mercredi 16 septembre 2026

Yoko Tsuno, tome 32 : L'Intelligence intemporelle, de Roger Leloup


Avec cet album, j'avoue que je suis très, très ennuyée.

C'est vraiment la première fois que je suis déçue à la première lecture. Les derniers albums montraient des faiblesses évidentes au niveau du dessin, avec des erreurs de perspective, par exemple, mais là....

L'histoire commence, comme toujours depuis « La Servante de Lucifer », dans le ciel d’Écosse. Yoko et Emilia reviennent de Glasgow avec un petit appareil volant écossais, que Yoko semble avoir échangé contre le Tsar russe qu'elle pilotait depuis le « Septième Code ». Et c'est en rentrant à Loch Castle que réapparaît le père d'Emilia, qui invite sa fille à aller observer les glaciers en Antarctique. Emilia partie, Yoko reçoit la visite de Khany, inquiète au sujet d'une navette spatiale qui revient dans les environs de la Terre, porteuse d'une cargaison dont la Vinéenne se garde d'abord de préciser la nature à Yoko, mais aussi, et surtout, d'un désintégrateur très puissant qui pourrait menacer la sécurité des terriens.

Le décor est planté, on est donc repartis dans l'espace, avec une histoire en deux parties, l'une, effectivement, dans la banlieue de la Terre, et l'autre sous la Terre... Yoko y part seule avec Myna (et je n'ai pas trop bien compris pourquoi d'ailleurs), pour retrouver Syrby à la porte de la Citadelle des Fées. Et j'avoue que là, ça part, pour moi, quelque peu en « vrille »...

Je suis déçue. De l'histoire, donc, que j'ai du mal à suivre, avec deux « aventures » qui se suivent, un peu comme dans l'un des albums précédents, « Anges et Faucons », sauf que là, les défauts graphiques remarqués sont encore plus importants. Comme si le trait, autrefois si beau, si fin et si sûr, si tendre aussi, perdait tout réalisme, en particulier dans les visages des personnages. Vic, en particulier, est vraiment maltraité, visuellement parlant, aux pages 40 et 41 de l'album. Pol aussi, mais Pol n'apparaît que sur trois vignettes... preuve qu'il commence à y avoir bien trop de monde dans ces histoires. Songez : il a fallu d'abord éloigner Emilia et son père, puis faire garder Poky, Rosée et Pya par Ebony et Mieke, au cottage, pendant que Vic et Pol étaient à Glasgow, pour justifier que Yoko parte dans l'espace, seule avec Myna et Khany. L'histoire met donc 10 bonnes pages à se mettre en route, et cette première partie n'occupe qu'une quinzaine de pages de l'album en tout.

En rentrant, Yoko tombe sur les petites qui ont peur des « sorcières » hébergées en sous-sol. Myna est au courant, bien sûr, et les deux repartent, cette fois-ci dans les profondeurs de la Terre, à la recherche de l'intelligence supérieure qui gère le monde souterrain. Yoko découvre dans cet univers l'une des « fées », en réalité une créature matérielle intelligente, que Yoko finit par ramener, bien sûr, dans le cottage, qui commence de plus en plus à ressembler à l'Arche de Noé...

Oui, je suis déçue, parce que non seulement l'histoire en deux parties aurait mérité un développement plus long en deux albums, pour honorer chaque récit comme il se doit, mais aussi parce que Roger Leloup semble réutiliser les mêmes « ficelles », les mêmes objets qu'au début de la série : le désintégrateur « modèle familial » de « La Forge de Vulcain », les boîtes mémoires des « Trois Soleils de Vinéa »... Le monde souterrain n'est pas inconnu, en réalité, sauf que dans le tout premier album, « Le Trio de l’Étrange », l'entrée ne se trouvait pas là du tout, et que dans « La Forge de Vulcain », le puits d'accès avait été fermé. Ici, l'entrée par l’Écosse semble ouvrir sur plusieurs mondes à la fois, tant Vinéens que Celtes, plus ou moins ésotériques et irréels... J'ai de plus en plus de difficultés à adhérer à ces histoires, et aussi de plus en plus l'impression que Roger Leloup a, en réalité, encore beaucoup de choses à dire et à écrire, beaucoup d'aventures à faire vivre à ses héroïnes. Tellement qu'il les condense en peu de pages, là où, dans les albums précédents, il déployait les histoires sur 48 vraies pages. Au final, cela me donne plutôt l'impression d'une histoire presque bâclée, un peu « fourre-tout », avec de nombreuses élisions qui rendent la compréhension plus difficile...

Je n'oublie pas (et j'admire, d'ailleurs, la performance), que l'auteur aura bientôt 93 ans... Mes critiques semblent acerbes, alors qu'elles reflètent, en réalité, l'étendue de mes attentes envers cet auteur... et donc l'étendue de ma déception devant cet album qui aurait pu avoir une toute autre ampleur...

Roger Leloup m'a dit un jour qu'il refusait catégoriquement que son héroïne soit reprise par un autre (ou d'autres) auteur(s), tant au scénario qu'au dessin. Yoko est et restera sa fille, et ses aventures se termineront avec la mort de son « père ». Un choix courageux, responsable aussi, mais qui peut, d'une certaine manière, expliquer aussi l'urgence qu'on ressent à la lecture des derniers albums. Quitte à sacrifier la cohérence, le graphisme, la beauté des histoires ? Pourtant, le fond des récits de Roger Leloup reflète toujours, et depuis le début de la série, une préoccupation contemporaine : les dangers de la technologie quand elle est mal utilisée, ou utilisée à des fins criminelles : le clonage, si je me souviens bien, dans « Le Secret de Khany », par exemple, ou, ici, les dangers de l'intelligence artificielle. Une vraie déception, donc, parce que j'ai une très grande affection pour cette série et pour son auteur...


Paru aux éditions Dupuis, 2026. ISBN : 978-2-8085-1465-1.


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