En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

Et comme un blog se nourrit aussi
des commentaires de ses lecteurs,
n'hésitez pas à vous exprimer, vous aussi !

samedi 23 juillet 2011

Le Chant des âmes, de Frédérick Rapilly


Cela faisait un petit moment que je n'avais pas lu de roman policier (depuis Rennes Connection), et je me suis plongée avec délectation dans celui-ci. D'abord parce que j'aime bien les policiers, et que celui-ci commence dans un endroit que je connais bien : le village de Tréhorenteuc, la forêt de Brocéliande et le Val-sans-Retour avec l'Arbre d'Or. Ces lieux sont ceux des mythiques légendes arthuriennes, ce sont aussi des endroits que j'ai maintes fois arpentés lors de mon adolescence...
Le rapprochement s'arrête ici. La forêt de Brocéliande n'est que le point de départ de l'intrigue. Il s'agit d'un meurtre, bien sûr. Bien horrible, bien sanglant, et bien incompréhensible forcément. Pas de piste, tout le monde patauge... jusqu'à l'intervention d'une jeune photographe qui parvient à prendre des clichés de la scène du crime et à les vendre à un journal national, Paris Flash. Quelqu'un d'autre se retrouve très vite sur l'affaire : Marc Torkan, ex-grand reporter à Paris Flash reconverti suite au décès de sa femme dans la vente d'antiquités. Il est démoli, rustre, triste, il s'isole, se retranche du monde, pour fuir on ne sait quoi... Oui mais voilà : la jeune Katie va l'obliger à se bouger et Marc se retrouve très vite embarqué dans cette folle aventure...

J'ai littéralement dévoré ce roman ! Le rythme est effréné, l'intrigue est plutôt bien menée même si certaines clés sont un peu téléphonées (mais bien sûr, que ça a un lien avec la musique techno ! Ils sont débiles ou quoi, les gendarmes ?) Bref, quelques faiblesses, donc, mais globalement, ça se tient, et c'est déjà pas mal. Sinon, l'écriture est fluide, agréable, assez facile, l'intrigue tient la route, le rythme tient en haleine et on ne peut s'empêcher de tourner les pages pour en savoir plus...
Et puis, surtout, l'auteur sait de quoi il parle, et ça se sent. Il est lui-même ex-grand reporter et DJ, qui plus est blogueur. Les univers qu'il décrit (ceux de ses deux héros Marc et Jillian, une DJette qui va l'aider dans son enquête) sont donc particulièrement plausibles et cohérents, et on peut se demander parfois si l'enquête n'est pas finalement un prétexte pour effectuer une plongée dans cet univers méconnu, underground, de la techno... Ce que j'ai aimé aussi, ce sont les références disséminées tout au long du roman, à Yoko Tsuno (parce que je suis fan de Yoko Tsuno !) et à divers écrivains actuels. Le roman se termine sur la playlist de l'auteur, avec des liens vers des sites (dont celui de l'auteur) où on peut écouter la musique. Petite originalité qui permet d'entrer dans ce monde de manière un peu plus intime. Je n'aime pas cette musique, et je n'ai pas encore pris le temps d'aller farfouiller dans cette playlist, mais je ne dis pas que je ne le ferai pas...

En tout cas, pour ma part, j'ai apprécié cette véritable découverte. Ce monde m'est en effet totalement inconnu, et j'avoue avoir beaucoup de préjugés concernant les personnes qui se rendent à ces fêtes plus ou moins légales. Bien sûr, ici, le discours est orienté positivement, mais c'est une bonne chose d'avoir un son de cloche un peu différent de celui qu'on a l'habitude d'entendre...
Un bon polar, donc, qui se termine toutefois de manière très abrupte, laissant présager une suite. Espérons qu'elle sera aussi bien que la première partie !

Merci aux éditions Critic et à Bibliofolie pour ce formidable partenariat !

