En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

Et comme un blog se nourrit aussi
des commentaires de ses lecteurs,
n'hésitez pas à vous exprimer, vous aussi !

samedi 13 juillet 2019

Jusqu'ici tout va (très) mal, de Tatiana Ventôse et Greg Tabibian




J’ai découvert Tatiana Ventôse, youtubeuse politique (mais pas que) il y a environ un an je pense, et j’ai trouvé tout de suite son propos logique, intéressant et pertinent.
Quelques mois plus tard, elle annonçait sur sa chaîne un « action » en lien avec le Système dans lequel nous sommes, quelle prétendait mettre en « PLS », c’est-à-dire en Position Latérale de Sécurité. La PLS, c’est la position dans laquelle on doit placer une personne qui a perdu connaissance dans le but de lui éviter d’avaler sa langue et de mourir étouffée… Ce qui suppose au préalable que le « système » soit « KO »…

À peu près au moment où elle annonçait cela, où ils mettaient le point final au manuscrit, la « crise des Gilets Jaunes » a éclaté. La concomitance des deux événements était assez spectaculaire !
En mars 2019 est sorti le livre lui-même, que j’ai hésité à acheter et sur lequel j’ai finalement craqué.

Alors, ce livre ?
Tout d’abord, sur la forme.
Tatiana et Greg s’y expriment à l’écrit comme ils le font à l’oral, dans leurs vidéos. Le langage y est « fleuri », émaillé de ce que mes enfants qualifieraient de gros mots. C’est assez surprenant, mais soit. C’est du langage parlé couché sur le papier, un parti-pris qu’on peut regretter d’un point de vue littéraire, mais qui a l’avantage d’être le reflet réel et fidèle des auteurs. Et ce livre n’est pas un livre de littérature au sens strict du mot, d’ailleurs.

Sur la forme toujours, à l’écrit, les auteurs réutilisent tous les codes des réseaux sociaux – particulièrement Twitter et Facebook – avec des « interventions » de « comptes » divers et variés, comme si ce livre était lu en ligne et commenté en direct. Et c’est souvent très drôle, avec un côté à la fois tout à fait à propos et complètement décalé.
Même sur la quatrième de couverture, on a une « citation » d’un certain Christophe C., « Ministre à l’écoute des Français », qui dit : « Ce livre est un condensé de complotisme et de démagogie. Il constitue une menace pour notre démocratie. Ne l’achetez pas ! »
On aura tous reconnu l’identité de « l’auteur » de ces propos très « second degré », comme beaucoup de ces pseudos-twitts dans le livre. Et c’est drôle.

Sur le fond, peu de surprises pour ceux qui suivent Tatiana Ventôse et Greg Tabibian sur leurs chaînes respectives. Le discours est clair, bienveillant envers les gens « normaux » et tire à boulets rouges sur nos « élites », qu’elles soient politiques ou économiques.
La première partie dresse un constat du chaos qui règne dans notre pays, exemples à l’appui, où les auteurs situent, avec beaucoup d’humour et de recul, les fractures à l’œuvre en France.
Dans la deuxième partie, ils montrent en quoi les « solutions » actuelles (politiques, idéologiques, inclusives, communautaristes… et j’en passe) font partie du problème et ne peuvent rien résoudre.
Enfin, dans la dernière partie, ils proposent des solutions avec « 100 mesures à prendre pour reconstruire le pays », prémisses d’une sorte de programme politique permettant de « reprendre le pouvoir » à ceux qui l’ont confisqué. Rien que ça, oui.
Alors, en ce qui me concerne, j’ai dévoré ce livre, qui se lit d’ailleurs très facilement, comme un antidote à celui de Juan Branco, qui m’avait laissé une bonne impression, mais avec le sentiment diffus d’un tel verrouillage par les « élites » du système que ça devenait impossible d’en sortir. Là, Tatiana et Greg proposent simplement de changer de paradigme et d’imaginer les choses autrement, en remettant tout à plat pour agir, enfin, pour le bien de la population de ce pays et non pour celui des auto-proclamées élites dirigeantes de la France. Au passage, leur discours bienveillant est capable de remettre certaines pendules à l’heure afin de ne pas se tromper d’ennemi : nous ne sommes pas en lutte contre ceux qui pensent les choses différemment (gauche vs droite, catholiques vs agnostiques vs athée vs musulman vs…, ouvriers vs employés, familles nombreuses vs familles peu nombreuses…), mais contre ceux qui confisquent les richesses du pays tout en nous montant artificiellement les uns contre les autres alors que nous pourrions tout à fait vivre sereinement les uns avec les autres, dans le respects des choix de vie et des idées de chacun.

