mercredi 14 août 2019

Largo Winch, tome 20 : 20 Secondes, de Philippe Francq et Jean Van Hamme




Dans cette deuxième partie, on retrouve Largo en plein désarroi. Saïdée a disparu sans laisser de traces. Dwight Cochrane et Miss Pennywinckle sont dans des situations à la fois abracadabrantesques, embarrassantes et dangereuses pour le Groupe W et Domenica se retrouve malgré elle dans une situation qui pourrait porter un lourd préjudice à son ami Largo. Pour simplifier le tout, Silky s’ennuie et fait appel à Simon, pendant qu’on découvre que Saïdée n’est décidément pas du tout celle qu’on croyait…

C’est toujours aussi bouillonnant et enlevé, l’action et l’humour ne manquent pas et font de ce deuxième opus du diptyque un excellent moment de détente et d’évasion.

Paru aux éditions Dupuis, 2015. ISBN : 978-2-8001-6551-6.

mercredi 7 août 2019

Largo Winch, tome 19 : Chassé-Croisé, de Philippe Francq et Jean Van Hamme




Nouveau diptyque dans la série. Dès la première page, le lecteur est dans l’ambiance : un attentat terroriste, dans le quartier de Chelsea, à Londres, tue un couple de retraités et lance l’intrigue dans laquelle Largo va se retrouver mêler à son corps défendant.
Une aventure où l’on retrouve Domenica à Londres, où elle organise une exposition de ses œuvres. Elle rencontre Saïdée, libanaise, à qui elle doit une fière chandelle puisque cette dernière a évité le vol de sa valise à l’aéroport de Rome où Domenica devait prendre l’avion pour se rendre à Londres.

Enfin, ça, c’est la version « officielle ». Parce que Saïdée est un personnage plus complexe qu’il y paraît.
J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée, où l’on retrouve certains personnages récurrents, où l’on en rencontre de nouveaux, bien sûr, mais aussi où certains personnages habituellement très secondaires prennent une place tout à fait importante… et inédite. Le tout avec humour et légèreté.
Il y a bien sûr une intrigue qui trouvera sa conclusion dans l’album suivant. Cette intrigue emmène le lecteur dans les méandres de l’espionnage et du contre-espionnage. C’est bien mené, surprenant et bourré de rebondissements, dont certains sont plutôt cocasses. Pour une fois, Largo a presque un rôle secondaire dans l’histoire, en ce sens que ce premier volume est essentiellement centré sur le duo Domenica-Saïdée.
En deux mots : on ne s’ennuie pas !

Paru aux éditions Dupuis, 2014. - ISBN : 978-2-8001-5931-7.

mercredi 31 juillet 2019

Guillaume-Joseph Chaminade, fondateur de la famille Marianiste : Vivre l'Evangile avec Marie, de Marie Malcurat, Véronique Noël et Mariano Valsesia




Cette bande dessinée retrace la vie de Guillaume-Joseph Chaminade, prêtre du XVIIIe siècle, en pleine tourmente révolutionnaire. On suit le prêtre, ordonné en 1785, en exil en Espagne où il s'est réfugié pour échapper aux policiers parce qu'il refusait de prêter serment.
Il rentre cependant en France lors de l'arrivée de Napoléon Ier au pouvoir et peut alors suivre l'intuition qu'il a eue en Espagne : la création d’une nouvelle congrégation religieuse, sous un modèle différent de celles qui existent déjà. Cette nouvelle congrégation a pour vocation de rejoindre tout le monde : « religieux, religieuses, laïcs, hommes ou femmes, riches ou pauvres ». Le but est de faire connaître, aimer et servir Marie, la Mère de Dieu, avec l’objectif de rechristianiser la France, en pleine déroute spirituelle à la suite du traumatisme de la Révolution Française.
Grâce à ses amis, connaissances et réseaux, l’œuvre voit le jour et s’étend rapidement. Cette œuvre s’occupe en particulier de l’éducation des enfants pauvres, de les préparer aux sacrements, et de leur permettre de grandir dans la foi, sous le regard et la protection de Marie. Les femmes ne sont pas oubliées et la famille marianiste s’étoffe peu à peu (messes, visites aux prisonniers et aux malades, aide à ceux et celles qui en ont besoin…).
Parti de Bordeaux, le mouvement essaime à Agen et s’étend, malgré les persécutions et violences anti-cléricales des années 1830, sous le règne de Louis-Philippe.
Guillaume-Joseph Chaminade meurt en 1850 mais son œuvre continue de prospérer, dépassant les frontières de l’Hexagone pour s’installer sur tous les continents.

