lundi 6 avril 2020

Blake et Mortimer, tome 15 : L’Étrange rendez-vous, de Jean Van Hamme et Ted Benoît.




Cet épisode débute le 17 octobre 1777, au moment de la guerre d'indépendance du Nouveau Monde. Le Major Macquarrie, écossais, combat dans le corps des officiers britanniques d'Outre-mer et est témoin, en pleine nuit, d'un étrange phénomène lumineux qui l'attire irrésistiblement. Sous les yeux du benjamin de la troupe, le major disparaît dans le faisceau lumineux... pour réapparaître, mort quelques instants plus tôt, 177 ans plus tard dans le Colorado, où il est découvert par un paysan du coin, témoin, lui aussi, de cet étrange phénomène lumineux.
Mortimer est appelé sur place à des fins d'identification, le Major Macquarrie étant un de ses aïeux du côté maternel. Dans l'avion qui l'emmène aux États-Unis, il se retrouve fortuitement avec son ami Blake. Ils atterrissent à New York, où ils sont accueillis par Jimmy Cheng, l'assistant du Docteur Kaufman qui a fait appel à Mortimer.
Commence alors une enquête digne des X-Files où l'étrange le dispute au fantastique. Bien entendu, au cours de cette enquête, Blake et Mortimer sont à nouveau confrontés au Colonel Olrik, leur éternel ennemi, mais également à Basam Damdu, revenu pour reprendre le pouvoir avec l'aide des êtres étranges responsables de la disparition, puis de la réapparition, du Major Macquarrie...

L’intrigue se situe en 1954, aux États-Unis. Elle met en scène les survivants des êtres humains dans le futur, êtres étranges à l’aspect effrayant à cause des radiations auxquelles ils seront exposés dans le futur. Cette histoire aborde donc des questions et des problèmes très « XXIe siècle », à l’heure du réchauffement climatique, de la sixième extinction de masse à laquelle nous assistons en ce moment même et dont nous sommes à la fois à l’origine et faisant partie des potentielles victimes.
En ce temps de confinement, dû au Covid-19, cet opus est étrangement d’actualité, même s’il a été publié il y a de cela plusieurs années. C’est aussi ce qui en fait l’intérêt en ce moment. Il fait écho à l’inconséquence de certaines décisions prises au nom d’intérêts politiques et économiques, voire simplement liées à des questions d’ego ou de recherche maladive de pouvoir, de gloire et de puissance.
Un bon cru !

Paru aux éditions Blake et Mortimer, 2013. ISBN : 978-2-8709-7179-6.

mercredi 25 mars 2020

Brüsel, de Benoit Peeters et François Schuiten



Retour à cette série mythique des « Cités Obscures », dans la ville de Brüsel, cette fois. Abeel Constant, fleuriste, est en train de réaménager son magasin où il fait la part belle aux plantes en plastique, quand le Professeur Persenval débarque chez lui. Le Professeur est lui aussi un féru de plantes en plastique et cherche à faire affaire avec Abeel Constant pour « fleurir » le nouvel hôpital dont la ville va bientôt se doter. Il faut dire que Brüsel elle-même est en plein réaménagement ! Il faut faire table rase du passé. Place au progrès !

Dans l’immédiat, Abeel a des problèmes urgents à régler : l’eau a été coupée, le téléphone cesse bientôt de fonctionner et, pour couronner le tout, le fleuriste tousse de plus en plus. Il décide alors de se rendre au Palais, où il expose ses problèmes avec beaucoup de difficultés. C’est le règne de l’absurde dans la bureaucratie brüselloise… Heureusement, il y a Tina, qui a l’air de vouloir l’aider… sans beaucoup de succès malheureusement. Sa toux s’aggravant, Abeel se rend à l’hôpital et le délire dans lequel il était plongé au Palais se poursuit et, pire, s’accentue.

Brüsel, c’est l’histoire d’une ville en pleine mutation, aux prises avec les hommes politiques et leurs ambitions, accompagnés de savants fous qui n’ont en tête que le progrès, au point qu’ils en arrive à vouloir changer, transformer radicalement la ville en oubliant ceux pour qui elle a été bâtie.

