jeudi 31 octobre 2019

Le Cycle de Cyann, tome 5 : Les Couloirs de l'Entretemps, François Bourgeon et Claude Lacroix (bis)




Fulguru, l’une des Planètes Sauvages. Le vaisseau dans lequel Cyann s’est échappée vient de se poser, sous le regard méfiant d’un groupe de trois hommes, dont Eni Bolgome, le meurtrier d’Azurée, et d’un autre groupe formé de quatre individus, dont un robot. Cyann, Pitaine et Jipé, l’autre membre d’équipage de l’Entretemps, explorent la zone pour leur récolte mais découvrent un véritable carnage en revenant au vaisseau : Bolgome et ses deux acolytes sont morts. Les auteurs de la tuerie étant toujours là, Cyann ne doit la vie sauve qu’à Pitaine, Jipé s’étant fait décapiter alors qu’il examinait les restes des victimes.
Cyann et Pitaine embarquent, mais la jeune femme n’est pas au bout de ses surprises : Pitaine disparaît à son tour avant d’être remplacé par Pitance, une jeune femme à qui Cyann va devoir accorder sa confiance. C’est elle qui lui donne les explications attendues sur le vaisseau : celui-ci permet les déplacements spatio-temporels, sans porte. Pitaine, Jipé et Pitance ne sont que des éléments du vaisseau avec une apparence humaine et le pilote est une bestiole appelée Wékan, qui raconte un certain nombre de choses incompréhensibles au milieu desquelles Cyann doit faire le tri pour comprendre ce qui se passe autour d’elle. Le Wékan est bien plus rapide que les technologies les plus avancées, c’est la raison pour laquelle il a été choisi pour piloter le vaisseau.
Cyann arrive donc sur Olh, où elle en apprend plus sur le devenir de la sOnde depuis sont départ. Elle apprend aussi que Nacara a bien pris le pouvoir et qu’Azurée est emprisonnée et non pas morte, comme elle l’avait entendu dire. La réalité, c’est que, pour Nacara, qui en est la tutrice, condamner Azurée, dernière héritière des Olsimar après la « mort » supposée de Cyann, revenait à remettre l’héritage, et donc la gouvernance d’Olh, entre les mains de l’Empire, selon la volonté du père de Cyann (voir tome 1) qui avait pris cette disposition afin d’obliger la sOurce à protéger les vies de ses filles…
Cyann va dès lors tout faire pour retrouver Azurée et la mettre en sécurité. Mais sa petite sœur a changé, considère que Cyann l’a abandonnée et lui en veut tellement qu’elle n’aura de cesse de lui fausser compagnie et de la mettre en danger. En fait, la petite fille que Cyann a quitté deux ans plus tôt (pour elle) a maintenant l’âge de sa sœur aînée… ce qui a pour conséquence de compliquer encore leurs rapports. Pour Azurée, en effet, il s’est passé dix ans…

Bientôt, Cyann et Azurée sont face à Nacara, qui n’a d’autre choix que de les exiler pour éviter la reprise de conflits autour des détenteurs du pouvoir. Sur le point d’embarquer vers leur terre d’exil, les deux sœurs parviennent à s’échapper et à gagner Marcade, où Cyann découvre le vrai visage d’Akhmar, inspecteur de l’Empire et chargé d’éliminer toute personne qui ne peut être contrôlée. Cyann ayant la possibilité d’utiliser les portes du réseau lui pose donc un sérieux problème de sécurité. Mais elle a de la ressource.

J’avais déjà lu cet album il y a quelques temps, mais je n’avais pas vraiment fait les liens entre les différents volumes de la série. C’est ce qui motive ce nouveau billet, puisque cette nouvelle lecture rend davantage justice à la série.

Chaque fin d’album annonce le suivant, ce qu’on ne peut comprendre qu’en relisant l’album qui précède… Ici, c’est la mention de « boucle temporelle » qui annonce l’intrigue du dernier tome de la série. En attendant, les « balades »sur Fulguru, Olh et Marcade donnent une vraie cohérence à la succession des trois derniers volumes. L’intrigue se déploie et se complexifie. Les personnages, comme toujours chez Bourgeon, sont intéressants car, d’une part, il s ne sont pas tous noirs ou tous blancs, mais bien plus complexes, et d’autre part, ils évoluent au fil des albums. Cyann, en particulier, devient de plus en plus responsable et sage. Un peu comme si elle devenait enfin adulte...