Les Éditions du Signe, à Strasbourg, éditent une importante collection de bandes dessinées historiques, avec en particulier une série intitulée « Cette histoire qui a fait l’Alsace », en douze tomes. On trouve aussi au catalogue des vies de saints (Saint Benoît, Sainte Rita…), des bandes dessinées sur l’histoire de monuments emblématiques, alsaciens ou non, religieux ou non.

C’est tout un travail de vulgarisation historique qui est mené, avec des écrivains et illustrateurs locaux (Vincent Wagner, Roger Seiter, Marie-Thérèse Fischer ou Christophe Carmona, pour ne citer que quelques noms parmi les alsaciens).
La qualité est toujours au rendez-vous, même s’il faut parfois s’accrocher. Il est en effet difficile de résumer en format bande dessinée des histoires de vies ou des périodes historiques parfois longues et complexes. Ces ouvrages ont le mérite d’exister et de mettre à portée de tous l’histoire de villes, régions, saints ou monuments importants (Notre-Dame de Paris, les Invalides, mais aussi l’histoire de la ville de Chamonix, de Saint-Tropez, les moines de Tibhirine ou encore Charles de Gaulle…). Un vrai travail éditorial, que les éditions strasbourgeoises ne sont d’ailleurs pas les seules à mener (je pense en particulier aux éditions du Triomphe et à Artège, dans le domaine de la bande dessinée en particulier).

Paru aux éditions du Signe, 2011. ISBN : 978-2-7468-2710-3.

samedi 13 juillet 2019

Jusqu'ici tout va (très) mal, de Tatiana Ventôse et Greg Tabibian




J’ai découvert Tatiana Ventôse, youtubeuse politique (mais pas que) il y a environ un an je pense, et j’ai trouvé tout de suite son propos logique, intéressant et pertinent.
Quelques mois plus tard, elle annonçait sur sa chaîne un « action » en lien avec le Système dans lequel nous sommes, quelle prétendait mettre en « PLS », c’est-à-dire en Position Latérale de Sécurité. La PLS, c’est la position dans laquelle on doit placer une personne qui a perdu connaissance dans le but de lui éviter d’avaler sa langue et de mourir étouffée… Ce qui suppose au préalable que le « système » soit « KO »…

À peu près au moment où elle annonçait cela, où ils mettaient le point final au manuscrit, la « crise des Gilets Jaunes » a éclaté. La concomitance des deux événements était assez spectaculaire !
En mars 2019 est sorti le livre lui-même, que j’ai hésité à acheter et sur lequel j’ai finalement craqué.

Alors, ce livre ?
Tout d’abord, sur la forme.
Tatiana et Greg s’y expriment à l’écrit comme ils le font à l’oral, dans leurs vidéos. Le langage y est « fleuri », émaillé de ce que mes enfants qualifieraient de gros mots. C’est assez surprenant, mais soit. C’est du langage parlé couché sur le papier, un parti-pris qu’on peut regretter d’un point de vue littéraire, mais qui a l’avantage d’être le reflet réel et fidèle des auteurs. Et ce livre n’est pas un livre de littérature au sens strict du mot, d’ailleurs.