Cette bande dessinée est extraordinaire en ce sens qu’elle emporte le lecteur vers une réalité alternative, ou bien un monde parallèle, c’est au choix, où la réalité, la vraie vie, est confrontée à l’absurdité des décisions politiques idiotes, des idéologies mortifères poussées jusqu’au bout qui, telles un rouleau compresseur aveugle, créent un monde où ne comptent plus que l’égo des décisionnaires qui ne vivent que pour voir le triomphe de leurs idées.
La ville se vide ainsi de sa substance pour ne devenir qu’un cadre dans lequel la vie et ses habitants n’ont plus aucune place.
Il faudra l’énergie d’Abeel et la ténacité de Tina pour leur permettre de sortir de ce piège gigantesque et tentaculaire qu’est devenue Brüsel.
Du grand art.

Paru aux éditions Casterman, 2008 (Les Cités Obscures). - ISBN : 978-2-203-01289-9.

mardi 24 mars 2020

Trilogie New-yorkaise, de Paul Auster




Je ne connaissais pas Paul Auster. Je ne sais plus quand et comment ce livre (ou plutôt ces livres, puisque l’ouvrage regroupe trois romans) est arrivé dans ma bibliothèque, mais peu importe. Il fait partie de ces ouvrages qu’on a du mal à lâcher, alors même qu’on ne sait pas trop pourquoi.

Le premier roman, intitulé « Cité de Verre », raconte l’histoire de Quinn, un écrivain qui utilise un pseudonyme dans son métier, qui se voit confier une mission de détective privé par téléphone, par quelqu’un qui le prend pour un certain Paul Auster. Quinn a beau tenter de refuser la mission, de rétablir la vérité et de montrer que le commanditaire ne s’adresse pas à la bonne personne, rien n’y fait : le voilà embarqué dans une histoire pour le moins étrange où il doit surveiller un homme qui arpente les rues de New York en y dénichant des objets abimés, cassés… Quinn essaie de rendre compte de ses recherches, tombe sur Paul Auster, qui n’est pas plus informé que lui de l’affaire… et perd la trace de son employeur.

Dans le deuxième roman, « Revenants », les personnages ont des noms de couleurs (Bleu, Brun, Noir…) qui font penser à des pseudonymes que l’auteur leur aurait donné pour brouiller les pistes. Là, un des personnages est chargé par un autre d’en surveiller un troisième et d’envoyer chaque semaine un compte-rendu. Là encore, le personnage va changer la règle du jeu en cours de route et faire des découvertes qui vont radicalement changer sa vision des choses.

Enfin, dans « La Chambre dérobée », le narrateur est chargé par une jeune femme de retrouver Fanshawe, un homme qui s’avère être un de ses amis d’enfance, après l’échec d’un détective privé du nom de Quinn (est-ce le même que dans la « Cité de Verre » ?) sur cette même mission. Cette recherche va l’amener à se replonger dans leur passé commun et à explorer et tenter de comprendre la vie de son ami qu’il n’a plus vu depuis bon nombre d’années.

Ces trois romans me laissent un sentiment étrange, où la perplexité le dispute à la frustration et à l’enthousiasme.
J’ai l’impression qu’il y a des liens entre les trois romans (ce qui semble évident, sinon, ils ne seraient pas regroupés en un seul volume sous le nom de « Trilogie New-yorkaise »), mais j’ai du mal à les trouver, exception faite de certains points communs qui semblent plutôt accessoires : la présence de Quinn (1 et 3), d’écrivains (Quinn dans 1, Fanshawe et le narrateur dans 3), la surveillance d’une personne (1 et 2), de détectives (dans les trois romans), le dépouillement, la rue, la perte, la descente aux enfers, le déclassement… et New York.
Il y a aussi des passages étranges où l’on a l’impression, dans « La Chambre Dérobée », que Fanshawe raconte quelque chose qui s’est passé dans « Revenants »… Des liens existent effectivement, donnant l’impression que ces trois récits se complètent, alors que, pris séparément, ils racontent trois histoires distinctes, avec certains points communs, donc. Si j’osais une interprétation, je dirais que le premier roman est la quête, malgré lui, de Fanshawe par Quinn, que le deuxième est le jeu du chat et de la souris de Fanshawe vis-à-vis de Quinn et du narrateur du troisième roman, tandis que le troisième roman serait le récit « complet », mais selon le point de vue du narrateur, de toute cette histoire… Ce serait donc le même récit, vu sous trois angles différents, sans qu’aucun des personnages des deux premiers romans ne comprenne rien de ce qui se passe en réalité, de ce qu’ils font, de l’identité de celui qu’ils surveillent et des raisons de cette surveillance. Un peu tordu, mais ça pourrait quand même se tenir.