Paru aux éditions 12 bis, 2012. ISBN : 978-2-35648-323-2.

mercredi 30 octobre 2019

Le Cycle de Cyann, tome 4 : Les Couleurs de Marcade, de François Bourgeon et Claude Lacroix.



Dans ce nouvel épisode, Cyann « débarque » directement d’Aldaal sur Marcade, la planète où se trouve le siège de la MCU, la compagnie qui exploite le Micomi sur Aldaal. Cyann découvre à son arrivée qu’elle est officiellement morte, ainsi qu’Azurée, sa sœur, et que Nacara ThilvarO, son amie, est devenue Nacara Othilvar, donc qu’elle appartient à la classe dirigeante d’Olh.
Dans l’immédiat, le premier problème de Cyann consiste à vivre sur Marcade en attendant de trouver la porte qui doit lui permettre de regagner Olh. Sur Marcade, en effet, tout s’achète, tout a un prix, y compris la plus petite conversation. Or Cyann n’appartient pas à ce système et commence par manquer de peu d’être « embrumée », c’est-à-dire précipitée dans les brumes toxiques qui couvrent le sol de la planète. Elle est sauvée de justesse par Akhmar, étranger lui aussi, qui va devenir son ami, son amant, son guide… Mais Cyann découvre fortuitement qu’il contrôle tout ce qui la concerne : ses dépenses en particulier, bien sûr, puisqu’elle est sans ressources sur Marcade, mais aussi ses déplacements…
Elle rencontre alors un peu par hasard un ancien pylônais (ouvrier travaillant à la maintenance des pylônes qui maintiennent la ville au-dessus des brumes), qui va lui fournir l’aide dont elle a besoin pour quitter Marcade.
En arrivant sur Olh, Cyann découvre qu’effectivement, tout a changé. Mais surtout que beaucoup, beaucoup de temps a passé depuis son départ pour IlO. Nacara est maintenant une vieille femme au pouvoir sans partage sur la planète.

Je n’avais pas lu cet album depuis longtemps, et j’avoue que je le redécouvre avec plaisir. Il s’agit toujours là d’une bande dessinée pour adultes, tant à cause de la violence que des images plutôt crues qui s’y trouvent, même si ce n’est pas le cœur de l’histoire. Le titre fait sans doute référence au code couleur utilisées par les habitants de Marcade pour fixer les tarifs de leurs échanges. Mais il traduit aussi les magnifiques couleurs utilisées par les auteurs pour dessiner cette planète. Les brumes, en particuliers, sont très colorées, mais se révèlent toxiques et même mortelles. Par ailleurs, les décors sont somptueux, très colorés, à l’opposé du monde créé dans « Aïeïa d’Aldaal ». Ils donnent l’illusion d’un monde où l’on peut être en sécurité… alors qu’il recèle une véritable violence intrinsèque qui le rend potentiellement plus dangereux qu’Aldaal ou IlO. À qui se fier, si tous les échanges sont taxés et payants ?

Cyann poursuit sa quête, celle de la vérité. Elle veut en particulier savoir ce qui est arrivé à Azurée, sa petite sœur qu’elle avait confiée à la tutelle de Nacara… et aussi comment le temps a pu passer à une telle vitesse sur Olh quand il s’est passé si peu de temps pour elle…
Ce volume, dans ses dernières pages, annonce le suivant : « Les Couloirs de l’Entretemps ».

Paru aux éditions Vents d'Ouest, 2007. - ISBN : 2-7493-0239-3
Réédité aux éditions Delcourt, 2014. - ISBN : 978-2-7560-6219-8.

lundi 28 octobre 2019

Iacobus, de Matilde Asensi




Ce roman porte le sous-titre « Une enquête du moine-soldat Galceran de Born ». De fait, ce n’est que dans les dernières pages que l’on comprend le lien avec le titre du livre.
Décidément, je ne suis pas fan de Matilde Asensi. Pourtant, l’histoire avait de quoi me plaire.
Galceran de Born, moine-chevalier de l’ordre des Hospitaliers, est mandaté par le Pape pour retrouver le trésor des Templiers, dont l’ordre vient d’être dissout. L’intrigue se passe au début du XIVe siècle. Galceran, surnommé le Perquisitore, est médecin et un remarquable enquêteur. Sa renommée le met en première ligne et il accepte la mission qui va le conduire de Rhodes à Avignon, puis à Paris, pour aller ensuite jusqu’à Saint Jacques de Compostelle, et même au-delà, afin de mener à bien la mission que lui a confiée le Pape.

