mardi 3 février 2015

La Patrouille des Castors, l'intégrale tome 5, 1968-1975, de Michel Tacq et Jean-Michel Charlier



Mes enfants ont découvert cette série il y a deux ans, totalement par hasard. Suite au décès de l'une de mes grand-tantes, nous avions récupéré chez elle, à la demande ses enfants, un carton de livres qui auraient, au mieux, fini chez Emmaüs. Dans ce carton, une bande dessinée très abîmée : un exemplaire d'une édition originale du tome 2 de la série La Patrouille des Castors, intitulé Le Disparu de Ker-Aven. Suite à cette découverte, mon second a farfouillé dans les bacs de la bibliothèque de l'école et y a découvert d'autres volumes de la série : La Bouteille à la mer, Le Trophée de Rochecombe, Le Hameau englouti, Le Traître sans visage, La Couronne cachée, et, enfin, Le Fantôme.
Pour Noël, mon second a donc, fort logiquement, demandé un album de la série, qu'apparemment on ne trouve plus qu'en version intégrale. Son parrain a eu du mal, mais il a finalement pu trouver le seul volume où les quatre aventures racontées ici étaient inconnues de mes trois aînés.
En réalité, l'intégrale 5 regroupe bien quatre albums, mais ce sont en fait deux diptyques : Le Pays de la mort et Les Démons de la nuit, qui raconte une aventure se déroulant en Afrique, où un pays se trouve étrangement condamné à la famine suite à la mort subite de sa flore et de sa faune ; d'autre part, Vingt milliards sous la terre et El Demonio, une aventure se déroulant dans les Pyrénées, à la frontière espagnole, où les scouts ont décidé de faire de la spéléologie durant leur camp d'été.
Ces quatre albums sont les derniers de la série. Ils sont parus, pour le premier d'entre eux, plus de 4 ans après le précédent, à cause du planning très chargé de Jean-Michel Charlier, le scénariste, sollicité de toute part pour des projets éditoriaux et télévisuels. Il est entre autres l'auteur de la série Tanguy et Laverdure, adaptée à la télévision sous le titre Les Chevaliers du ciel, adaptation qui lui demande beaucoup de temps et le rend peu disponible pour ses autres travaux de bande dessinée, dont La Patrouille des Castors.
Du coup, entre Le Fantôme et Le Pays de la mort, qui le suit, les scouts ont grandi et ils sont désormais de jeunes gens qui forment une troupe de Pionniers, la branche aînée des scouts, où les jeunes gens portent des chemises rouges au lieu des bleues que portent les plus jeunes.

Dans le premier diptyque, les jeunes gens partent au Moanda, où le père de Faucon, l'un des cinq scouts, a été appelé en tant que biologiste, par le souverain du pays pour y enquêter sur une mystérieuse maladie qui décime les plantations et la flore en général de la plus riche du pays, véritable grenier à blé pour la population. Touché par cette mystérieuse maladie, le pays risque la famine et le roi craint d'être évincé du trône sous la pression des trusts industriels qui s'accapareraient bien les richesses du pays. Entre magie et technologie, maladie et mauvais sort, les scouts auront fort à faire pour démêler l'écheveau.

Le second diptyque voit les scouts débarquer dans le sud des Pyrénées pour un camp « explo » spéléo au gouffre connu comme le « Trou d'enfer ». Le lieu a été choisi pour la légende qui y est attachée : au 16e siècle, un bandit surnommé « El Demonio » aurait écumé la région et se serait caché dans ces grottes dont on dit qu'elles abritent un passage reliant la France à l'Espagne. Mais personne n'a jamais pu trouver ledit passage ni explorer le gouffre. Aucun de ceux qui s'y sont essayé n'en est revenu vivant.
A peine arrivés, les jeunes gens apprennent qu'un corps a été retrouvé à proximité du gouffre et une suite de rencontres étranges et d'incidents inexplicables se produit, les enjoignant à quitter leur campement. Il faut toute la persuasion de Poulain, le chef de patrouille, pour que les scouts décident de mener leur exploration à bien, ce qui ne se fera pas très simplement tant les difficultés et contre-temps sont nombreux…

