hui qui n'hésite pas à taxer d'homophobie toute personne dont le discours n'est pas conforme au "diktat" égalitariste des lobbys LGBTI. Rien que pour entendre un autre son de cloche, ce livre est à lire absolument.

Paru aux éditions Frédéric Aimard Editeur, 2012. ISBN : 978-2-9536078-8-8.

samedi 5 avril 2014

Balade au bout du monde, tome 4 : La Pierre de folie, de Pierre Makyo et Laurent Vicomte


Le dernier tome de ce premier cycle est celui d'un dénouement... tout provisoire. Dans le royaume de Galthédoc, rien ne va plus. Argon, le fils bâtard du roi, épouse la jeune femme brune... juste avant que celle-ci ne soit délivrée par Arthis, Anne et Joachim. Ds lors, les luttes de pouvoir et de légitimité se mettent en place.
Argon a mis au point un plan pour s'emparer du pouvoir, le jour de la fête du renouvellement, qui doit voir le roi en place lutter symboliquement contre ses dix meilleurs chevaliers afin de prouver au peuple qu'il est toujours le plus fort. C'est également ce jour-là que Joachim et ses alliés choisissent pour faire évader "Grand Pays", leur reine, de la prison des femmes où elle est enfermée depuis des années. La royauté finit par être restaurée, au prix de la mort de l'ancien roi devenu fou.
Mais ce tome est aussi celui qui voit Arthis perdre la raison, à cause de la pierre de folie avec laquelle il a été mis en contact par erreur. On le retrouve donc au Grand Pays, à Paris, dans une cellule d'un hôpital psychiatrie, et c'est par son récit au médecin qui tente de le soigner qu'on apprend ce qui lui est arrivé. C'est dans ce tome aussi qu'apparaît Rabal, petit homme étrange que l'on verra dans les cycles suivants prendre une part plus importante à l'intrigue.

Ce cycle est bien clos... et pourtant, il ouvre la voie au suivant, puisqu'Arthis est fou, et que la jeune femme brune, après avoir été mariée contre son gré à Argon, est maintenant considérée comme l'épouse de Joachim alors qu'elle ne souhaite que rentrer dans son monde à elle, le Grand Pays... Sans user de machines à voyager dans le temps, Makyo et Vicomte ont su créer, avec ce premier cycle, les bases d'un monde parallèle avec ses lois et règles propres, ses mythes et ses croyances, ses malédictions... Du grand art !

Paru aux éditions Glénat (Caractère), 1988. ISBN : 2-7234-0982-1.

Balade au bout du monde, tome 3 : Le Bâtard, de Pierre Makyo et Laurent Vicomte


Dans ce troisième tome, Arthis et Anne sont en route pour Galthédoc, petit royaume médiéval coupé du monde extérieur depuis des siècles, caché au cœur du marais du « bout du monde ». Cette fois-ci, l'histoire est de narration double avec d'un côté Arthis cherchant l'entrée du royaume et, de l'autre, Argon, le fils bâtard du roi et les trois princes alliés qui tentent de prendre le pouvoir. On en apprend ainsi beaucoup plus sur ce petit royaume, en particulier l'histoire de son actuel roi, mais aussi sur la place et le rôle des femmes.
Arthis, aidé de Joachim, l'un des villageois, finit par entrer dans le royaume. Il y retrouve la jeune femme brune dont il avait parlé à Argon. Le piège se referme, le mystère s'épaissit...

Le dessin de Vicomte évolue à chaque tome. Plus précis, plus beau que dans le premier volet du cycle, il donne une grande épaisseur au récit. Ce tome est moins noir que les deux précédents, mais la violence y est plus présente, plus sournoise aussi. Comme si la pire des violences n'était pas celle que l'on voit.

Paru aux éditions Glénat (Caractère), 1985. ISBN : 2-7234-0738-1.