En route, il rencontre Sara, une étrange jeune femme juive qui connaît tous les arts de la magie. Il est aussi accompagné de Jonas, dont on apprend très vite qu’il est le fils naturel de Galceran, né des amours juvéniles de ce dernier avec Isabelle de Mendoza, que Galceran s’est donné pour mission personnelle de retrouver.
Les choses, bien sûr, vont se compliquer, sinon ce roman serait un peu plat. Et j’avoue que l’intrigue est bien menée, bien écrite et très prenante. En gros, on a vraiment envie de savoir ce qu’il va advenir des personnages et de leur quête.

Seulement, je suis déçue. Du point de vue de l’évolution des personnages, j’ai simplement eu l’impression que l’auteur a repris la même trame que pour Ottavia, la religieuse qui finit par quitter son ordre pour vivre avec Farag, dans « Le Dernier Caton ». Même chose ici : Galceran quitte les Hospitaliers pour vivre avec Sara, renonçant à ses vœux.

Ce qui me gêne ici, c’est la profonde immoralité du personnage principal, qui devient, pour moi, un véritable « anti-héros », mais pas dans le sens où l’on entend habituellement ce terme. Ici, il ne s’agit pas du tout du personnage principal qui n’a rien d’un héros mais qui va quand même se retrouver dans l’obligation de résoudre l’énigme malgré lui. Non, il s’agit là d’un héros sympathique au départ, doté de facultés impressionnantes et plutôt sympathique, avec des principes élevés, qui se retrouve gagné par l’esprit du monde (tout comme Ottavia dans « Le Dernier Caton »), et dont la figure héroïque se métamorphose petit à petit en celle d’un homme banal, qui n’a plus rien de l’homme exceptionnel qu’il était au départ. Galceran use et abuse du mensonge, de la manipulation (à l’encontre de Jonas, en particulier), sans parler du fait que l’auteur lui fait vivre des choses contraires à son état de vie, tout en présentant ce reniement comme une bonne chose pour l’épanouissement de son personnage principal. Ce retournement est exactement le même que dans « Le Dernier Caton » : l’auteur, à la fin de son récit, montre le retournement de la situation comme un bien objectif, alors même que l’histoire n’est que trahison, revirements, manquements à la parole donnée et aux engagements pris… On nage donc en plein relativisme, et cet aspect m’est purement et simplement insupportable. Il est, hélas, bien dans l’esprit du monde d’aujourd’hui où l’on veut faire passer des choses intrinsèquement mauvaises pour des choses bonnes…
En creux, Matilde Asensi dit qu’il n’est pas possible d’être pleinement heureux si on ne vit pas une vie sexuelle épanouissante. De fait, elle dénature la vocation religieuse et le célibat, qui n’est sous sa plume qu’un pis-aller pour celui (ou celle) qui a donné sa vie à Dieu, jusqu’à ce qu’il (ou elle) ait rencontré l’âme sœur. C’est méconnaître totalement les conditions de vie et d’accès à la vie religieuse et, surtout, les raisons pour lesquelles des hommes et des femmes acceptent cet état de vie.
Je sais bien que l’histoire se passe au Moyen-Âge. Et sans doute aurais-je été moins catégorique si j’avais lu « Iacobus » avant « Le Dernier Caton », parce qu’au Moyen-Âge, il est possible que nombre de religieux et de religieuses n’aient pas réellement choisi d’entrer dans les Ordres. Mais là, il se trouve que Matilde Asensi utilise les mêmes ressorts pour des intrigues différentes, dont l’une se situe au début du XXIe siècle, où la crise des vocations dans l’Église, qu’il s’agisse des vocations sacerdotales ou religieuses, fait penser qu’il ne s’agit plus du tout d’un non-choix ou d’une erreur de parcours…

