dimanche 3 mai 2020

Blake et Mortimer, tome 22 : L'Onde Septimus, de Jean Dufaux, Antoine Aubin et Étienne Schréder.




J’ai offert cette bande dessinée à un ami, le Noël qui a suivi sa sortie (donc tout juste après sa parution, puisqu’elle est sortie en décembre). Et puis… je me l’étais offerte aussi, parce qu’ « on n’est jamais si bien servi que par soi-même », dit le dicton.
Sauf que… je n’avais pas vraiment eu le temps de la lire. Elle a traîné pendant un moment dans ma PAL (vous savez, la fameuse Pile À Lire dont on parlait tant, sur les blogs de lecture, il y a quelques années?) et puis, j’avais fini par faire du rangement, elle avait bien sagement rejoint ses semblables dans ma bibliothèque… et j’étais passée à autre chose.
En reprenant certains articles de mon blog, je me suis rendu compte que celle-ci n’y figurait pas. J’ai donc décidé de la relire et de m’y mettre.
Il arrive parfois que j’entre dans une période où je me mets à lire (ou à relire, c’est selon), certains types d’ouvrages. Dans mon cas, en ce moment (mais c’est peut-être un effet collatéral du confinement), c’est la série des Blake et Mortimer qui joue ce rôle, comme j’ai eu une période Yoko Tsuno, une autre XIII, ou une période Balade au bout du monde. En relisant cette aventure de nos héros britanniques, je mesure l’étendue de mon inculture concernant cette série. Et je me suis rendu compte que je n’ai jamais lu « La Marque Jaune », sans doute, si j’ai bien compris, le tome le plus emblématique de la série et de la période E. P. Jacobs. [Ça tombe bien. Mon anniversaire est dans quelques jours. Je crois que je vais mandater mon mari pour me l’offrir, histoire de combler une lacune carrément impensable!]

Dans cette bande dessinée, contrairement aux deux précédentes que j’ai chroniquées ici et là, il n’y a aucune mention de l’année où se déroule l’histoire. Tout au plus est-il possible de la située dans les années 1950, probablement vers 1954 ou 1955, puisque la reine d’Angleterre Élisabeth II, dont parlent les premières pages, a accédé au trône le 6 février 1952, à l’âge de 25 ans, et a été couronnée le 2 juin 1953. La bande dessinée s’ouvre d’ailleurs sur les festivités de son anniversaire, on peut donc préciser la période de l’année, sinon l’année elle-même, au printemps (la reine est née en avril). [Oui, j’aime bien les précisions chronologiques et temporelles, parce que ça me donne des points d’appui et des repères et ça ajoute beaucoup au réalisme d’une bande dessinée que de l’ancrer dans une temporalité. On ne se refait pas.]

Ici, l’anniversaire de la reine Élisabeth II ne sert que de démarrage à l’intrigue, pour exprimer le contraste entre le faste et la lumière de la royauté et ce qui se trame en arrière-plan, comme c’est toujours le cas dans le monde réel. Il y a ce qu’on voit, et puis il y a ce qui est caché. Il y a la lumière et les ténèbres, le bien et le mal…
Au démarrage de cette histoire, donc, nous rencontrons quatre personnages réunis dans un endroit sombre et discret pour y célébrer le début d’une ère nouvelle et de leur œuvre commune (dont le lecteur ignorera tout pour l’instant, sinon qu’elle a un rapport étroit avec le Professeur Septimus, bien connu, si j’ai bien compris, des lecteurs de la série puisqu’il est le principal ennemi de Blake et Mortimer dans La Marque Jaune. Ce « cher » Professeur Septimus semble avoir fait des émules, ou au moins avoir suscité des nostalgies devant le pouvoir donné par l’Onde Méga.
Dans les toutes premières pages, nous découvrons également le Colonel Olrik, bien mal en point d’ailleurs, soigné par un médecin asiatique. Il est en proie à de fortes fièvres et à des hallucinations où il revoit sans cesse le Professeur Septimus qui lui demande de « revenir »…
La suite de l’histoire nous montre Francis Blake en proie à un véritable mystère et très inquiet pour son ami, Philip Mortimer, qui semble avoir complètement disparu de leur appartement de Park Lane. Il aurait installé un nouveau laboratoire et s’y livrerait à d’étranges expériences qui occupent tout son temps. Mais Francis Blake est vite rattrapé par son travail : un forcené se trouve près des hangars désaffectés de King’s Cross, déjà le théâtre d’un fait similaire quelques jours plus tôt. Les forces de l’ordre s’y rendent une nouvelle fois, accompagnés de Blake cette fois, et y trouvent l’homme en question qui finit foudroyé par une décharge électrique.
Au même moment, Mortimer, dans son laboratoire de Layton Road, à Newham dans la banlieue de Londres, constate une fois de plus que l’installation électrique a une fois de plus sauté. Sans rien y comprendre, il rétablit la lumière et l’on découvre alors le laboratoire du savant. Celui-ci a, semble-t-il, reconstitué le laboratoire de Septimus lors de ses recherches sur le Télécéphaloscope. Il y cherche un moyen de contrer l’Onde Méga de Septimus par une autre onde, appelée « Onde Septimus »...

