En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

Et comme un blog se nourrit aussi
des commentaires de ses lecteurs,
n'hésitez pas à vous exprimer, vous aussi !

lundi 30 mai 2011

Petite vie de Thérèse d'Avila

Édition de 1996

Édition de 2004


Ce tout petit livre est dans ma bibliothèque depuis des années, et jamais je n'avais pris le temps de l'ouvrir. Sans doute faut-il attendre quand on n'est pas prêt, et sans doute aussi y a-t-il du vrai quand on dit qu'il y a un temps pour tout. L'un de mes prénoms est Thérèse, du nom de ma grand-mère. Et comme elle le disait elle-même : « Pas la petite, la Grande ! », par opposition à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, connue aussi sous le nom de Thérèse de Lisieux.
Thérèse d'Avila a vécu au 16ème siècle, en Espagne, et a été, avec Saint Jean de la Croix, la principale réformatrice de l'Ordre du Carmel. Ce livre est une version abrégée, raccourcie et sans doute assez simplifiée de la biographie de Thérèse de Jésus (son nom en religion), la première femme Docteur de l'Église. Version simplifiée, certes, mais néanmoins donnant à voir toute la richesse de la vie de Thérèse, à la fois mystique et visionnaire, qui reçut de grandes grâces, parmi les plus rares (transverbération, mariage spirituel). Dans le même temps, elle ne cessa jamais de souffrir. Mais Thérèse était aussi une femme d'action et de passion, et elle a sillonné pendant une grande partie de sa vie les différentes provinces d'Espagne pour y fonder pas moins de 17 couvents, menant ainsi à bien la réforme de son Ordre. Énergique et affectueuse, sa vie est connue aussi bien au travers de ses écrits (livre des Fondations, autobiographie...) que de ses lettres et des témoignages de ses proches et des grands saints qu'elle a croisés sur sa route.
Il se dégage de toute sa vie, de son œuvre, un amour immense pour le Christ, son époux mystique, et pour les hommes : ses sœurs en religion, les prêtres qu'elle a croisés, qui la soutenaient dans ses démarches (le Père Banez, le Père Gracian...) et une foi à déplacer les montagnes. Thérèse est touchante dans sa confiance inébranlable en son Dieu, malgré les difficultés de son entreprise, malgré la souffrance chevillée au corps. Et ce qui est le plus fou, comme pour la Bible d'ailleurs, c'est que ses écrits, son chemin de foi restent encore aujourd'hui, plus de 500 ans après, tout à fait d'actualité et servent encore à guider les croyants qui veulent la prendre pour modèle.

Paru aux éditions Desclée de Brouwer, 1996. ISBN : 978-2-220-03224-5.

samedi 28 mai 2011

La Préférence nationale, de Fatou Diome


Avant de publier son premier roman, Le Ventre de l'Atlantique, Fatou Diome a écrit un petit recueil de nouvelles, beau présage tant de son style que de sa vigueur dans la dénonciation de l'injustice et de la difficulté d'être ailleurs.
Une écolière et une mendiante, deux femmes brisées par leur condition, qui ne cherchent qu'une chose : s'en sortir et vire. Ces deux-là ont compris qu'en s'épaulant l'une l'autre, elles sont plus fortes face à l'adversité.
Dans la seconde nouvelle, Mariage volé, le lecteur rencontre une jeune femme et assiste à son mariage, en même temps que remontent à la surface ses souvenirs.
Le Visage de l'emploi, la troisième nouvelle, met en scène la narratrice, fraîchement débarquée en France pour y poursuivre ses études. Elle doit se débrouiller pour gagner sa vie et se trouve confrontée à la double difficulté de chercher un emploi et d'être Africaine. Elle doit faire face, en plus, aux préjugés et stéréotypes de son pays d'adoption.
La Préférence nationale aborde le même sujet sous un angle légèrement différent. Là aussi, la narratrice est à la recherche d'un emploi auquel elle peut, en toute légalité, prétendre. Mais elle n'est pas Française.
Dans Cunégonde à la bibliothèque, la narratrice a trouvé un emploi. Elle prépare un DEA et finance ses études en faisant le ménage pour un couple. Elle se heurte là à l'imbécilité de ses employeurs qui la pensent ignare parce qu'elle est Africaine.
Enfin, Le Dîner du professeur est le récit d'une soirée avec un amant où la jeune femme est légitimement en droit de se demander si elle existe en tant que personne...
A travers ces six nouvelles, Fatou Diome parle de la femme, de son statut, de l'intégration, des préjugés et du racisme ordinaire. Six textes très courts pour dire, avec l'humour et le talent de conteuse qui la caractérisent, la révolte de l'auteur devant l'injustice, le racisme et les difficultés d'intégration d'une Sénégalaise en France. Elle nous conte la vie là-bas et ici, sans concessions, dans une langue imagée, colorée et poétique qui a fait, depuis, sa renommée.
J'ai vraiment beaucoup aimé ces nouvelles, avec une petite préférence quand même pour l'histoire de « Cunégonde », pour l'humour corrosif et dévastateur, et j'ai un peu moins apprécié la dernière, qui m'a paru être quelque peu décalée par rapport aux autres. Plus crue, plus difficile aussi, mais tout aussi profonde pourtant, j'ai moins accroché. A lire absolument pour découvrir en quelques pages l'univers de Fatou Diome : on sent qu'il y a du vécu...