Ce programme est-il réaliste ? Sans doute, parce qu’il permet de redonner, avec des moyens simples que sont la répartition équitable des richesses et une bonne dose de bon sens, des moyens de vivre à ceux qui font « tourner » le pays.
Quant à savoir s’il est possible de le mettre en œuvre, c’est une autre histoire. Car, pour cela, il faudrait que ses auteurs et promoteurs parviennent à prendre ce pouvoir pour mettre en place les mesures qui permettraient de changer le système, justement. Ce qui suppose d’éjecter des sièges les plus hauts placés (Gouvernement, Parlement, Sénat…) ceux qui n’ont rien fait d’autre dans leurs vies que de tout faire pour y faire carrière…
En gros, il faudrait une sorte de remise à plat du système, comme un « reset » politique de nos institutions, mais je doute que cela soit possible tout de suite, sauf si on compte sur les Gilets Jaunes (on y revient) dont l’un des principaux objectifs est la destitution d’Emmanuel Macron et la mise en place d’une véritable démocratie par le peuple via le Referendum d’Initiative Citoyenne. En fait, en écrivant ces lignes, je me rends compte que les deux démarches semblent complémentaires, avec d’un côté l’élaboration d’un plan de bataille pour changer enfin les choses qui ne vont pas dans notre pays et de l’autre les personnes déterminées qui sont peut-être capables d’amener un renouveau en France par une action visible, directe et concrète. On pourrait reparler des Gilets Jaunes, de la violence de part et d’autre, mais c’est un tout autre sujet.

Les auteurs sont d’ailleurs passés à l’acte en créant le « Mouvement V » (pour « Victoire »?), avec l’objectif d’obtenir un représentant au Parlement Européen, afin de connaître cette institution de l’intérieur pour mieux informer les électeurs du fonctionnement plutôt opaque de l’UE. Malheureusement, à la veille des élections du mois de mai, ils n’avaient pas pu franchir le premier barrage imposé dans notre système politique, à savoir l’obligation d’ouvrir un compte en banque pour le Mouvement V… Exit donc la participation de « V » aux élections européennes, mais je suppose que Greg et Tatiana ne s’arrêteront pas en si bon chemin ! En tout cas, leur démarche, même si elle me paraît pour l’heure totalement utopique, me semble particulièrement intéressante, en ce qu’elle permet de penser la politique autrement et en particulier en arrêtant de s’en remettre aux seuls « hommes politiques » carriéristes de tous poils qui nous gouvernent actuellement et qui semblent vouloir nous faire croire qu’en-dehors d’eux, il n’y a pas de salut. Or, la première constatation que font les auteurs de ce livre réjouissant, c’est précisément que cela fait des décennies qu’ils sont au pouvoir et que, visiblement, ils n’arrivent pas à faire en sorte que notre société fonctionne au mieux. C’est le constat de cet échec patent qui est à l’origine de leur travail de youtubeurs ainsi que de ce livre.

Paru aux éditions Plon, 2019. ISBN : 978-2-259-27718-1.

mercredi 3 juillet 2019

Silo Générations, de Hugh Howey




Ce troisième tome est la conclusion des deux précédents. On y retrouve en effet les personnages principaux du tome 1 (Juliette) et du tome 2 (Solo et Donald). Finalement, dans ce troisième opus, les histoires des trois silos concernés (le Silo 1 où se trouvent Donald et sa sœur Charlotte, le Silo 18 où se trouvent Juliette, son père et leurs amis et le Silo 17, où l'on retrouve Solo/Jimmy et les enfants) se superposent, se rencontrent et se complètent.

