En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

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des commentaires de ses lecteurs,
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samedi 31 juillet 2010

Un jour ouvrable, de Jacques Sternberg



Voici un roman étrange. Enthousiasmant, à rebondissements, mais aussi déroutant. Le monde dans lequel le lecteur se trouve plongé est étrange : tous les repères sont faussés, tous les codes sociaux sont corrompus. Le monde décrit par Jacques Sternberg est étrange, loufoque, hallucinatoire, absurde… et malgré tout si proche en un sens de ce qu’on peut voir tous les jours.

Le titre donne un indice sur le contenu, mais ce n’est qu’un indice. Il est question d’un homme qui va travailler. C’est un jour ouvrable, un jour de travail, de bureau. Mais les choses ne se passent pas tout à fait comme elles le devraient. Il semble que pour cet homme, le monde ait changé d’un coup, en une nuit, qu'il soit devenu totalement fou, dingue, et qu'il soit le seul à s'en rendre compte, alors qu’il est resté le même monde pour tous les autres. Toute l’intrigue du roman tourne autour d’un prétexte : le travail du héros. L’entreprise où il travaille semble lui être totalement inconnue, il s’y rend, mais n’est pas certain d’y être encore employé. Il se souvient y avoir travaillé, mais se rend compte que son bureau est déjà occupé par un autre lui-même. Quand il veut revenir en arrière, il ouvre la porte et se retrouve dans les couloirs du métro, qui l’emmène vers d’autres horizons. Il y rencontre des cadavres vivants, des vivants quasi-morts, traverse au moins deux guerres, rencontre un parachutiste dans le salon, doit se justifier pour tout, se voit interdire de prendre un bain... Le monde est fou, et le récit friserait l'incohérence et le délire si Habner, le héros, n'arrivait systématiquement à raccrocher le lecteur à un semblant de réalité.

L’auteur joue à merveille avec l’absurde, avec les situations cocasses, parfois cyniques… le lecteur est entraîné dans un monde où les repères sont totalement différents. La surprise est à chaque page, toujours renouvelée. Quel est donc ce monde dans lequel nous sommes propulsés ? Qui est cet homme dont nous suivons l’histoire pas à pas ? Que doit-il faire ? Où doit-il se rendre ? Où travaille-t-il ? Finalement, où sommes-nous ? Et même, en quelle année sommes-nous ?
En définitive, le lecteur finit par se demander si c’est bien de sa journée qu’on parle, ou si c’est de sa vie au travail. Ce récit ne serait-il pas, finalement, une façon de décrire l’inactivité, l’ennui et l’incompréhension d’un homme que l’on aurait « mis au placard » au sein de l’entreprise pour laquelle il travaille ? C’est en tout cas ce qu’il m’a semblé être en mesure de comprendre au fil de la lecture.

Le livre a été écrit en 1961 et est très connoté années 60. En cela, il n’appartient ni à la science-fiction, ni à l’anticipation. Et pourtant, l’organisation du monde qui y est décrit est fantasque, étonnante, digne de certains romans d’anticipation justement. Mais il semble que le décor planté ne soit qu’un prétexte pour mieux parler de l’organisation jusqu’à l’absurde de certaines entreprises ou administrations, qui finissent par compter les employés comme des objets, des meubles, au mieux des robots chargés de certaines tâches, et non plus comme des êtres humains. C’est d’ailleurs étrange pour le lecteur de se dire que ce livre prend le travail pour prétexte, alors précisément que le héros ne travaille pas une seule fois tout au long des pages du récit. Est-ce à dire que c’est littéralement le monde créé qui est à l’image du monde du travail ? Ou est-ce une image du monde qui nous est donnée de voir ? Malgré les 40 ans qui nous séparent de la première publication, cet ouvrage, réédité l'an dernier, trouve un écho incroyable dans notre monde d'aujourd'hui.

Un roman qui donne matière à réflexion en tout cas. Il peut être difficile d’y entrer. La lecture nécessite un effort de la part du lecteur, qui doit faire abstraction de tous les repères sociaux et culturels qu’il a, et qui doit accepter cet autre monde dans lequel il est parachuté.

Voici une critique sur ce roman, fort intéressante, et le site de l'éditeur pour en savoir plus.

Paru aux éditions La Dernière goutte, 2009. ISBN : 978-2-9530540-6-4

vendredi 30 juillet 2010

D'autres vies que la mienne, d'Emmanuel Carrère



Voici un roman que j'ai beaucoup, beaucoup aimé. Nous l'avions sélectionné pour le coup de cœur littéraire des étudiants de l'école où je travaille. Il n'a pas remporté la majorité des suffrages (ça, c'est pour un autre roman dont je vous parlerai pas la suite), mais personnellement, il m'a beaucoup touchée, et profondément marquée.

J'ai écrit une critique de cet ouvrage, publiée sur un autre blog, appartenant au nuage de blogs "La Nuée frivole". Vous la trouverez ici.

Paru aux éditions P.O.L., Paris, 2009. ISBN : 9782846822503