lundi 7 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 21 : La Porte des Âmes, de Roger Leloup




Ce vingt-et-unième album est un peu la suite des « Exilés de Kifa ». Retour dans l’espace, dans la galaxie où se trouve Vinéa. Yoko, toujours alignée sur la Cité de l’Abîme, commande deux vaisseaux spatiaux depuis « Les Exilés de Kifa » : « Akhar » et le « Ryu ». Ce dernier est plus adapté aux besoins du Trio, aussi Yoko a-t-elle décidé de démanteler le premier et d’en retirer tous les composants utilisables. Elle regagne le « Ryu », où elle retrouve Vic, Pol, Mieke, Poky et Rosée, ainsi que Myna. Khany les rejoint et le « Ryu » se rapproche des nuées d’Ultima, un univers chaotique issu d’une planète disloquée. Khany n’a pas le droit d’y pénétrer, mais Yoko décide de s’y rendre à cause d’une sonde temporelle qui est passée tout près d’eux et est porteuse d’informations. C’est un mystère que Yoko veut comprendre et qui va la lancer dans cette nouvelle aventure où elle va rencontrer Litsy, pilote du Seigneur Gulta, qui se révèle être d’origine Vinéenne. Yoko comprend alors que le êtres présents dans cette région éloignée de la galaxie qui héberge Vinéa sont les descendants des habitants d’un des dix vaisseaux qui ont évacué Vinéa deux millions d’années plus tôt.

Yoko rencontre également Ethéra, l’ancien pilote de Gulta qui a eu un accident et que Gulta s’efforce, avec l’aide de Widek, de sauver en remplaçant les éléments détruits de son corps et en lui donnant une âme, celle de Litsy, qui est en fait une criminelle condamnée et à qui on a donné une autre âme…
Le but de Yoko va alors être de rendre à qui de droit sa propre âme, et donc sa conscience et sa liberté. Du même coup, il lui faudra affronter Isora, une femme brillante qui a mis au point ce système de transfert d’âme, afin de se réincarner…

J’ai toujours été gênée par le terme « âme », dans cette bande dessinée. Dans « Les Trois Soleils de Vinéa », Roger Leloup parle de « mémoire magnétique ». Ces mémoires sont stockables et duplicables à volonté, permettant de donner une autonomie et des capacités de décisions, par exemple, à des robots.
Ici, il ne s’agit pas tant de « mémoire », mais bien de ce qui constitue l’essence même de la personne. C’est en tout cas ce qui est dit, même si la confusion entre les deux est possible.
Ce qui est intéressant et que Roger Leloup amène avec beaucoup de subtilité, c’est la question, très actuelle malheureusement, du transhumanisme. Cette bande dessinée a été publiée en 1996, à un moment où, bien entendu, toutes ces questions n’étaient pas du tout débattues au grand jour comme elles le sont aujourd’hui. En tout cas, il aborde ici cette idée qu’un être de chair et de sang pourrait n’être qu’une enveloppe abritant une âme qu’on pourrait transférer d’une personne à une autre. Mais au vu des résultats des expériences d’Isora, force est de constater que ce procédé n’est pas vraiment une réussite : l’ « âme » du « receveur » se révolte en général contre l’hôte et va jusqu’au suicide pour s’en débarrasser.
En ce qui concerne Litsy, elle pourra retrouver son âme et son libre-arbitre, mais Ethéra, l’une des victimes d’Isora, veut s’en servir pour sauver les autres « copies » d’Isora, qui ont eu moins de chance qu’elle et se meurent. La générosité de Litsy leur permettra de vivre.

Dans cette aventure, Yoko est particulièrement impliquée émotionnellement, et Khany disparaît presque totalement de l’intrigue. L’évolution des dessins des personnages est désormais bien installée, donnant une nouvelle physionomie à la bande dessinée. Par ailleurs, on commence à bien voir l’extraordinaire travail de Roger Leloup sur les couleurs, avec des doubles-pages où l’on trouve une couleur dominante qui joue sur différents camaïeux, prémisses de ce qu’on va trouver de manière encore plus prononcée dans les albums suivants.