À la suite d'un soulèvement, le Silo 18 se retrouve face à une nouvelle donne : Tout en bas, Juliette et les travailleurs des Machines ont découvert une excavatrice qui va leur permettre de creuser un tunnel jusqu'au silo voisin, où Juliette a pu se rendre dans le tome 1 et où se trouvent pris au piège Solo et plusieurs enfants. Juliette parvient à faire la jonction entre les deux silos, mais elle se heurte à son retour à l'angoisse de ses « administrés » qui craignent pour la sécurité de leur propre silo. Devant la fronde, dont les habitants du Silo 1 ont eu vent, la liquidation du Silo 18 est décidée et ce n'est qu'en passant par le tunnel nouvellement créé que Juliette et les survivants du silo vont pouvoir échapper à la mort.
La suite est une question de survie, une histoire de vengeance. Et la recherche de la vérité, à laquelle vont s'atteler tant Donald et Charlotte dans le Silo 1 que Juliette dans le Silo 18 puis le Silo 17.

Comme pour les deux premiers tomes, le récit est bien monté, bien écrit, haletant. J’ai toutefois eu durant la lecture l’impression d’une lassitude. Comme s’il fallait terminer l’histoire, joindre les différents fils tirés par l’auteur au fur et à mesure du récit. Ce troisième tome est également plus court que les autres (un peu moins de 500 pages contre plus de 1000 pour le tome 2). Cependant, j’ai apprécié d’être arrivée à la fin de la trilogie. En effet, le récit est pesant, oppressant, très noir en ce qu’il décrit l’horreur dont les êtres humains sont capables par bêtise, volonté de pouvoir et de main-mise sur l’autre… Cela n’est d’ailleurs pas sans rappeler les questions qui se posent aujourd’hui et la question de la véracité ou non des informations qui sont à notre disposition. Où se situe la vérité ? Où se trouve la limite entre ce que nos gouvernants disent aux populations et ce qu’ils leur cachent, pour des raisons évidentes de sécurité et de maintien de l’ordre, mais aussi pour d’autres, moins avouables, de maintien de la main-mise sur les peuples. Un peuple qui ne sait pas ce qui se passe, qui est maintenu dans l’ignorance, est bien plus malléable...

Paru aux éditions Actes Sud (Babel), 2016. - ISBN : 978-2-330-06442-6.

mercredi 26 juin 2019

Silo Origines, de Hugh Howey



Après le succès de Silo, paru en 2013, voici le second volet de la trilogie de Hugh Howey. Le livre est construire en trois parties, l'Héritage, l'Ordre et le Pacte, dont nous ne comprendrons la signification qu'au fur et à mesure de la lecture.

L'histoire début en 2110, avec le réveil d'un certain Troy, en cryogénisation, dont on comprend au fur et à mesure qu'il est le responsable du Silo 1. Un Silo, c'est une structure enterrée, autonome, autogérée, dans laquelle vivent les rescapés d'un cataclysme dont le tome 1 nous a appris qu'il a encore des conséquences bien après avoir eu lieu, puisque l'air extérieur aux Silos reste mortel pour tout être vivant qui s'y risquerait. Mais nous ne savons pas exactement ce qui provoque la mort. Quel type de pollution ? Le premier tome est totalement muet sur le sujet, mais le second lève une petite part du voile.

Parallèlement, nous suivons l'histoire de Donald, tout juste élu au Congrès américain, qui se voit confier la mission, en 2049, de concevoir un dispositif enterré permettant de stocker les déchets nucléaires produits par l'industrie nucléaire mondiale. Terminée en 2052, le but ultime de cette mission s’avérera être totalement différent de ce que pensait Donald, mais il n'en comprendra les tenants et aboutissants qu'au fur et à mesure des factions auxquelles il va participer.

Comme pour le premier tome de la trilogie, j'ai été happée par le récit, qui répond à nombre de questions laissées en suspens à la fin du premier volume. Les liens avec les personnages du tome 1 sont aussi faits, sans redite toutefois. Au contraire : dans le tome 1, on suit Juliette, alors que le tome 2 fait vivre l'histoire de Jimmy/Solo, dont Juliette apprendra l'existence dans le tome 1 mais qui n'est qu'un personnage très secondaire dans le début de la trilogie. Toujours est-il que l'auteur complète peu à peu le puzzle épars qu'il a laissé en chantier à la fin du premier ouvrage.

Maintenant, il ne me reste qu'une chose à faire : me lancer dans la lecture du dernier volet de la trilogie : Silo Générations.
À très bientôt !