Alors soit il s’agit d’ignorance de la part de l’auteur, mais j’en doute fortement, si on regarde l’érudition dont elle fait preuve dans ces deux romans, soit c’est une volonté délibérée et une sorte de message que l’auteur veut faire passer.
Soit.
Je veux bien que l’écriture, y compris de fiction, soit un moyen de faire passer une idée. C’est finalement à cela que servent les livres. C’est juste dommage que ce soit le même message plusieurs fois de suite ! Je suis sûre que Matilde Asensi a bien d’autres choses à dire…

Ceci étant, j’ai beaucoup aimé la coïncidence qui a voulu que je lise ce roman où les personnages sont sur le chemin de Compostelle au même moment que le chemin que faisait ma cousine vers St Jacques… Elle postait sur Facebook des photos de son périple et, plusieurs fois, ces photos montraient les mêmes villages que ceux que traversaient Galceran et ses compagnons… Marrant, non ?

Paru aux éditions Gallimard (Folio Policier), 2007. - ISBN : 978-2-07-030088-4.

mercredi 23 octobre 2019

Le Cycle de Cyann, tome 3 : Aïeïa d'Aldaal, de François Bourgeon et Claude Lacroix.




Cyann est devenue « la clé » du réseau de téléportation du Grand Orbe. Après avoir rapatrié les esclaves d'IlO sur leurs planètes respectives, elle reste seule maître de ses déplacements et atterrit sur Aldaal, une planète inhospitalière où la population passe son temps à fuir la nuit mortelle. Cyann s’est matérialisée dans l’eau, à un endroit tenu par un groupe d’êtres très petits en taille, mais très agressifs et n’hésitant pas à utiliser leurs armes, tuant rapidement tout ennemi potentiel.
Cyann, faite prisonnière, ne doit son salut qu’à Aïeïa, sorte de missionnaire solitaire, qui l’achète au groupe et repart avec sa prisonnière sur son bateau, avec lequel elle sillonne les eaux et ports de la planète en quête de Micomi, contre lequel elle pourra troquer les indispensables batteries qui lui permettront de continuer son périple et d’échapper à la nuit.

Peu à peu, Cyann comprend où elle a atterrit, et, surtout, que la population de la planète Aldaal est elle aussi maintenue en esclavage pour l’exploitation du Micomi, que Cyann connaît pour avoir bénéficié de ses vertus médicinales sur Olh. Dès lors, guidée par Aïeïa et en utilisant les légendes locales, elle n’aura de cesse de comprendre ce qui se passe sur cette planète et de trouver une porte lui permettant d’aller là où elle voulait se rendre : Aldalarann, la planète d’Ilui, l’homme dont elle est tombée amoureuse et qui est mort sur IlO sous ses yeux.

L’univers d’Aldaal est tout aussi foisonnant que ceux d’Olh et d’IlO, en plus glauque. Les couleurs sont majoritairement dans les tons ocres, beiges et marrons, dépeignant un univers hostile et dur où les faibles n’ont que peu de chances de rester en vie. L’impression qui domine est celle de la destruction, de la pauvreté et de la mort, et pourtant les auteurs parviennent à faire d’Aldaal un lieu cohérent, avec ses propres mythes, ses lois et fonctionnements sociaux internes. Toutes les relations humaines, comme dans toutes les sociétés, y sont codifiées, chaque groupe humain ayant ses propres rôles et prérogatives. C’est finalement en découvrant par hasard la présence d’une patrouille de la Compagnie Urbique, qui vend le Micomi sur Olh, que Cyann entrevoit ce qui se trame sur Aldaal. Elle tente de libérer Aïeïa de l’esclavage dans lequel elle est tenue à son insu, mais celle-ci a d’autres projets… auxquels Cyann se refuse à collaborer.
Les dernières pages annoncent le prochain épisode : la MCU a son siège sur Marcade. Cyann semble s’être donné pour objectif d’en savoir plus sur ceux qui contrôlent le trafic de Micomi, d’autant plus qu’elle apprend que sa famille y est, elle aussi, impliquée...