Paru aux éditions Dupuis, 1996. ISBN : 2-8001-2340-0

dimanche 6 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 20 : L'Astrologue de Bruges, de Roger Leloup




Dans ce nouvel album, Yoko est à Bruges où elle a rendez-vous avec un peintre qui prétend avoir fait son portrait... Le peintre souhaite la rencontrer, mais Yoko est dubitative : elle n'a jamais posé pour lui et c’est sa première visite à Bruges. Sa rencontre avec un autre peintre, Monsieur Jos, également archéologue et qui lui révèle des faits qui font froid dans le dos va aiguiser sa curiosité : Jan Van Laet serait tout simplement quelqu’un qui a signé un pacte avec le diable…
Yoko finit par rencontrer Van Laet et découvre ainsi qu’il a dit vrai et également fait le portrait de Monya, sans qu’aucune d’elles n’ait jamais posé pour lui… Mais Van Laet n’est qu’un sous-fifre, qui a attiré Yoko dans sa maison pour que son ami et maître, le Marquis de Torcello, puisse lui soutirer un secret qu’elle garderait depuis plus de quatre siècles : celui de la fiole verte de Zacharius, contenant le virus de la peste noire...
Yoko parvient à s’échapper mais, dans sa fuite, elle est blessée. Elle ne peut que se rendre à l’évidence : elle est bien allée dans le passé et, pour comprendre ce qui se passe et contrer le danger potentiel que représente le virus de la peste et un éventuel risque d’épidémie, elle se doit d’y retourner. Elle va donc solliciter Monya afin de faire ce saut en 1545 et va y entraîner Vic, Pol et Rosée.
Elle y fait deux rencontres : celle de Mieke, une jeune paysanne qui va les guider sur les canaux de la ville médiévale et qui rêve de voir Van Laet faire son portrait afin d’épouser un riche gentilhomme et celle de Zacharius… ou plutôt de ce qu’il en reste. Un troisième personnage, Balthazar, identifié par tous comme étant le Diable, va lui donner ce qu’elle cherche : le virus de la peste noire qui doit servir de monnaie d’échange contre la vie de Mieke, emmenée par l’Inquisition à la suite des vols de reliques commis par son oncle…

Là encore, l’intrigue est complexe, les personnages nombreux et les sauts dans le temps avec des personnages qui disposent d’un « philtre » leur permettant de vivre quasiment éternellement n’aide pas forcément les repérages temporels. Cependant, on se prend au jeu et on suit avec plaisir cette aventure dans laquelle tout est soigné, depuis les décors (comme d’habitude) jusqu’aux vêtements des protagonistes, qui ont du nécessiter de sérieuses recherches de la part de Roger Leloup.
De retour au XXe siècle, Yoko a emmené avec elle Mieke, dont Pol est éperdument tombé amoureux. Et c’est dans le Bruges actuel que la jeune fille va devoir s’acclimater…

L’exemplaire que j’ai de cet album se termine par un cahier de 24 pages regorgeant de croquis, de vignettes et d’explications sur la série. Il était accompagné d’un jeu avec plateau et pions reprenant l’univers de la série. Publié pour marquer la sortie du vingtième album, ce cahier préfigure, en quelque sorte, les dossiers des intégrales et, surtout, les éditions en grand format des albums qui paraîtront à partir du « Septième Code ». Mais c’est une autre histoire !

Paru aux éditions Dupuis, 1994. ISBN : 2-8001-2101-7

samedi 5 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 19 : L'Or du Rhin, de Roger Leloup




Deux ans après « Les Exilés de Kifa », Yoko est de retour en Allemagne, à Cologne, cette fois, où elle retrouve Ingrid qui répète aux claviers de l’orgue de la Cathédrale. Elle n’a pas encore pu voir son amie qu’elle est accostée par une Japonaise qui a rendez-vous avec un certain « Ibis » dans une chapelle sous le chœur. Yoko la guide vers la crypte… pour se rendre compte après l’avoir quittée que quelque chose « cloche ». Se dirigeant à son tour vers la crypte, elle ne peut que se rendre à l’évidence : la Japonaise vient d’être victime d’une agression.
Rejointe par Ingrid, Yoko lui confie l’inconnue en attendant les secours et va ensuite mener l’enquête pour comprendre ce qui a pu se passer et qui est la femme en question. C’est à la gare que les deux amies trouveront un début d’explication : la jeune femme a parlé à Yoko de la gare et du « Rheingold » qui s’avère être un train de luxe spécialement affrété par un homme d’affaires Japonais que Yoko connaît déjà : Ito Kazuki (voir « La Fille du Vent »). Yoko étant polyglotte, tout comme Minako, Ito Kazuki l’engage pour traduire des documents commerciaux. Yoko accepte le marché afin de pouvoir aider Minako de son mieux.
Le train quitte Cologne, mais dès avant son départ, Yoko est victime d’une tentative d’assassinat, déjouée par un certain Koshi, qui s’avère être un robot obéissant à la voix humaine. Une fois à bord, Yoko commence son enquête et découvre bien vite qu’Ito Kazuki cache un certain nombre de choses… et que les invités sont plutôt étranges : deux d’entre eux sont membres de services secrets étrangers, deux autres sont médecins.
Mais Yoko n’est pas au bout de ses surprises : le document dont elle doit assurer la traduction est obscur et, après enquête, la jeune femme se rend compte qu’il s’agit d’une arme terrible. Par ailleurs, Ito Kazuki lui semble étrange, par son trouble, son comportement… et certaines de ses réactions.

