samedi 6 juillet 2024

Choisis la vie !, de Timothy Radcliffe


Dominicain, Timothy Radcliffe est connu dans le petit monde catho pour ses écrits spirituels, sa profondeur et son humour. Je n’avais jamais rien lu de lui, aussi ai-je décidé de m’y atteler. En commençant par cet ouvrage, parce que le titre me plaisait bien : « Choisis la vie », c’est une des exhortations du Nouveau Testament, une des promesses de Jésus à ceux qui croient en lui également : la vie dont il est question ici n’est rien d’autre que la Vie éternelle. Beau programme pour un croyant.

J’ai eu beaucoup de mal avec cet ouvrage, plus difficile d’accès que je n’aurais cru en l’ouvrant. Pourtant, le concept est plutôt bien trouvé : « Le défi majeur d’aujourd’hui n’est pas la sécularisation, mais sa banalité. Comment, dès lors, le christianisme peut-il toucher l’imagination de nos contemporains ? Romanciers, poètes, cinéastes savent dire à la fois la grandeur et la confusion de nos existences. Ils sont nos alliés pour ressaisir autrement l’Évangile », annonce la 4e de couverture. Et de fait, cet ouvrage regorge de citations, d’extraits de poèmes ou de romans, de récits de scènes de films qui illustrent très bien les différents aspects du christianisme.

Construit en quatre parties (« Imaginaire », « En route », « Enseigner » et « La vie ressuscitée »), cet essai part de la vie de Jésus et des récits des Évangiles pour, après des incursions diverses dans le monde littéraire, cinématographique, poétique… le monde de l’art et de la culture en général, actualiser ces textes vieux de 2000 ans et pour nous redire combien ils sont adaptés encore à nos vies d’aujourd’hui.

Si j’ai eu du mal, c’est parce qu’il s’agit malgré tout d’une lecture érudite et exigeante, qui nécessite donc de la concentration, et non pas une lecture du soir, avant de se coucher, quand on a l’esprit brumeux après une journée de travail.

J’en retire, aujourd’hui, plusieurs semaines après l’avoir terminé, l’idée générale que Dieu, à travers la foi, nous accompagne au quotidien, dans tous les aspects de nos vies. Loin d’être un Dieu lointain, sourd à nos prières, il est présent au quotidien, au plus près de ce que nous vivons. La Parole de Dieu est vivante en ce sens qu’elle nous « parle » chaque jour. En ce sens, St Jean a raison, dans son prologue, de dire « Le Verbe s’est fait chair ». Le Verbe, c’est la Parole de Dieu, cette parole vivante qui s’abaisse jusqu’à devenir l’un de nous, vrai homme tout en étant vrai Dieu. Parce que Dieu a voulu se faire proche de nous, il a pris notre condition humaine et s’est fait l’un de nous. Il a donc vécu ce que nous vivons. Sa Parole, transmise à travers les Évangiles, mais vécue encore aujourd’hui, a donc quelque chose à nous dire. A nous d’ouvrir le livre.


Paru aux éditions du Cerf, 2020. ISBN : 978-2-204-13472-9.

mercredi 3 juillet 2024

Yoko Tsuno, tome 31 : L'Aigle des Highlands, de Roger Leloup



 Dernier album sorti, « L’Aigle des Highlands » nous ramène en Ecosse, bien sûr, où Yoko et son petit monde s’est installée depuis quelques albums (depuis « La Servante de Lucifer », la 25e aventure).

Fidèle à la tradition qu’il a lui-même créée, Roger emmène cette fois-ci son héroïne non pas dans l’espace, mais « ailleurs », sur Terre - et pas mal sous terre aussi, d’ailleurs. Mais pas que. L’histoire commence dans le banal quotidien de la vie normale. C’est le soir, le soleil se couche, et il est l’heure pour les enfants d’aller au lit. De son aventure précédente dans la banlieue de Saturne, Yoko a ramené la petite Pia, résultat « vinéen » de manipulations génétiques, qu’elle élève comme sa fille adoptive Rosée, avec l’aide de Bonnie et d’Emilia, sans oublier les amis de toujours Vic et Pol. Il commence à y avoir du monde au cottage et des travaux sont nécessaires pour remettre l’habitation aux normes.