Si les aventures sont difficilement crédibles (les scouts ne partent pas en camp à une seule patrouille, par exemple), il n'en demeure pas moins vrai que le scénario est efficace, à rebondissement, et qu'il a tout pour plaire. Les héros sont attachants, bien identifiables par leurs caractères et leurs personnalités et les auteurs ont respecté la philosophie scoute : cet aspect-là de leurs aventures est donc tout à fait crédible. En fait, cette série fait partie, sans doute, des ouvrages capables d'exalter certaines qualités chez les jeunes et de leur donner matière à rêver. Tout comme la série de romans pour enfants Signes de pistes, sur le monde scout également, cette série véhicule les valeurs chrétiennes et scouts sans pour autant faire de ces lectures des ouvrages de catéchisme. Il faut sans doute y voir l'origine du succès de ces séries, capables de faire rêver des générations d'enfants. D'excellentes lectures, encore aujourd'hui, pour les filles comme pour les garçons, d'ailleurs.

À noter dans cet album, comme dans les autres de la série et des intégrales Dupuis : un excellent cahier racontant l'histoire de la bande dessinée et apportant un vrai « plus » par rapport aux albums classiques avec les carnets de croquis et les esquisses diverses, les essais du dessinateur pour les couvertures… en plus de rappeler le contexte de l'écriture de chacun des albums. Une vraie mine d'informations.


Paru aux éditions Dupuis, 2014. ISBN : 978-2-8001-6115-0.

lundi 2 février 2015

Bonnes nouvelles sur le sexe et le mariage, de Christopher West



Le Seigneur fait bien les choses. Lors de la sortie de ce livre, en mars ou en avril 2014, j'avais lu un article dans la presse catholique à son propos. Il y était dit, en gros, que cet ouvrage permettait au lecteur de débuter dans la connaissance de la Théologie du Corps de Saint Jean-Paul II (pas encore canonisé à ce moment-là), que l'article décrivait comme étant une "bombe théologique à retardement" (des mots mêmes de l'auteur du livre). Soucieuse de vivre au mieux, dans mon couple et dans ma famille, l'enseignement de l'Eglise sur la question de la sexualité, je pensais commander le livre, sans pour autant passer à l'acte et remettant à plus tard.
Et puis, à la fin du mois de juillet 2014, avec mon mari, nous avons participé à une retraite d'une semaine dont le thème était justement la Théologie du Corps. La conférencière était une religieuse américaine, en France depuis quelques années, formée à l'Institut Jean-Paul II, aux Etats-Unis, et condisciple de Christopher West, l'auteur du livre. C'est à cette occasion que je me suis procuré le livre, curieuse de savoir ce qu'il pourrait m'apporter après la riche retraite sur ce thème universel du corps, de l'amour et de la sexualité.
Je n'ai pas pu lire le livre tout de suite. La retraite et ses enseignements étaient encore trop frais, trop présents, trop proches dans le temps. Et ce n'est que six mois après que j'ai enfin pu m'y mettre sérieusement.

Le livre est composé de neuf chapitres, tous (à l'exception du premier) construits de la même façon : une suite de questions et de réponses. Des questions très concrètes, d'ailleurs, du style "Je trouve assez ironique que de vieux célibataires cherchent à imposer une morale sexuelle aux autres" (chapitre 2, "Qui le dit ?") ou "Pourquoi l'Eglise ne vit-elle pas avec son temps en admettant que certains mariages ne marchent pas, tout simplement ?" (Chapitre 3 : "À quoi disons-nous "oui" ?") ou encore "Mais enfin, que peut-il bien y avoir de mal à recourir à la contraception ?!" (Chapitre 6 : "Oui... mais non").
Le premier chapitre, lui, est consacré au "grand mystère", c'est-à-dire à la théologie du corps elle-même, l'enseignement de l'Eglise sur la sexualité et le mariage. C'est une présentation rapide et pourtant assez détaillée de la place de la sexualité dans l'amour de Dieu et dans son plan pour l'humanité.