L’histoire est complexe, là encore, mais plus dans la veine des volumes précédents que « Les Exilés de Kifa ». Ici aussi, la technologie s’avère être l’enjeu d’un crime et j’ai été frappée par ce qui ressemble un peu à des clins d’œil à d’autres œuvres : cet album tient à la fois du « Crime de l’Orient-Express » d’Agatha Christie par le luxe du train (et le nombre de morts!) et des aventures de James Bond au cinéma par l’intrigue sans temps morts et le rythme enlevé de l’album.

Dans cet album, le lecteur retrouve les décors de « L’Orgue du Diable », puisque certaines scènes se déroulent au même endroit ou presque que l’intrigue du deuxième album de la série. Roger Leloup semble aimer retrouver des décors connus, les explorer sous un autre angle, les approfondir, d’une certaine manière. Peut-être aussi qu’il le fait pour créer une certaine intimité, une continuité entre les albums qui se succèdent apparemment sans lien les uns avec les autres.
En tout cas, de nombreux axes du récit peuvent être cités : la question du double (ou du jumeau) qui est au centre de cette intrigue, l’implication de services secrets, l’intrigue policière…
À noter dans cet album l’absence, pour la première fois, de Vic. Il me semble que c’est d’ailleurs la seule fois…
On sent dans le style graphique que Roger Leloup est dans une sorte d’entre-deux, avec des personnages aux traits plus anguleux, des yeux plus ronds, plus grands aussi, sauf pour les Asiatiques évidemment. Je suppose que si j’accorde autant d’importance à ce qui n’est, finalement, que des détails, c’est parce que j’ai la nostalgie des albums de mon enfance. En 1993, à la sortie de « L’Or du Rhin », je venais de passer mon Baccalauréat et j’entrais à l’université… Déjà plus une enfant, pas tout à fait une adulte, ma vision des choses était elle aussi en train de changer progressivement. Et mon attachement aux dessins des années 1980 est peut-être dû à cela : une sorte de nostalgie de ces années d’insouciance…
En tout cas, l’album est très beau, les dessins sont comme toujours très précis et réalistes… et la réutilisation des lieux de la deuxième aventure confère à cet album-ci un sentiment rassurant de territoire connu qui permet de mieux s’approprier l’intrigue somme toute assez complexe (tout comme la précédente).

Paru aux éditions Dupuis, 1993. ISBN : 2-8001-1999-3

vendredi 4 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 18 : Les Exilés de Kifa, de Roger Leloup




Pour ce dix-huitième album, le Trio, désormais accompagné de Rosée du Matin, est de retour sur Vinéa, où Khany emmène Yoko et ses amis dans la zone glaciale de la planète. Le paysage y est étrange et glacé, Vinéa présentant toujours la même face à ses deux soleils. Au cours de cette expédition, un étrange engin fonce directement sur la navette, leur tombant littéralement dessus depuis le ciel. À son bord, une petite créature que Khany identifie comme un robot destiné aux enfants de Vinéa, mais pour lesquels l'expérience a été écourtée à cause de l'influence qu'ils avaient sur eux. Yoko, de son côté, est comme « hantée » par Hégora, la reine de la Cité de l’Abîme, rencontrée lors de son aventure sous-marine (voir « Les Archanges de Vinéa »), qui lui apparaît sous forme d’hologramme et lui demande d’aider l’être en question et de le lui ramener. Yoko se dirige donc une nouvelle fois vers la mer et la Cité de l’Abîme pour laquelle on découvre ici qu’elle possède un accès du type « ascenseur », ce qui n’était pas montré dans le treizième album de la série. Mais on va dire que cet album ne montrait sans doute pas tout, tant il était foisonnant !
Yoko se retrouve donc devant le cercueil de verre où repose le corps d’Hégora qui, contrairement aux apparences, n’est pas morte du tout ! Elle parvient à rendre la « vie » au robot qui se révèle être d’une grande vivacité et plutôt intelligent et rétif à l’autorité. Le robot en question s’appelle Myna et vient de la ville satellite Kifa, où ses semblables ont tous été exilés. Elle parvient à entraîner Yoko à sa suite afin de libérer son « peuple ». Yoko la suit et part pour Kifa en compagnie de Khany, Poky, Vic, Pol et Rosée.
Tout ce petit monde se retrouve à proximité de Kifa, où l’on découvre une ville passablement abîmée par le virus qui ronge la structure de la cité. C’est là que Yoko va rencontrer Gobol, le maître de la ville et créateur des robots de Vinéa, exilé lui aussi par les dirigeants de la planète.

