En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

Et comme un blog se nourrit aussi
des commentaires de ses lecteurs,
n'hésitez pas à vous exprimer, vous aussi !

mardi 15 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 29 : Anges et Faucons, de Roger Leloup




Dernier opus de la série, « Anges et Faucons » est un album différent des autres, en ce sens qu’il comporte plus de pages que les autres (64 contre 48 environ). Autre particularité : il regroupe en fait deux histoires distinctes, que l’on peut identifier dans le titre : la partie « Anges », où l’histoire est centrée sur Emilia et Bonnie, et la partie « Faucons », où Yoko est envoyée en mission par « Milord », son employeur des services secrets anglais dans « Message pour l’Éternité ».

Le début de l’album se déroule dans le passé, où Emilia utilise la machine à voyager dans le temps de son aïeul (« Le Maléfice de l’Améthyste ») pour sauver deux enfants dont elle a découvert les tombes dans « l’Enclos des anges » du cimetière où repose sa tante Gloria.
Prévenue par Bonnie, Yoko emprunte avec elle le module temporel pour venir en aide à Emilia, en octobre 1935. C’est l’occasion pour Roger Leloup de donner libre cours à sa passion pour les trains et les avions : l’accident qui doit coûter la vie aux enfants est provoqué par un train et l’intervention de Yoko, avec l’avion de la fille de Sir Archibald, l’ancêtre d’Emilia, permettra de résoudre la situation sans autre dégâts qu’une voiture écrasée par une énorme pierre.
Après leur retour, Yoko, Emilia et Bonnie découvrent « l’enclos des anges »… où de nouvelles questions se posent pour Emilia sur les effets de ses initiatives dan sle passé, qu’il vaut peut-être mieux, parfois, laisser dormir…

À peine rentrées, Yoko reçoit un appel téléphonique de « Milord », un officier des renseignements britanniques qui envoie Yoko en mission très spéciale : une « princesse égyptienne » doit être rendue à sa terre natale…
Yoko, Vic et Pol se retrouvent alors, avec Emilia, au cœur d’une intrigue où le Handley-Page « Horus » tient le rôle principal. Yoko avait participé au sauvetage de cet avion, dans « Message pour l’Éternité » Il est hébergé à la S.A.C., une entreprise écossaise qui rénove des avions de seconde main. Yoko et Emilia vont y rencontrer Dinah, la pupille du propriétaire, qui cache un lourd secret.
Mystère, ésotérisme, menaces, danger, trahison… tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette histoire une belle et prenante aventure.
Emilia y gagne une amie qui viendra habiter le cottage à Loch Castle, sous la tutelle de Cécilia, propriétaire du château.

Cet album est le dernier-né de la série. Roger Leloup est né en 1933, il a donc plus de 85 ans… et reste d’une grande tendresse envers ses héros et héroïnes. Les deux histoires racontées ici parlent bien de cette tendresse et de l’humanisme de Roger, sorte de fil rouge de tous les albums écrits au fil de ces décennies (le premier album est paru dans le magazine « Spirou », sous forme d’épisodes, de mai à septembre 1971, il y a donc pas très loin de 50 ans…).
Du point de vue du dessin, les paysages et décors, les avions, trains et voitures sont toujours superbes, précis et très détaillés, comme Roger Leloup nous y a habitué au fil du temps. À eux seuls, ces dessins sont d’une très grande précision et dignes de figurer dans les notices techniques, si vous voulez l’avis d’une non-experte…
Je suis un peu plus réservée sur les personnages, qui perdent, au fil des albums, de leur beauté, même si, dans certaines cases, ils restent très beaux, tendres et réconfortants. Je ne sais pas trop à quoi c’est dû : on ne peut pas suspecter Roger Leloup de manquer de sûreté dans son trait, sinon cela se ressentirait aussi dans les décors, les engins divers et variés… Peut-être une évolution naturelle à laquelle j’ai du mal à m’habituer, moi qui ai « grandi » avec la série, spécialement avec les albums parus à partir de 1975, donc « Les Trois Soleils de Vinéa » et les suivants…
J’ai l’impression que Roger était dans une sorte d’urgence, en écrivant cet album. Soit il n’avait pas le temps de développer et de dessiner les deux histoires, soit il voulait absolument les écrire avant, peut-être, de ne plus pouvoir le faire ? Je ne sais pas dans quel état de santé il se trouve… J’espère simplement que cet album n’est pas encore le dernier !