C’est d’ailleurs un problème électrique qui lance l’aventure. En allant nourrir un renard dans les ruines de l’abbaye qui jouxte Loch Castle, la demeure de Cécilia près de laquelle se trouve le cottage, Emilia et Bonnie tombent sur deux moines à la recherche de « quelque chose » dans les ruines. Yoko se renseigne auprès de Cécilia, qui lui remet une étrange patte d’aigle, ce qui va lancer Yoko dans une aventure temporelle et souterraine à la fois.

Par certains côtés, cet album est la suite du précédent, malgré l’indépendance des deux récits. Yoko est marquée par les risques qu’elle a pris durant sa précédente aventure. Là encore, Roger Leloup prend le temps d’installer le récit, encore plus longuement que dans le 30e album. Du coup, le récit se déroule en plusieurs parties, une dans le « quotidien » (c’est une sorte d’introduction), la seconde dans le passé et la fin se termine sous terre. Ce qui est étonnant, dans cet album, c’est que Roger Leloup ait réussi à y réunir plusieurs univers, ainsi que les personnages qui en sont les « marqueurs » habituellement. Khany pour l’univers souterrain, et Monya, pour le voyage temporel. Les thèmes de prédilection de Roger Leloup sont bien présents, et notamment un aspect qui est plus une question de fond, relative au mode de vie des Vinéens sous terre. Dans un ancien album, « Les 3 Soleils de Vinéa », ainsi que dans le tout premier (« Le Trio de l’Etrange »), Yoko et Khany se retrouvaient face à une sorte de pouvoir suprême, une intelligence « humaine » (biologique en tout cas), secondée par la technologie vinéenne et placée en léthargie magnétique. Cette intelligence finissait par se laisser déborder par la technologie, et par se retourner d’une manière ou d’une autre, contre ceux qu’elle était sensée protéger ou « guider ». Ici, on retrouve fugitivement cette thématique, mais dans le monde vinéen souterrain « nouvelle version », c’est-à-dire celui que Yoko et ses amis ont découvert dans « Le Temple des Immortels » (28e album).

A la lecture de ce dernier opus, j’ai été quelque peu déstabilisée par les choix de Roger Leloup de « mixer » tant d’univers différents. Les personnages et l’intrigue sont toujours bien amenés et interviennent logiquement dans l’intrigue, mais leur accumulation rend à certains moment l’histoire plus complexe à lire et donc à comprendre. L’impression que me laisse ma lecture, c’est que Roger Leloup a encore beaucoup, beaucoup de choses à faire vivre à son héroïne et qu’il sait maintenant que chaque album peut être le dernier de la série, compte-tenu de son âge. Yoko est sa « fille de papier » et il est évident qu’il veut lui faire vivre encore de nombreuses aventures. Mais la multiplication des personnages (qui évoluent, d’ailleurs, toujours par binômes : Yoko-Khany, Rosée-Poky ou Rosée-Pia voire comme ici Rosée-Poky-Pia, Yoko-Emilia, Emilia-Bonnie, Pol-Mieke, Yoko-Monya, Yoko-Cécilia), a tendance à « perdre » un peu les personnages « principaux » du Trio de l’Etrange : Pol et Vic n’ont plus qu’un rôle très subalterne, Pol comme « clown » de service, et Vic comme caution sage et protecteur (de loin) de Yoko. Cette évolution de la série me laisse quelque peu sur ma faim. Si j’aime beaucoup Yoko, je suis presque déçue de l’éviction de Pol et Vic au profit des « rôles secondaires » que sont Emilia, Bonnie, Monya ou Cécilia, sans parler de Mieke qui, finalement, a un rôle très peu important (et peut-être n’est-ce pas plus mal : lui donner une place plus grande ne ferait sans doute qu’ajouter de la confusion au récit). Malgré ce petit désagrément, je dois reconnaître que Roger Leloup s’y entend pour construire des histoires cohérentes – si tant est qu’on entre dans l’univers qu’il a créé et dans sa cohérence interne – et toujours interpellantes.