Voici donc le début de cette histoire où vont se côtoyer Blake et Mortimer, bien sûr, mais aussi de vieilles connaissances des deux héros, comme le Colonel Olrik, leur éternel ennemi et, plus surprenant, le Professeur Septimus lui-même… apparemment du moins.
Vous comprendrez donc, chers lecteurs, pour quelles raisons je tenais à comprendre la chronologie des faits. Cette histoire semble se situer quelques temps seulement après « La Marque Jaune », puisque tous les protagonistes sont encore très marqués par les événements qui se sont déroulés dans cet épisode, pourtant bien antérieur en termes de publications (« La Marque Jaune » est le sixième album de la série). Tout se passe comme si, dans cet album, les auteurs avaient voulu donner une suite à l’autre, sans tenir compte de ce qui avait été écrit entre les deux.
C’est un parti-pris qui peut se comprendre et s’accepter, le tout est de le savoir, ou au moins de le percevoir, afin de ne pas se perdre dans l’histoire, sans quoi on n’y comprend rien. Mais ici, les choses sont assez claires, tant les références à « La Marque Jaune » sont évidentes, nombreuses et claires (il y a même, à un moment, une vitrine de librairie devant laquelle se trouve le « Professeur Septimus » où l’on peut contempler un exemplaire de « La Marque Jaune par E. P. Jacobs ». Il s’agit ici, clairement, d’un hommage appuyé au créateur de la série et des personnages).

L’histoire va se compliquer sérieusement par la découverte, par Blake, d’un étrange engin logé dans les soubassements de la ville de Londres qui semble être à l’origine des faits étranges qui se déroulent dans la cité elle-même. Le rôle du Colonel Olrik est plus complexe que celui du simple « méchant » dont le but est toujours le même : tuer ses éternels ennemis Blake et Mortimer. Ici, les intérêts des trois personnages finissent par devenir communs, au point qu’ils vont devoir s’allier pour contrer la menace qui pèse sur eux et sur la ville de Londres.
Et puis, il y a ce groupe de soldats internés à l’hôpital psychiatrique, dont on finira par comprendre qu’ils comptaient parmi eux les deux forcenés des entrepôts désaffectés de King’s Cross. Leur rôle dans cette histoire va finir par faire comprendre (en tout cas partiellement) à Blake et Mortimer les risques encourus par ceux qui s’approchent trop près de l’engin souterrain redécouvert par Blake.

Une aventure complexe, plus proche de ce que j’avais lu petite et de la veine d’E. P. Jacobs que les dernières histoires que j’ai référencées sur ce blog, où l’histoire se mêle au fantastique, ce qui semble être l’une des marques de fabrique du créateur de la série.
Je suis donc, après cette lecture, en complète contradiction avec ce que je disais dans ma précédente chronique, mais tant pis !

Paru aux éditions Blake et Mortimer, 2013. ISBN : 978-2-8709-7189-5.

mardi 28 avril 2020

Blake et Mortimer, tome 21 : Le Serment des cinq Lords, de Yves Sente et André Juillard




Cette nouvelle aventure débute en 1919, dans le sud de l'Angleterre. Un homme se fait voler sa valise à la gare de Reading, où il attend un train pour Londres. Son propriétaire, le colonel Lawrence, retrouve bientôt son bien, ainsi que le voleur, qui lui fait une proposition qu'il ne peut refuser : il s'agit de modifier en profondeur – remanier totalement serait sans doute plus juste – le manuscrit que contient la valise en question, et dont Lawrence est l'auteur.