Paru aux éditions Présence africaine, 2001. ISBN : 978-2-7087-0722-1.

mercredi 25 mai 2011

La Malédiction des trente deniers, tome 1, de Jean Van Hamme, René Sterne et Chantal De Spielgeleer


Je n'ai lu que très peu de volumes de cette série, et aucun écrit et dessiné par quelqu'un d'autre qu'E. P. Jacobs, le créateur de la série. D'habitude, les reprises par d'autres auteurs me laissent dubitative, mais là, je suis bluffée.
Blake et Mortimer doivent partir en vacances, mais un peu avant leur départ, Blake est appelé par le F.B.I. pour retrouver le colonel Olrik qui s'est évadé de la prison dans laquelle il était incarcéré aux États-Unis. De son côté, Mortimer reçoit une invitation à se rendre en Grèce. Le conservateur du musée archéologique d'Athènes a en effet fait une découverte incroyable et appelle Mortimer pour avis.
Tout est là : l'action, le dessin, le scénario, le méchant habituel, les rebondissements... avec une énigme incroyable, venue des premiers temps de la chrétienté.
Je ne veux pas dévoiler l'intrigue, d'autant plus que je n'ai lu que la première partie. Mais cette histoire est formidablement bien menée et si, comme beaucoup de bd actuellement, elle flirte avec les mystères entourant le Christ (comme Le Triangle secret ou le Troisième Testament par exemple), cette première partie, contrairement aux séries mentionnées ci-dessus, ne semble pas vouloir discréditer les récits de l'Évangile. Bien sûr, l'intrigue contredit sur un point le récit de la Passion telle qu'elle est décrite dans le Nouveau Testament, mais sans entourer la religion chrétienne d'un halo sulfureux comme le font d'autres bd abordant ce sujet, qui flirtent avec les théories du complot et les richesses et mystères cachés supposés de l'Église Catholique.
L'aventure de Blake et Mortimer a pour prétexte l'Évangile, mais pour une fois, c'est l'aventure elle-même qui semble primer.
J'attends de lire la suite avec impatience pour affiner mon avis, en espérant n'être pas déçue !

Paru aux éditions Dargaud (Blake et Mortimer), 2009. ISBN : 978-2-8709-7115-4.