Paru aux éditions Critic (Thriller), 2011. ISBN : 978-2-9534998-4-1

mercredi 20 juillet 2011

L'Enfant bleu, de Henry Bauchau


Henry Bauchau, qui a d'abord étudié le droit, n'a jamais pu exercer pour cause de mobilisation au début de la Seconde guerre mondiale. Après le conflit, il a entamé une psychanalyse qui l'a transformé. Il mêle dans ce très beau roman la tendresse et la poésie, pour nous emmener dans la tête d'Orion, à la frontière entre l'art et la folie.
Orion, en effet, est un jeune psychotique (autiste), pris en charge en hôpital de jour. Il est muré dans sa psychose, et est sujet à de violentes crises dues aux "rayons" du "démon de Paris". Un jour, Véronique, poète, biologiste et "psycho-prof-un-peu-docteur" comme dit Orion, débarque à l'hôpital de jour, et commence la prise en charge d'Orion.
Des liens très forts se tissent entre le jeune garçon et sa thérapeute, à travers l'art sous toutes ses formes : dessin, peinture, sculpture, mais aussi poésie, musique...
Leur "relation" va durer 13 ans. 13 ans qui sont égrainés dans le roman au fil des progrès et des régressions d'Orion.
Orion, malgré (ou peut-être à cause de ?) sa violence sous-jacente, est un personnage très attachant. Il est seul, visiblement démuni devant des crises d'angoisse qu'il sent être "mauvaises", mais dans lesquelles, malgré tout, on sent qu'il prend un plaisir non dissimulé. L'utilisation de nombreux termes n'appartenant pas au langage français "normal" (bazardifié, déconstructionner, et ce ne sont que deux exemples) le rendent "crédible" aux yeux du lecteur, et lui permettent de "rentrer" dans la relation qui s'établit entre Orion et Véronique. Ces termes, d'ailleurs, permettent d'ajouter du sens au discours parfois décousu d'Orion : ils mettent des images sur les sentiments d'angoisse, de terreur qui habitent le jeune homme, et donnent au récit un aspect "visuel" très présent par ailleurs dans la description des œuvres que peint ou sculpte Orion.
Avec beaucoup de délicatesse et de retenue, Henry Bauchau est capable de donner à voir la sensualité d'une statue de bison, la détresse d'un Minotaure ou la musicalité d'une "harpe éolienne", que, pour autant, le lecteur ne pourra pas se représenter bien précisément. C'est bien là la magie de l'écriture : parvenir à susciter dans l'imagination du lecteur la création d'images mentales qui donnent toute leur saveur aux mots et aux récits. L'art, la folie, le rêve, l'imaginaire sont des éléments très présents dans "L'Enfant Bleu", à tel point que le lecteur se laisse prendre au "jeu" : "Et si c'était vrai ? Si Orion voyait vraiment des choses que le commun des mortels ne peut voir ?" Qu'est-ce qui, finalement, fait qu'une œuvre d'art en est une, et pas un vulgaire "truc" ? C'est parce qu'Orion est angoissé, handicapé, "fou", qu'il parvient, grâce à son don, à exposer ses œuvres où il exprime ses terreurs, ses envies, ses rêves... La création artistique, littéraire, n'est-ce pas aussi ça, permettre au monde de découvrir ce qui habite l'auteur ?
Ce roman se veut aussi en partie réaliste : un cas aussi grave qu'Orion ne peut pas sortir du handicap en deux temps trois mouvements. Il n'y a donc pas de happy end... Mais la fin donne un espoir immense en ce jeune homme, qui a déjà tellement avancé, qui a encore tellement de chemin à faire, et toute la vie devant lui...

Paru aux éditions Actes Sud, Paris, 2004. ISBN : 978-2-7427-5139-6
Paru aux éditions J'ai Lu, Paris, 2007. ISBN : 978-2-290-34839-0

lundi 18 juillet 2011

Les Autres, de Alice Ferney



Théo a vingt ans, et c'est le soir de son anniversaire. Niels, son frère, lui offre un jeu de société dont le but est de permettre aux joueurs de mieux se connaître entre eux, et qui devient le révélateur de secrets de famille soigneusement occultés jusque-là par la honte, la jalousie ou la souffrance.