Comme tous les nouveaux albums depuis « Le Septième Code », celui-ci sort au début du mois d’octobre dans la version grand format. J’ai commandé cet ouvrage, mais à l’heure où j’écris ces lignes, je ne l’ai pas encore reçu… Je compléterai donc ce billet quand je l’aurai entre les mains !

Paru aux éditions Dupuis, 2019. ISBN : 978-1-0347-3803-8.

lundi 14 octobre 2019

Le Cycle de Cyann, tome 2 : Six saisons sur IlO, de François Bourgeon et Claude Lacroix




Ce deuxième tome commence dans l'espace, là où s'est arrêté le premier. Cyann et l'équipage sont à bord du « Simar-IlO », le vaisseau spatial qui doit les conduire sur la planète IlO où ils ont pour mission de trouver un antidote aux Fièvres Pourpres, une épidémie qui décime les homme d’Olh, leur planète.
Mes des ennuis techniques les obligent à abandonner le vaisseau et à se poser sur IlO en deux groupes distincts. Les deux équipes sont rapidement séparées et celle emmenée par Crysane, technicienne radio, est prise en otage par des rebelles. Il faudra du temps à l’équipe menée par Cyann et Nacara pour retrouver leur trace et les rejoindre et encore plus pour comprendre ce qui se trame réellement sur IlO…

Ce deuxième tome se déroule dans un tout autre univers que le premier. IlO est une planète hostile, où il faut se méfier de chaque animal, chaque plante, chaque insecte, chaque recoin du paysage, car tout y est potentiellement dangereux.
Les personnages évoluent rapidement, en particulier Cyann, dont les responsabilités écrasantes dans cette expédition contribuent à lui mettre du plomb dans la cervelle. Sa rencontre avec Ilui la bouleverse profondément et lui fait passer un cap vers la maturité, lui donnant aussi plus de profondeur, de chaleur, et dévoilant en elle un cœur capable d’aimer, de s’émouvoir.

Le dessin est magnifique (mais toujours pas pour les enfants!), très fouillé, précis et inventif. Comme dans « La sOurce et la sOnde », c’est tout un univers qui est créé dans cette série, dont les deux premiers tomes constituent, à eux seuls, une histoire complète. Les tons sont plutôt dans les ocres, avec une végétation luxuriante, très colorée, très diverse et très inventive.
Cette histoire est accompagnée d’un troisième opus, « hors-série », intitulé « La Clé des Confins ». Je vous en parlerai dans un autre billet, très bientôt.

Paru aux éditions Casterman, 1997. ISBN : 2-203-38893-3.

dimanche 13 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 28 : Le Temple des Immortels, de Roger Leloup




J’écris cette chronique le 20 septembre 2019, soit une dizaine de jours seulement avant la sortie du prochain album de la série. Elle ne sera publiée qu’au mois d’octobre, afin de ne pas perturber la parution des autres billets sur la série, que je souhaite publier dans l’ordre de parution des albums. Celle-ci est donc la dernière, du moins temporairement.