Paru aux éditions Vents d'Ouest, 2005. - ISBN : 2-7493-0218-8.
Réédité aux éditions Delcourt, 2014. - ISBN : 978-2756062181 (Hors Collection)

mardi 15 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 29 : Anges et Faucons, de Roger Leloup




Dernier opus de la série, « Anges et Faucons » est un album différent des autres, en ce sens qu’il comporte plus de pages que les autres (64 contre 48 environ). Autre particularité : il regroupe en fait deux histoires distinctes, que l’on peut identifier dans le titre : la partie « Anges », où l’histoire est centrée sur Emilia et Bonnie, et la partie « Faucons », où Yoko est envoyée en mission par « Milord », son employeur des services secrets anglais dans « Message pour l’Éternité ».

Le début de l’album se déroule dans le passé, où Emilia utilise la machine à voyager dans le temps de son aïeul (« Le Maléfice de l’Améthyste ») pour sauver deux enfants dont elle a découvert les tombes dans « l’Enclos des anges » du cimetière où repose sa tante Gloria.
Prévenue par Bonnie, Yoko emprunte avec elle le module temporel pour venir en aide à Emilia, en octobre 1935. C’est l’occasion pour Roger Leloup de donner libre cours à sa passion pour les trains et les avions : l’accident qui doit coûter la vie aux enfants est provoqué par un train et l’intervention de Yoko, avec l’avion de la fille de Sir Archibald, l’ancêtre d’Emilia, permettra de résoudre la situation sans autre dégâts qu’une voiture écrasée par une énorme pierre.
Après leur retour, Yoko, Emilia et Bonnie découvrent « l’enclos des anges »… où de nouvelles questions se posent pour Emilia sur les effets de ses initiatives dan sle passé, qu’il vaut peut-être mieux, parfois, laisser dormir…

À peine rentrées, Yoko reçoit un appel téléphonique de « Milord », un officier des renseignements britanniques qui envoie Yoko en mission très spéciale : une « princesse égyptienne » doit être rendue à sa terre natale…
Yoko, Vic et Pol se retrouvent alors, avec Emilia, au cœur d’une intrigue où le Handley-Page « Horus » tient le rôle principal. Yoko avait participé au sauvetage de cet avion, dans « Message pour l’Éternité » Il est hébergé à la S.A.C., une entreprise écossaise qui rénove des avions de seconde main. Yoko et Emilia vont y rencontrer Dinah, la pupille du propriétaire, qui cache un lourd secret.
Mystère, ésotérisme, menaces, danger, trahison… tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette histoire une belle et prenante aventure.
Emilia y gagne une amie qui viendra habiter le cottage à Loch Castle, sous la tutelle de Cécilia, propriétaire du château.

Cet album est le dernier-né de la série. Roger Leloup est né en 1933, il a donc plus de 85 ans… et reste d’une grande tendresse envers ses héros et héroïnes. Les deux histoires racontées ici parlent bien de cette tendresse et de l’humanisme de Roger, sorte de fil rouge de tous les albums écrits au fil de ces décennies (le premier album est paru dans le magazine « Spirou », sous forme d’épisodes, de mai à septembre 1971, il y a donc pas très loin de 50 ans…).
Du point de vue du dessin, les paysages et décors, les avions, trains et voitures sont toujours superbes, précis et très détaillés, comme Roger Leloup nous y a habitué au fil du temps. À eux seuls, ces dessins sont d’une très grande précision et dignes de figurer dans les notices techniques, si vous voulez l’avis d’une non-experte…
Je suis un peu plus réservée sur les personnages, qui perdent, au fil des albums, de leur beauté, même si, dans certaines cases, ils restent très beaux, tendres et réconfortants. Je ne sais pas trop à quoi c’est dû : on ne peut pas suspecter Roger Leloup de manquer de sûreté dans son trait, sinon cela se ressentirait aussi dans les décors, les engins divers et variés… Peut-être une évolution naturelle à laquelle j’ai du mal à m’habituer, moi qui ai « grandi » avec la série, spécialement avec les albums parus à partir de 1975, donc « Les Trois Soleils de Vinéa » et les suivants…
J’ai l’impression que Roger était dans une sorte d’urgence, en écrivant cet album. Soit il n’avait pas le temps de développer et de dessiner les deux histoires, soit il voulait absolument les écrire avant, peut-être, de ne plus pouvoir le faire ? Je ne sais pas dans quel état de santé il se trouve… J’espère simplement que cet album n’est pas encore le dernier !