Trente-cinq ans plus tard, un vol est commis de nuit à l'Ashmolean Muséum, à Oxford, par une mystérieuse ombre blanche. Le lendemain, à Londres, Philip Mortimer s'apprête à partir pour Oxford, où il est attendu pour un séminaire avec les étudiants en Histoire. Blake, de son côté, apprend par la presse la mort d'un de ses vieux amis et les deux hommes partent de concert pour la gare, l'un pour Oxford, l'autre pour Bournemouth où doit avoir lieu l'enterrement de Lord Harry Pitchwick.

C'est le début d'une aventure qui voit se rejoindre les deux enquêtes au départ séparées de nos deux amis : l'une, menée par le Professeur Mortimer, au sujet des vols commis à l'Ashmolean Muséum, l'autre conduite par Blake qui voit un à un ses amis assassinés de sang froid. Il faudra remonter à la jeunesse de Francis Blake pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce mystère et son lien avec le colonel Lawrence, plus connu sous le nom de Lawrence d'Arabie.

Une fois de plus, le défi est relevé avec brio. Les auteurs ont su prendre la suite d’Edgar P. Jacobs et créer une aventure où le suspense et l’action sont bien présents et où l’aventure rebondit à toutes les pages. J’ai bien aimé cette histoire, plus « calme » que les précédentes que j’ai lues il y a quelques temps maintenant. Ici, point de machine bizarre, d’invention étrange ou de Colonel Olrik. Juste un rendez-vous avec la jeunesse de Blake. Ce serait presque reposant !

Paru aux éditions Blake et Mortimer, 2012. ISBN : 978-2-8709-7164-2.

mercredi 8 avril 2020

Blake et Mortimer, tome 16 : Les Sarcophages du 6e continent, tome 1, de Yves Sente et André Juillard



Dans ce nouvel opus, le lecteur est entraîné dans l’ancienne capitale d’été du gouvernement de l’empire des Indes britanniques, Simla, où se tient une étrange réunion des maharadjas indiens. Ils se sont rassemblés dans l’ancien palais du vice-roi pour y écouter l’intervention d’Açoka, « Empereur immortel », mort depuis 2200 ans et qui apparaît pourtant, entouré de ses grands singes protecteurs. Il est venu annoncer aux seigneurs de l’Inde qu’il a à sa disposition une arme qui doit permettre à l’Inde de parler aux dirigeants sur un pieds d’égalité.
Puis, Açoka rencontre un certain Varitch, russe, qui a visiblement un compte à régler avec Francis Blake. Au cours de la discussion entre les deux hommes, le lecteur apprend que, de son côté, Açoka a déjà rencontré Philip Mortimer par le passé. Et qu’ils ne sont pas non plus devenus amis…

La suite de la bande dessinée plonge le lecteur dans la jeunesse de Mortimer, où nous le voyons revenir aux Indes avant ses études. Il y croise le Mahatma Gandhi et y fait la rencontre de Francis Blake qui, comme on le sait, devient son meilleur ami et compagnon d’aventures. Toute cette partie relate également la fameuse rencontre entre Mortimer et Açoka, ainsi que les difficultés du jeune homme face à l’ordre colonial britannique contre lequel il se rebelle, avant d’être renvoyé à ses études par ses parents.

De retour en 1958, nous retrouvons les deux héros à Londres, où va débuter l’Exposition Universelle à laquelle Mortimer participe au sein de l’équipe du pavillon britannique, qui comporte des membres de nationalité indienne, dans le cadre d’un partenariat entre les deux pays. Les chercheurs de cette équipe mixte ont en effet mis au point une liaison radio permanente avec l’Antarctique, via la base scientifique de Halley et le pavillon doit leur permettre de procéder à des mesures et des enregistrements à distance.
Mais bien vite, Blake et Mortimer sont témoins d’étranges événements qui attaquent divers pavillons de l’Exposition (français, congolais et américain), tout en épargnant étrangement celui de l’Angleterre, pourtant tout proche. Blake, pour sa part, enquête en parallèle sur un trafic d’uranium en lien avec l’Exposition Universelle. Et, à la faveur d’un nouvel incident, Blake et Mortimer voient débarquer dans cette aventure déjà complexe leur vieil ennemi Olrik.