Une fois n’est pas coutume : l’album commence en Allemagne, où Yoko, Vic et Pol assurent l’enregistrement, au château de Rheinstein, d’une œuvre pour clavecin jouée par Ingrid. Lors de l’enregistrement, Yoko est frappée par un bruit parasite qu’elle situe tout proche, à l’extérieur, et malgré les doutes de Vic et Pol, décide d’aller voir. Elle y trouve un survoleur vinéen et un mini drone qui l’invite à embarquer. C’est sur le siège passager qu’elle voit l’image holographique de Khany lui expliquant qu’elle doit la rejoindre au plus vite. Yoko décide d’accepter et emmène Rosée et Emilia, à bord du survoleur, jusqu’en Écosse où elle sait pouvoir trouver le « passage » qui va la mener jusqu’auprès de son amie.
Près des ruines d’un autre château (déjà exploré par Yoko dans « La Proie et l’Ombre ») se trouve en effet une entrée aménagée vers le monde souterrain des Vinéens, permettant à Yoko de pénétrer dans le sous-sol discrètement. Là, arrivées en bas, les trois terriennes apprennent rapidement qu’un drame se joue pour Khany et les Vinéens restés sous la surface de la Terre : le Grand Conseil de Vinéa, a bien sûr appris la destruction de la base située sur Mars (voir « Le Secret de Khany »), à cause du risque de destruction de la vie sur Terre. Mais les rapatriés sur Vinéa, venant de la Terre, ont besoin d’une longue réadaptation à leur planète-mère et de nombreux échecs ont lieu. De fait, le Grand Conseil a donc demandé aux Vinéens présents sous la Terre de se débrouiller seuls… et Khany et ses compagnons ont décidé de se séparer de la tutelle de Vinéa… en coupant tout lien spatial avec leur planète d’origine.
Mais Khany craint que les Terriens, acculés à se terrer dans le sous-sol de leur planète à cause des conditions climatiques qui se modifient rapidement (le fameux « réchauffement climatique ») ne finissent par les découvrir. Les Vinéens de la Terre ont donc besoin de trouver un rejuge plus profond, au-delà du siphon découvert dans « La Servante de Lucifer ».
Yoko est confrontée à un autre problème : Têvy, la jeune hybride sauvée sur Mars, n’a nullement l’intention de vivre sous Terre, même si, pour l’instant, elle n’a pas vraiment le choix. Yoko promet de réfléchir à la question, avant de s’occuper d’un autre problème plus immédiat : Zarkâ, la « Servante », demande à Yoko de la rejoindre seule. Et simultanément, Yoko et Emilia découvrent que, tout près, vit une communauté de Terriens parlant le Gaélique (sans doute issus des anciennes tribus celtes qui peuplaient la région dans l’Antiquité). Bien sûr, la curiosité l’emporte et Yoko décide de franchir le siphon en compagnie d’Iseut et de son frère Nahm. Elle découvre à cette occasion que ceux-ci se déplacent sous l’eau grâce à d’étranges tortues, que Yoko a déjà rencontrées sur Vinéa, lors de son aventure sous-marine dans la Cité de l’Abîme (« Les Archanges de Vinéa »). Il y a donc bien contact entre les deux cultures qui vivent sous terre.

Yoko et Emilia vont être confrontées à des ennemis qui ne sont pas forcément ce qu’ils semblent être. D’ailleurs, qui, des descendants des guerriers celtes, de Zarkâ ou des moines du temple des Immortels situé dans cet univers souterrain est le véritable ennemi ? D’autant plus que Yoko découvrira au fil des pages de cet album foisonnant que quelque chose (ou quelqu’un?) tire les ficelles à l’insu de tous, ou presque.

On est là dans une aventure foisonnante, je le disais plus haut, où se mêlent l’ésotérisme et la magie, via Zarkâ, la religion avec les moines du Temple dont les Celtes pensent qu’il s’agit d’un endroit maudit (et qui rappelle là que les traditions celtiques ont souvent été christianisées, afin de ramener au Dieu des Chrétiens les peuples « païens » évangélisés au début de l’ère chrétienne), la technologie utilisée à des fins néfastes (et personnifiée dans le moine Marzin, qui se prend pour la réincarnation de Merlin) et à des fins positives, en présence de l’intelligence artificielle dont le but semble être de pacifier la région et de donner une terre, et un chef, à ce petit peuple celte avant l’arrivée imminente des Vinéens en quête d’un abri plus pérenne que leurs bases souterraines trop proches de la surface. Par ailleurs, l’emplacement et l’univers où est installée cette fameuse « intelligence artificielle » fait vraiment penser au « coordinateur-robot » que Yoko a affronté dans sa toute première aventure, « Le Trio de l’Étrange », ou encore au « Guide Suprême », déifié par les survivants de Vinéa, dans « Les Trois soleils de Vinéa ». Dans ces deux derniers cas, ces « intelligences » s’étaient retournées contre les peuples qu’elles étaient sensées protéger et guider. Ici, l’intelligence en question semble tout faire concourir au bien du petit peuple celte… mais l’avenir seul nous dira ce qu’il en est vraimen.
Une intrigue un peu complexe, comme le sont celles des derniers albums, où Roger Leloup fait s’imbriquer de plus en plus les différents mondes qu’il a créés : le monde des Vinéens vivant sous Terre, le monde des Terriens vivant à la surface et celui des Terriens vivant sous Terre et qui semble avoir conservé des croyances païennes tout en étant en contact avec le christianisme d’une part et les Vinéens d’autre part…