vendredi 20 mai 2011

La Cote 400, de Sophie Divry

Gwen a déjà fait un billet sur son blog à propos de ce petit livre, et je ne pouvais décemment pas passer à côté. Je l'ai donc commandé la semaine dernière et l'ai dévoré hier. Il faut dire qu'il est très court (64 pages !), et on y rencontre une bibliothécaire responsable du rayon géographie dans le sous-sol de la médiathèque où elle travaille. Un lecteur s'est laissé enfermer dans le sous-sol, il y a passé la nuit, et notre bibliothécaire le découvre là en prenant son service ce matin-là, avant l'ouverture de la médiathèque au public. Elle qui fait tout pour ne pas se faire remarquer, qui met un point d'honneur à être discrète et disponible pour le public, se lance alors dans un monologue qu'il nous est donné de lire ici. Dans ces quelques pages, on trouve tout : les préjugés, les travers, les bonnes choses aussi, sur les bibliothécaires, les lecteurs et les bibliothèques.
J'ai beaucoup ri à cette lecture, et si je n'ai pas toujours reconnu mes propres pratiques professionnelles, je suppose que ce portrait doit être assez fidèle à ce que vivent certaines documentalistes. Et puis, le monologue est drôle, un peu pathétique aussi, en tout cas, il permet en peu de pages de découvrir cette femme, ce qui fait sa vie : son métier, son passé, ses doutes, ses espoirs, ses haines, ses rancoeurs... Elle est horrible, aigrie, mais aussi très drôle dans ses excès, sa mauvaise foi, attachante dans ses attentes et son humanité. Finalement, ne cherche-t-elle pas dans les livres ce que chacun de nous tente de trouver dans la vie ?
Je vous laisse un petit extrait, auquel je ne peux résister tellement il m'a fait rire hier :
"On n'est jamais seule quand on vit parmi les livres. Eux, ils m'élèvent. L'important, c'est d'être élevée. C'est pourquoi il m'est particulièrement pénible de travailler au sous-sol [...]." (p. 18)

Publié aux éditions Les Allusifs, 2010. ISBN : 978-2-923682-13-6.

mercredi 18 mai 2011

Bienvenue chez les Ch'tis, de Veys et Coicault


De chacun des salons bios et foires aux vins auxquels il participe, mon mari me ramène toujours un petit quelque chose : du chocolat, de la charcuterie... en général, ces cadeaux sont des nourritures du corps, donc. Fait étrange, lors de l'un des derniers, il a trouvé... cette bd. Et nous avions beaucoup aimé le film.
J'ai pour ma part beaucoup apprécié la bande dessinée également. En soi, elle n'a rien de particulièrement original : elle reprend très fidèlement le scénario du film et seule la fin est un peu plus développée, le support écrit et dessiné le permettant. Le lecteur retrouve donc les personnages, les situations, les gags... jusqu'à l'affiche du film, reprise pour la couverture de la bd sous forme de dessin. Au niveau illustrations, d'ailleurs, les auteurs sont allés jusqu'à représenter les acteurs de manière assez fidèle et convaincante. Les traits sont caricaturés mais plutôt convaincants.
Alors ? Un simple produit dérivé pour surfer encore sur la vague du succès du film ?
Sans doute. Mais j'aime bien trouver un petit « plus », un intérêt particulier à chaque livre, s'il en a. Et ici, l'intérêt est le complément que la bd apporte au film. Dans le film, les dialogues sont très importants, mais aussi très rapides. Et pour qui, comme moi, n'a pas pris Ch'timi en option au bac, certaines répliques peuvent échapper à l'entendement, ce qui a été mon cas.
Vous me direz que du coup, le film à cet intérêt supplémentaire qu'on peut le regarder plusieurs fois et mieux le comprendre, le savourer à chaque fois ? Oui, tout à fait. Sauf qu'en ce qui me concerne, j'ai tendance à être un peu moins concentrée sur un film que j'ai déjà vu plusieurs fois, alors que je peux passer des heures à décortiquer un dessin ou une bd. Eh oui... nul n'est parfait ! Donc le fait de voir les dialogues écrits m'a laissé tout loisir de les savourer.
Cette bd est donc à prendre pour ce qu'elle est : un simple produit dérivé qui n'apporte pas grand-chose de plus à un film qui se suffit à lui-même. Ce n'est bien sûr pas dans un autre but qu'elle a été écrite : il s'agit là d'une adaptation, d'un produit marketing de plus autour du film. Soit. Pour ma part, j'ai passé un agréable moment avec cette bande dessinée entre les mains, sans plus. Mais sans regret aucun non plus !

Paru aux éditions Delcourt, 2007. ISBN : 978-2-7560-1537-8.

lundi 16 mai 2011

Celles qui attendent, de Fatou Diome


Vous connaissez, comme moi, les affres de la lecture : parfois, on n'accroche pas vraiment à un bouquin, d'autres fois, il nous tient tellement qu'on ne peut pas le lâcher, ou bien il est plaisant mais sans être obsédant pour autant, d'autres fois encore, il nous habite, nous hante, nous interpelle...
Ce roman de Fatou Diome, le dernier paru, fait partie de la catégorie "livre qu'on ne peut pas lâcher, mais tellement fort qu'il faut s'arrêter régulièrement pour le digérer".
Autant le dire tout ce suite, c'est un roman que j'ai vraiment, vraiment beaucoup aimé. Un vrai coup de coeur, quoi. Et pourtant, je suis plutôt mesurée ces derniers temps dans mes billets. Mais là, c'est difficile de faire dans le mitigé.