Balade au bout du monde, tome 2 : Le Grand pays, de Pierre Makyo et Laurent Vicomte


Dans ce deuxième tome, l'histoire reprend là où elle s'était arrêtée, ou presque. Arthis et ses compagnons d'infortune creusent un tunnel pour s'échapper. Ils finissent par voir la lumière et débouchent... dans une autre prison, presque identique à la leur, si ce n'est qu'elle est habitée par des femmes.
Les scènes suivantes sont violentes, dures. Et Arthis retrouve la jeune femme qui avait disparu en même temps que lui. Il apprend aussi l'existence de "Grand Pays", une vieille femme qui semble en savoir assez long sur les raisons de leur emprisonnement. Depuis la prison des femmes, Arthis parvient à s'échapper. Il arrive dans un château médiéval et découvre avec stupeur un monde qui vit au Moyen-Age.
Aidé du fils du souverain, à qui il raconte son épopée, il finit par réussir à quitter le petit royaume de Galthédoc et rentre à Paris.

Dans ce deuxième tome, Laurent Vicomte excelle dans les ambiances. Morbide dans les prisons (les personnages ont l'air plus morts que vivants), vivante en surface et rassurante à Paris, cette atmosphère donne à ce tome un goût de cauchemar qui permet de se poser la question : Et si Arthis n'avait fait que rêver ?

Paru aux éditions Glénat (Caractère), 1984. ISBN : 2-7234-0740-3.

Balade au bout du monde, tome 1 : La Prison, de Pierre Makyo et Laurent Vicomte


Arthis est photographe. Il ère dans les rues de la grande ville, sous la pluie, comme hanté par ce qu'il vient de vivre. Line, qu'il n'a plus vue depuis une semaine, le croise par hasard et tente de comprendre ce qu'il a fait tout ce temps. C'est là qu'il lui parle du marais "au bout du monde" et qu'il la laisse là, une nouvelle fois, seule, sur le trottoir.
Hanté par les brumes du marais, Arthis reprend sa voiture et y retourne aussi vite que possible. À son arrivée, il croise une jeune femme, photographe elle aussi, ainsi qu'un vieux médecin à la recherche de son fils, disparu dans le marais dix ans auparavant.
Le lendemain, Arthis se rend dans le marais, où il entrevoit la jeune femme aperçue la veille, juste avant que tout ne bascule. La jeune femme est attaquée par des hommes en armure, semble-t-il. Il tente de se porter à son secours mais est attaqué à son tour. À son réveil, il est en prison, entouré d'une multitude d'autres hommes, comme lui prisonniers et, comme lui, ignorant totalement par qui et pour quelle raison.
Pour survivre, ces hommes se sont organisés. Ils ont mis en place des rites, une religion, une hiérarchie... et des clans qui s'affrontent régulièrement. Arthis, lui, ne veut qu'une chose : s'évader et retrouver la jeune femme disparue dans le marais.

J'ai découvert cette "Balade" il y a des années. Promue au rang de best-seller de la bande dessinée, ce tome est en réalité le premier du premier cycle de la série qui en compte quatre aujourd'hui. Ce premier cycle est dessiné par Laurent Vicomte, l'auteur et le dessinateur de Sasmira (tome 1). Cet album a plus de trente ans, et pourtant l'atmosphère qu'il dégage est toujours aussi forte. C'est sans doute là que l'on reconnaît le talent du dessinateur et du scénariste...

Paru aux éditions Glénat (Caractère), 1983. ISBN : 2-7234-0741-1.

jeudi 20 mars 2014

Princesse Sara, tome 6 : Bas les masques ! de Audrey Alwett et Nora Moretti


Dans ce nouvel opus, Sara a réussi à se faire embaucher à l'usine Delatour comme ingénieur, sous le nom d’Émilie Saint-John. Elle y côtoie Léopold, le petit-fils du propriétaire de l'usine, qui ne tarde pas à tomber amoureux d'elle. La maladresse de Léopold amuse Sara, qui se plie à une bonne part des caprices du jeune homme au point de se mettre parfois dans l'embarras.
Mais Léopold n'est pas le seul à lui compliquer la vie. En effet, plusieurs femmes de la haute société de Pondichéry voient d'un mauvais œil les relations entre Émilie et Léopold, le meilleur parti de la ville. De plus, James et son frère Donald, amis d'enfance de Sara, sont eux aussi arrivés en ville, compliquant encore un peu le tableau. Enfin, un tigre est aperçu en ville, ce qui ne simplifie pas les choses...