Traîtres, mystères, trafics, vengeance… tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette histoire un bon cru. Le premier tome se termine avec le départ des deux héros pour la base scientifique de Halley, où ils pensent pouvoir trouver l’explication de tous ces faits étranges.

J’ai bien aimé cette première partie, où l’on en apprend plus sur la jeunesse de Philip Mortimer et sur son passé, sa personnalité, ses « démons » aussi. Après le confinement dans lequel nous vivons actuellement, il va falloir que je commence à boucher sérieusement les « trous » dans ma collection ! Voici la deuxième aventure de cette série dont je n’ai pour l’heure pu lire que le début !

Paru aux éditions Blake et Mortimer, 2012. - ISBN : 978-2-8709-7180-2

lundi 6 avril 2020

Blake et Mortimer, tome 15 : L’Étrange rendez-vous, de Jean Van Hamme et Ted Benoît.




Cet épisode débute le 17 octobre 1777, au moment de la guerre d'indépendance du Nouveau Monde. Le Major Macquarrie, écossais, combat dans le corps des officiers britanniques d'Outre-mer et est témoin, en pleine nuit, d'un étrange phénomène lumineux qui l'attire irrésistiblement. Sous les yeux du benjamin de la troupe, le major disparaît dans le faisceau lumineux... pour réapparaître, mort quelques instants plus tôt, 177 ans plus tard dans le Colorado, où il est découvert par un paysan du coin, témoin, lui aussi, de cet étrange phénomène lumineux.
Mortimer est appelé sur place à des fins d'identification, le Major Macquarrie étant un de ses aïeux du côté maternel. Dans l'avion qui l'emmène aux États-Unis, il se retrouve fortuitement avec son ami Blake. Ils atterrissent à New York, où ils sont accueillis par Jimmy Cheng, l'assistant du Docteur Kaufman qui a fait appel à Mortimer.
Commence alors une enquête digne des X-Files où l'étrange le dispute au fantastique. Bien entendu, au cours de cette enquête, Blake et Mortimer sont à nouveau confrontés au Colonel Olrik, leur éternel ennemi, mais également à Basam Damdu, revenu pour reprendre le pouvoir avec l'aide des êtres étranges responsables de la disparition, puis de la réapparition, du Major Macquarrie...

L’intrigue se situe en 1954, aux États-Unis. Elle met en scène les survivants des êtres humains dans le futur, êtres étranges à l’aspect effrayant à cause des radiations auxquelles ils seront exposés dans le futur. Cette histoire aborde donc des questions et des problèmes très « XXIe siècle », à l’heure du réchauffement climatique, de la sixième extinction de masse à laquelle nous assistons en ce moment même et dont nous sommes à la fois à l’origine et faisant partie des potentielles victimes.
En ce temps de confinement, dû au Covid-19, cet opus est étrangement d’actualité, même s’il a été publié il y a de cela plusieurs années. C’est aussi ce qui en fait l’intérêt en ce moment. Il fait écho à l’inconséquence de certaines décisions prises au nom d’intérêts politiques et économiques, voire simplement liées à des questions d’ego ou de recherche maladive de pouvoir, de gloire et de puissance.
Un bon cru !

Paru aux éditions Blake et Mortimer, 2013. ISBN : 978-2-8709-7179-6.

mercredi 25 mars 2020

Brüsel, de Benoit Peeters et François Schuiten



Retour à cette série mythique des « Cités Obscures », dans la ville de Brüsel, cette fois. Abeel Constant, fleuriste, est en train de réaménager son magasin où il fait la part belle aux plantes en plastique, quand le Professeur Persenval débarque chez lui. Le Professeur est lui aussi un féru de plantes en plastique et cherche à faire affaire avec Abeel Constant pour « fleurir » le nouvel hôpital dont la ville va bientôt se doter. Il faut dire que Brüsel elle-même est en plein réaménagement ! Il faut faire table rase du passé. Place au progrès !

Dans l’immédiat, Abeel a des problèmes urgents à régler : l’eau a été coupée, le téléphone cesse bientôt de fonctionner et, pour couronner le tout, le fleuriste tousse de plus en plus. Il décide alors de se rendre au Palais, où il expose ses problèmes avec beaucoup de difficultés. C’est le règne de l’absurde dans la bureaucratie brüselloise… Heureusement, il y a Tina, qui a l’air de vouloir l’aider… sans beaucoup de succès malheureusement. Sa toux s’aggravant, Abeel se rend à l’hôpital et le délire dans lequel il était plongé au Palais se poursuit et, pire, s’accentue.