Faut-il voir dans cette album une critique de la religion ? Une recherche d’équilibre entre les différents modes de pensée de communautés qui se côtoient malgré elles, contraintes et forcées par la tournure des événements ? En tout cas, l’humanisme de Roger Leloup, qu’il transmet à son héroïne depuis plusieurs décennies maintenant, reste bien le moteur et la « toile de fond » de la série. Reste à savoir jusqu’à tout cela ira ?
L’avenir nous le dira : un nouvel album est en préparation.


Pour cet album aussi, comme pour les précédents, une édition en grand format, avec un cahier de dessins et de textes permettant d’approfondir l’univers de Roger Leloup a été réalisée. Cet album est, comme toujours, d’une excellente facture, avec un beau papier de qualité et un confort de lecture certain.

Paru aux éditions Dupuis, 2017. ISBN : 978-2-8001-6953-8

samedi 12 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 27 : Le Secret de Khany, de Roger Leloup




Nous retrouvons Yoko, Emilia, Rosée, Vic, Pol, Mieke et Angela en Écosse, dans le cottage que Cécilia a mis à la disposition de Yoko et de ses amis afin qu’ils aient un pied-à-terre discret. C’est apparemment là que toute la bande a élu domicile depuis « La Servante de Lucifer », et Khany connaît bien l’endroit pour y avoir retrouvé Yoko et rencontré Emilia. Là encore, Khany revient de l’espace et s’invite dans la nuit écossaise, après la destruction par Emilia d’un robot qui survolait la propriété et s’en est pris à Yoko. L’engin explose en vol et fonce droit dans le lac où Khany et Yoko vont le récupérer. Apparemment, ce robot prend Yoko pour Khany et celle-ci est inquiète pour la sécurité de son amie, d’où son arrivée nocturne.
Khany explique ainsi à Yoko qu’elle a découvert un programme lancé par Karpan (voir « Le Trio de l’Étrange » et « La Forge de Vulcain ») et dont un sujet est présent au sein d’une section d’adolescents en léthargie que Lâthy et Khany étaient chargées de vérifier. Or ce programme consiste en une purification de la terre en y éliminant microbes et bactéries, afin de permettre aux Vinéens alliés à Karpan de conquérir la surface terrestre sans danger. Ce programme a bien sûr été arrêté, car il détruirait toute vie sur Terre. Mais il était enregistré dans la mémoire d’une surdouée que, par prudence, les Vinéens ont alors maintenue en léthargie. Sauf que l’adolescente en question s’est échappée de son étui et a utilisé une navette pour se rendre sur Mars, où elle compte profiter d’un « accélérateur-lanceur » pointé vers la Terre pour y activer le programme. Le danger de voir la vie s’éteindre sur Terre est donc réel, aux dires de Khany, et celle-ci invite Yoko à se joindre à elle pour aller sur Mars récupérer l’adolescente et le programme afin de préserver leurs vies à tous.