Ce qui m'a frappée dans ce livre et, surtout, dans l'enseignement de l'Eglise sur le corps et la sexualité, c'est sa très grande cohérence. De fait, ce que ce livre pointe, ce sont nos incohérences à nous, êtres humains, face à la sexualité et au mariage.
Par exemple, dans le mariage chrétien, catholique, ce à quoi nous disons "oui", c'est bien la participation de Dieu dans la vie du couple : on lui demande, par le sacrement du mariage, d'être partie prenante dans le mariage, c'est-à-dire d'accompagner et d'aider les époux à vivre le mariage et, de préférence, à "bien" le vivre. De fait, Dieu étant Trinité, l'Esprit Saint est présent dans la chambre à coucher. Il est même l'Amour, à l'image de ce qu'Il est dans la Trinité Sainte. C'est par ailleurs cet Amour qui est créateur, féconde et rend le couple fécond, lui donnant la joie d'accueillir des enfants (dans la plupart des cas, ce qui ne veut pas dire que les couples qui connaissent la stérilité ne sont pas féconds d'une autre manière). Du coup, l'enseignement de l'Eglise se comprend mieux, notamment au regard de la contraception. Utiliser la pilule dans le mariage catholique revient à mettre l'Esprit Saint dehors, hors de la relation et de la chambre à coucher alors même que, par le sacrement, les époux lui ont demandé d'être présent. C'est incohérent, pas de la part de l'Eglise mais de la part des hommes et des femmes agissant ainsi à l'encontre de ce qu'ils ont pris comme engagement.

L'enseignement de l'Eglise est universel. Il s'adresse à tous et peut être reçu par tous, si tant est que l'on cherche à vivre l'amour en vérité. En suivant les enseignements de l'Eglise sur le corps, le mariage et la sexualité, il est possible de vivre une sexualité ouverte à l'autre, au don de soi, dans le respect de l'autre. Cela suppose de renoncer à certaines choses, en particulier à ce qui semble être l'un des moteurs essentiels de la sexualité aujourd'hui : la recherche du plaisir pour soi, du plaisir pour le plaisir. Vécue de cette manière, la sexualité conduit à toutes les dérives que l'on constate aujourd'hui. Mais vécue dans le don gratuit de soi à l'autre, c'est-à-dire selon ce qu'enseigne l'Eglise, la sexualité est bonne et rend pleinement heureux, telle un avant-goût de paradis.
C'est un chemin exigeant, difficile peut-être, car il exige de la personne qu'elle reconsidère parfois toute sa manière d'être. Mais quelle récompense, quelle joie, quels fruits pour le couple et la famille quand ce qui en fait le cœur, l'essence même, est vécu dans le don de soi !


Paru aux éditions de l'Emmanuel, 2014. ISBN : 978-2-35389-286-0.

vendredi 30 janvier 2015

Les Sisters, tome 4 : C'est Nikol Crème !, de Christophe Cazenove et William



Wendy et Marine sont deux soeurs d'environ 12 et 8 ans. Wendy, l'aînée, est aussi brune que Marine, sa petite soeur, est blonde. Et les deux filles s'entendent... comme des soeurs : elles se chamaillent, passent leur vie à se taper dessus, mais ne peuvent pas se passer l'une de l'autre. Elles s'aiment et se détestent tout à la fois, quoi. En fait, elles sont normales !
Les différentes planches de cette bande dessinée racontent le quotidien de ces deux soeurs un peu déjantées, plutôt dégourdies, et de leurs relations en famille ou avec les copains et les copines. Les planches sont toutes indépendantes les unes des autres, certaines se suivent, d'autres non...
Mes filles (12 et 8 ans) et mon fils (10 ans) dévorent chaque tome (ils en ont 6 sur les 7 parus) et je les entend souvent rire des situations plus ou moins cocasses racontées ici. D'ailleurs, nombre de ces histoires sont tout à fait transposables à notre vie quotidienne, et c'est sans doute pour cela que ça "fonctionne" avec mes enfants... qui y trouvent une exagération drôle de leurs propres situations de conflits fraternels !
Bref, une bd sympa pour enfants !