J'étais très enthousiaste à l'idée de lire ce livre. J'avais été conquise par Grâce et dénuement, et j'attendais beaucoup de ce roman-ci. Trop peut-être ? Pourtant, ça démarrait bien. Une construction originale, avec trois points de vue différents, loin de la classique narration omnisciente (qui est très bien aussi, mais j'aime bien l'originalité !). Trois parties, donc, et trois façons différentes de voir la même histoire.
Choses pensées, on est dans la tête des différents protagonistes : Théo et Niels, les deux frères, Nina, la grand-mère, Moussia, la mère, Luc, le père, Estelle et Marina, respectivement fiancée et meilleure amie de Théo, Arthur, le fils de Marina, Claude, le meilleur ami de Théo et Fleur, sa fiancée. C'est une partie qui se lit vite, où les événements sont dévoilés sans être explicités. On va de surprise en surprise, le cadre s'installe sans que l'on sache rien du déroulement de la soirée elle-même. Le lecteur passe d'un personnage à l'autre sans logique apparente, et il faut un peu s'accrocher pour suivre, mais le tout reste fluide et très accessible malgré l'opacité du récit. C'est clair qu'il manque des éléments, comme un récit à trous, et j'ai bien aimé comprendre petit à petit, en fonction des pensées des uns et des autres, comme les pièces d'un puzzle qui se mettent peu à peu en place.
Choses dites, la deuxième partie, est beaucoup plus claire, dynamique. C'est leur cœur du récit, où l'on suit les personnages à travers essentiellement ce qu'ils se disent. L'histoire est brute, sans artifices ni fioritures, et comporte énormément de dialogues, complément indispensable à la première partie. C'est en effet là que se construit l'histoire, ou plutôt qu'elle devient intelligible dans son déroulement.
Choses rapportées, c'est la troisième partie, écrite d'un point de vue narratif à la fois externe et interne. On y trouve les points de vue des uns et des autres, avec le contexte, complétant les deux premières parties. Le ton est plus intérieur, plus lent aussi dans la narration, et l'on prend plus le temps de poser les événements.

Sauf que voilà, la mayonnaise n'a pas pris avec moi. Les deux premières parties ont été vite lues, mais j'ai déjà senti un début de lassitude à la lecture de la deuxième partie, parce que je connaissais déjà l'histoire. La construction avec trois points de vue différents l'un après l'autre oblige à reprendre l'histoire du début à chaque fois, et même si chacun des trois récits apporte des éléments permettant une meilleure compréhension de l'ensemble, il s'agit malgré tout de la même histoire qui est racontée trois fois de suite. Du coup, quand je suis arrivée au début de la troisième partie, ma première réaction a été « ouf, celle-ci ne fait que 80 pages, ça ira plus vite ». Oui, mais en fait non : du fait du point de vue narratif plus intérieur, plus lent, je me suis profondément ennuyée durant cette troisième partie, dont les nouveaux éléments n'ont pas su compenser la répétition de l'histoire. Par la suite, j'ai compté les pages, en ai sauté d'autres, y suis revenue pour ne pas perdre le fil, me suis dit pour une fois que si je n'avais pas tout compris, ce n'était pas grave, lu la fin avant d'y être arrivée, et ça, c'est vraiment un signe d'ennui et de désintérêt profond pour le livre, parce que d'habitude, je suis plutôt du genre à relire un passage pour être sûre que je n'ai pas sauté de mots ou loupé quelque chose... Mais comme je n'aime pas lâcher un livre, j'ai persisté et ai fini par le terminer, avec un grand soulagement d'ailleurs !