Yoko décide d’accepter la mission, en emmenant avec elle Vic, Pol, Emilia et Rosée. Poky et Lâthy font bien sûr partie du voyage et l’équipage se met rapidement en route. Mais Yoko découvre rapidement que Khany ne lui a pas tout dit sur l’origine de l’adolescente qu’elles sont chargées de récupérer. En réalité, cette jeune fille est issue de manipulations génétiques : il s’agit d’un « être hybride aux vertus vinéennes et terriennes capable de résister aux agents pathogènes qui infestent la Terre. » Seulement cet être biologique artificiel n’est pas capable de réflexion et uniquement programmé pour exécuter le plan qui lui a été inculqué…

Les deux jeunes femmes mettent les pieds sur Mars et y sont accueillies par des robots qui les emmènent dans le sous-sol de la planète Rouge où elle vont découvrir un complexe d’origine vinéenne ainsi que le fameux lanceur. Elles y rencontrent aussi Têvy, la jeune hybride, mais Khany devient très vite l’otage de Gorka, le second de Karpan, qui poursuit le projet de son ancien maître et veut se servir de Khany pour éviter la destruction, par les Vinéens, du module qu’il va envoyer sur Terre afin d’y détruire toute vie…

Du côté visuel et graphique, c’est toujours inventif et le jeu des couleurs, entamé depuis quelques albums sur le mode du camaïeu, est vraiment magnifique. Certains personnages ont des visages un peu trop anguleux à mon goût… confirmant encore une fois que cette évolution dans le dessin n’est pas ma préférée dans la série.

Cet album est plutôt étrange et ma première pensée, quand je l’ai lu, a été qu’il commence à y avoir beaucoup de monde dans cette série. Heureusement, Roger a la sagesse de ne donner une place « active » qu’aux personnages réellement indispensables à l’intrigue, ou qui ont une raison vitale d’y être. En l’occurrence, les enfants (Rosée et Emilia) n’ont qu’une place secondaire dans l’histoire, mais les laisser sur Terre aurait été dangereux, puisque Khany était la véritable cible de l’attaque que Yoko a essuyée et que, de fait, les enfants auraient été en danger si elles étaient restées seules sur Terre…

Si l’intrigue change de lieu au fil des albums (on passe de Vinéa au sous-sol terrestre puis à Mars), les univers graphiques vinéens restent très facilement identifiables. Comme une sorte de repère visuel qui confère aussi son identité à l’histoire. Cependant, les différents « mondes » créés par Roger Leloup s’interpénètrent de plus en plus, complexifiant toujours davantage l’intrigue et l’atmosphère de la série.
Cependant, les mêmes principes restent toujours valables : malgré les circonstances qui, dans notre monde actuel et notre culture américanisée, auraient justifié un meurtre de la part de Yoko envers Gorka, c’est toujours son respect de la vie qui prime. Quand mort il y a, ce n’est pas elle qui en est la cause. Ici, en l’espèce, c’est Myna qui appuie sur le bouton qui déclenche la bombe qui tue Gorka, Yoko ne pouvant moralement pas s’y résoudre. Faut-il y voir une sorte de « pirouette » de l’auteur afin que son héroïne ne se salisse pas les mains ? Ou bien une distinction entre la morale et la conscience d’un être humain doté d’une éthique et la logique froide et pratique d’un robot, fût-il « intelligent » ?
En tout cas, Roger parle ici, en creux, du respect de la vie, et de toute vie, même de celle d’un hybride conçu à des fins meurtrières, à partir du moment où cette vie existe. Même si ce n’est sans doute pas la volonté de l’auteur, j’y vois très nettement une notion qui est importante pour nombre de croyants aujourd’hui : le respect de la vie dès sa conception et le combat pour le droit à vivre, contre l’avortement et l’euthanasie. Sans doute est-ce aller un peu loin en ce qui concerne Roger Leloup, qui s’est toujours bien gardé de lancer ses héros dans des aventures politiques, mais il est de mon droit de lectrice de faire les parallèles… tout en sachant parfaitement d’où ils viennent. C’est-à-dire de ma propre réflexion. Roger, si vous lisez ce billet, j’espère que vous ne vous méprendrez pas sur mes intentions ! :)
En tout cas, la série reste fidèle à ce qui a fait son succès et aux valeurs humanistes de Yoko : le respect de la vie, l’abnégation, le courage, qui peut aller, comme dans le cas de Khany et de Têvy, jusqu’à la volonté de donner sa vie pour sauver celles des autres…


Comme pour chacun des derniers albums, depuis « Le Septième Code », celui-ci a été l’objet d’une édition en grand format, intitulé « Esquisses d’une œuvre ». Qualité irréprochable, comme toujours !