Brüsel, c’est l’histoire d’une ville en pleine mutation, aux prises avec les hommes politiques et leurs ambitions, accompagnés de savants fous qui n’ont en tête que le progrès, au point qu’ils en arrive à vouloir changer, transformer radicalement la ville en oubliant ceux pour qui elle a été bâtie.

Cette bande dessinée est extraordinaire en ce sens qu’elle emporte le lecteur vers une réalité alternative, ou bien un monde parallèle, c’est au choix, où la réalité, la vraie vie, est confrontée à l’absurdité des décisions politiques idiotes, des idéologies mortifères poussées jusqu’au bout qui, telles un rouleau compresseur aveugle, créent un monde où ne comptent plus que l’égo des décisionnaires qui ne vivent que pour voir le triomphe de leurs idées.
La ville se vide ainsi de sa substance pour ne devenir qu’un cadre dans lequel la vie et ses habitants n’ont plus aucune place.
Il faudra l’énergie d’Abeel et la ténacité de Tina pour leur permettre de sortir de ce piège gigantesque et tentaculaire qu’est devenue Brüsel.
Du grand art.

Paru aux éditions Casterman, 2008 (Les Cités Obscures). - ISBN : 978-2-203-01289-9.

mardi 24 mars 2020

Trilogie New-yorkaise, de Paul Auster




Je ne connaissais pas Paul Auster. Je ne sais plus quand et comment ce livre (ou plutôt ces livres, puisque l’ouvrage regroupe trois romans) est arrivé dans ma bibliothèque, mais peu importe. Il fait partie de ces ouvrages qu’on a du mal à lâcher, alors même qu’on ne sait pas trop pourquoi.

Le premier roman, intitulé « Cité de Verre », raconte l’histoire de Quinn, un écrivain qui utilise un pseudonyme dans son métier, qui se voit confier une mission de détective privé par téléphone, par quelqu’un qui le prend pour un certain Paul Auster. Quinn a beau tenter de refuser la mission, de rétablir la vérité et de montrer que le commanditaire ne s’adresse pas à la bonne personne, rien n’y fait : le voilà embarqué dans une histoire pour le moins étrange où il doit surveiller un homme qui arpente les rues de New York en y dénichant des objets abimés, cassés… Quinn essaie de rendre compte de ses recherches, tombe sur Paul Auster, qui n’est pas plus informé que lui de l’affaire… et perd la trace de son employeur.

Dans le deuxième roman, « Revenants », les personnages ont des noms de couleurs (Bleu, Brun, Noir…) qui font penser à des pseudonymes que l’auteur leur aurait donné pour brouiller les pistes. Là, un des personnages est chargé par un autre d’en surveiller un troisième et d’envoyer chaque semaine un compte-rendu. Là encore, le personnage va changer la règle du jeu en cours de route et faire des découvertes qui vont radicalement changer sa vision des choses.

Enfin, dans « La Chambre dérobée », le narrateur est chargé par une jeune femme de retrouver Fanshawe, un homme qui s’avère être un de ses amis d’enfance, après l’échec d’un détective privé du nom de Quinn (est-ce le même que dans la « Cité de Verre » ?) sur cette même mission. Cette recherche va l’amener à se replonger dans leur passé commun et à explorer et tenter de comprendre la vie de son ami qu’il n’a plus vu depuis bon nombre d’années.