Paru aux éditions Bamboo, 2009. ISBN : 978-2-35078-782-4.

dimanche 18 janvier 2015

Une Île au coeur du monde, de Michael D. O'Brien



Le héros de cette fresque, c'est Josip Lasta, né en 1933 dans les Balkans. Au moment où débute le récit, nous sommes en pleine Seconde Guerre Mondiale et les montagnes yougoslaves voient s'affronter les armées d'occupation (allemandes et italiennes) et les diverses factions rebelles. Josip habite un village des montagnes, préservé parce que minuscule, enclavé et sans aucun intérêt stratégique. Le nom de ce village, Rajska Polja, signifie "Les Champs Célestes"...

Mais un jour, Josip voit son monde s'effondrer et basculer dans l'horreur. Le jeune garçon va d'abord connaître la peur, la fuite, l'exil, puis l'emprisonnement, la maladie, l'exil à nouveau et, enfin, la renaissance. L'enfant, puis le jeune homme, doit faire face à des conditions de vie déshumanisantes, à une souffrance sans nom. Et pourtant, malgré la prison, les mauvais traitements, la faim, la perte de ceux qu'il aime, la haine dont il est l'objet, il parviendra à survivre et à garder son identité et son humanité.

J'ai été profondément bouleversée par ce roman. Plus de 820 pages pour raconter une vie, la vie de cet homme, traversée par la guerre, mondiale, civile, qui lui fera tout perdre. Mais sur la route de Josip se trouvent aussi des personnes qui l'aideront à "tenir" dans certains moments difficiles, puis à se reconstruire et à revivre. Un roman où l'on suit un homme très simple, habité simplement par la foi et l'envie de vivre, malgré la haine, la guerre, la souffrance physique et morale. Jamais il ne perd son humanité, même si les aléas de sa vie l'emmènent bien souvent au bord du gouffre. À chaque fois, une personne ou une autre, sortes d'anges gardiens dans ce monde hostile, lui permettent d'avancer et l'aident à préserver ce qui fait de lui un homme et non pas un animal...
On voyage beaucoup, aussi, depuis la Yougoslavie jusqu'à New York en passant l'Italie... Josip y fait de très belles rencontres, des gens humains qui font passer leur prochain avant leur profit et sont prêts à donner un peu, voire beaucoup de ce qu'ils ont pour l'aider.
Plus tard, une fois sorti de l'enfer que sont devenus les Balkans, en exil, Josip aidera d'autres, parfois plus jeunes, moins chanceux peut-être, à avancer eux aussi en restant dignes, à leurs yeux et à ceux des membres de leurs familles. En particulier, la rencontre avec le jeune Caleb est touchante parce qu'elle permet de voir Josip faire pour ce jeune garçon ce que d'autres ont fait pour lui auparavant et qui lui a permis de ne pas sombrer.

Ce magnifique roman, souvent difficile pour les images qu'il véhicule, est rempli d'espérance, de cette espérance chrétienne qui me dit que quoi qu'il arrive, je ne suis jamais seule, que Dieu m'accompagne sur le chemin de vie qui est le mien. Quelles que soient les souffrances que l'on doit traverser, c'est la Vie qui est au bout du chemin.