Arame et Bougna sont deux mères de famille, habitant sur un île sénégalaise. Elles manquent de tout, aimeraient une autre vie, se battent chaque jour pour simplement faire en sorte que les enfants qui dépendent d'elles aient de quoi manger. Arame semble résignée. Elle a perdu son fils ainé, vit très mal son mariage avec un homme bien plus âgé qu'elle, et élève seule les enfants de son fils, leurs mères étant parties ailleurs refaire leur vie. Il lui reste son fils cadet, Lamine, qui échoue régulièrement dans ses recherches de travail et ne peut soutenir financièrement sa mère et ses neveux et nièces.
Bougna, elle, fulmine régulièrement quand elle voit les réussites de sa coépouse et de ses enfants, et ne peut, elle, assurer son tour de cuisine. Son fils Issa, ami de Lamine, est un bon pécheur, mais sa mère a d'autres ambitions pour lui et rêve de montrer à sa coépouse que son fils aussi peut réussir : pour elle, c'est une question d'honneur, de fierté, de principe.
Pour sortir de leur situation financière désastreuse, les deux mères n'hésitent pas à chercher toutes les solutions possibles, laissant des ardoises grandissantes chez Abdou, l'épicier du village, ou vendant le bois ou les fruits de mer qu'elles récoltent sur la grève. Elles vont s'engager aussi dans la création d'entreprise grâce au micro-crédit, mais leur "solution", c'est l'immigration clandestine de leurs fils. Elles vont donc tout faire pour réunir l'argent nécessaire à leur départ. Pour s'assurer de leur retour, elles disposent de moyens imparables : faire en sorte que les femmes qu'ils aiment les attendent sur l'île. Issa et Lamine se marient donc avant leur départ, et Coumba et Daba, en bonnes épouses, viennent habiter auprès de leurs belles-mères en attendant le retour de leurs maris.

Fatou Diome a gagné en maturité avec ce nouveau roman. J'ai littéralement été transportée sur cette île, auprès de ces femmes qui attendent leurs hommes, fils ou maris. Une véritable plongée au coeur des traditions ancestrales, au coeur de la vie et des coutumes de ce village où tout le monde se connaît, où une nouvelle apprise le soir est aussitôt sue de tous. Il est question, bien sûr, d'immigration clandestine. Du départ des hommes. Mais curieusement, les hommes sont étrangement absents de cette histoire. Le point de vue qui nous est donné est celui des femmes, discrètes, dépendantes de ces hommes, alors que ce sont elles qui les font vivre. Il est question de l'attente, du deuil, de la misère, de fierté, d'honneur, d'amour aussi et surtout.
Fatou Diome signe là un vrai chef-d'oeuvre de pudeur, de retenue, mais aussi de révolte : j'ai été frappée par le ton employé, par la critique qui reste malgré tout toujours respectueuse de ces modes de vie, de ces coutumes et traditions. J'ai lu ce livre en ayant envie de l'entendre. J'ai imaginé l'auteur en train de le raconter, de le lire. Pour avoir vu sur Internet quelques extraits de rencontres entre Fatou Diome et ses lecteurs, j'ai pu apprécier sa capacité à captiver un auditoire, à raconter. Cette auteur est faite pour l'oralité : tout dans ce roman le crie.
Un livre magnifique, que j'ai déjà envie de rouvrir pour le savourer encore...