Paru aux éditions Actes Sud (Babel), 2015. - ISBN : 978-2-330-05691-9.

samedi 22 juin 2019

Crépuscule, de Juan Branco



J'ai découvert cet ouvrage, une fois n'est pas coutume, via Youtube, il y a quelques semaines maintenant, alors que, bien avant les élections européennes, j'essayais de comprendre quelque chose au mouvement des Gilets Jaunes. De vidéo en vidéo, j'ai fini par atterrir sur une interview de Juan Branco, avocat de Fly Rider, l'une des figures du mouvement, mais aussi de Julian Assange, fondateur de Wikileaks. Et ce qu'il disait durant cette interview m'a interpellée, parce que ce jeune homme se présentait comme un nanti, qui avait tout pour appartenir à un monde, auquel je n'aurai jamais accès (tout comme les Gilets Jaunes d'ailleurs), mais qui y avait renoncé.
Qu'un homme riche et promis à un avenir doré, glorieux, puisse y renoncer par idéal et se retrouver au RSA (dans l'appartement de parents fortunés, mais bon...) alors que ses camarades de Normale Sup' sont actuellement parmi les proches du Président de la République... j'avais l'impression de voir là une sorte de Robin des Bois des temps modernes.
Le personnage, donc, m'a interpellée et j'ai voulu en savoir plus.

Ce livre, « Crépuscule », est le récit de ce qui se passe depuis des lustres dans notre beau pays. Juan Branco part des faits pour décrire et dénoncer la reproduction des élites en France, les liens très étroits entre argent et pouvoir, entre les plus fortunés de ce pays, nos médias et nos gouvernants. Il déconstruit aussi, faits à l’appui, les mythes contemporains liés à la pseudo méritocratie et la réalité de la formation de nos élites.
Après la lecture de cet ouvrage, on ne peut qu’être amené à se poser des questions plutôt vertigineuses sur le pouvoir et l’argent en France et à comprendre que ceux qui détiennent le pouvoir ne sont pas forcément ceux auxquels on pense. En tout cas, Juan Branco jette là un pavé dans la mare, déconstruisant d’une part le mythe Emmanuel Macro et d’autre part un certain nombre de théories complotistes en jetant une lumière crue sur la réalité.

J’espère que ce jeune homme est sincère et qu’il dit vrai. Au regard de ce qu’il écrit, on ne peut que voir d’un autre œil le combat des Gilets Jaunes, qui dure maintenant depuis plus de six mois, mais aussi le traitement médiatique et politique qui est fait de ce mouvement.
Juan Branco dit clairement, dans les différentes interviews que j’ai pu visionner que la conséquence logique de tout ce qu’il écrit est la révolution. Un certain nombre de militants semblent d’ailleurs de cet avis, puisqu’ils ne se contentent plus, maintenant, de demander la destitution du Président. Ils appelle à un changement de régime, purement et simplement.
Le danger, c’est que, dans toute révolution, et celle de 1789 est exemplaire à cet égard, on ne peut que constater que le pouvoir en place, fût-il moribond, ne se rend jamais sans se battre. Et qu’en général, ce sont les plus faibles qui paient le prix le plus fort.
L’absence de réponse du Président au tout début de la crise, les violences policières, la complicité évidente des grands médiats semblent démontrer la justesse de l’analyse de Juan Branco, pour qui le pouvoir est aux abois. Espérons que la situation ne s’envenimera pas plus et qu’une issue sera trouvée pour sortir par le haut de cette crise. En tout cas, il semble qu’une véritable prise de conscience ait lieu. Le mouvement des Gilets Jaunes, s’il nous est présenté dans les médias comme affaibli, peut réserver des surprises car il est multiformes, inventif… et que ceux qui luttent n’ont pas grand-chose à perdre, contrairement à ces élites qu’ils rendent responsables de la situation dans laquelle se trouve notre pays.

Cet ouvrage, dont il existe une version gratuite sur Internet, est très intéressant. D’un point de vue strictement littéraire, j’avoue avoir eu beaucoup de mal à le lire, tant le style de l’auteur, pourtant largement revu et corrigé par l’éditeur, est alambiqué. Il faut s’accrocher solidement aux branches pour comprendre le propos, tant il y a de redites, d’allers-retours, de personnes impliquées dont on ne parvient pas toujours à bien comprendre le rôle à cause du phrasé et de la grammaire parfois compliquée de l’auteur. J’ai parfois du relire certaines phrases plusieurs fois pour les comprendre, avant de me rendre compte que c’était normal : la construction de la phrase, d’un point de vue grammatical, était tellement longue et complexe qu’elle en devenait illisible…
Ceci dit, en s’accrochant, le texte est assez intelligible pour permettre d’entrevoir le piège dans lequel nous sommes. Toute la question est de savoir si, et comment, nous pourrons en sortir...