Comme tous les nouveaux albums depuis « Le Septième Code », celui-ci sort au début du mois d’octobre dans la version grand format. J’ai commandé cet ouvrage, mais à l’heure où j’écris ces lignes, je ne l’ai pas encore reçu… Je compléterai donc ce billet quand je l’aurai entre les mains !

Edit du 21 octobre : J'ai reçu l'album il y a quelques jours, la période étant compliquée, je ne l'ai lu qu'hier soir. Eh bien, je suis plutôt bluffée. Comme dans les autres « Grands formats », cet album-ci gagne réellement à être lu « en grand ». Le dessin y semble plus doux, par exemple.
Et puis, je me suis fait la réflexion suivante : les premiers albums, à force de les lire et de les relire, je les connais plus que par cœur. Je les comprends aussi bien mieux que les derniers que je n'ai lu que deux fois maximum. Or Roger Leloup n'écrit jamais des intrigues simplistes. Loin de là. Au contraire, il fait réellement vivre à ses personnages des histoires où les interactions, souvent nombreuses, complexifient les aventures, où les sentiments des uns et des autres entrent vraiment en ligne de compte et où les ressorts des intrigues sont le plus souvent masqués et ne peuvent être découverts qu'après une lecture très attentive et soutenue. Tout, en effet, est important : les dialogues, bien sûr, les textes dans les cases, évidemment, mais aussi les expressions des personnages, les décors, les détails (et ils sont nombreux) des cases...
Ce grand format possède un cahier graphique de 32 pages, comme les autres grands formats de la série et c'est un véritable bonus pour le lecteur, qui peut ainsi entrer plus rapidement dans ce qui fait le fonds de l'histoire, ce qui a déclenché son écriture (ici, les souvenirs d'enfance de l'auteur). On entre aussi plus vite dans la manière dont il a pensé l'intrigue, les difficultés techniques, liées au format BD par exemple, où la place de l'image est prépondérante et où beaucoup d'éléments doivent passer par le dessin, sinon l'intrigue risque de tourner au mauvais roman... En bref, à moins de lire et de relire les bandes dessinées des dizaines de fois pour en sortir toute la substance et toutes les subtilités, la version « grand format » est un véritable bonus pour le lecteur et pour entrer plus profondément dans l’œuvre.
Finalement, tout ce que je dis là est très basique et je le comparerais volontiers à la contemplation d'une œuvre picturale contemporaine. Il est aisé d'y mettre ce que l'on veut, d'y voir ce que l'on cherche à voir. Mais l’œuvre elle-même devient bien plus intéressante si on a l'auteur pas trop loin et qu'on peut discuter avec lui pour entrer dans ce qui fait son essence... on gagne du temps ! Et, cerise sur le gâteau, on risque moins le contresens...
Heureusement que j'ai plus de 40 ans et que j'ai grandi avec cette bande dessinée. Parce que, hormis pour « La Frontière de la vie », il n'existe d'albums grand format que pour les derniers... sauf pour « L'Astrologue de Bruges », le vingtième épisode, lui aussi doté, tel un galop d'essai, de quelques pages de croquis et de textes de la main du Maître sur l’histoire de la bande dessinée et de ses héros principaux...
Dupuis a toutefois eu la bonne idée, avec Roger Leloup, d'éditer des intégrales de la série, en format classique, mais augmentées d'un dossier conséquent sur les trois albums qui composent chaque volume. De quoi rattraper les choses et entrer davantage dans la philosophie de la série.

Paru aux éditions Dupuis, 2019. ISBN : 978-1-0347-3803-8.

lundi 14 octobre 2019

Le Cycle de Cyann, tome 2 : Six saisons sur IlO, de François Bourgeon et Claude Lacroix




Ce deuxième tome commence dans l'espace, là où s'est arrêté le premier. Cyann et l'équipage sont à bord du « Simar-IlO », le vaisseau spatial qui doit les conduire sur la planète IlO où ils ont pour mission de trouver un antidote aux Fièvres Pourpres, une épidémie qui décime les homme d’Olh, leur planète.
Mes des ennuis techniques les obligent à abandonner le vaisseau et à se poser sur IlO en deux groupes distincts. Les deux équipes sont rapidement séparées et celle emmenée par Crysane, technicienne radio, est prise en otage par des rebelles. Il faudra du temps à l’équipe menée par Cyann et Nacara pour retrouver leur trace et les rejoindre et encore plus pour comprendre ce qui se trame réellement sur IlO…