En tout cas, aussi étrange que soit cette Trilogie, j’ai beaucoup aimé m’y plonger, même si je m’y suis parfois perdue. C’est tout simplement très bien écrit ! Paul Auster (l’auteur, cette fois!) a un sens de la narration que je lui envie...

Paru aux éditions Actes Sud, 2002 (Babel). - ISBN : 978-2-7427-3791-8.

lundi 23 mars 2020

Largo Winch tome 21 : L'Etoile du matin, de Philippe Francq et Eric Giacometti




Ce nouveau diptyque débute à Saint-Pétersbourg, avec le résumé d’un roman, « Les Voiles rouges », lors d’une conversation entre un financier américain et un mystérieux investisseur américain… qui a l’air d’en vouloir à Largo Winch.
Six mois plus tard, nous retrouvons ce dernier au Yucatan, avec Simon Ovronaz, où il tente de comprendre pourquoi Saïdée, dont il était tombé amoureux, a été tuée (voir le diptyque précédent, ici et ici). Pour cela, il « interroge » un Russe qui ne survivra pas, assassiné avant de pouvoir répondre aux questions de Largo.

Au même moment, à New York, la Bourse de Wall Street est victime d’un « Flash Krach », une chute brutale et passagère des valeurs boursières, qui perdent mille points en quelques minutes, avant de remonter à leur niveau précédent tout aussi rapidement. La SEC, Security and Exchange Commission, est rapidement au travail pour déterminer les causes de ce krach… et remonte très vite à un courtier en bourse.
Au Yucatan, Largo assiste à un forum accompagné de Cathy Blackman, chargée des œuvres de bienfaisance de la Fondation Winch. Largo y rencontre divers magnats russes et autres, avant d’être rappelé à Chicago, où l’enquête sur le krach vient de révéler l’implication d’une des sociétés dont il est le propriétaire.
Commence alors une double enquête, celle du FBI et de la SEC, qui veulent charger Largo et celle, non officielle, de Largo qui cherche le véritable responsable.

Cet opus est centré sur les mécanismes de trading à haute fréquence, ces opérations boursières menées par des ordinateurs aux capacités de calcul phénoménales.
Ce qui me semble intéressant, ici, c’est que les auteurs utilisent à très bon escient l’actualité plus ou moins récente (des faits réels dans le domaine financier sont mentionnés, tout comme la crise des Subprimes, de triste mémoire, en 2008), avec des explications plutôt claires sur le fonctionnement de tout cela. Les explications sont vraisemblablement très succinctes, mais elles permettent malgré tout de ne pas être totalement perdu dans cette jungle qu’est devenue la finance internationale en général et la Bourse en particulier.

Largo mène l’enquête, découvre une coupable qui s’avère avoir en réalité été piégée. Elle tente de se blanchir en allant chercher des preuves au cœur même du système. Mais, comme toujours, les choses dérapent et Largo et la jeune femme, Mary, se retrouvent en bien mauvaise posture…

Il va donc falloir que je trouve la suite qui, je suppose, est maintenant parue. Parce que ça me ferait un peu mal au cœur de ne pas savoir si Largo va se sortir du traquenard dans lequel il est tombé, et qui risque de lui faire tout perdre...

Paru aux éditions Dupuis, 2017. - ISBN : 978-2-8001-6861-6.

mercredi 18 décembre 2019

La Route d'Armilia et autres légendes du monde obscur, de François Schuiten et Benoît Peeters




La série « Les Cités Obscures » est une sorte d’OVNI dans la bande dessinée. J’avoue avoir un peu de mal à cerner la série, tout en étant subjuguée tant par les histoires que par le dessin, envoûtant, de François Schuiten.