Sur la forme toujours, à l’écrit, les auteurs réutilisent tous les codes des réseaux sociaux – particulièrement Twitter et Facebook – avec des « interventions » de « comptes » divers et variés, comme si ce livre était lu en ligne et commenté en direct. Et c’est souvent très drôle, avec un côté à la fois tout à fait à propos et complètement décalé.
Même sur la quatrième de couverture, on a une « citation » d’un certain Christophe C., « Ministre à l’écoute des Français », qui dit : « Ce livre est un condensé de complotisme et de démagogie. Il constitue une menace pour notre démocratie. Ne l’achetez pas ! »
On aura tous reconnu l’identité de « l’auteur » de ces propos très « second degré », comme beaucoup de ces pseudos-twitts dans le livre. Et c’est drôle.

Sur le fond, peu de surprises pour ceux qui suivent Tatiana Ventôse et Greg Tabibian sur leurs chaînes respectives. Le discours est clair, bienveillant envers les gens « normaux » et tire à boulets rouges sur nos « élites », qu’elles soient politiques ou économiques.
La première partie dresse un constat du chaos qui règne dans notre pays, exemples à l’appui, où les auteurs situent, avec beaucoup d’humour et de recul, les fractures à l’œuvre en France.
Dans la deuxième partie, ils montrent en quoi les « solutions » actuelles (politiques, idéologiques, inclusives, communautaristes… et j’en passe) font partie du problème et ne peuvent rien résoudre.
Enfin, dans la dernière partie, ils proposent des solutions avec « 100 mesures à prendre pour reconstruire le pays », prémisses d’une sorte de programme politique permettant de « reprendre le pouvoir » à ceux qui l’ont confisqué. Rien que ça, oui.
Alors, en ce qui me concerne, j’ai dévoré ce livre, qui se lit d’ailleurs très facilement, comme un antidote à celui de Juan Branco, qui m’avait laissé une bonne impression, mais avec le sentiment diffus d’un tel verrouillage par les « élites » du système que ça devenait impossible d’en sortir. Là, Tatiana et Greg proposent simplement de changer de paradigme et d’imaginer les choses autrement, en remettant tout à plat pour agir, enfin, pour le bien de la population de ce pays et non pour celui des auto-proclamées élites dirigeantes de la France. Au passage, leur discours bienveillant est capable de remettre certaines pendules à l’heure afin de ne pas se tromper d’ennemi : nous ne sommes pas en lutte contre ceux qui pensent les choses différemment (gauche vs droite, catholiques vs agnostiques vs athée vs musulman vs…, ouvriers vs employés, familles nombreuses vs familles peu nombreuses…), mais contre ceux qui confisquent les richesses du pays tout en nous montant artificiellement les uns contre les autres alors que nous pourrions tout à fait vivre sereinement les uns avec les autres, dans le respects des choix de vie et des idées de chacun.

Ce programme est-il réaliste ? Sans doute, parce qu’il permet de redonner, avec des moyens simples que sont la répartition équitable des richesses et une bonne dose de bon sens, des moyens de vivre à ceux qui font « tourner » le pays.
Quant à savoir s’il est possible de le mettre en œuvre, c’est une autre histoire. Car, pour cela, il faudrait que ses auteurs et promoteurs parviennent à prendre ce pouvoir pour mettre en place les mesures qui permettraient de changer le système, justement. Ce qui suppose d’éjecter des sièges les plus hauts placés (Gouvernement, Parlement, Sénat…) ceux qui n’ont rien fait d’autre dans leurs vies que de tout faire pour y faire carrière…
En gros, il faudrait une sorte de remise à plat du système, comme un « reset » politique de nos institutions, mais je doute que cela soit possible tout de suite, sauf si on compte sur les Gilets Jaunes (on y revient) dont l’un des principaux objectifs est la destitution d’Emmanuel Macron et la mise en place d’une véritable démocratie par le peuple via le Referendum d’Initiative Citoyenne. En fait, en écrivant ces lignes, je me rends compte que les deux démarches semblent complémentaires, avec d’un côté l’élaboration d’un plan de bataille pour changer enfin les choses qui ne vont pas dans notre pays et de l’autre les personnes déterminées qui sont peut-être capables d’amener un renouveau en France par une action visible, directe et concrète. On pourrait reparler des Gilets Jaunes, de la violence de part et d’autre, mais c’est un tout autre sujet.