Cet album est un peu particulier pour moi. On y voit Yoko qui prend très nettement l’ascendant sur Khany qui sort de son rôle d’alter ego pour devenir un personnage plus secondaire. Yoko y acquiert un pouvoir important, via les vaisseaux de Gobol et l’ascendant qu’elle a sur eux depuis son alignement mental sur la Cité de l’Abîme, liée à la ville de Kifa puisque toutes deux créées par Gobol. Dans la série des aventures Vinéennes, ces deux albums se suivent directement, un peu comme si « Les Exilés de Kifa » était la suite des « Archanges de Vinéa », ce qui est parfaitement cohérent dans le déroulement de l’intrigue (en gros, on reprend les choses là où elles en sont restées et on en tire les conséquences)
Pour le coup, j’ai toujours eu plus de mal avec cet album que je trouve plus complexe et moins lisible que les autres. Pourtant, c’est un peu grâce à lui que je suis revenue à l’écriture, puisqu’il a inspiré ma première nouvelle publique, publiée sur un site internet dédié à la série.

Du point de vue graphique, ce que j’avais remarqué depuis deux albums est accentué ici. Les visages, en particulier, ont changé, notamment celui de Khany, plus creusé qu’auparavant, avec des yeux plus grands. J’ai une impression de dessin moins fin, mais aussi de confusion à certains moments. L’atmosphère dégagée par l’album est plus oppressante, même si le travail sur les couleurs et les décors est toujours aussi impressionnant. Kifa est un monde froid, mécanique et mort, et cela transparaît aussi bien dans l’histoire que dans le dessin. C’est donc, là encore, une réussite graphique, puisque le dessin participe pleinement au message que l’auteur veut faire passer. Pour ma part, cet album-là me laisse un goût étrange, malgré ses très grandes qualités...

Paru aux éditions Dupuis, 1991. ISBN : 2-8001-1748-6

jeudi 3 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 17 : Le Matin du Monde




Nous retrouvons Yoko dans le ciel d'Indonésie, à bord du « Colibri Two » (le même, en plus grand, que dans « Le Canon deKra »), avec Rosée, dont elle a maintenant la charge (voir « Le Dragon de Hong-Kong »). Elles sont en route pour Bali, où elles doivent retrouver Monya qui a « commis des bêtises »… et appelé Yoko à la rescousse. Vic et Pol ont pris, eux un vol régulier pour rejoindre leurs amies et toute la bande, guidée par Monya, se rend dans la campagne balinaise où l’adolescente a élu domicile le temps de réparer ses « bêtises ». Elle s’est donné pour mission de restituer une statuette qu’elle a dérobée sur l’île de Bali en… 1350. Or cette statuette est le dernier témoignage de ce qu’était Bali avant l’éruption du volcan Agung qui a détruit une partie de l’île. Seulement, le vol de la statuette avait été découvert, la danseuse qui a aidé Monya à s’en emparer a été accusée et condamnée à mort et Monya refuse de la laisser à son triste sort.
Yoko décide de l’aider et de se rendre, elle aussi, en 1350 afin de permettre à la danseuse de rester en vie… sauf que c’est toute la bande qui va se retrouver dans le passé et que, là encore, les choses vont se corser quelque peu…

Cet album est encore une fois très beau, l’intrigue est prenante et, là aussi, plutôt réaliste, à partir du moment où l’on envisage le voyage dans le temps comme possible. De plus, la fin de l’album résout un point de « La Spirale du Temps » qui était resté en suspens, ce qui démontre une fois de plus la cohérence de l’univers créé par Roger Leloup dans cette série.
Du point de vue graphique, l’évolution commencée dans l’album précédent se confirme, même si elle semble moins marquée. Roger Leloup déploie aussi tous ses talents dans les indications de couleurs pour dépeindre l’île de Bali au 14e siècle sous ses plus beaux atours. Comme dans chaque album, le dessin est extrêmement précis, fouillé, réaliste et pousse le lecteur au rêve. Encore un bon cru, donc, qui ne manquera pas de réjouir les inconditionnels de Yoko.