La Route d’Armilia raconte l’histoire de Ferdinand, parti de Mylos, en dirigeable, pour apporter au professeur Pym, dans le Grand Nord, la formule capable de remettre en route les rouages du Temps et redonner ainsi vie au monde. Mi-journal de bord, mi-bande dessinée, cette histoire est foisonnante et particulièrement imaginative. Le lecteur est d’ailleurs bien en peine de déterminer où se situe la « vérité », si tant est qu’elle existe… Le voyage a-t-il réellement lieu ? S’agit-il de l’imagination débordante de Ferdinand qui parvient à lui donner corps et vie ?
Tout ce que je peux dire, en tant que lectrice, c’est que c’est très beau, très onirique et que cet ouvrage est capable de me transporter dans un autre monde, littéralement. On est à la fois dans l’ambiance de la fin du XIXe siècle et dans un monde futuriste où il est bien difficile de déterminer l’échelle de temps. Le pari de créer un autre monde est encore une fois relevé !

Les autres légendes du monde obscur présentes dans cet ouvrage de 110 pages quand même sont de la même veine. En particulier « Mary la penchée », où il est très difficile de savoir où se trouve la normalité et où commence la bizarrerie. Ou encore « Les Chevaux de la Lune », histoire sans parole magnifiquement illustrée, où tout se joue dans les regards, les lumières et le velouté du dessin.
« La Perle » est une sorte de conte moderne qui rappelle par nombre de côtés le conte « La Princesse au petit pois », la noirceur de la Reine Mère en plus…

Les éditions Casterman ont décidé une réédition des différents ouvrages composant la série « Les Cités Obscures » et cet album fait partie de la nouvelle mouture. N’ayant pas de points de comparaison (puisque je n’avais pas lu la version originale), je ne saurais dire si la réédition est mieux que la première version. Ce que je sais (et c’est un dépliant glissé dans le livre qui me l’apprend), c’est que les auteurs ne se sont interdit aucun repentir concernant la série, y compris en remaniant complètement les histoires si besoin. En tout cas, que ce soit sur l’édition elle-même (ajout d’histoires courtes, par exemple), ou sur la fabrication (amélioration du rendu d’impression) ou même sur le contenu, cette nouvelle édition de la série est très belle et mérite vraiment d’être redécouverte.

Paru aux éditions Casterman, 2010 (Les Cités Obscures). ISBN : 978-2-203-02093-1

mercredi 11 décembre 2019

Aquablue Tome 3 : Le Mégophias, de Thierry Cailleteau et Olivier Vatine




Cela faisait un moment que je voulais investir dans la suite de cette série (à l’heure où j’écris ces lignes, il semble qu’il existe 16 tomes, j’en suis donc très loin!!!). Parce qu’elle m’interpelle, d’autant plus avec le contexte actuel de réchauffement climatique…

Ici, nous sommes de retour sur Aquablue, ou plutôt dans le ciel d’Aquablue. Un aéronef est détruit par un étrange vaisseau spatial qui sème la terreur dans l’espace.
Sur Aquablue, Nao et ses amis sont témoins de la bataille spatiale qui se déroule juste au-dessus d’eux. En effet, la Texec vient de lancer ses chasseurs contre le vaisseau inconnu, avec des résultats pour le moins dramatiques pour la compagnie de Phlebs et de Morgenstern. La bataille se joue aussi sous l’eau, mais les ordres aberrants de la Texec contraignent le capitaine du sous-marin à faire sécession et à rejoindre les habitants d’Aquablue, qui ont déjà accueilli Rabah, magouilleur en tous genres qui s’est acoquiné avec le commandant du mystérieux vaisseau pirate, connu sous le nom de Mégophias, du nom de l’animal qui lui a fourni sa carcasse.

Les habitants d’Aquablue, Nao en tête, vont donc devoir louvoyer entre différents intérêts afin de préserver leur planète des appétits de la Texec, mais aussi de l’énigmatique commandant Lochshore, dont on ne sait pas au juste quelles sont les intentions. Crimes, trahisons… tout y passe dans ce jeu de dupes où, une fois de plus, les plus puissants tentent de faire main basse sur les ressources des plus faibles, en l’occurrence ici les natifs de la planète d’adoption de Nao.