Paru aux éditions Salvator, 2011. ISBN : 978-2-7067-0800-8.

jeudi 15 janvier 2015

Le Mystère Goldman : portrait d'un homme très discret, de Eric Le Bourhis



Ma mère m'a offert ce livre pour Noël et, de façon assez surprenante, je l'ai dévoré. Surprenant, parce que j'ai pas moins de 5 autres livres en cours et que je m'étais promis de les terminer avant de commencer celui-là. Mais il faut croire que la fan qui sommeillait en moi devait prendre les rênes de mon cerveau et me propulser directement dans les pages de cette biographie de mon chanteur préféré...
Il faut dire que, quand j'ai découvert Goldman, j'avais 13 ans je crois, il est devenu mon "idole des jeunes" à moi. Le premier album que j'ai écouté, c'est Positif, soit en réalité son troisième en solo. Tous les albums parus précédemment (jusqu'à Entre gris clair et gris foncé inclus, puisque, même s'il est paru plus tard que Positif, je ne l'ai eu entre les mains pour la première fois que l'année suivante) sont venus plus tard, en bloc, offerts par mon parrain (un souvenir émerveillé !). Quant aux suivants, je les ai acquis les uns après les autres, quasiment religieusement, au fur et à mesure de leurs sorties dans les bacs des disquaires... Du coup, j'étais très curieuse de lire ce livre, forcément, même si je n'ai jamais été une fan au sens le plus jusqu'auboutiste du terme... (je confesse un poster dans mon armoire et des paroles de chansons dans mon agenda, mais c'est à peu près tout en ce qui concerne ma "Goldman-mania" à moi... sauf si on prend aussi en compte le contexte sonore où j'ai envahi la maison de mes parents de ses chansons jusqu'à mon départ définitif...)

Difficile d'écrire une critique de ce livre, paradoxalement. Pour plusieurs raisons : un livre, c'est un style d'écriture, un récit (fictionnel ou pas), une documentation...
Ici, il s'agit de la vie d'une personne, de la documentation sur cette personne et de ce que l'auteur de ce livre peut apporter au lecteur concernant la vie de la personne en question. Et je dois avouer que je n'ai pas appris grand-chose, si ce n'est toute la partie (la plus importante pour moi dans le livre en fait) qui raconte l'histoire de la famille Goldman. C'est-à-dire qu'en réalité, plus que "qui est Jean-Jacques Goldman ?", l'auteur raconte plutôt "d'où vient Jean-Jacques Goldman ?". Les 100 premières pages s'attachent en réalité à la famille du chanteur plutôt qu'au chanteur lui-même, les 136 suivantes étant bien consacrées, elles, à sa carrière. On pourrait penser que l'auteur du livre met à profit ces 100 premières pages pour faire une étude fouillée sur l'enfance, la scolarité de Jean-Jacques Goldman mais... non. Il y est plus question de son père et, surtout, de son frère. Après réflexion, cela paraît en fait tout à fait normal de partir de là pour essayer de comprendre une personnalité comme celle de Jean-Jacques Goldman. En effet, une personne ne vient jamais de nulle part mais est le "produit" d'une histoire et d'un héritage familial... Alors oui, bien sûr, l'histoire de Pierre Goldman, ce demi-frère révolutionnaire parti au Vénézuela puis revenu dans la Capitale et qui finira accusé (à tort ou à raison, cela reste un mystère) de meurtre, ainsi que le passé de résistant communiste de leur père, ont sûrement façonné la personnalité de Jean-Jacques, le petit frère. Eric Le Bourhis insiste d'ailleurs beaucoup là-dessus... Mais je ne sais pas, lors de ma lecture, j'ai parfois eu le sentiment que cette biographie de Jean-Jacques Goldman était comme un prétexte à la réouverture d'un dossier "chaud", d'une enquête judiciaire qui n'avait jamais trouvé de conclusion satisfaisante... J'ai même eu parfois le sentiment d'être dans une émission de télévision, du type "Faites entrer l'accusé", c'est pour dire ! Bref, j'ai ressenti une sorte de malaise, même si, au demeurant, les arguments de l'auteur pour expliquer en partie la personnalité discrète de Jean-Jacques Goldman sont troublants et plausibles.

