En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

Et comme un blog se nourrit aussi
des commentaires de ses lecteurs,
n'hésitez pas à vous exprimer, vous aussi !

mardi 21 juin 2011

L'incroyable exploit d'Elinor, de Tami Lewis Brown et François Roca


A six ans, Elinor Smith découvre les avions, mais aussi la liberté et le plaisir de voler. Elle n'aura de cesse, par la suite, d'apprendre à piloter. A 16 ans, elle obtient son brevet, et devient donc, en août 1928, le plus jeune pilote des Etats-Unis. Mais, dans la mentalité de l'époque, l'aviation et la mécanique sont des affaires d'hommes : Elinor n'y a donc pas sa place. Portée par son rêve, elle se lance le défi de passer sous les quatre ponts de la ville de New York. Et montrer de quoi les filles sont capables.

Ce livre, basé sur une histoire vraie et magnifiquement illustré, est une ode à la liberté, à la femme, aussi. Elinor, soutenue par ses parents qui savent que les rêves peuvent emmener très loin, a montré pendant toute sa vie qu'il est fondamental, pour vivre pleinement, de ne pas renoncer à ses rêves, à ses passions. Cette grande dame a par la suite relevé d'autres défis, jusqu'à un âge très avancé, prouvant ainsi que les limites à ce que l'on peut faire sont souvent celles que l'on se donne ou qui nous sont imposées, et qu'il vaut mieux continuer à se battre avec courage pour faire exister ses rêves et ses passions que d'y renoncer parce que d'autres auront décidé que ce n'était pas pour nous... C'est une belle leçon et un joli livre que l'on devrait mettre entre les mains de toutes les petites filles, pour qu'elles apprennent que l'on peut toujours oser, et surtout que l'on peut vivre la vie que l'on souhaite vivre.

Paru aux éditions Albin Michel Jeunesse, 2011. ISBN : 978-2-226-20865-1

dimanche 19 juin 2011

L'enchanteur et illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson, de Joëlle Tiano

 
Irina a 101 ans. A la fin de sa vie, alors qu'elle est désormais en maison de retraite et que sa mémoire s'efface peu à peu, qu'elle ne reconnaît plus Susan, sa petite-fille, elle se souvient de la recette de ce gâteau qui l'a accompagnée toute sa vie, depuis son mariage.
C'est cette recette qui sert de fil conducteur à sa mémoire vacillante, qui lui permet de remonter le fil de sa si longue existence. Petit à petit, en même temps que les ingrédients puis la recette, le lecteur découvre la vie riche d'Irina.
Ce petit livre se lit très vite, et il s'en dégage une grande douceur. Le rythme et la musicalité des mots donnent une poésie particulière au texte, à mesure que l'on déroule et découvre cette vie d'exil, de douleur, mais aussi d'amour, de tendresse et de chaleur.
A la fin de ce roman, j'ai découvert la recette entière, pour me rendre compte que c'est également la recette de ce gâteau café-café qui se transmet dans ma propre famille : ma mère la connaît par coeur et je le mange toujours avec beaucoup de plaisir.

Ce qui transparaît, dans ce livre, c'est ça : ce gâteau recèle des trésors de tendresse, de force et de douceur en même temps, et devient le symbole et le reflet des états d'âme d'Irina.

Paru aux éditions Intervista (Les Mues), 2007. ISBN : 978-2-910753-66-5

vendredi 17 juin 2011

Les Tétins de Sainte Agathe, de Giuseppina Torregrossa


Agata nous raconte, dans ce récit, des histoires de femmes. Le mot « tétin » veut en effet dire « sein ». Et si, dans ce roman, il est beaucoup question de la poitrine généreuse, nourricière, plantureuse, des Siciliennes, l'amour et la sexualité sont bien présents également. Mais ici, il est surtout question de transmission, de blessure d'amour, d'abandon, de féminité. Ici, les Tétins de Sainte Agathe sont donc vus sous le rapport de la chair. Et pourtant, le roman s'ouvre sur la recette d'un petit gâteau italien, transmis à Agata par sa grand-mère, elle-même prénommée Agata. Le même prénom rapproche en effet les deux femmes, et la vieille Agata transmet à sa petite-fille, à travers sa recette et ses secrets de fabrication des « cassatelle », l'histoire de la sainte, mais aussi ses conseils, sa philosophie de la vie... Les gâteaux de Sainte Agathe accompagnent la jeune Agata tout au long de sa vie, avec les conseils de sa grand-mère. Elle doit en effet composer avec les traditions familiales, siciliennes, voire mafieuses... et elle tente de construire sa vie et de trouver le bonheur malgré les circonstances.
Je n'avais jamais lu de littérature italienne, et ce partenariat avec Newsbook (le premier en ce qui me concerne) m'a permis de faire connaissance avec Giuseppina Torregrossa. L'écriture est fluide, rythmée, poétique, incisive par moments, et c'est dans une langue amoureuse, généreuse, gourmande que nous est contée l'histoire d'Agata et de ces femmes qui l'ont mise au monde et accompagnée. Au fil du récit, l'auteur interroge le lecteur sur l'adaptation des jeunes générations à leur temps malgré le poids des traditions familiales et siciliennes. J'ai beaucoup aimé ce roman où, dans un monde dominé par les hommes, la volonté et l'indépendance de la femme, des femmes, peuvent changer le cours de plusieurs existences.
Un grand merci aux éditions JC Lattès et à Newsbook, pour ce premier partenariat !