Paru aux éditions Flammarion, 2010. ISBN : 978-2-08-124563-1.

samedi 14 mai 2011

Les Invités, de Pierre Assouline


Les Invités, c'est le récit d'un dîner. Sophie du Vivier appartient, avec son mari, à ce qu'il convient d'appeler la haute société : celle qui a de l'argent, des relations, et qui les cultive comme d'autres prennent un soin jaloux de leurs plantations, de leur potager. Ce soir-là, Sophie organise un dîner pour quatorze personnes, dont un homme, le plus important de la soirée, qui doit conclure avec le mari de Sophie un important contrat. Tout doit donc être parfait. Du contrat en lui-même, du mari aussi, il ne sera quasiment pas question. La règle d'or, lors de ces dîners, étant de ne surtout pas parler « boutique ». En revanche, l'objectif de ce dîner est bien de faire rentrer cet homme dans le cercle afin de le mettre dans les meilleures dispositions pour les futures affaires que vont faire ensemble les deux hommes.
Mais voilà, tout ne se passe pas comme prévu. Un invité fait défaut, et Sophie est face à un véritable incident diplomatique. Pour permettre à ce dîner d'avoir lieu malgré tout, et à l'initiative de l'invité d'honneur, Sonia, la bonne, va se retrouver à partager le repas avec ses patrons et leurs invités.
J'ai beaucoup aimé ce court roman (un peu plus de 200 pages seulement). Malgré des ficelles assez convenues, l'ensemble est très bien écrit, et j'avoue m'être laissée happer par l'atmosphère feutrée et quelque peu surréaliste du roman. Les personnages sont admirablement campés, avec des caractères et des présences très fortes. Si certains sont quelque peu effacés, les principaux protagonistes sont vraiment intéressants : torturés, complexes, ils donnent son épaisseur au récit. J'avoue avoir eu un faible pour Marie-Do, « la » méchante de l'histoire, détestable à souhait mais aussi incontournable, qui bouscule en permanence ce dîner, mettant tous les protagonistes tour à tour dans des situations délicates, voire impossibles, sans pour autant jamais se départir de sa classe, celle qui fait qu'elle appartient bien à ce milieu, et non pas à celui de Sonia. L'atmosphère est feutrée, et les invités se débattent entre leurs sentiments et leur éducation. Et leurs combats intérieurs, mais aussi entre eux, sont jubilatoires !

Paru aux éditions Gallimard (Folio), 2009. ISBN : 978-2-07-042066-7

mercredi 11 mai 2011

La Servante de Lucifer, de Roger Leloup




J'ai une tendresse particulière pour la série Yoko Tsuno, écrite et dessinée par Roger Leloup depuis la fin des années 1960. J'ai grandi avec cette bande dessinée, et Internet m'a donné l'occasion de "voir" naître les tomes 24 et 25 de cette série, renouvelant d'autant mon intérêt, après quelques albums moins appréciés pour ma part.
Le vingt-cinquième tome est dans la lignée des autres. Dans l'album précédent, Yoko a rencontré une jeune fille mi-russe, mi-écossaise, et l'a prise sous son aile. On les retrouve toutes les deux à Loch Castle, en Écosse, chez Cécilia, que Yoko avait rencontrée dans l'album "La Proie et l'Ombre". Or Cécilia a fait une importante découverte dans les ruines de l'abbaye qui se trouve sur son domaine. Et cette découverte amène Yoko à appeler les Vinéens, ce peuple extra-terrestre réfugié sous la Terre et que Yoko et ses amis ont déjà rencontré à plusieurs reprises.
Roger Leloup a le don de parvenir à faire basculer ses récits, en quelques pages, de l'étrange au fantastique. Pour autant, le récit reste toujours cohérent et crédible, avec un côté réaliste qui lui donne son caractère propre.
Ce qui m'a d'abord frappée dans ce volume, comme dans le précédent d'ailleurs, c'est la grande maîtrise de l'auteur des couleurs. Cela m'avait déjà frappée dans Le Septième code, et ici, c'est confirmé : les couleurs sont absolument magnifiques et créent une atmosphère qui participe pleinement au récit, au même titre que le texte et l'intrigue elle-même. Plus les albums se succèdent, et plus cet aspect semble maîtrisé, donnant un côté mystérieux et artistique à ce qui ne serait, sans cela, qu'une bande dessinée ordinaire.
Les décors, les dessins sont extrêmement fouillés, précis, détaillés. En cela, ils ne font que confirmer le talent de l'auteur. Roger Leloup, en effet, a toujours apporté un soin particulier au réalisme, allant jusqu'à réaliser des maquettes des engins qu'il invente pour être certain qu'ils pourraient exister en l'état. Il s'y connaît suffisamment en aéronautique pour pouvoir rendre cohérent et réaliste un aéronef extraterrestre. Tous les détails graphiques, mais aussi scénaristiques sont pensés et fignolés afin de rendre crédibles et réalistes les histoires dans lesquelles il plonge son héroïne. Il pousse le professionnalisme jusqu'à publier ses derniers albums en deux formats : le format "classique" et un grand format, avec plus de pages, sur du beau papier épais. Pour ce bel album, la bd elle-même bénéficie du fait de la place qui lui est donnée d'une belle impression, d'un traitement particulièrement soigné, tant dans les couleurs que dans la reliure. Un cahier d'esquisses, de croquis et de recherches, ainsi que la genèse de l'album complète ce grand format. Les documents permettent au lecteur d'en savoir plus sur la genèse de la bd, de rentrer dans l'atelier de Roger Leloup et de mieux comprendre comment naît une histoire. Ce même principe d'un cahier complémentaire a d'ailleurs été adopté également lors de la réédition des 24 premiers albums en version intégrales thématiques.