Sinon, pour ce qui est de la vie de Jean-Jacques Goldman lui-même... eh bien je dirais que je n'ai pas appris grand-chose, si ce n'est la difficulté qu'il a eue, comme nombre d'auteurs-compositeurs à leurs débuts, à "percer" dans le domaine musical. Beaucoup des faits qui sont relatés dans ce livre sont de notoriété publique et accessibles sur n'importe quel site internet ayant pour sujet l'auteur-compositeur – sites qui eux-mêmes tirent leurs informations d'interviews télévisées, d'articles dans la presse people, etc. Du côté documentaire donc, je suis quelque peu déçue, sauf en ce qui concerne les entretiens que l'auteur a eus avec les proches de Jean-Jacques Goldman (un ancien membre de Taï Phong, son premier directeur artistique...). Là, tout de suite, le livre devient plus "vivant", et ça fait du bien. C'est finalement dans ces témoignages que Jean-Jacques Goldman devient autre chose qu'une machine à tubes et que le récit prend une belle épaisseur.

À la fin du portrait, Eric Le Bourhis a cru bon d'ajouter un "abécédaire indiscret de J. J. G.", dont le rôle est, semble-t-il, de compléter la biographie par des anecdotes, par exemple. Sauf que, plusieurs fois, ce sont simplement des redites de ce que l'auteur a déjà longuement exposé dans le corps du livre... Alors je me pose la question de savoir quel est l'intérêt de cet abécédaire, sinon de rajouter quelques pages à l'ouvrage ? Tout n'est, bien sûr, pas inutile, mais nombre des informations contenues dans ces dernières pages auraient eu tout à gagner à être développées (pour celles qui n'y étaient pas déjà) dans le corps de la biographie...

Contrairement aux apparences, je ne suis pas déçue par ma lecture. C'est un livre qui se lit très vite, qui "fait du bien" en ce qu'il parle à la fan midinette que j'étais il y a des années. Mais, l'âge aidant, peut-être, je deviens de plus en plus exigeante quant à mes lectures et celle-ci restera une parenthèse bienvenue plus qu'une lecture indispensable... (maman, c'est un très beau cadeau que cette biographie et je suis bien heureuse de l'avoir dans ma bibliothèque ! Merci de m'avoir replongée dans cet univers qui a accompagné toute mon adolescence et ma jeunesse !)

Conclusion bis : mes lecteurs habituels verront bien dans ce billet que je suis très mitigée : à la fois enthousiasmée par cette lecture parce que quand on aime, on est heureux d'entendre et de lire sur le sujet que l'on apprécie, même si ce que l'on apprend n'est pas toujours neuf et qu'il y a des redites ; mais je suis aussi assez circonspecte parce que le style de l'auteur, pour le coup, ne m'a pas totalement convaincue. Et puis, il y a des coquilles marrantes, en particulier dans la partie des notes qui suit immédiatement le texte, où l'auteur n'a pas tout à fait terminé d'inscrire ses références... en particulier à la fin, où la note mentionne : "110. Livre Didier Varrod, à compléter."
Cette note a failli me faire éclater de rire ! Une note est une information importante parce qu'elle permet de revenir à la source documentaire de l'auteur. Et ici, il a simplement omis de la citer, si ce n'est l'auteur du livre. On ne connaît ni son titre, ni l'année de parution, ni la maison d'édition... rien, donc. Espérons pour les puristes que Didier Varrod n'a écrit qu'un livre ! :)
Cette petite anecdote est exactement symptomatique de ce que je disais plus haut : j'ai l'impression d'avoir entre les mains un livre écrit par un spécialiste de la presse people ou de la presse à sensation, qui écrit tout à fait correctement mais ne s'embarrasse pas d'une vraie discipline de recherche. Cela passe très bien dans le contact, visiblement, avec les "témoins", mais fait quelque peu amateur quand il s'agit de la documentation écrite. En tout cas, malgré ces petits défauts, j'ai passé un bon moment, plongée dans le "mystère Goldman".