Paru aux éditions Dupuis, 1988. ISBN : 2-8001-1585-8

mardi 1 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 16 : Le Dragon de Hong-Kong, de Roger Leloup




Dans cet album, Yoko retourne à Hong-Kong, où elle vient rendre visite à sa cousine Chinoise. Alors qu’elle se dirige vers l’île où cette dernière habite, la jonque sur laquelle Yoko se trouve est prise dans le brouillard et affronte une créature monstrueuse dans la baie de Hong-Kong. Yoko et les marins de la jonque parviennent à repousser le monstre, qui laisse, plantée dans le bastingage, une griffe que Yoko va faire analyser afin de découvrir d’où vient cette créature.
Cette analyse la met sur la piste d’une ferme d’élevage qui s’est spécialisée dans les poissons géants, dont les propriétaires ont péri dans un typhon, six mois plus tôt. Yoko s’y rend et découvre que la ferme n’est pas si abandonnée qu’elle en a l’air. La « créature » s’y rend régulièrement. Elle y est attendue par une petite fille qui l’a domptée grâce à la musique de sa flûte et qui s’est donné pour mission de nourrir le « monstre » depuis qu’ « il » a rompu l’enclos où « il » se trouvait.
Yoko, émerveillée, assiste à la scène incroyable, qui tourne rapidement au cauchemar : un homme masqué tente d’enlever la petite fille, que Yoko se fera dès lors un devoir de protéger.

Rosée du Matin devient, dans cet album, la fille adoptive de Yoko et la suivra désormais dans ses aventures, qu’elles soient terrestres, extra-terrestres ou temporelles. C’est un personnage important qui marque la série, comme si, avec cet album, on assistait à un tournant dans la vie de l’héroïne : elle gagne en maturité, en responsabilités aussi : Yoko a désormais quelqu’un à protéger, à éduquer et à accompagner dans la vie vers l’âge adulte.

Face au mystère que constitue le « monstre » et le danger que représente la tentative d’enlèvement de Rosée, Yoko fait appel à Vic et Pol pour tenter de trouver une solution au problème qui se pose à elle. Ensemble, ils vont tenter de récupérer la « bête » afin de gagner l’argent nécessaire au grand-père de Rosée, qui vit très pauvrement depuis la mort de son fils et de sa belle-fille… Mais les plans du Trio vont être contrecarrés par un homme qui a vu dans le dragon un concurrent pour son propre projet, et ce n’est pas un, mais deux « dragons » qui vont commencer à terroriser la ville, jusqu’à ce que Yoko et ses amis trouvent un moyen de changer les choses et de ramener un peu de calme et de raison dans cette histoire étrange et, il faut bien le dire, où les protagonistes pourraient largement se laisser gagner par la folie…

Cet album constitue, pour moi, un tournant. Par la présence de Rosée, d’une part, qui va devenir un des personnages principaux de la série et va changer de manière importante le rôle et la psychologie de Yoko. On n’agit pas tout à fait de la même manière quand on est seul ou quand on a des enfants dont on est responsable. Yoko va donc devoir compter avec la présence de Rosée par la suite, ce qui ne va pas aller sans poser quelques soucis et causer quelques inquiétudes au Trio.
D’autre part, d’un point de vue graphique, cet album « chinois » inaugure, à mon sens, un changement certain. Si les personnages sont bien sûr toujours tout à fait identifiables, un changement dans la physionomie se fait nettement sentir, avec des visages plus larges, parfois un peu plus anguleux et plus durs aussi. Le dessin reste très beau, bien sûr, et fait la part belle aux couleurs, mais ce changement (qu’on apprécie ou pas, c’est une question de goût) va se confirmer dans les albums suivants. C’est pour cette raison que je regroupais les précédents albums (des « Trois Soleils de Vinéa » au « Canon de Kra ») en une sorte de cycle à part entière. On entre là dans un nouveau cycle, qui évolue graphiquement.
Pour ma part, je suis moins « emballée » par le dessin dans cet album, parce que je préférais le trait des précédents. Ceci dit, la qualité reste au rendez-vous, tant dans l’intrigue que dans la beauté des dessins, des couleurs, des décors. Le travail sur les ciels et les fonds marins, en particulier, est impressionnant !