Les auteurs sont d’ailleurs passés à l’acte en créant le « Mouvement V » (pour « Victoire »?), avec l’objectif d’obtenir un représentant au Parlement Européen, afin de connaître cette institution de l’intérieur pour mieux informer les électeurs du fonctionnement plutôt opaque de l’UE. Malheureusement, à la veille des élections du mois de mai, ils n’avaient pas pu franchir le premier barrage imposé dans notre système politique, à savoir l’obligation d’ouvrir un compte en banque pour le Mouvement V… Exit donc la participation de « V » aux élections européennes, mais je suppose que Greg et Tatiana ne s’arrêteront pas en si bon chemin ! En tout cas, leur démarche, même si elle me paraît pour l’heure totalement utopique, me semble particulièrement intéressante, en ce qu’elle permet de penser la politique autrement et en particulier en arrêtant de s’en remettre aux seuls « hommes politiques » carriéristes de tous poils qui nous gouvernent actuellement et qui semblent vouloir nous faire croire qu’en-dehors d’eux, il n’y a pas de salut. Or, la première constatation que font les auteurs de ce livre réjouissant, c’est précisément que cela fait des décennies qu’ils sont au pouvoir et que, visiblement, ils n’arrivent pas à faire en sorte que notre société fonctionne au mieux. C’est le constat de cet échec patent qui est à l’origine de leur travail de youtubeurs ainsi que de ce livre.

Paru aux éditions Plon, 2019. ISBN : 978-2-259-27718-1.

mercredi 3 juillet 2019

Silo Générations, de Hugh Howey




Ce troisième tome est la conclusion des deux précédents. On y retrouve en effet les personnages principaux du tome 1 (Juliette) et du tome 2 (Solo et Donald). Finalement, dans ce troisième opus, les histoires des trois silos concernés (le Silo 1 où se trouvent Donald et sa sœur Charlotte, le Silo 18 où se trouvent Juliette, son père et leurs amis et le Silo 17, où l'on retrouve Solo/Jimmy et les enfants) se superposent, se rencontrent et se complètent.

À la suite d'un soulèvement, le Silo 18 se retrouve face à une nouvelle donne : Tout en bas, Juliette et les travailleurs des Machines ont découvert une excavatrice qui va leur permettre de creuser un tunnel jusqu'au silo voisin, où Juliette a pu se rendre dans le tome 1 et où se trouvent pris au piège Solo et plusieurs enfants. Juliette parvient à faire la jonction entre les deux silos, mais elle se heurte à son retour à l'angoisse de ses « administrés » qui craignent pour la sécurité de leur propre silo. Devant la fronde, dont les habitants du Silo 1 ont eu vent, la liquidation du Silo 18 est décidée et ce n'est qu'en passant par le tunnel nouvellement créé que Juliette et les survivants du silo vont pouvoir échapper à la mort.
La suite est une question de survie, une histoire de vengeance. Et la recherche de la vérité, à laquelle vont s'atteler tant Donald et Charlotte dans le Silo 1 que Juliette dans le Silo 18 puis le Silo 17.