Ces trois romans me laissent un sentiment étrange, où la perplexité le dispute à la frustration et à l’enthousiasme.
J’ai l’impression qu’il y a des liens entre les trois romans (ce qui semble évident, sinon, ils ne seraient pas regroupés en un seul volume sous le nom de « Trilogie New-yorkaise »), mais j’ai du mal à les trouver, exception faite de certains points communs qui semblent plutôt accessoires : la présence de Quinn (1 et 3), d’écrivains (Quinn dans 1, Fanshawe et le narrateur dans 3), la surveillance d’une personne (1 et 2), de détectives (dans les trois romans), le dépouillement, la rue, la perte, la descente aux enfers, le déclassement… et New York.
Il y a aussi des passages étranges où l’on a l’impression, dans « La Chambre Dérobée », que Fanshawe raconte quelque chose qui s’est passé dans « Revenants »… Des liens existent effectivement, donnant l’impression que ces trois récits se complètent, alors que, pris séparément, ils racontent trois histoires distinctes, avec certains points communs, donc. Si j’osais une interprétation, je dirais que le premier roman est la quête, malgré lui, de Fanshawe par Quinn, que le deuxième est le jeu du chat et de la souris de Fanshawe vis-à-vis de Quinn et du narrateur du troisième roman, tandis que le troisième roman serait le récit « complet », mais selon le point de vue du narrateur, de toute cette histoire… Ce serait donc le même récit, vu sous trois angles différents, sans qu’aucun des personnages des deux premiers romans ne comprenne rien de ce qui se passe en réalité, de ce qu’ils font, de l’identité de celui qu’ils surveillent et des raisons de cette surveillance. Un peu tordu, mais ça pourrait quand même se tenir.

En tout cas, aussi étrange que soit cette Trilogie, j’ai beaucoup aimé m’y plonger, même si je m’y suis parfois perdue. C’est tout simplement très bien écrit ! Paul Auster (l’auteur, cette fois!) a un sens de la narration que je lui envie...

Paru aux éditions Actes Sud, 2002 (Babel). - ISBN : 978-2-7427-3791-8.

lundi 23 mars 2020

Largo Winch tome 21 : L'Etoile du matin, de Philippe Francq et Eric Giacometti




Ce nouveau diptyque débute à Saint-Pétersbourg, avec le résumé d’un roman, « Les Voiles rouges », lors d’une conversation entre un financier américain et un mystérieux investisseur américain… qui a l’air d’en vouloir à Largo Winch.
Six mois plus tard, nous retrouvons ce dernier au Yucatan, avec Simon Ovronaz, où il tente de comprendre pourquoi Saïdée, dont il était tombé amoureux, a été tuée (voir le diptyque précédent, ici et ici). Pour cela, il « interroge » un Russe qui ne survivra pas, assassiné avant de pouvoir répondre aux questions de Largo.

Au même moment, à New York, la Bourse de Wall Street est victime d’un « Flash Krach », une chute brutale et passagère des valeurs boursières, qui perdent mille points en quelques minutes, avant de remonter à leur niveau précédent tout aussi rapidement. La SEC, Security and Exchange Commission, est rapidement au travail pour déterminer les causes de ce krach… et remonte très vite à un courtier en bourse.
Au Yucatan, Largo assiste à un forum accompagné de Cathy Blackman, chargée des œuvres de bienfaisance de la Fondation Winch. Largo y rencontre divers magnats russes et autres, avant d’être rappelé à Chicago, où l’enquête sur le krach vient de révéler l’implication d’une des sociétés dont il est le propriétaire.
Commence alors une double enquête, celle du FBI et de la SEC, qui veulent charger Largo et celle, non officielle, de Largo qui cherche le véritable responsable.

Cet opus est centré sur les mécanismes de trading à haute fréquence, ces opérations boursières menées par des ordinateurs aux capacités de calcul phénoménales.
Ce qui me semble intéressant, ici, c’est que les auteurs utilisent à très bon escient l’actualité plus ou moins récente (des faits réels dans le domaine financier sont mentionnés, tout comme la crise des Subprimes, de triste mémoire, en 2008), avec des explications plutôt claires sur le fonctionnement de tout cela. Les explications sont vraisemblablement très succinctes, mais elles permettent malgré tout de ne pas être totalement perdu dans cette jungle qu’est devenue la finance internationale en général et la Bourse en particulier.

Largo mène l’enquête, découvre une coupable qui s’avère avoir en réalité été piégée. Elle tente de se blanchir en allant chercher des preuves au cœur même du système. Mais, comme toujours, les choses dérapent et Largo et la jeune femme, Mary, se retrouvent en bien mauvaise posture…

Il va donc falloir que je trouve la suite qui, je suppose, est maintenant parue. Parce que ça me ferait un peu mal au cœur de ne pas savoir si Largo va se sortir du traquenard dans lequel il est tombé, et qui risque de lui faire tout perdre...

Paru aux éditions Dupuis, 2017. - ISBN : 978-2-8001-6861-6.