J'ai donc été déçue par ce récit, alors que sa construction originale m'avait bien plu au départ. Le style d'écriture n'y est sans doute pas étranger : la lenteur des phrases de la troisième partie est vraiment soporifique, par rapport au dynamisme des dialogues de la seconde partie... Je me répète, mais c'est vraiment ce que je retiens de cette lecture. C'est dommage, parce que l'histoire en elle-même avait de quoi être intéressante : il est quand même question du deuil, de la maladie, des secrets de famille, de la perception qu'ont les autres de nous, de l'image que l'on donne de soi... Oui, il y avait énormément de sujets intéressants ici... qui n'ont pas trouvé d'échos de mon côté... Une petite déception, donc...

Paru aux éditions J'ai Lu, 2009. ISBN : 978-2-290-00656-6

samedi 16 juillet 2011

Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, de Darina al-Joundi et Mohamed Kacimi



Entre roman et témoignage, ce livre raconte l'histoire de Darina, enfant puis jeune fille qui vit et grandit à Beyrouth, au temps de la guerre civile (depuis la fin des années 1960 aux années 1980). L'Histoire est évoquée au gré de la vie de Darina, de ses déplacements avec ses parents, tous deux journalistes. Mais ce n'est pas un livre d'histoire. L'Histoire, la grande, n'est là que pour expliquer la descente aux enfers de cette jeune femme, élevée dans l'amour de la liberté, dans un pays où les femmes ne sont pas libres. Darina est libre, ou croit l'être, plutôt. Drogue, alcool, sexe, elle vit sa vie dangereusement, conditionnée par quinze ans de guerre et de violence. Jusqu'à sa « mort », celle qui lui permet de voir son propre carcan, et sa nouvelle naissance.

J'ai dévoré ce livre, bien écrit, au rythme effréné. On y suit Darina, sa famille, ses sœurs, au fil des bombardements, des déplacements pour échapper aux services secrets syriens, ses rencontres avec de nombreux hommes, sa vie « libérée », selon les vœux de son père, hostile à toute forme de soumission de la femme, et en particulier de ses filles... La violence est omniprésente, qu'elle soit dans la guerre elle-même ou dans la vie quotidienne, les viols, les luttes pour la survie tout simplement... Et surtout, Darina explique parfaitement bien l'enchaînement des événements, comment elle est passée du viol initial à la boulimie sexuelle, à la drogue, à l'enfermement ; comment, aussi, le fait de grandir pendant la guerre a pu modifier sa perception de la vie quotidienne, au point de rendre le silence plus angoissant encore que les balles ou les obus...
La couverture montre une belle femme brune, aux cheveux longs, vêtue de rouge, souriante, épanouie. Je suppose qu'il s'agit de Darina. Elle vit aujourd'hui en France où elle est comédienne. Ce visage est celui d'une rescapée, née une seconde fois après avoir traversé l'enfer. Elle ne parle dans ce témoignage que de cet enfer, elle a visiblement trouvé, par la suite, le chemin de la rédemption, celle qui permet la guérison et la vie.
Un très beau témoignage, qui montre une fois encore qu'il est possible de faire mieux que survivre, après avoir vécu le pire. Il est possible de revivre, de vivre, tout simplement.

Paru aux éditions Actes Sud, 2008. ISBN : 978-2-7427-7284-1.

jeudi 14 juillet 2011

Le Caveau de famille, de Katarina Mazetti


Le Caveau de famille, c'est la suite du Mec de la tombe d'à côté. J'avais beaucoup aimé le premier, j'ai aussi beaucoup apprécié le second opus, même si l'atmosphère de la deuxième partie est plus lourde que dans le premier épisode. Je suis en général plutôt bon public, mais il faut croire qu'à force de lire (et de chroniquer aussi, donc d'affûter ses arguments pour éviter de dire tout le temps la même chose), les avis s'aiguisent aussi... J'avais beaucoup, beaucoup ri lors de la lecture du Mec de la tombe d'à côté. Et ce second épisode est beaucoup, beaucoup moins drôle... Il est plus cynique, plus noir, mais, finalement, tout aussi bien. Dans un genre légèrement différent, donc.