Les grands formats (que ce soit celui qui reprend « Les Gémeaux de Saturne » ou le présent album) sont toujours passionnants. Ils sont d’une très grande qualité pour ce type d’ouvrage. L’éditeur, comme toujours depuis « Le Septième Code », ne se moque pas des lecteurs. Toutefois, le prix du dernier volume est très supérieur à celui des précédents… Prix du papier ? Effets de l’inflation ? Je l’ignore… En tout cas, cest grands formats s’adressent plutôt à des collectionneurs ou à des mordus de la série (voire les deux, l’un n’empêchant pas l’autre, bien sûr). Le cahier graphique et les textes qui accompagnent la bd en grand format sont bien fournis : pas moins de 32 pages d’esquisses, de crayonnés, de cases avec les indications de couleurs de l’auteur. Et les textes, précieux, pour mieux comprendre l’intention de Roger Leloup. C’est d’autant plus important dans les derniers albums, compte-tenu de la complexité des dernières intrigues. On entre ainsi plus profondément dans les récits, avec les questions qui sous-tendent les histoires racontées. Roger Leloup n’écrit pas pour ne rien dire… On peut même dire qu’à travers son art, il porte une vision du monde et de l’humanité, les Vinéens étant un peu, par certains côtés, une version « noire » de l’humanité, ou plutôt « grise », d’ailleurs. C’est-à-dire à l’image de notre propre être : ni tout blancs, ni tout noirs, mais quelque part entre les deux, avec nos bons et nos mauvais côtés. C’est aussi un des éléments qui traverse la série depuis quelques albums : ce n’est plus tellement la technologie qui est interrogée dans ce qu’elle a de bon ou de mauvais, dans l’usage qui en est fait, mais plutôt les choix posés par les êtres humains qui l’utilisent. Une interrogation qu’il est important, pour nous, aujourd’hui, de se poser également, tant les possibilités apportées par notre technologie sont immenses et n’ont pas terminé de se développer. Jusqu’où doit-on aller, ou plutôt, jusqu’où peut-on aller, sans y laisser notre humanité ?

 

Paru aux éditions Dupuis, 2024. Format classique : ISBN : 978-2-8085-0494-2. Grand format : ISBN : 978-2-8085-0674-8.

mercredi 26 juin 2024

Le Rayon "U", de Edgar P. Jacobs

 


J’ai quasiment tous les albums de la série « Blake et Mortimer », depuis que mon cher mari a décidé de me les offrir les uns après les autres. Il ne me manque que les derniers. Et il me manquait aussi celui-là. Mais pardon. « Le Rayon ‘U’ » n’est pas un album de la série. Il s’agit d’une bande dessinée de 1943, publiée d’abord en feuilleton dans « Bravo ! » en 1944 puis sous forme d’album en 1974 aux éditions Le Lombard. Trente ans avant de paraître sous forme d’album, c’est dire que cette bande dessinée n’avait pas vraiment retenu l’attention des lecteurs au moment de la guerre. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs. L’histoire est parue en pleine guerre et n’a sans doute été redécouverte que plus tard, l’Europe ayant été inondée de littérature, cinéma et culture américains immédiatement après la fin de la Seconde Guerre Mondiale…

Ici, on sent très bien les prémisses de ce qui deviendra la série phare de Jacobs : c’est un peu comme un galop d’essai avant la création de Francis Blake, du Professeur Mortimer, d’Olrik et de Septimus, entre autres.

La première page de l’album que j’ai sous les yeux est à cet égard éloquente : elle présente les personnages principaux : le Major Walton, officier blond du camp du « bien » (sans doute le personnage à l’origine de celui de Blake plus tard), le Sergent Mac Duff, son supérieur, l’explorateur Lord Calder et le Professeur Marduk (sans doute deux personnages qui sont à l’origine du Professeur Mortimer) et l’indien Adji, (qui fait vraiment penser à Nasir!), mais aussi le capitaine Dagon, véritable traitre et précurseur d’Olrik…