Traduit de l'italien par Anaïs Bokobza.
Paru aux éditions JC Lattès, 2011. ISBN : 978-2-7096-3447-2



mercredi 15 juin 2011

Rencontre avec Fatou Diome

Les lecteurs assidus de ce blog ont sans doute remarqué que j'ai lu pas moins de 5 ouvrages (sur 7 publiés) de Fatou Diome : Ketala, Inassouvies, nos vies, La Préférence nationale, Celles qui attendent et Le Ventre de l'Atlantique. Ces lectures avaient au départ un but purement utilitaire et professionnel. En effet, l'école où je travaille, à Mulhouse, organise depuis deux ans maintenant le Coup de Cœur littéraire. Ce prix a pour but d'amener nos étudiants à une lecture « plaisir » choisie, et nous sélectionnons donc 5 romans que les étudiants s'engagent à lire en un temps déterminé. Le jour des délibérations, ils se réunissent autour du comité d'organisation, et choisissent, après avoir parlé de chacun des ouvrages, celui qui sera leur « Coup de Cœur ». Cette année, la sélection était : Un père pour mes rêves, d'Alan Duff ; Mon Père est femme de ménage, de Saphia Azzedine ; Personne, de Gwénaëlle Aubry ; Le Crieur de nuit, de Nelly Alard et Lignes de failles, de Nancy Huston. Un Père pour mes rêves a remporté le maximum de suffrages, et pour entériner ce choix, nous avons organisé, mes collègues et moi, la « Fête de la littérature », où nous avons eu la grande joie d'accueillir Fatou Diome. Cette fête s'est déroulée le 9 juin en fin d'après-midi, dans les locaux de l'ISSM.


Ce fut un très grand moment. Fatou, elle le dit elle-même, est folle. Mais une folle comme on aimerait en croiser plus souvent ! Capable de colère comme d'une grande douceur, engagée, volontaire, forte, mais aussi blessée, fragile, triste, et surtout, surtout, très généreuse. Très humaine, dotée d'un humour décapant, elle nous a fait vivre une heure et demie merveilleuse. Impossible de résumer en deux mots ce qu'elle a dit : Fatou est un personnage qu'il faut voir, écouter... La magie des mots a fait son effet : Fatou est une conteuse qui n'a pas son pareil pour révéler le rythme et la musicalité des mots, leur chant et leur poésie... leur sens même en deviendrait presque secondaire...
Une très, très belle rencontre que je suis pleinement heureuse d'avoir pu vivre, d'autant plus que ce qu'elle nous a dit à propos de l'écriture, de la rupture, de l'abandon, de l'édition, a très fortement résonné en moi, en rapport avec tout ce que je vis de mon côté avec mon roman.
Alors, merci, Fatou, pour ces quelques heures passées dans ce monde pétillant, malicieux et drôle, plein d'humour, que tu partages avec une si grande générosité !

vendredi 10 juin 2011

Mangez-moi, d'Agnès Desarthe



Myriam est une femme étrange, excentrique, fantaisiste, rêveuse... un peu perdue, aussi. Un jour, elle décide d'ouvrir un restaurant. Les débuts sont chaotiques, mais Chez moi devient très vite, et à son grand étonnement, le rendez-vous incontournable du quartier, le lien de rencontre improbable des habitants du coin.
Sous ses airs bizarres, Myriam est une femme blessé,e marquée par la souffrance, l'incompréhension de ses proches, emmurée dans son silence, dans sa vie qu'elle tait par peur de faire souffrir les autres. Chez moi lui ouvre un sas vers les autres, vers de belles rencontres, vers une nouvelle vie. Elle est généreuse, se contente de très peu ,et pense ne pas avoir le droit d'être heureuse.

J'ai été particulièrement touchée par ce joli roman, qui parle des blessures, de l'amour blessé, de reconstruction, de doute, du don généreux, du pardon donné et accepté, celui qui reconstruit, relève, et donne la force et la joie de repartir, lavé, purifié, vers une nouvelle vie.
J'ai l'impression qu'en dire plus serait faire injure au roman, parce que la poésie, la douceur et la vie qui se cachent dans ce texte ne demandent qu'une chose : être savourés.

Paru aux éditions Points, 2007. ISBN : 978-2-7578-0518-3

jeudi 9 juin 2011

"La Messagère" : enfin la sortie !