Paru aux éditions Dupuis (Yoko Tsuno), 2010. ISBN : 978-2-8001-4575-8 (format classique) ; 978-2-8001-4859-5 (grand format).

vendredi 6 mai 2011

Plaies et bosses, de Charles Exbrayat

J'ai découvert (ou plutôt redécouvert !) ce roman lors de nos vacances de Pâques chez mes parents. Je l'avais déjà lu dans mon adolescence, et je m'y suis replongée avec beaucoup de plaisir !

Egan O'Meara, neveu du Dr Dooling, suit les traces de son oncle et, à la fin de sa formation médicale au Canada, revient chez lui, en Irlande, pour reprendre le cabinet d'Owen Dooling. A son retour, il apprend que sa fiancée Patsy est partie avec un autre et se trouve confronté aux méthodes peu orthodoxes du médecin et aux habitudes étranges de ses patients.
Après le meurtre de sa fiancée, Egan est accusé et l'enquête, menée par Seamus Coppeen, le policier du village et éternel amoureux de la femme qui a élevé Egan, s'avère plus compliquée que prévu.
Entre comédie et drame, matchs de boxe avec ou sans ring et meurtres en rafale, le paisible village de Boyle, dans le comté de Roscommon, en voit de toutes les couleurs.

Cet Exbrayat-là n'est peut-être pas le meilleur (j'ai un souvenir hilarant de la série mettant en scène l'écossaise Imogène), mais il est de bonne facture : une intrigue policière (OK, on n'est pas chez Agatha Christie), beaucoup d'humour, des personnages hauts en couleurs, beaucoup d'action et des comportements aberrants... L'action part dans tous les sens, l'auteur perd le lecteur dans des considérations tout à fait hors de propos, mais c'est ce qui donne aux personnages toute leur personnalité, et tout le piquant à l'histoire : quiproquos, malentendus, rebondissements... de quoi réjouir la lectrice qu je suis et qui avait besoin d'un bon divertissement ! Et j'ai une tendresse particulière pour Exbrayat, découvert lorsque j'étais adolescente. M'y replonger est donc un vrai délice, loin des thrillers noirs, gores ou particulièrement anxiogènes qu'on peut lire maintenant.

Paru aux Éditions du Masque (Le Masque), 2001. ISBN : 978-2-7024-2405-6

mercredi 4 mai 2011

Le Café de l'Excelsior, de Philippe Claudel


Il est des lieux auxquels on est viscéralement attachés, parce qu'ils font partie intégrante de notre histoire. Ils sont plus que des lieux, ils sont comme une personne, un être à part entière, qui a participé à la construction de notre personnalité, de notre identité. Ce Café de l'Excelsior est un de ces lieux pour le narrateur orphelin, qui y a été recueilli par son grand-père à la mort de ses parents.

Dans une prose fine, ciselée, poétique, Philippe Claudel raconte cette enfance, cette ambiance, ce qui a fait l'histoire et la vie de ce jeune garçon de 10 ans auprès de son grand-père et des clients, au rythme des apéros du matin, des siestes de 15 heures et du braconnage dans la rivière voisine. Le récit est court (à peine 80 pages), et s'il m'a beaucoup plu en termes d'évocations, d'images et d'anecdotes, je l'ai trouvé peu construit, comme s'il lui manquait une trame, un fil conducteur. Par son importance, ce récit s'apparente davantage à la nouvelle, et j'ai regretté qu'il manque d'épaisseur, de densité.
Heureusement, la sensibilité et la poésie de l'auteur sont, elles, bien présentes, mais ce récit me laisse moins de souvenirs que « La Petite fille de Monsieur Linh », par exemple. Il aurait mérité d'être développé davantage pour en faire un véritable conte initiatique...