Ce troisième tome se referme sur la découverte, sous l’eau, d’une sorte de cité engloutie… dont nous ne saurons rien avant le tome 4…

Cette série, bien qu’ancienne (ce tome 3 date quand même de 1990) est vraiment intéressante. Elle reprend, en les déplaçant dans d’autres univers, les pires travers de nos sociétés en poussant leurs conséquences assez loin pour nous faire entrevoir des mondes potentiellement invivables… car gangrenés par l’appât du gain, l’absence totale de compassion et la réduction de la valeur de la vie humaine à rien du tout… En observant l’actualité, j’ai de plus en plus l’impression que ce cynisme est encore plus visible aujourd’hui qu’il ne l’était il y a bientôt trente ans. Où cela va-t-il nous mener ?

Paru aux éditions Delcourt, 1990. ISBN : 978-2-906187-55-9

mardi 3 décembre 2019

Le Fiasco du Labrador, de Margaret Atwood.




Je n’avais jamais lu, je crois, de livre de Margaret Atwood. Et si j’ai eu ce livre entre les mains, c’est qu’il faisait partie d’une offre promotionnelle sur le mode « Un livre offert pour deux livres achetés », je ne sais plus exactement à quel moment. Il faut dire que je ne suis pas spécialement rapide dans mes lectures et, surtout, que je fonctionne au coup de cœur, autant au moment de l’achat qu’au moment de la lecture et que, pour le coup, les deux ne sont pas forcément simultanés ou consécutifs. En gros, je peux avoir un coup de cœur en librairie et ne lire le livre que six ou sept ans plus tard… Les mystères insondables de mes comportements étranges en matière de lecture m’étonneront toujours…

Découverte, donc.
Et plutôt bonne, je dirais. Et pourtant, ce n’était pas gagné. Parce que ce « Fiasco du Labrador », que je croyais être un roman (j’ai omis de lire la quatrième de couverture, ou bien j’ai oublié entre le moment où je l’ai acheté et le moment où j’ai ouvert le livre, ce qui est tout aussi probable que la première option) est en réalité un recueil de nouvelles. Or je lis surtout des romans, même si j’écris moi-même pas mal de nouvelles. Mais contrairement à ce qui se passe dans les recueils de nouvelles que j’ai lus par le passé (il y en a quand même quelques-uns), les histoires racontées ici sont toutes en lien les unes avec les autres et racontent par épisodes la vie d’une seule personne à différents moment de sa vie, celle de Nell.

J’ai été pas mal déroutée lors de ma lecture, par plusieurs faits. Tout d’abord, les nouvelles ne sont pas forcément dans l’ordre chronologique. Dans la première nouvelle, Nell est déjà adulte. La seconde la voit petite fille, les autres sont des tranches de vie où on la voit grandir, devenir adolescente, jeune fille, jeune femme… jusqu’à un âge très avancé. En fait, Nell, dans ce recueil, traverse le vingtième siècle sous les yeux du lecteur.
Ce qui m’a troublée, c’est que certaines de ces nouvelles (notamment les premières) sont écrites à la première personne du singulier, et la narratrice n’est autre que Nell elle-même. Sauf qu’elle n’est quasiment pas nommée dans les premiers textes, ce qui fait que je n’ai compris qui parlait qu’à la troisième ou à la quatrième histoire, je ne sais plus. Et je n’ai compris le lien entre les différents récits que grâce aux recoupements et aux mentions des personnages secondaires qu’on retrouve dans les différentes nouvelles, du moins en partie.
Ce n’est que lorsque le point de vue narratif a changé, passant de la première personne à un narrateur omniscient que j’ai mieux compris le contexte, les personnages principaux… avant d’être de nouveau perdue quand le narrateur est redevenu une femme, mais pas la même qu’au début… Bref. C’est moi et mon « cerveau lent »… Je dois m’y faire !

J’ai toutefois trouvé que c’était un bon recueil, malgré mes égarements livresques. La qualité d’écriture est au rendez-vous, les histoires sont cohérentes entre elles et le principe d’une nouvelle par tranche d’âge permet de suivre l’évolution de l’héroïne sans se « farcir » sa vie sur le mode biographique, qui pourrait être assez ennuyeux.
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire et découvrir la vie de cette femme qui traverse le siècle, depuis son enfance jusqu’à sa mort, en passant par son mariage, ses aventures amoureuses…
Une agréable découverte, oui !

Paru aux éditions 10/18, 2012. - ISBN : 978-2-264-06565-0.