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler (rapidement, promis !) d'un livre qui n'est pas encore sorti, mais que je connais pourtant très bien : La Messagère du temps, le roman que j'ai écrit, sortira de presse aux alentours du 20 juin ! (eh oui, désolée pour la pub, mais comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, paraît-il, je me permets cette petite entorse aux règles que je me suis imposées pour ce blog).
Donc merci aux personnes qui, avant même la sortie, m'ont déjà fait confiance et ont donné des raisons à l'éditeur d'aller au bout du projet : je vous souhaite à tous et toutes un bon moment de lecture, quand vous recevrez ce petit livre !

Pour plus d'infos, c'est ici et !

mercredi 8 juin 2011

Comme une envie de voler, de Thierry Dedieu


Le titre exact et complet est Comme une envie de voler : Carnet de curiosités de Magnus Philodophe Pépin. Et c'est tout de suite beaucoup plus parlant. Parce que ce bel album se présente comme une sorte d'encyclopédie, avec croquis, figures et autres plans à l'appui. C'est joliment illustré et poétique à souhait !
J'ai acheté ce livre comme cadeau d'anniversaire pour un copain de mon petit garçon de 7 ans et je commence à me dire que j'aurais du acheter les deux exemplaires qu'il y avait sur le rayonnage de la librairie. Parce que cet album illustré est une vraie belle découverte !
Magnus Philodolphe Pépin est un tout petit être non identifié, accompagné d'un grillon, doté d'une curiosité infinie. Un jour, en observant une coccinelle, il décide de voler. D'essais malheureux en chutes vertigineuses, il décide de fabriquer une machine en prenant la nature pour modèle.
C'est drôle, plein de jolis dessins, de croquis, de plans... C'est aussi un livre rempli de poésie, de tendresse... l'histoire est plutôt simple mais efficace et l'ingéniosité de Magnus ne connaît pas de bornes.
Un livre à mettre très vite entre les mains des enfants rêveurs, curieux de tout, qui comprendront bien assez tôt que le rêve d'Icare a beau être difficile à réaliser, il n'interdit pour autant pas de regarder vers le ciel.

Paru aux éditions Petite plume de carotte, 2011. ISBN : 978-2-36154-013-5

dimanche 5 juin 2011

Le Ventre de l'Atlantique, de Fatou Diome



Le Ventre de l'Atlantique est le premier roman de Fatou Diome. Le lecteur y suit les relations tumultueuses entre Salie, jeune femme originaire de l'île de Niodior émigrée à Strasbourg, et Madické, son demi-frère, resté sur leur île natale mais rêvant d'une carrière de footballeur en France. Il veut pouvoir profiter de son séjour en Europe pour approcher son idole, le footballeur italien Maldini. De la Coupe d'Europe en 2000 à la Coupe du Monde en 2002, Salie vit au rythme des matchs de foot qu'elle doit regarder à la télévision, au cas où le poste du village tomberait en panne sans crier gare...
Tout au long du roman, le foot est donc un prétexte, une sorte de fil rouge, pour parler du départ. De ceux qui sont partis et sont revenus riches, ceux qui ont échoué et ont été expulsés de France, ceux qu'on a perdus de vue, qui semblent avoir disparu... C'est l'occasion pour Fatou Diome de dire combien l'exil peut être difficile, combien le rêve européen est embelli, enjolivé pour que celui qui est revenu au pays garde son prestige... Mais surtout pour dire, presque en creux, la détresse et la solitude de Salie, qui sera toujours une étrangère en France mais n'est plus tout à fait chez elle au Sénégal, à Niodior. Elle est « l'autre », ni d'ici, ni d'ailleurs, de France et du Sénégal, d'Europe et d'Afrique.
L'écriture est travaillée, presque torturée par moment, rapide et précise aussi. Et en même temps, j'ai trouvé un côté quelque peu brouillon dans le récit, comme s'il y avait une urgence à dire. C'est un peu ce que j'avais aussi remarqué dans Kétala et surtout Inassouvies, nos vies, où j'avais ressenti aussi cette sorte de trop-plein à déverser. Ici, ce trait de l'écriture de Fatou Diome se manifeste surtout dans la multiplication des histoires d'émigrants, dans les allers-retours entre le présent et le passé, où j'ai parfois eu un peu de mal à me retrouver. Pour continuer dans les comparaisons, dans Celles qui attendent, cet aspect est beaucoup mieux maîtrisé, donnant une plus grande cohérence à l'ensemble.
Le Ventre de l'Atlantique est malgré tout un très beau roman, sur un thème cher à l'auteur : la femme immigrée et son identité. La vie de Salie y est en effet dépeinte, sans être décrite dans ses moindres détails, avec beaucoup d'efficacité. Quelques mots suffisent en effet pour décrire une ambiance ou un état d'esprit, rendant le reste totalement superflu. Fatou Diome prouve là ses talents de conteuse hors pair.

Paru aux éditions LGF (Le Livre de poche), 2005. ISBN : 978-2-253-10907-5.