Alors pourquoi, alors que l'humour du premier tome m'avait conquise, ai-je donc aimé le second ?
Tout simplement parce qu'un certain nombre d'éléments qui ont fait le succès du tome 1 se retrouvent dans le 2. Et que, pour moi, c'est un gage que je vais m'y retrouver aussi : je suis en terrain plus ou moins connu (oui, parce que j'ai beau être aventurière dans l'âme, j'aime bien aussi retrouver quelques repères. Ça aide).

Donc, le premier élément : les personnages. Benny et Désirée. Ces deux-là se sont quittés à la fin du premier tome, mais elle veut un bébé, et que ce soit lui le père. Ils se donnent trois essais. Si c'est négatif, leur histoire s'arrêtera là. Si c'est positif, eh bien... ils verront. D'entrée de jeu, ça me plaît bien, tout ça. Parce que c'est le genre de situation où tout est possible, et j'aime particulièrement quand, en plus, c'est compliqué (du genre : ils ne sont plus ensemble, mais c'est bien lui le père. Et si en plus, ça pouvait être des jumeaux, qu'est-ce que ce serait mieux !) (je crois que je vais faire mienne la devise shadokienne : « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »).

Deuxième élément : l'alternance du point de vue narratif. Ce procédé m'avait déjà beaucoup plu. Ici, on retrouve l'alternance Benny, Désirée... et Anita ! Du moins au début. Parce que Benny n'est pas libre, sinon, l'histoire serait bien moins drôle. Voilà qui promet de bons moments !

Troisième élément : L'humour en toutes situations. Et il en faut... Parce que la vie telle qu'elle se déroule pour Benny et Désirée est loin d'être un long fleuve tranquille. Ils sont comme tous les couples, évidemment : ils ont leur lot de coups durs, de galères... mais là, elles sont particulièrement difficiles, leurs galères ! Et le pire, c'est qu'elles sont très plausibles !

Quatrième élément : Elle : bibliothécaire. Lui : fermier. Et ça, ça me parle. Parce que, transposé à ma situation, ça donne : Elle : documentaliste. Lui : viticulteur. Même combat. Le parallèle entre ces situations de couples m'avait déjà bien fait rire à la lecture du premier tome, mais j'avoue que là, j'ai retrouvé des tas de points communs avec ce qui fait ma vie de couple et de famille (les vaches en moins, mais l'UE et les imbécilités de l'administration sont bien là !). Donc, à la lecture de ce roman, je me suis dit : « Ouf ! Même si c'est une fiction, ce que je vis est donc une réalité possible dans ce monde devenu dingue ! » Rien que pour ça, je suis contente de l'avoir lu !

Cinquième élément : On retrouve bien le style découvert dans Le Mec de la tombe d'à côté, même si le ton est plus dramatique. C'est d'ailleurs le seul petit regret que j'ai : j'ai eu l'impression, durant la lecture, que ce deuxième tome profitait en quelque sorte du succès du premier... Comme quand on a trouvé une recette formidable pour un gâteau et qu'on le refait plusieurs fois parce qu'il est vraiment bon, au risque, à la longue, de lasser... Je ne suis pas lassée des aventures de Désirée et Benny, mais j'avoue que si une suite de la suite devait voir le jour, j'aimerais être davantage surprise... (je suis exigeante, oui, c'est mon droit le plus strict !)

Alors oui, j'ai moins ri. C'est moins drôle. C'est aussi, il me semble, assez proche de la réalité. Et même si le trait est volontairement grossi (l'avalanche de problèmes à la fin fait un peu catalogue et me semble assez peu crédible, mais la réalité dépasse souvent la fiction, y compris dans ce domaine-là !), j'y retrouve beaucoup de questions qui se posent dans mon quotidien, et énormément de similitudes avec les situations intenables et impossibles dans lesquelles il nous arrive de nous retrouver, avec ma petite famille.
J'ai donc une affection particulière pour ce roman, qui a été, pour moi, un excellent moment de lecture !