Paru aux éditions Dupuis, 2015. ISBN : 978-2-8001-6339-0

vendredi 11 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 24 : Le Septième Code, de Roger Leloup.




Quatre ans d’attente ! C’est le plus long délai, à ma connaissance, entre deux albums. Il faut dire que Roger Leloup a du affronter, durant cette période entre « La Pagode des Brumes » et « Le Septième Code » une épreuve difficile, qui a été la déformation, voire la dénaturation complète de la série aux fins d’un dessin animé pour lequel il avait au départ donné son accord. Devant le résultat et la trahison de l’esprit de la série, il a, après un certain temps de bataille sans doute judiciaire, obtenu gain de cause. Le dessin animé est sorti, mais toute mention de Yoko ou d’une quelconque référence à la bande dessinée a été supprimée, permettant à Roger de retrouver sa sérénité et sa fibre créatrice. Pour le plus grand bonheur des fans qui se sont beaucoup inquiétés, durant tout ce laps de temps.

Nous retrouvons Yoko en Amazonie, où elle pilote un hydravion sous la surveillance du propriétaire et pilote régulier de l’appareil. Pol a en effet été invité à participer à une partie d’échecs par un certain Monsieur Krüger. Les choses s’accélèrent immédiatement : la route de l’hydravion est coupée par un appareil plus petit, un biplan, piloté par Emilia (la fille du pilote de l’hydravion), qui n’a pas sa langue dans sa poche et, à 14 ans, fait preuve de beaucoup d’indépendance.
En réalité, Emilia et Yoko profitent rapidement d’un concours de circonstances pour aller explorer le sous-marin du père de M. Krüger qui, aux dires de celui-ci, recèle un trésor. Mais à leur retour, elles doivent se rendre à l’évidence : Rosée, Vic et Pol ont disparu…
Yoko et Emilia se lancent aux trousses de leurs ravisseurs et leur expédition les emmène au cœur de l’Amazonie, dans un lieu fantasmagorique où, durant les années Trente et la guerre qui suivit, le métal d’une météorite tombée à cet endroit a été exploité pour en faire des armes… L’ancienne usine sidérurgique a par la suite été réutilisée par les Russes durant la guerre froide et Yoko découvre avec horreur qu’une ogive nucléaire est toujours présente sur les lieux. Krüger veut voler cette tête nucléaire, mais l’un des soviétiques en mission sur le site, flairant le danger, a mis au point un système permettant de maintenir le site en sûreté. Avec ses compagnons, il s’est enfermé dans une chambre froide, en hibernation, chacun d’entre eux portant un code. En réunissant ces codes, on active l’ogive en question. La « clé » du dispositif étant cachée derrière une partie d’échecs, les meilleurs spécialistes du jeu ont été dépêchés sur place… sans résultat. Mais l’arrivée de Yoko, Vic et Pol, accompagnés d’Emilia, va changer la donne…

Nous retrouvons ici la Comtesse Olga, déjà rencontrée dans « L’Or du Rhin ». Elle et le père d’Emilia sont très proches, au grand dam de l’adolescente qui ne leur facilite pas la tâche. En pleine rébellion, Emilia fait malgré tout preuve de courage et d’abnégation, ainsi que d’une franche tendance à l’inconscience face au danger. Elle va devenir au fil des pages une précieuse alliée pour Yoko.


Ce nouvel album m’a fait beaucoup de bien, je dois l’avouer. J’ai eu l’impression, en l’ouvrant, de « retrouver » la Yoko d’ « avant ». Avant quoi ? Je ne sais pas trop… Tout se passait comme s’il y avait eu une sorte de vide, et pas uniquement à cause du délai de parution entre l’album 23 et le 24ème. J’ai eu l’impression d’une énergie retrouvée, d’une sorte de fièvre créatrice, ou d’une fibre créatrice, plutôt, qui revenait. Un peu comme si la présence d’Emilia dans la série était devenue vitale au créateur de Yoko pour pouvoir avancer… En tout cas, cet album est une réussite, on y retrouve nombre d’ingrédients qui ont fait le succès de la série : l’humanisme de Yoko, notamment face à la technologie qui peut être utilisée à des fins destructrices et que Yoko va s’employer à contrer, dans le respect de la vie de chacun.
Emilia apporte quant à elle un vrai « plus », avec sa fraîcheur juvénile et son enthousiasme communicatif. Elle devient à partir de cet album l’un des personnages récurrents de la série, au même titre que Vic, Pol et Rosée.

