
lundi 15 novembre 2010
Schizomètre, petit manuel de survie en milieu psychiatrique, de Marco Decorpeliada

vendredi 12 novembre 2010
Personne, de Gwénaëlle Aubry
Ce roman est non conventionnel à plus d’un titre. Il s’agit d’un portrait, en vingt-six lettres, d’un homme, François-Xavier Aubry, père de l’auteur. Un abécédaire pour dire qui était cet homme, sans autre logique que celle de l’ordre des lettres de l’alphabet. A travers le roman écrit par son père maniaco-dépressif, qu’elle découvre après sa mort, l’auteur tente de mettre de l’ordre dans le désordre. A ce titre, le choix de l’abécédaire est tout à fait pertinent en ce qu’il reflète à la fois la tentative et l’impossibilité qui’ y a à la mener à bien. La construction par « lettre » empêche toute chronologie, et donne un roman éclaté, où l’histoire est décousue, telles les pièces d’un puzzle qui ne parviennent pas à reconstituer le décor. Il est donc impossible de reconstituer l’histoire en elle-même, mais l’important semble être ailleurs.
Au niveau de l’écriture elle-même, ce roman est assez perturbant, dans la mesure où l’auteur utilise des phrases très longues, avec de nombreuses énumérations, des apartés, qui donnent parfois l’impression de fouillis et entravent la compréhension du texte. Mais là encore, ce parti-pris permet d’entrer dans la confusion des sentiments de cette femme pour son père. Elle a souffert par lui, à cause de lui, de sa maladie. Elle l’a aimé infiniment aussi. Les choix du processus d’écriture et de la construction du récit illustrent donc ici tout autant que les mots la confusion du père et les efforts que fait sa fille pour le comprendre, pour réapprendre qui il était.
C’est en définitive ce que je retiendrai de ce récit : il s’agit d’un cri d’amour d’une fille pour son père, malgré la déchéance, malgré la maladie, la souffrance et la mort. Reste la douleur et l’avenir, la reconstruction.
Paru aux éditions Mercure de France, 2009 (Bleue). ISBN : 978-2-7152-2929-7
lundi 8 novembre 2010
Le Bruit des trousseaux, de Philippe Claudel

J’avais déjà lu, du même auteur, « La Petite fille de monsieur Linh », que j’avais beaucoup, beaucoup aimé. Ici, j’ai retrouvé le style de Claudel, à la fois poétique et sensible, même si le récit est totalement différent. Parler de « récit », d’ailleurs, semble inapproprié, puisqu’il s’agit plutôt là d’une sorte de liste, de catalogue sans classement, sans ordre apparent. L’auteur témoigne ici de ses onze années en tant que professeur en prison. Onze années durant lesquelles il a dispensé ses cours aux détenus, mineurs comme majeurs. Il y parle des cours, ou plus exactement des conditions dans lesquelles il donnait ses cours, des détenus, de la prison, des gardiens, de la vie quotidienne, des mots de la prison… il la décrit de l’intérieur, avec un œil extérieur. D’ailleurs, il le dit lui-même, il s’agit ici d’un « faux témoignage » : « Il me manque quelque chose d’essentiel pour parler de la prison, c’est d’y avoir passé une nuit. » Comme si son témoignage était incomplet, qu’il n’avait pas pu, malgré onze années passées à y donner des cours, à y rencontrer les détenus et à échanger avec eux, saisir l’essence même de ce qu’est la prison, l’incarcération ; comme si son témoignage n’était pas, et ne serait jamais assez complet pour décrire la réalité de la prison.
Un beau récit malgré tout : si effectivement le lecteur ne peut percevoir à travers ces lignes qu’un pâle reflet de la vie derrière les barreaux, le texte a au moins l’immense mérite de tracer une sorte de portrait très nuancé, peut-être un peu flou mais malgré tout sans doute ressemblant de cette vie enfermée. Et en tout cas, Claudel y raconte son expérience, et uniquement celle-ci, sans prétendre à autre chose. Et ce n’est déjà pas si mal.
Paru aux éditions LGF, 2008 (Le Livre de Poche). ISBN : 978-2-253-07297-3
vendredi 5 novembre 2010
La Peur, de Stefan Sweig
J'ai commandé récemment à l'ISSM un petit livre de Stefan Sweig, "La Peur", qui est en réalité un recueil de 6 nouvelles. J'étais très curieuse de lire ces textes, n'ayant encore jamais rien lu de cet auteur. Eh ben je n'ai pas été déçue du voyage ! Car c'est à un véritable voyage dans l'espace et le temps que nous convie Sweig. Voyage dans le Paris des années 30, dans la Vienne d'avant-guerre, en Allemagne... Ces nouvelles mettent toutes en scène des personnages étranges : une inconnue qui semble tout savoir de l'héroïne de "La Peur", un pickpocket, une servante, une femme dont on ne saura jamais le nom, un bouquiniste, un collectionneur...Ces textes forment un tout extrêmement cohérent, où l'écriture fourmille d'images, de détails, d'odeurs, d'atmosphères variées, étonnantes, suffocantes, affolantes.
De très beaux textes, émouvants, chaleureux même si les sujets sont douloureux, parfois sordides.
Stefan Sweig y peint tout simplement à merveille les passions humaines.
Paru aux éditions LGF, 2002 (Le Livre de Poche)(réimpression 2009, avec une autre couverture). ISBN : 978-2-253-15370-2
jeudi 28 octobre 2010
Pas ce soir, je dîne chez mon père, de Marion Ruggieri