Paru aux éditions Au Diable Vauvert – Massot, 2019. - ISBN : 979-10-307-0260-6.

samedi 11 mai 2019

J'ai vu finir le monde ancien, d'Alexandre Adler




J'ai trouvé ce livre dans un lot qui m'avait été donné il y a quelques années. A priori, il m'intéressait parce qu'il semblait parler des attentats du 11 septembre 2001, à New York et Washington. J'ai vu beaucoup d'images, en particulier sur Internet, et je me disais qu'un livre analysant cet événement ne pouvait qu'être salutaire au regard de toutes les théories étranges, voire loufoques, qui circulent.

J'ai été plutôt déçue.
Après une longue introduction (26 pages quand même), où le 11 septembre est abordé, il n'en sera plus du tout question durant tout le livre. Première déception.
Mais bon, soit. La table des matières précise que le livre est découpé en six parties, abordant successivement les États-Unis, l'islam, le monde vu par Ben Laden, Israël, les grandes plaques tectoniques du monde arabo-musulman et le Nouveau monde.
A priori, donc, des informations pour, peut-être, comprendre les tenants et aboutissants, les enjeux géopolitiques, économiques...
Oui, mais... en fait non.

En fait, je termine ce livre totalement frustrée de n'avoir toujours rien compris. Alors soit je suis totalement idiote, soit l'auteur écrit très mal ou dans une langue incompréhensible quoiqu'ayant l'apparence du Français.

L'auteur est un ancien de Normale Sup', agrégé d'histoire. En 2002, au moment où il publie cet ouvrage, il était éditorialiste associé au Monde et directeur éditorial de la rédaction du Courrier International. Il semble donc qu'il sait à peu près ce qu'il dit, ou plutôt ce qu'il écrit. Seulement voilà : j’ai eu le sentiment d’être totalement larguée à chaque page, parce que le livre explique paradoxalement très peu de choses. Du peu que j’ai compris, l’auteur commence par nombre de rappels historiques (en remontant parfois assez loin dans le temps), puis énonce pêle-mêle des théories, que ce soit celles des autres ou les siennes, et propose des évolutions de la situation qui lui semblent probables ou possibles. Le souci, c’est qu’il écrit visiblement pour lui ou pour ceux qui connaissent bien le dossier, pas pour des gens comme moi qui sont un peu (voire totalement) ignorants sur le sujet. Du coup, le lecteur se perd dans les noms, les années, les lieux, les alliances, amitiés et inimitiés… ça manque sérieusement de pédagogie, quoi.

Ce que je retiens, du coup, c’est que ce livre change un tant soit peu ma vision des choses. J’avais, par méconnaissance, sans doute, une vision très « simpliste » de ces attentas, d’Al Qaïda et des terroristes en général. Je savais un certain nombre de choses, mais j’ignorais qu’il pouvait y avoir des liens d’intérêts entre ces terroristes et certains États… La situation est donc bien plus complexe qu’elle ne paraît de prime abord, et ce sans même entrer dans les détails des théories plus ou moins fumeuses qui tentent d’expliquer ou de donner un sens à ces événements dramatiques. Le livre a été écrit en 2002, quelques mois seulement après les attentats. Lu en 2019, dans le contexte de Daesh, de la guerre en Syrie, de la mort de Saddam Hussein et du scandale des soi-disant armes de destruction massives, il montre que, soit les connaissances en 2002 étaient très lacunaires sur les raisons des guerres d’Irak, soit qu’on était encore en pleine omerta…

En tout cas, la situation, aujourd’hui, est encore plus complexe alors que c’était déjà un véritable sac de nœuds il y a dix-sept ans. Parviendrons-nous à sortir de ce marasme et de ces hommes qui tuent chaque année, et dans le monde entier ?
Le dernier épisode de cette « Troisième guerre mondiale » est l’attentat au Sri Lanka qui a fait plus de 250 morts le jour de Pâques, dont beaucoup de Chrétiens.

Paru aux éditions Grasset & Fasquelle, 2002. ISBN : 2-246-63021-5.

mardi 30 avril 2019

Sara Lone, tome 4 : Arlington Day, de Erik Arnoux et David Morancho




22 novembre 1963, Dallas, Texas. La date est restée dans les mémoires : c'est celle du jour où JFK est assassiné par Lee Harvey Oswald.