En fait, je me dis, après cette lecture, que faire la biographie d'un homme (ou d'une femme, d'un être humain en général) est une entreprise peut-être assez vaine dans la mesure où un être humain est un mystère à lui tout seul... Il n'est pas besoin de s'appeler Jean-Jacques Goldman pour cela : qui peut donc se targuer de connaître parfaitement quelqu'un au point de percer son "mystère" ?


Paru aux éditions Prisma, 2014. ISBN : 978-2-8104-1344-7.

samedi 3 janvier 2015

La Mystérieuse affaire de Styles, d'Agatha Christie



J'ai une affection particulière, vous le savez maintenant, pour Agatha Christie... et pour son héros Hercule Poirot. Et ici, j'ai eu de la chance, si l'on peut dire, parce que cette histoire est celle où l'on voit Hercule Poirot pour la première fois. On en apprend donc un peu sur lui, sur son histoire, son passé dans la police belge, son physique et son caractère (même si, pour ces deux dernières points, il n'est pas besoin de lire ce roman en particulier, puisqu'Agatha Christie le décrit plus ou moins régulièrement dans les romans où elle le fait apparaître). Le lecteur le découvre à travers le regard du Capitaine Hastings, à la fois ami de Poirot et témoin du meurtre... et tellement naïf qu'il est le parfait narrateur des faits. Et c'est là, je trouve, ce qui fait le génie d'Agatha Christie : trouver un narrateur crédible pour son récit, participant à l'enquête sans rien ou presque y comprendre et lui permettant de mener le lecteur par le bout du nez de A à Z. Il accompagne Poirot du début à la fin, voit donc les mêmes choses que lui (et le lecteur avec lui), et a donc toutes les clés en main pour en tirer les mêmes conclusions. Sans toutefois parvenir à trouver la bonne solution...

On apprend donc ici qu'Hercule Poirot est arrivé en Angleterre comme réfugié, son pays ayant été envahi par l'ennemi allemand, et qu'il doit son logement dans le comté d'Essex à la bienveillance de Madame Ingelthorp, riche propriétaire du château de Styles Court et héroïne bien malgré elle de la tragédie qui s'y déroule quelques heures après l'arrivée au château du Capitaine Hastings, en permission chez son ami John Cavendish, beau-fils de Madame Ingelthorp (je ne sais pas si j'ai été bien claire, là !). Toujours est-il que l'histoire elle-même est assez classique : Madame Ingelthorp s'est récemment remariée et elle meurt brutalement, empoisonnée. Or le meurtre semble impossible : la strychnine employée est un poison à effet rapide, mais ses effets ne se font sentir que plusieurs heures après l'ingestion. Par ailleurs, le meurtrier tout désigné, le jeune marié, est bien sûr absent de la maison le soir et la nuit de la mort de sa femme. De plus, la victime était enfermée dans sa chambre, de l'intérieur, rendant peu probable une intrusion nocturne qui aurait permis de l'empoisonner durant la nuit. Mais comme toujours chez Agatha Christie, les apparences sont trompeuses et le travail d'Hercule Poirot, appelé en renfort à Styles Court par Hastings, va être de démêler le vrai du faux afin d'envoyer la bonne personne derrière les barreaux. Le meurtrier est malin, prudent et rusé, et Hercule Poirot aura fort à faire pour le confondre.

Comme d'habitude, j'ai beaucoup aimé...et même si je l'avais déjà lu (et vu dans l'excellente série Poirot, de la BBC), je me suis régalée et ai été dans l'incapacité de trouver le bon coupable. Preuve qu'Agatha Christie sait merveilleusement bien distiller les indices sans que le lecteur soit à même de leur donner la bonne signification. Du grand art, quoi. Ou alors j'ai une si piètre mémoire que je pourrais le lire 10 fois sans m'en souvenir ? J'espère que ce n'est pas là que réside l'explication !

Donc, pour moi, les romans d'Agatha Christie restent une valeur sûre dont je ne me lasse jamais. D'ailleurs, pendant les vacances de Noël, j'ai commencé... Dix petits nègres !