Ce deuxième tome se déroule dans un tout autre univers que le premier. IlO est une planète hostile, où il faut se méfier de chaque animal, chaque plante, chaque insecte, chaque recoin du paysage, car tout y est potentiellement dangereux.
Les personnages évoluent rapidement, en particulier Cyann, dont les responsabilités écrasantes dans cette expédition contribuent à lui mettre du plomb dans la cervelle. Sa rencontre avec Ilui la bouleverse profondément et lui fait passer un cap vers la maturité, lui donnant aussi plus de profondeur, de chaleur, et dévoilant en elle un cœur capable d’aimer, de s’émouvoir.

Le dessin est magnifique (mais toujours pas pour les enfants!), très fouillé, précis et inventif. Comme dans « La sOurce et la sOnde », c’est tout un univers qui est créé dans cette série, dont les deux premiers tomes constituent, à eux seuls, une histoire complète. Les tons sont plutôt dans les ocres, avec une végétation luxuriante, très colorée, très diverse et très inventive.
Cette histoire est accompagnée d’un troisième opus, « hors-série », intitulé « La Clé des Confins ». Je vous en parlerai dans un autre billet, très bientôt.

Paru aux éditions Casterman, 1997. ISBN : 2-203-38893-3.

dimanche 13 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 28 : Le Temple des Immortels, de Roger Leloup




J’écris cette chronique le 20 septembre 2019, soit une dizaine de jours seulement avant la sortie du prochain album de la série. Elle ne sera publiée qu’au mois d’octobre, afin de ne pas perturber la parution des autres billets sur la série, que je souhaite publier dans l’ordre de parution des albums. Celle-ci est donc la dernière, du moins temporairement.

Une fois n’est pas coutume : l’album commence en Allemagne, où Yoko, Vic et Pol assurent l’enregistrement, au château de Rheinstein, d’une œuvre pour clavecin jouée par Ingrid. Lors de l’enregistrement, Yoko est frappée par un bruit parasite qu’elle situe tout proche, à l’extérieur, et malgré les doutes de Vic et Pol, décide d’aller voir. Elle y trouve un survoleur vinéen et un mini drone qui l’invite à embarquer. C’est sur le siège passager qu’elle voit l’image holographique de Khany lui expliquant qu’elle doit la rejoindre au plus vite. Yoko décide d’accepter et emmène Rosée et Emilia, à bord du survoleur, jusqu’en Écosse où elle sait pouvoir trouver le « passage » qui va la mener jusqu’auprès de son amie.
Près des ruines d’un autre château (déjà exploré par Yoko dans « La Proie et l’Ombre ») se trouve en effet une entrée aménagée vers le monde souterrain des Vinéens, permettant à Yoko de pénétrer dans le sous-sol discrètement. Là, arrivées en bas, les trois terriennes apprennent rapidement qu’un drame se joue pour Khany et les Vinéens restés sous la surface de la Terre : le Grand Conseil de Vinéa, a bien sûr appris la destruction de la base située sur Mars (voir « Le Secret de Khany »), à cause du risque de destruction de la vie sur Terre. Mais les rapatriés sur Vinéa, venant de la Terre, ont besoin d’une longue réadaptation à leur planète-mère et de nombreux échecs ont lieu. De fait, le Grand Conseil a donc demandé aux Vinéens présents sous la Terre de se débrouiller seuls… et Khany et ses compagnons ont décidé de se séparer de la tutelle de Vinéa… en coupant tout lien spatial avec leur planète d’origine.
Mais Khany craint que les Terriens, acculés à se terrer dans le sous-sol de leur planète à cause des conditions climatiques qui se modifient rapidement (le fameux « réchauffement climatique ») ne finissent par les découvrir. Les Vinéens de la Terre ont donc besoin de trouver un rejuge plus profond, au-delà du siphon découvert dans « La Servante de Lucifer ».
Yoko est confrontée à un autre problème : Têvy, la jeune hybride sauvée sur Mars, n’a nullement l’intention de vivre sous Terre, même si, pour l’instant, elle n’a pas vraiment le choix. Yoko promet de réfléchir à la question, avant de s’occuper d’un autre problème plus immédiat : Zarkâ, la « Servante », demande à Yoko de la rejoindre seule. Et simultanément, Yoko et Emilia découvrent que, tout près, vit une communauté de Terriens parlant le Gaélique (sans doute issus des anciennes tribus celtes qui peuplaient la région dans l’Antiquité). Bien sûr, la curiosité l’emporte et Yoko décide de franchir le siphon en compagnie d’Iseut et de son frère Nahm. Elle découvre à cette occasion que ceux-ci se déplacent sous l’eau grâce à d’étranges tortues, que Yoko a déjà rencontrées sur Vinéa, lors de son aventure sous-marine dans la Cité de l’Abîme (« Les Archanges de Vinéa »). Il y a donc bien contact entre les deux cultures qui vivent sous terre.