Sara Lone a tourné la page de la pêcherie héritée de son père. Avec la mort du dernier compagnon d'armes de Ron Carruthers, plus rien ni personne ne la retient au Texas. Elle va pourtant y retourner sur l'ordre de Rip Vandoorne, avec lequel elle travaille toujours, mais de son plein gré, cette fois. Elle est envoyée en mission à Dallas pour y faire échouer un nouveau complot. Si JFK était très populaire à l'extérieur de son pays, il semble que ça n'ait pas été le cas à l'intérieur ! Toujours est-il que, de fil en aiguille, Sara se trouve mêlée sans trop le vouloir à ce sombre complot... et va pour une fois avoir quelques difficultés à accomplir sa mission : les choses ne sont pas toujours aussi simples qu'on le pense et, parfois, le passé refait surface au pire moment...
Sara Lone joue, sans le savoir, sa vie...

Ce dernier tome est tout aussi brillant que les précédents. Mais la fin laisse penser qu'une suite pourrait voir le jour... Affaire à suivre.

Ce quatrième tome est accompagné d'un dossier sur la série, sur JFK, son assassinat, ainsi que sur une autre fin, telle qu'imaginée par un auteur prolifique...

Paru aux éditions Sandawe, 2019. ISBN : 978-2-39014-248-5.

samedi 27 avril 2019

Le Siècle, tome 3 : Aux portes de l'éternité, de Ken Follett




Ce troisième tome de la trilogie « Le Siècle », « Aux portes de l’éternité », débute en 1961, à Berlin où le lecteur retrouve Rebecca, fille adoptive de Carla (fille de Maud et Walter von Ulrich) et de Werner Frank, industriel et ancien résistant. Rebecca est mariée, enseignante, et au moment où débute ce troisième opus, elle découvre que son mari est membre de la Stasi, la police secrète allemande, et qu’il a profité de sa situation pour mieux espionner la famille Frank, très engagée politiquement. La situation des Frank va singulièrement se compliquer avec la construction du Mur de Berlin et la fermeture de la frontière entre le monde communiste à l’Est et le monde capitaliste à l’Ouest.

Tout le roman se trouve finalement ancré dans cette opposition Est-Ouest.
En Allemagne, la famille Frank se retrouve coupée en deux par le mur, Lily (la jeune sœur de Rebecca et Walli) restant à Berlin Est avec ses parents. Contraint de fuir, Walli, le jeune frère de Rebecca, se retrouve à Hambourg chez sa sœur aînée, où il survit grâce à la musique. Il y rencontre Dave Williams, anglais, le fils de Lloyd et Daisy Williams, avec qui il va connaître le succès, en Europe et aux États-Unis.

Aux USA, au même moment, George Jakes, le fils illégitime de Greg Pechkov et de Jacky Jakes, serveuse noire, a terminé ses études de droit à l’université et il s’engage aux côtés de Robert Kennedy, ministre de la justice de son frère, John F. Kennedy, pour la défense des droits civiques. Dans l’Amérique des années 1960, être de couleur noire est en effet un sérieux handicap, en particulier dans les États du Sud. Les actions militantes de George le mèneront sur les traces de Martin Luther King et de son assistante, Verena Marquand, fille de riches mécènes noirs. George rencontre aussi Maria Summers, promise à une brillante carrière au sein de la haute administration à Washington.
De son côté, Woody Dewar, le fils de Gus, a eu deux enfants, Cameron et Ursula. Cameron s’engage lui aussi en politique, pendant que sa sœur fait la rencontre de Dave Williams et de Walli Frank.
C’est également en Amérique qu’on retrouve Jasper Murray, le fils d’Eva Murray, allemande expatriée en Angleterre (cf tome 2) et mariée à un officier anglais. Jasper est attiré par le journalisme alors qu’il est encore étudiant et s’expatrie en Amérique pour tenter sa chance à la télévision. Il va se retrouver, bien malgré lui, enrôlé dans l’armée américaine et envoyé au Vietnam où il découvrira tant les horreurs de la guerre que les mensonges proférés dans la presse pour éviter une prise de conscience de la population. Il n’aura de cesse, une fois démobilisé, de rétablir la vérité. Sa sœur, Anna, travaille, elle, dans l’édition où elle est spécialisée dans les œuvres littéraires de l’Est.
C’est grâce à elle que Tania Dvorkine, journaliste et petite-fille de Grigori Pechkov, parvient en secret à faire éditer les écrits d’un ami dissident. Son frère jumeau, Dimka, est conseiller au Kremlin et évolue rapidement vis-à-vis de l’idéologie communiste, appelant de ses vœux un assouplissement et une réforme du régime soviétique.