Paru aux éditions Dupuis, 2005. ISBN : 2-8001-3358-9

jeudi 10 octobre 2019

Yoko Tsuno, tome 23 : La Pagode des Brumes, de Roger Leloup




Suite à l’arrivée de Sin-Yi au XXe siècle, Lin-Po éprouve quelques difficultés dans son nouveau rôle de mère. En effet, la petite Sin-Yi réclame Mei-Li, l’une des suivantes de la petite épouse, et Lin-Po n’en peut plus d’être comparée à la jeune femme. Monya décide d’aller chercher Mei-Li au XIe siècle, mais Yoko, dont la grand-mère chinoise lui racontait un conte parlant de la Pagode des Brumes, se sent obligée de l’accompagner. Finalement, Lin-Po et les deux petites filles les accompagnent, Lin-Po supposant que Mei-Li refuserait purement et simplement de risquer l’aventure sans la certitude d’y survivre…

Comme toujours, les choses vont s’avérer plus compliquées que prévu. Sur le chemin qui les mène à la Pagode, Yoko apprend que le conseiller Tch’ou est sur place. C’est lui qui a décidé d’envoyer les jeunes filles à la Pagode des Brumes, c’est donc auprès de lui que Yoko, Lin-Po et Monya trouveront les réponses aux questions qu’elles se posent. Mais elles apprennent aussi qu’un dragon terrorise les caravanes qui circulent dans la Passe des Fous et que les habitants de la région ont décidé de l’empoisonner. L’action se corse quand Yoko découvre un « talisman » en cage dans sur le dos d’un chameau : une jeune fille du nom de Liao qui souffre d’un problème cardiaque, réglé par une sorte de stimulateur primitif photosensible et qui doit son statut de talisman au fait qu’elle a le pouvoir de protéger les caravanes du feu du dragon. Yoko prend la décision d’aider la jeune Liao, qui lui apprend qu’un « esprit » vit dans la Pagode et c’est cet lui qui lui a donné le pectoral la maintenant en vie. Liao est donc dépendante de l’ « esprit », mais la suite de l’histoire prouve à Yoko que non seulement le « dragon » existe bien, mais que Liao a le pouvoir de le dompter. En cours de route, elle est prise d’un malaise et Yoko va devoir suivre ses indications pour pouvoir la sauver.

L’histoire est plutôt complexe… ou bien je n’ai pas lu cet album assez souvent pour en saisir toutes les subtilités. Il faut dire que « La Pagode des Brumes » et « La Jonque Céleste » ne sont pas du tout mes albums préférés. En tout cas, l’histoire finit bien, et c’est là l’essentiel. Ce qui est étrange, c’est que ce fameux « dragon » est en réalité une sorte de robot… un peu comme si l’univers des Vinéens venait faire une incursion au XIe siècle. Ce qui, dans l’univers de Roger Leloup, est une hypothèse plausible : rappelons que les Vinéens sont sous le sol terrestre depuis au moins deux millions d’années… pourquoi un de leurs robots n’aurait-il pas pu s’échapper du sous-sol et venir semer le trouble en Chine ? En tout cas, l’ « esprit » dans la pagode et le dragon sont liés et Yoko va dès lors chercher à les réunir, afin que le dragon puisse enfin quitter la Passe des Fous et rendre sa sérénité à cette partie de la Chine.
Nous n’aurons pas de réponse à la question qui est de savoir quelle est l’origine exacte du Dragon. Mais Liao est désormais libre et, avec Yu, elle a trouvé un ami et un support indéfectible !