Voilà une lecture légère et réjouissante. Marion a trente ans, son père en a cinquante-cinq, mais il se comporte avec sa fille comme si elle était au moins aussi âgée que lui, ou plutôt comme s’il était aussi jeune qu’elle. Et elle, du coup, a l’impression d’être beaucoup, beaucoup plus âgée qu’elle ne l’est en réalité. Ce court roman raconte les déboires amoureux de cette jeune femme qui cherche sa place entre sa mère absente et infidèle et son père coureur de jupons de plus en plus jeunes.
Je me suis beaucoup amusée à la lecture de ce roman. Non pas qu’il soit comique, mais plutôt que l’humour incisif de l’auteur jaillit au détour d’une phrase, donnant un tour surréaliste à la scène décrite. Un roman sur les relations entre un père et sa fille, sur le fait de grandir, de devenir adulte, sur la crainte de ne plus être aimée par celui qu’elle aime et admire le plus, malgré elle d’ailleurs. L’écriture est volontiers provocatrice, et j’ai parfois eu l’impression de lire les propos d’une adolescente attardée plutôt que d’une trentenaire, par le ton, les mots employés. A aucun moment je ne me suis ennuyée, et si la construction du roman, avec des allers-retours dans le passé de plus en plus fréquents, n’est pas toujours simple à suivre, on s'y retrouve toujours très bien, tant cette histoire pourrait être celle de beaucoup. L’auteur joue volontiers aussi sur la confusion des personnes : à la fin, on ne sait plus vraiment de qui elle parle : de son ami « officiel » ? de son père ? de son amant ? Mais c’est pour mieux faire entendre au lecteur le propos sous-jacent de ce livre, qui parle avant tout de l’immaturité de certains adultes, de la confusion des rôles dans notre société, voire de leur inversion parfois : les enfants doivent rester à leur place d’enfant, encore faut-il que les parents ne les mettent pas à une autre place que celle où ils doivent être… Un roman autobiographique à la fois tendre, drôle et cruel, sur cette obsession du jeunisme qui concerne finalement bien du monde dans nos sociétés actuelles.
Paru aux éditions LGF, 2009 (Le Livre de poche). ISBN : 978-2-253-12665-2
Paru aux éditions Grasset, 2008. ISBN : 978-2-246-70831-5
lundi 25 octobre 2010
Concerto à la mémoire d'un ange, d'Eric-Emmanuel Schmitt

dimanche 24 octobre 2010
Un Père pour mes rêves, d'Alan Duff