Tout ce petit monde est en prise avec une situation difficile : un agent austradien, infiltré en Norlandie, doit empêcher une expédition norlande de rapporter sur son territoire l’uradium nécessaire à l’utilisation du « Rayon U ». Voilà le point de départ de cette histoire « un poil » tirée par les cheveux et qui prête pas mal à sourire aujourd’hui, quand elle est lue 80 après avoir été écrite. Ceci dit, on se prend au jeu, ou plutôt à l’histoire, parce que c’est du Jacobs, et que Jacobs écrit bien. Les ingrédients de la série qui le fera connaître par la suite sont bien présents, même s’ils ne vont faire que s’étoffer et se développer par la suite : le mystère, l’aventure, y compris dans des territoires étranges et lointains, les recherches scientifiques, les services secrets, l’entraide, la rencontre avec d’autres peuples, d’autres cultures, les engins volants…

J’ai très vite « accroché », contrairement à ce que je m’étais imaginé en ouvrant le livre et en lisant le texte de Greg qui ouvre le livre. Du « space opera », ça n’a jamais été mon « truc ». Et pourtant, je me suis laissée emporter. Ce n’est, de loin, pas la meilleure bande dessinée de Jacobs, mais elle augurait déjà ce que l’auteur allait devenir : un maître du genre !


Paru aux éditions Blake et Mortimer, 2024 (Première édition : Le Lombard, 1974). ISBN : 978-2-8709-7302-8.

samedi 22 juin 2024

Harry Potter, tome 5 : Harry Potter et l'Ordre du Phénix, de J. K. Rowling



Harry Potter va commencer, avec Ron et Hermione, sa cinquième année à Poudlard. La rentrée s’annonce compliquée : Voldemort est de retour, Harry est en danger (et surveillé de très près pour cette raison, tant par ceux qui veulent son bien que par ceux qui lui veulent du mal d’ailleurs). Ron et Hermione ont appris qu’ils se verraient confier la mission de préfet de leur maison de Gryffondor. Mais dès avant d’arriver à l’école, les choses se gâtent : durant les vacances d’été, Harry et Dudley, son cousin, sont attaqués par des détraqueurs et Harry est contraint d’utiliser la magie pour les faire reculer et ainsi sauver la vie de son cousin. Cet acte de bravoure a des conséquences importantes pour Harry, qui connaît les règles concernant l’utilisation de la magie dans le monde des Moldus : un rappel à la loi pour la première utilisation et ensuite, l’expulsion pure et simple de Poudlard…

J’ai poursuivi avec beaucoup de plaisir la lecture de cette saga qui a déjà plus de vingt ans ! J’avoue qu’avoir vu les films, il y a quelques mois maintenant, m’a incitée à lire les romans : je m’étais arrêtée aux deux premiers volumes. D’habitude, c’est plutôt l’inverse qui se produit : je découvre au cinéma l’adaptation d’un livre que j’ai bien aimé… C’était déjà le cas pour « Le Seigneur des Anneaux », par exemple, ou pour les séries et films dérivés des écrits d’Agatha Christie ou de Sir Arthur Conan Doyle.

Globalement, ce livre-ci est plus long que les précédents, plus « noir » aussi, tant dans son intrigue que dans l’ambiance qui règne à Poudlard. L’auteur développe les relations entre les personnages, et l’on en apprend davantage en particulier sur Rogue et ses relations avec les parents d’Harry, James Potter et Lily Evans. On ignore toujours le rôle exact que joue Rogue dans la lutte entre le camp du bien (celui de Dumbledore, en fait) et celui du mal (Voldemort, Lucius Malefoy et la « petite nouvelle » de cette nouvelle année : Dolores Ombrage, professeur de lutte contre les forces du mal et Grande Inquisitrice, une nouvelle fonction à Poudlard, créée spécialement pour elle d’ailleurs). D’autres personnages se révèlent être plus drôles et caustiques que ce qu’ils laissaient paraître dans les précédents volumes, et à ce titre, on retrouve avec joie les professeurs McGonagall et Flitwick.

En définitive, ce roman jeunesse est fidèle à sa réputation : bien écrit, avec une intrigue très bien construite et différents niveaux de lecture qui en font un livre – comme les autres de la série d’ailleurs – que l’on peut lire à tout âge.