Comme pour les deux premiers tomes, le récit est bien monté, bien écrit, haletant. J’ai toutefois eu durant la lecture l’impression d’une lassitude. Comme s’il fallait terminer l’histoire, joindre les différents fils tirés par l’auteur au fur et à mesure du récit. Ce troisième tome est également plus court que les autres (un peu moins de 500 pages contre plus de 1000 pour le tome 2). Cependant, j’ai apprécié d’être arrivée à la fin de la trilogie. En effet, le récit est pesant, oppressant, très noir en ce qu’il décrit l’horreur dont les êtres humains sont capables par bêtise, volonté de pouvoir et de main-mise sur l’autre… Cela n’est d’ailleurs pas sans rappeler les questions qui se posent aujourd’hui et la question de la véracité ou non des informations qui sont à notre disposition. Où se situe la vérité ? Où se trouve la limite entre ce que nos gouvernants disent aux populations et ce qu’ils leur cachent, pour des raisons évidentes de sécurité et de maintien de l’ordre, mais aussi pour d’autres, moins avouables, de maintien de la main-mise sur les peuples. Un peuple qui ne sait pas ce qui se passe, qui est maintenu dans l’ignorance, est bien plus malléable...

Paru aux éditions Actes Sud (Babel), 2016. - ISBN : 978-2-330-06442-6.

mercredi 26 juin 2019

Silo Origines, de Hugh Howey



Après le succès de Silo, paru en 2013, voici le second volet de la trilogie de Hugh Howey. Le livre est construire en trois parties, l'Héritage, l'Ordre et le Pacte, dont nous ne comprendrons la signification qu'au fur et à mesure de la lecture.

L'histoire début en 2110, avec le réveil d'un certain Troy, en cryogénisation, dont on comprend au fur et à mesure qu'il est le responsable du Silo 1. Un Silo, c'est une structure enterrée, autonome, autogérée, dans laquelle vivent les rescapés d'un cataclysme dont le tome 1 nous a appris qu'il a encore des conséquences bien après avoir eu lieu, puisque l'air extérieur aux Silos reste mortel pour tout être vivant qui s'y risquerait. Mais nous ne savons pas exactement ce qui provoque la mort. Quel type de pollution ? Le premier tome est totalement muet sur le sujet, mais le second lève une petite part du voile.

Parallèlement, nous suivons l'histoire de Donald, tout juste élu au Congrès américain, qui se voit confier la mission, en 2049, de concevoir un dispositif enterré permettant de stocker les déchets nucléaires produits par l'industrie nucléaire mondiale. Terminée en 2052, le but ultime de cette mission s’avérera être totalement différent de ce que pensait Donald, mais il n'en comprendra les tenants et aboutissants qu'au fur et à mesure des factions auxquelles il va participer.

Comme pour le premier tome de la trilogie, j'ai été happée par le récit, qui répond à nombre de questions laissées en suspens à la fin du premier volume. Les liens avec les personnages du tome 1 sont aussi faits, sans redite toutefois. Au contraire : dans le tome 1, on suit Juliette, alors que le tome 2 fait vivre l'histoire de Jimmy/Solo, dont Juliette apprendra l'existence dans le tome 1 mais qui n'est qu'un personnage très secondaire dans le début de la trilogie. Toujours est-il que l'auteur complète peu à peu le puzzle épars qu'il a laissé en chantier à la fin du premier ouvrage.

Maintenant, il ne me reste qu'une chose à faire : me lancer dans la lecture du dernier volet de la trilogie : Silo Générations.
À très bientôt !

Paru aux éditions Actes Sud (Babel), 2015. - ISBN : 978-2-330-05691-9.

samedi 22 juin 2019

Crépuscule, de Juan Branco



J'ai découvert cet ouvrage, une fois n'est pas coutume, via Youtube, il y a quelques semaines maintenant, alors que, bien avant les élections européennes, j'essayais de comprendre quelque chose au mouvement des Gilets Jaunes. De vidéo en vidéo, j'ai fini par atterrir sur une interview de Juan Branco, avocat de Fly Rider, l'une des figures du mouvement, mais aussi de Julian Assange, fondateur de Wikileaks. Et ce qu'il disait durant cette interview m'a interpellée, parce que ce jeune homme se présentait comme un nanti, qui avait tout pour appartenir à un monde, auquel je n'aurai jamais accès (tout comme les Gilets Jaunes d'ailleurs), mais qui y avait renoncé.
Qu'un homme riche et promis à un avenir doré, glorieux, puisse y renoncer par idéal et se retrouver au RSA (dans l'appartement de parents fortunés, mais bon...) alors que ses camarades de Normale Sup' sont actuellement parmi les proches du Président de la République... j'avais l'impression de voir là une sorte de Robin des Bois des temps modernes.
Le personnage, donc, m'a interpellée et j'ai voulu en savoir plus.