Paru aux éditions LGF (Le Livre de poche), 2007. ISBN : 978-2-253-12081-0

lundi 2 mai 2011

Une Pièce montée, de Blandine Le Callet



« Une Pièce montée », c'est le récit d'un mariage. Le mariage de Vincent et Bérengère, deux jeunes gens de bonne famille, beaux, intelligents, riches. Ils ont tout pour eux, la vie les a gâtés, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais le récit qui nous est fait ici montre une réalité tout autre. A travers neuf paires d'yeux, neuf personnes différentes, les mariés et sept personnes qui les connaissent plus ou moins bien observent, racontent, décryptent la journée.
Le lecteur fait ainsi la connaissance, outre de Vincent et de Bérengère, du curé de la paroisse où ils se marient, et de quelques membres de la famille de Bérengère : Pauline, sa nièce, Madeleine, sa grand-mère, Hélène, sa tante, Marie, sa sœur, Jean-Philippe, son oncle, ainsi que celle de Damien, son collègue. A travers leurs regards, le lecteur apprend l'histoire du couple, leur rencontre, les préparatifs du mariage, mais découvre aussi toute une famille, son fonctionnement,les non-dits, les relations, les déceptions, les frustrations, tout ce qui fait la vie d'une famille, qui remonte à la surface.
Plus que cela, chaque personnage a sa vision personnelle des événements qui se déroulent sous les yeux du lecteur. Chacun d'entre eux est attachant, humain, avec ses travers, ses richesses et ses souffrances, et les points de vue variés donnent comme une vision en mosaïque, en kaléidoscope, de cette famille qui pourrait être n'importe quelle famille. On voit les affections, les animosités se révéler, et le tour de force de l'écrivain est de parvenir à reconstituer ici, uniquement par l'observation de la scène depuis différents points de vue, une vision globale de cette journée, chaque personnage complétant et explicitant ce qu'a observé le précédent, comme les pièces d'un puzzle s'ajustent pour donner un tableau ressemblant dans les moindres détails à la scène réelle dont il est la reproduction.

C'est également le tableau d'une famille, complexe, forcément, qui est dressé. Dans chaque famille, il y a le vilain petit canard, le réprouvé, le ou la préféré(e), celui dont on préférerait qu'il ait une autre vie ; il y a les doutes, la sauvegarde des apparences à tout prix, les non-dits, les secrets, les joies et les peines, les deuils, la vie qui va...
J'ai été touchée par ce roman, qui sonne et résonne si juste et dépeint à merveille la vie de famille telle qu'on peut la connaître. Le ton est parfois grave ou caustique, souvent drôle, mais surtout très tendre. On est là dans un milieu aisé, bien sûr, et les descriptions qui sont faites de la famille ne sont bien entendu pas à "coller" sur toutes les familles de France et de Navarre. L'aspect lisse du beau mariage où tout doit être parfait reflète très bien ce dont rêvent toutes les mariées (ou presque) et ce jour qui doit être le plus beau et le plus exceptionnel de leur vie. Mais sous le vernis, dès qu'on gratte un peu, là comme ailleurs, et quel que soit le milieu, on se heurte à la réalité, celle qui fait la "vraie" vie, en-dehors de ce jour si particulier qu'est celui du mariage : les caractères, la réalité des personnes, de leurs tracas quotidiens, leurs envies, leurs rêves... et il n'y a pas besoin d'avoir beaucoup d'argent pour cela... J'ai un peu "tiqué" sur la vision quelque peu pessimiste de la famille qui transpire dans ce récit, mais la fin ouverte laisse la possibilité d'un espoir en ce couple, certes imparfait, mais qui n'a pas moins de chances qu'un autre de réussir sa vie...
C'est donc une jolie découverte que ce roman, alors merci à Gwen qui, la première, avec son atelier d'écriture, a attiré mon attention dessus !

Paru aux éditions LGF (Le Livre de Poche), 2007. ISBN : 978-2-253-11931-9