Paru aux éditions Gallimard Jeunesse, 2003. ISBN : 2-07-055685-9.

mercredi 12 juin 2024

Yoko Tsuno, tome 30 : Les Gémeaux de Saturne, de Roger Leloup

 




J’ai découvert cet album il y a quelques jours seulement : contrairement à d’habitude, j’étais totalement passée à côté. C’est mon fils qui m’a signalé la parution du suivant (« L’Aigle des Highlands ») et c’est en le recherchant que j’ai découvert celui-ci. J’ai donc immédiatement investi et n’ai pas pu m’empêcher de me « jeter dessu ». Un nouveau « Yoko », ça n’attend pas…

Nous retrouvons les héros de la saga (parce qu'au bout de 30 épisodes, on peut parler de saga, je pense), au large de l'Écosse, devenue maintenant le lieu de vie de Yoko et de ses amis. Plus précisément dans une navette vinéenne qui sort de l'eau, au moment où le récit débute. Khany, l'amie vinéenne de Yoko depuis le début de la série, est en effet venue les chercher afin de les emmener dans la « banlieue » de Saturne afin d’y effectuer des vérifications techniques. C’est en tout cas la raison donnée par Khany, mais Yoko découvre vite que son amie lui cache quelque chose. Le véritable but du voyage est rapidement dévoilé : aller vérifier une comète morte qui, pourtant, a émis un message de détresse.

Sauver un être en danger, qu’il soit humain, « biologique », dans le langage yokotsunien, ou artificiel (robot, androïde), a toujours été un moteur suffisamment puissant pour lancer Yoko dans ses aventures terrestres ou extra-terrestres. Celle-ci ne fait pas exception, et voilà notre héroïne repartie dans l’espace pour en apprendre plus sur celui – ou celle – qui a besoin d’aide. Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue, pour ne pas spoiler...

L’histoire prend du temps à s’installer. Comme si Roger Leloup avait eu besoin de temps, de place pour contextualiser l’aventure, en dévoiler davantage sur le monde Vinéen et sur les relations entre les deux amies. Depuis quelques épisodes (et en particulier depuis le tome 27, « Le Secret de Khany »), Roger Leloup développe bien davantage qu’avant l’histoire des Vinéens sous le sol terrien. Et notamment ce qui s’est passé « avant », en particulier depuis l’arrivée du vaisseau qui transportait, à l’origine, Khany et sa sœur Poky, alors enfants, sur Terre pour les sauver de la destruction imminente de Vinéa (voir pour cela les albums 1, 3 et 6 de la série).

Ici, la situation entre Yoko et Khany est plutôt tendue, parce que Khany est porteuse d’un secret (encore, mais il est en partie lié à celui qui a été révélé dans le 27e opus) qu’elle peine à dévoiler à Yoko. Elle a, en effet, des raisons de ne pas être très fière de ce qu’elle et ses congénères ont fait par le passé.

Si j’ai plus de mal à « accrocher » dans les derniers albums, je dois reconnaître qu’il y a quelque chose qui me plaît toujours énormément dans cette série : la complexité et la cohérence de l’univers créé par Roger. Il semble tirer les conséquences, jusqu’au bout, de ce que les récits successifs l’ont amené à créer – et à raconter. Je ne sais pas trop si cette série est toujours pour enfants, compte-tenu de la complexité des questions qui y sont abordées. Reste que l’aventure a toujours de quoi faire rêver les plus jeunes. Les personnages sont attachants, et plusieurs tranches d’âge sont représentées, en particulier avec Poky et Rosée, qui apportent une touche enfantine et naïve au récit. Pour autant, la série n’a rien de naïf ou d’enfantin, et ce depuis le début. Roger Leloup ne se moque pas de ses lecteurs, petits ou grands, et continue de leur donner des lectures plutôt exigeantes et bien en prise avec les réalités et possibilités technologiques actuelles. Par la bande dessinée, il continue de poser des questions pertinentes sur les technologies à notre disposition et, surtout, aux usages que nous en faisons. Et ça donne à réfléchir...