Ce livre, « Crépuscule », est le récit de ce qui se passe depuis des lustres dans notre beau pays. Juan Branco part des faits pour décrire et dénoncer la reproduction des élites en France, les liens très étroits entre argent et pouvoir, entre les plus fortunés de ce pays, nos médias et nos gouvernants. Il déconstruit aussi, faits à l’appui, les mythes contemporains liés à la pseudo méritocratie et la réalité de la formation de nos élites.
Après la lecture de cet ouvrage, on ne peut qu’être amené à se poser des questions plutôt vertigineuses sur le pouvoir et l’argent en France et à comprendre que ceux qui détiennent le pouvoir ne sont pas forcément ceux auxquels on pense. En tout cas, Juan Branco jette là un pavé dans la mare, déconstruisant d’une part le mythe Emmanuel Macro et d’autre part un certain nombre de théories complotistes en jetant une lumière crue sur la réalité.

J’espère que ce jeune homme est sincère et qu’il dit vrai. Au regard de ce qu’il écrit, on ne peut que voir d’un autre œil le combat des Gilets Jaunes, qui dure maintenant depuis plus de six mois, mais aussi le traitement médiatique et politique qui est fait de ce mouvement.
Juan Branco dit clairement, dans les différentes interviews que j’ai pu visionner que la conséquence logique de tout ce qu’il écrit est la révolution. Un certain nombre de militants semblent d’ailleurs de cet avis, puisqu’ils ne se contentent plus, maintenant, de demander la destitution du Président. Ils appelle à un changement de régime, purement et simplement.
Le danger, c’est que, dans toute révolution, et celle de 1789 est exemplaire à cet égard, on ne peut que constater que le pouvoir en place, fût-il moribond, ne se rend jamais sans se battre. Et qu’en général, ce sont les plus faibles qui paient le prix le plus fort.
L’absence de réponse du Président au tout début de la crise, les violences policières, la complicité évidente des grands médiats semblent démontrer la justesse de l’analyse de Juan Branco, pour qui le pouvoir est aux abois. Espérons que la situation ne s’envenimera pas plus et qu’une issue sera trouvée pour sortir par le haut de cette crise. En tout cas, il semble qu’une véritable prise de conscience ait lieu. Le mouvement des Gilets Jaunes, s’il nous est présenté dans les médias comme affaibli, peut réserver des surprises car il est multiformes, inventif… et que ceux qui luttent n’ont pas grand-chose à perdre, contrairement à ces élites qu’ils rendent responsables de la situation dans laquelle se trouve notre pays.

Cet ouvrage, dont il existe une version gratuite sur Internet, est très intéressant. D’un point de vue strictement littéraire, j’avoue avoir eu beaucoup de mal à le lire, tant le style de l’auteur, pourtant largement revu et corrigé par l’éditeur, est alambiqué. Il faut s’accrocher solidement aux branches pour comprendre le propos, tant il y a de redites, d’allers-retours, de personnes impliquées dont on ne parvient pas toujours à bien comprendre le rôle à cause du phrasé et de la grammaire parfois compliquée de l’auteur. J’ai parfois du relire certaines phrases plusieurs fois pour les comprendre, avant de me rendre compte que c’était normal : la construction de la phrase, d’un point de vue grammatical, était tellement longue et complexe qu’elle en devenait illisible…
Ceci dit, en s’accrochant, le texte est assez intelligible pour permettre d’entrevoir le piège dans lequel nous sommes. Toute la question est de savoir si, et comment, nous pourrons en sortir...

Paru aux éditions Au Diable Vauvert – Massot, 2019. - ISBN : 979-10-307-0260-6.