Paru aux éditions Librairie des Champs Elysées, 1991 (Le Masque). ISBN : 978-2-7024-3318-8.

mercredi 3 décembre 2014

Marple, Poirot, Pyne... et les autres, d'Agatha Christie


J'ai ce petit livre dans ma bibliothèque depuis... des années je pense. Et je ne l'avais jamais ouvert ! Ben j'aurais dû. Ces huit nouvelles permettent de retrouver les différents détectives créés par Agatha Christie et de les voir à l'oeuvre.

Miss Marple ouvre le bal avec une histoire d'héritage que le jeune couple d'héritiers ne parvient pas à retrouver. Sa sagacité va permettre aux jeunes gens d'éviter une belle erreur !
Puis c'est au tour de Mr. Parker Pyne d'exercer ses talents au profit d'un jeune homme accusé du vol d'un magnifique diamant. Grâce à sa connaissance de la nature humaine et des statistiques, Parker Pyne évite au jeune homme d'être victime d'une erreur judiciaire.
On retrouve d'ailleurs Parker Pyne à Majorque où il passe ses vacances, espère-t-il, au calme et loin des problèmes. C'est peine perdue : une femme lui demande de l'aider à régler le problème qu'elle a avec son fils, qui s'est amourraché d'une jeune fille que la mère ne trouve pas à son goût. Là encore, les apparences sont trompeuses...
La quatrième nouvelle est un peu différente. Loin des morts violentes, meurtres, empoisonnements habituels, le lecteur suit ici une jeune femme sans le sou qui cherche désespérément du travail. Mais elle a un chien dont elle ne peut se séparer. Son histoire m'a beaucoup touchée, sans que je sache vraiment pourquoi...
Retour dans la campagne anglaise. Un homme se meurt dans l'église mais il a le temps de prononcer quelques mots que Bunch, la nièce de Jane Marple, recueille avec étonnement et incompréhension. Une fois de plus, Miss Marple va brillamment trouver la solution de l'énigme.
L'histoire suivante est cette fois racontée par Miss Marple (encore elle !). C'est elle du meurtre d'unef femme, meurtre réalisé alors que tout semble prouver que c'est impossible, sauf si c'est son mari lui-même qui l'a tuée. Et avec Agatha Christie, rien n'est jamais aussi simple...
La septième nouvelle fait appel à Mr. Quinn, que je ne connais que très peu, pour résoudre un crime commis dans la résidence de Lady Dwigton. Fait désormais classique, l'amant de la femme du mort se déclare coupable... juste après que la veuve a elle-même fait des aveux ! Il faudra toute la sagacité de Mr. Quinn pour démêler le vrai du faux et trouver le véritable meurtrier.
Enfin, la dernière nouvelle met en scène le célèbre Hercule Poirot, dans une histoire de vol de bijoux dans un hôtel chic de Brighton. J'avais déjà vu cette histoire dans sa version télévisée. La nouvelle est plus simple que l'épisode de la série, mais globalement, c'est la même histoire. Un couple, les Opalsen, sont propriétaires de bijoux de grande valeur. Alors que Mme Opalsen va chercher son collier, elle découvre que celui-ci a disparu alors qu'il était sous la surveillance de la bonne et que personne, à l'exception de la femme de chambre de l'hôtel, n'est entré dans la chambre. Les deux jeunes femmes sont fouillées... sans résultat. Poirot, grâce aux détails observés dans la chambre et à ses petites cellules grises, découvre une fois de plus la vérité.

Ces nouvelles se lisent vite, très vite, et j'ai passé un très bon moment en la compagnie de tous ces détectives. J'y ai retrouvé l'ambiance so british qui émane des récits d'Agatha Christie et, franchement, ça me manquait ! Mon seul regret, c'est que ce soit trop court, finalement...


Paru aux éditions LGF, 1986 (Club des Masques). ISBN : 2-7024-1786-8.