Paru aux éditions Dupuis, 1986. ISBN : 2-8001-1378-2

lundi 30 septembre 2019

Yoko Tsuno, tome 15 : Le Canon de Kra, de Roger Leloup




Quand j’étais adolescente, j’allais parfois, en bus, au supermarché (ou bien je profitais d’un jour où ma mère faisait les courses pour m’incruster dans la voiture), avec mon argent de poche, et je passais un temps infini devant le rayon livres, à rêver devant toutes ces bandes dessinées que je ne pourrais jamais m’offrir, tout en me demandant si l’argent dont je disposais là, tout de suite, serait suffisant pour une ou deux bd…
Ce quinzième album des aventures de Yoko fait partie de ceux que j’ai pu acquérir de cette manière et il en a longtemps gardé le goût de l’aventure et du labeur indispensable pour réunir la somme nécessaire à son acquisition. En l’ouvrant aujourd’hui pour cette chronique, c’est un peu du soleil de mon adolescence qui refait surface, et ça fait chaud au cœur !

Cette quinzième histoire commence dans les Alpes Suisses, ou plutôt au-dessus. Yoko, que l’on savait déjà pilote de planeur (dans « Message pour l’Éternité ») et d’hélicoptère (dans « Le Feu de Wotan ») est aux commandes du Colibri, un petit avion à réaction pour lequel elle effectue des tests et le rodage en vue de sa livraison au client qui l’a commandé. C’est avec regret qu’elle s’apprête à se séparer de ce petit « bijou », quand elle a la surprise de découvrir, atterrissant avec Vic et Pol, le Colonel Tagashi, avec qui elle avait travaillé au Japon (dans « La Fille du Vent »). Un autre « invité » arrive sur le tarmac où Yoko s’est posée : Peter Hertzel, dont le Trio a fait la connaissance dans « Le Feu de Wotan », qui se trouve être le véritable responsable du programme « Colibri-Kawasaki » pour lesquels Yoko, Vic et Pol travaillent en Suisse depuis deux mois.
Les deux hommes expliquent au Trio leur mission : Un trafiquant d’armes japonais se fait livrer au Kampong des obus du diamètre d’un canon à longue portée dont la trace a été perdue en 1943, entre le Japon et l’Isthme de Kra. La mission du Trio consiste à retrouver ce canon, à l’aide du Kawasaki (l’avion que Vic et Pol ont appris à manœuvrer en Suisse) et du Colibri, qui devient propriété de Yoko.
On retrouve la jeune femme au Kampong, où elle est chargée de prendre des renseignements sur le trafiquant japonais. Elle découvrira vite que ce dernier est loin d’être dupe de ses intentions et devra la vie sauve aux réflexes du Capitaine Onago, chargé de la réceptionner à son arrivée au Kampong.

L’affaire s’avère plus complexe que prévu et c’est finalement entre deux clans opposés que Yoko, Vic et Pol se retrouvent. Il faudra tout le courage et la ténacité de Yoko et de ses amis pour aller au bout de leur mission et, enfin, retrouver le canon et le mettre hors d’état de nuire…

Cet album est extraordinaire au niveau du dessin en particulier. Les traits des personnages sont simplement splendides, sans doute parmi les plus réussis de la série. On sent que dans tous ces albums (depuis « Les Trois Soleils de Vinéa »), Roger Leloup a vraiment gagné progressivement en maîtrise, en assurance et en finesse dans les traits et dans la construction de l’intrigue. De plus, une part non négligeable de l’intrigue m’a toujours beaucoup plu par son côté un peu déjanté (notamment toute la partie avec les insurgés présents sur l’île, qui n’ont qu’une idée en tête : détruire les dépôts de munitions du trafiquant japonais Sakamoto et obtenir enfin leur liberté). C’est que ni Yoko, ni les insurgés n’ont froid aux yeux et ils sont prêts à aller jusqu’au bout pour libérer ce petit bout de terre des méfaits de Sakamoto, qui rêve de prendre le pouvoir dans toute la région, sous la menace, rien que ça, d’une explosion nucléaire !

On est là dans une bonne bande dessinée d’aventure, réjouissante, bien écrite, belle à regarder… Le bonheur, quoi !

Paru aux éditions Dupuis, 1985. - ISBN : 2-8001-1092-9