Yoko et Emilia vont être confrontées à des ennemis qui ne sont pas forcément ce qu’ils semblent être. D’ailleurs, qui, des descendants des guerriers celtes, de Zarkâ ou des moines du temple des Immortels situé dans cet univers souterrain est le véritable ennemi ? D’autant plus que Yoko découvrira au fil des pages de cet album foisonnant que quelque chose (ou quelqu’un?) tire les ficelles à l’insu de tous, ou presque.

On est là dans une aventure foisonnante, je le disais plus haut, où se mêlent l’ésotérisme et la magie, via Zarkâ, la religion avec les moines du Temple dont les Celtes pensent qu’il s’agit d’un endroit maudit (et qui rappelle là que les traditions celtiques ont souvent été christianisées, afin de ramener au Dieu des Chrétiens les peuples « païens » évangélisés au début de l’ère chrétienne), la technologie utilisée à des fins néfastes (et personnifiée dans le moine Marzin, qui se prend pour la réincarnation de Merlin) et à des fins positives, en présence de l’intelligence artificielle dont le but semble être de pacifier la région et de donner une terre, et un chef, à ce petit peuple celte avant l’arrivée imminente des Vinéens en quête d’un abri plus pérenne que leurs bases souterraines trop proches de la surface. Par ailleurs, l’emplacement et l’univers où est installée cette fameuse « intelligence artificielle » fait vraiment penser au « coordinateur-robot » que Yoko a affronté dans sa toute première aventure, « Le Trio de l’Étrange », ou encore au « Guide Suprême », déifié par les survivants de Vinéa, dans « Les Trois soleils de Vinéa ». Dans ces deux derniers cas, ces « intelligences » s’étaient retournées contre les peuples qu’elles étaient sensées protéger et guider. Ici, l’intelligence en question semble tout faire concourir au bien du petit peuple celte… mais l’avenir seul nous dira ce qu’il en est vraimen.
Une intrigue un peu complexe, comme le sont celles des derniers albums, où Roger Leloup fait s’imbriquer de plus en plus les différents mondes qu’il a créés : le monde des Vinéens vivant sous Terre, le monde des Terriens vivant à la surface et celui des Terriens vivant sous Terre et qui semble avoir conservé des croyances païennes tout en étant en contact avec le christianisme d’une part et les Vinéens d’autre part…

Faut-il voir dans cette album une critique de la religion ? Une recherche d’équilibre entre les différents modes de pensée de communautés qui se côtoient malgré elles, contraintes et forcées par la tournure des événements ? En tout cas, l’humanisme de Roger Leloup, qu’il transmet à son héroïne depuis plusieurs décennies maintenant, reste bien le moteur et la « toile de fond » de la série. Reste à savoir jusqu’à tout cela ira ?
L’avenir nous le dira : un nouvel album est en préparation.


Pour cet album aussi, comme pour les précédents, une édition en grand format, avec un cahier de dessins et de textes permettant d’approfondir l’univers de Roger Leloup a été réalisée. Cet album est, comme toujours, d’une excellente facture, avec un beau papier de qualité et un confort de lecture certain.

Paru aux éditions Dupuis, 2017. ISBN : 978-2-8001-6953-8