Paru aux éditions Dupuis, 2001. ISBN : 2-8001-2948-4

mercredi 9 octobre 2019

Le Cycle de Cyann, tome 1 : La sOurce et la sOnde, de François Bourgeon et Claude Lacroix



La planète Olh, très loin de la Terre, dans un futur indéterminé, abrite une population dont les rapports sociaux sont très codifiés. Les habitants sont divisés en trois « classes » sociales : les MajO, en haut de l’échelle sociale, qui détiennent l’argent et le pouvoir ; les MediO, groupe ayant réussi à grimper dans l’échelle sociale et bénéficiant de facilités mais pas du pouvoir ; les MinO, tout en bas de l’échelle : le peuple pauvre, laborieux et soumis à l’élite dominante, la sOnde, dont la famille Olsimar est la plus puissante des représentants. Le Seigneur Lazuli Olsimar est le père de deux filles, Cyann, la plus âgée, et Azurée. Son fils, Colbato, est mort d’une maladie qui n’attaque que les hommes sur Olh, toutes classes confondues : les Fièvres Pourpres.
En temps que chef, Lazuli Olsimar se doit de trouver une solution pour protéger la population de cette épidémie meurtrière qui endeuille son peuple.

Une quatrième « classe » complète le paysage social d’Olh, celle des DéO, sorte de clergé local qui a pour nom la Source et pour divinité l’O, élément aquatique omniprésent sur la planète, dont la présence est à la fois purificatrice et dangereuse. Les DéO négocient, à travers la question de la recherche d’un remède aux Fièvres, un plus grand pouvoir sur Olh. Mais le Seigneur Olsimar trouve une parade en annonçant sa volonté d’envoyer Cyann, sa fille terrible, sur la planète IlO afin d’en ramener le remède tant espéré.

Il faut dire que Cyann est un personnage haut en couleurs. Née une cuillère en or dans la bouche, elle n’a rien eu à faire pour obtenir la position sociale qui est la sienne, contrairement à Nacara, son amie, MinO, qui travaille dur afin de voir sa vie s’améliorer.
Cyann est cynique, égocentrique, égoïste et orgueilleuse. Elle se met facilement en danger, par bravade, défi ou orgueil… et compte sur son amie pour la tirer régulièrement des mauvais pas dans lesquels elle se met sans arrêt… et pour apaiser sa hargne envers son père, avec qui elle a les pires difficultés à communiquer. Nacara, de son côté, a besoin de Cyann pour s’élever dans l’échelle sociale, et le seul mérite de Cyann est sa fidélité à cette amitié avec une MinO…

Lazuli, Cyann et Nacara vont se retrouver en première ligne pour cette expédition sur IlO et vont devoir déjouer plusieurs complots destinés à empêcher les jeunes filles d’effectuer le voyage. C’est que, derrière cette expédition, se trouvent des enjeux de pouvoir : si la sOnde n’envoie personne sur IlO, la sOurce, elle, est prête à le faire… moyennant l’octroi de concessions importantes sur IlO. De quoi attiser les convoitises de ce clergé pas toujours très clair !

J’ai pu lire cette bande dessinée peu après sa sortie (et elle a été rééditée plusieurs fois depuis, chez plusieurs éditeurs différents), et j’ai été bluffée.
Par l’histoire, tout d’abord, qui m’a ouvert la porte d’un monde, sinon réaliste, comme chez Roger Leloup, très cohérent, extrêmement bien construit, fouillé et « documenté ».

Par les dessins ensuite, très beaux, comme toujours chez Bourgeon. Attention, il s’agit là d’une bande dessinée pour adultes : tenues et attitudes suggestives (voir la couverture de la bande dessinée, ci-dessus pour un petit aperçu), allant jusqu’à l’érotisme dans certaines planches. Mais ces scènes ne sont pas gratuites et servent l’histoire, contrairement à ce qu’on pourrait trouver dans des bandes dessinées érotiques ou pornographiques. Malgré tout, ce fait, ainsi que la violence de certaines scènes, font que cette BD (et les autres du « Cycle de Cyann ») sont à mettre exclusivement entre les mains des plus de 18 ans.

La fin de cet opus ouvre sur le suivant : Cyann, Nacara et le reste de l’équipage sont à bord du « Simar-IlO », en route pour IlO, où une toute autre aventure les attend...

Paru aux éditions Casterman, 1993. ISBN : 2-203-38857-9.