Ce tome m'a un peu laissée sur ma faim. La part laissée aux intrigues et aux mesquineries des femmes qui veulent mettre le grappin sur Léopold m'a semblé un peu trop importante. Par ailleurs, le style graphique, tout en étant le même que dans les volumes précédents, m'a semblé plus "manga"... C'est assez difficile à expliquer parce que cet aspect ne m'a absolument pas gênée dans les volumes précédents. Ici, j'ai eu l'impression que Nora Moretti "bâclait" quelque peu le travail, notamment dans les expressions des personnages (c'est un peu trop stéréotypé à mon goût, quoi). Du coup, j'ai été un peu déçue par l'aspect graphique, alors que c'est précisément ce point qui me semblait très beau dans les autres volumes. Allez comprendre...
Toujours est-il que cet album, tout en faisant avancer l'intrigue, m'a un peu moins convaincue que les précédents. J'attends toutefois la parution du tome suivant avec une certaine impatience : le lecteur y retrouvera une vieille ennemie de Sara : Lavinia !

En bonus : il y a un détail que j'aime beaucoup dans cette série : les pages de garde sont constituées de crayonnés faisant partie intégrante de l'histoire ! C'est le genre de "détail" que j'apprécie grandement.

Paru aux éditions Soleil (Blackberry), 2013. ISBN : 978-2-302-03628-4.

mercredi 19 mars 2014

Princesse Sara, tome 5 : Retour aux Indes, de Audrey Alwett et Nora Moretti


Dix ans après la fin du premier cycle, nous retrouvons Sara Crewe et Becky sur le paquebot les conduisant en Inde, à Pondichéry. Sara espère y rencontrer Ernest Delatour, l'homme qui avait acheté l'usine d'automates de son père. Mais celui-ci ne l'entend pas de cette oreille et refuse de lui revendre l'usine, même si Sara, héritière de son père et de monsieur Carrisford (voir tome 4), pourrait la lui racheter quatre fois sa valeur.

Ce premier tome du second cycle n'a plus rien à voir (hormis les personnages) avec l'oeuvre originale de Frances Hodgson Burnett. Mais ce n'est pas plus mal, parce qu'on sent ici que l'imaginaire des auteurs se débride. On y retrouve Sara adulte aux prises non seulement avec Léopold Delatour (le petit-fils bon à rien du propriétaire de l'usine), mais aussi avec toutes les jeunes femmes de la haute société qui ne veulent qu'une chose : découvrir qui est Sara. Il faut dire que la jeune femme garde l'anonymat afin de pouvoir s'employer incognito comme ingénieur à l'usine Delatour.

Ce nouveau cycle s'ouvre de manière prometteuse. On y retrouve les dessins de Nora Moretti qui dévoile une Inde aux paysages magnifiques et enchanteurs. Mais, plus que cela, j'ai beaucoup apprécié l'accent mis sur les automates. Cet élément avait été introduit dans les quatre premiers tomes sans être beaucoup plus exploité qu'à travers le personnage d'Amélia, la soeur de Miss Minchin dans le roman, transformée en automate dans la bande dessinée. Ici, cet apport à l'oeuvre originale trouve son développement et son intérêt, faisant de cette histoire une aventure bien plus intéressante que le seul retour en Inde d'une petite fille riche. Une bande dessinée à lire, belle graphiquement et inventive !

Paru aux éditions Soleil (Blackberry), 2012. ISBN : 978-2-302-02412-0.