Dans ce roman, on suit pas à pas la crise des missiles à Cuba, la lutte pour les droits civiques aux USA, le combat des Allemands de l’Est pour la liberté, la guerre froide entre les USA et l’URSS, la Glasnost et la Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, la chute du Mur de la Honte à Berlin et du Communisme en général… en même temps que l’on assiste à la mort de John F. Kennedy et de Martin Luther King et à l’avènement d’une société qui s’émancipe des carcans d’avant-guerre, une société de fête où règne la libération sexuelle, la libération des mœurs et l’usage immodéré des drogues… Le tour de force de l’auteur est de parvenir à mêler faits historiques, personnages réels et personnages de fiction. On imagine sans peine l’incroyable travail de documentation qui a présidé à une telle trilogie.

Cette partie du « Siècle » est foisonnante et m’a touchée, parce que je me souviens encore de certains de ces événements que j’ai pu vivre via la télévision : la chute du Mur de Berlin, en 1989, celle de Nicolae Ceausescu, l’élection de Jean-Paul II au trône de Saint Pierre, les luttes des Polonais de Solidarnosc pour la liberté, tous ces événements (qui en réalité ne concernent que les dernières pages du roman) sont gravés dans ma mémoire visuelle. Mais tous ces événements de la fin de la guerre froide résonnent aussi en moi parce que j’ai grandi, dans mes premières années, dans ce monde porteur de terreur où la menace nucléaire n’était jamais bien loin, même si le spectre de la guerre nucléaire s’éloignait à grands pas durant mon enfance. Ken Follett ne parle pas de Tchernobyl, ni du féminisme, ni de la construction européenne ou de la création de l’État d’Israël, par plus qu’il n’aborde les conflits du Moyen et du Proche-Orient qui ont endeuillé la fin du XXe siècle… Peut-être que ces « coupes » ont été rendues nécessaires pour une meilleure compréhension du contexte, sachant qu’à ce moment-là de l’Histoire, la mondialisation grandissante des échanges et des politiques rend le monde extrêmement complexe...
Sans doute aurait-il pu malgré tout évoquer le bouleversement connu par le monde lors des attentats du 11 septembre 2001. Ces attentats ont en effet fait basculer le monde entier dans un nouveau siècle, tout comme l’avait fait l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’empire Austro-Hongrois, à Sarajevo, un siècle plus tôt, propulsant le monde dans le premier conflit mondial…

Symboliquement, les dernières pages évoquent l’élection de Barak Obama, premier Président Noir aux États-Unis, comme le résultat d’une évolution lente et laborieuse vers plus d’égalité, plus de fraternité.
Avec le recul et les événements de ces dernières années (et, en France, de ces derniers mois), on ne peut que constater que rien n’est gagné. La corruption règne toujours, le pouvoir de l’argent est plus important que jamais, même si certaines manipulations semblent moins grossières et moins visibles qu’avant… Il y a encore du travail pour que ces rêves d’égalité et de fraternité, mais aussi de dignité pour tous, particulièrement pour les plus fragiles, deviennent réalité.

Ce livre se termine en fait comme un point virgule. L’histoire n’est pas achevée, contrairement à ce que les omissions volontaires dans les dernières décennies (entre 1989 et 2008) laissent entendre. L’histoire, elle, s’écrit jour après jours, sous nos yeux. Le monde est en mutation, tout comme il y a presque soixante ans. À l’heure où une nouvelle crise économique majeure se prépare, où notre niveau de vie et surtout nos modes de vie délirants doivent nous faire réfléchir à nos habitudes, sommes-nous prêts à faire les sacrifices qui s’imposent ? Quand on regarde l’urgence climatique, on se rend compte qu’il s’agit là sans doute d’une question de survie. Mais en avons-nous réellement conscience ?

Paru aux éditions LGF, 2016 (Le Livre de Poche), 1273 p. ISBN : 978-2-253-12597-6.