 

Paru aux éditions Dupuis, 2022. Format classique : ISBN : 979-1-0347-5428-1. Grand format : ISBN : 979-1-0347-5728-2.

lundi 8 avril 2024

Harry Potter, tome 4 : Harry Potter et la coupe de feu, de J. K. Rowling


Harry Potter entame sa quatrième année à Poudlard, mais le déroulement de celle-ci sera bien particulier : Tout commence par la coupe du monde de Quidditch, à laquelle Harry peut assister grâce à la bienveillance de la famille Weasley. Il y rencontre nombre de personnes qui auront une grande importance durant cette année scolaire un peu particulière : le Ministre de la Magie, M. Croupton, Krum, l’elfe Winky… Tout ce petit monde se retrouve peu ou prou mêlé à la vie de Pourdlard, par la « magie » (sans mauvais jeu de mots) du Tournoi des Trois Sorciers, qui voit s’affronter un élève de chacune des écoles de sorcellerie. Seulement voilà, ce ne sont pas trois, mais bien quatre sorciers qui devront s’affronter : le nom de Harry a été déposé dans la Coupe de Feu… et pas par Harry lui-même !

Ce roman se trouve pile au milieu de la saga écrite par J. K. Rowling. C’est toujours aussi bien écrit (et aussi bien traduit d’ailleurs), avec un nombre plus conséquent de pages. On sent que la saga gagne en intensité, en force aussi, même si cela reste de la littérature jeunesse (et c’est très bien comme ça!). Globalement, l’intrigue est fort bien menée, bourrée de rebondissements, de fausses pistes, et les ressorts mis en place durant les trois premiers volumes commencent à faire sens. L’intrigue avance et gagne en tension dramatique. En noirceur également. Il y aurait des milliers de choses à dire sur les symboles utilisés, les rappels et renvois à la fois du côté des mythologies et des religions, en particulier chrétienne. Mais d’autres l’ont fait bien mieux que moi, alors je m’abstiendrai, d’autant plus que tout est très facilement accessible sur Internet. Il suffit de chercher un peu.

Reste le plaisir de la lecture : un des critères en ce qui me concerne, c’est la capacité d’un livre à me « scotcher », c’est-à-dire à captiver mon attention pendant la lecture. J’ai longtemps été très dubitative concernant la saga Harry Potter : je ne voulais pas rentrer dans la déferlante pour ne pas subir l’effet de mode. Mais je dois avouer que je me prends au jeu : l’une de mes prochaines lectures (mais j’en ai d’autres plus urgentes sur le feu) sera bien sûr le tome 5 de la saga...

Paru aux éditions Gallimard Jeunesse, 2001 (Folio Junior). - ISBN : 2-07-054351-X

lundi 12 février 2024

Croix de cendre, d'Antoine Sénanque

1367 : deux jeunes dominicains sont envoyés à Toulouse par le prieur Guillaume, afin d'y acheter du vélin, un précieux parchemin, ainsi que les encres qui lui permettront, par la main d'Antonin, d'écrire ses mémoires. Il se trouve que Guillaume, disciple de Maître Eckhart, a beaucoup à raconter : il a survécu à l'épidémie de peste noire qui a déferlé sur l'Europe à partir de 1348, au départ de Kaffa.

Robert et Antonin arrivent à Toulouse et y trouvent les parchemins tant convoités, mais rien ne se passe comme prévu, et Robert se retrouve emprisonné par l’inquisiteur, ancien condisciple de Guillaume, et accusé (faussement bien sûr) d’hérésie. Le tout pour obliger Antonin à fournir à l’inquisiteur une copie du livre de Guillaume, livre qui lui servira pour assouvir ses ambitions…

Voici le point de départ de ce très beau roman, qui raconte une histoire dans l’histoire : celle, racontée dans le vélin, des pérégrinations de Guillaume, alors jeune dominicain, avec son mentor, Maître Eckhart. Et en parallèle, celle d’Antonin et Robert qui vont devoir mettre leur courage et leur inventivité au service de Guillaume et de son sacristain, un étrange moine qui n’a pas fini de faire découvrir aux deux jeunes religieux ses talents divers et variés.

Un livre en forme d’enquête, qui n’est pas sans rappeler, par certains côtés, « Le Nom de la Rose » d’Umberto Eco, en plus court et plus simple toutefois.

J’ai dévoré ce roman, qui m’a fait beaucoup de bien, le soir, cet hiver. Un livre à rebondissements, plein de surprises, à lire sans modération !


Paru aux éditions Grasset, 2023. ISBN : 978-2-246-83266-9.