Traduit du suédois par Lena Grumbach
Paru aux éditions Gaïa, 2011. ISBN : 978-2-84720-192-5.

Et parce que leurs avis divergent beaucoup, les billets de Cuné, Clara, Violaine (Arts Souilleurs) et Amanda Meyre, Cathulu, Tamara et  Emeraude.

mardi 12 juillet 2011

Un bleu si bleu, de Jean-François Dumont


C'est l'histoire d'un petit garçon un peu étrange, un rien bizarre. Il dessine, il peint. Et un jour, en rêve, il voit un beau bleu, un bleu si bleu et si beau qu'il ne peut s'empêcher, le matin venu, de partir à sa recherche. Il commence alors un très long voyage, une grande quête de ce beau bleu.
Voilà une très belle histoire de couleur, de musique, une histoire sur la beauté, l'amour... Le graphisme est très doux, riche et nuancé, la couleur, ou plutôt les diverses nuances de bleu sont omniprésentes sans pour autant surcharger le dessin, si bien que le lecteur glisse de la réalité, du plausible, au rêve, sans même s'en rendre compte. J'ai beaucoup aimé cet aspect, d'ailleurs, parce qu'il traduit très bien, pour moi, l'univers enfantin. Jusqu'à un certain âge, en effet, les enfants ne voient aucune objection, dans les livres, et même parfois dans la réalité, à ce que l'irréel, l'imaginaire fasse irruption dans la réalité, dans le quotidien. Et ce trait spécifique à l'enfance est, je crois, une des explications de toute cette poésie que l'on retrouve dans leurs mots d'enfants, dans ce qu'ils perçoivent du monde qui les entoure et des événements qu'ils vivent. Ce livre est un peu écrit de la même manière, et j'ai trouvé cet aspect vraiment intéressant !
Un beau livre pour les enfants poètes, rêveurs et sensibles, autour de 7 ans.
Un grand merci à mon libraire préféré, pour ses bons et avisés conseils !

Paru aux éditions Flammarion (Les Albums du Père Castor), 2003. ISBN : 978-2-08162063-6.

dimanche 10 juillet 2011

Chocolat amer, de Laura Esquivel


Le Mexique, au début du siècle. Tita est éprise, éperdument amoureuse, même, de Pedro. Et c'est réciproque. Mais leur amour est rendu impossible par une tradition de la famille de la jeune fille qui veut que la plus jeune s'occupe de sa mère jusqu'à la mort de celle-ci. Or Tita est la plus jeune. Pour vivre son amour pour Pedro, elle va donc devoir braver les interdits et... sa terrible mère.
On est là clairement dans le roman sentimental. Mais pas tout à fait non plus. Ou plutôt si, mais celui-là a une particularité qui en fait un livre un peu à part dans ce type de littérature. Il est en effet construit en douze chapitres, tels les douze mois de l'année, auxquels sont associés un plat. Et l'auteur y ajoute des recettes de cuisine, car Tita, depuis sa naissance, a deux dons : celui des pleurs, et celui de la cuisine.
J'ai bien aimé ce roman, même si j'ai parfois eu certaines difficultés à entrer dans l'intrigue. Je ne suis pas du tout familière, ni de la littérature hispanique (et encore moins mexicaine), ni, vous le savez déjà puisque je l'ai déjà dit à propos de Grand amour, de la littérature sentimentale. Certains aspects du livre m'ont donc sans doute échappé. J'ai toutefois beaucoup apprécié son côté touche-à-tout, quelque peu délirant et flirtant par endroits avec l'étrange, voire le paranormal. C'est foisonnant, parfois drôle sans pour autant verser dans le comique, et les personnages sont bien campés, complexes. Ils ont une âme, une épaisseur, un caractère qui donne parfois envie de les consoler, de leur donner des claques, de leur botter les fesses ou de les booster selon les moments du récit. Bref, on s'y attache, à toutes ces personnes qui gravitent autour de Tita.

Il est question ici d'une famille, quelque peu hors-normes, d'ailleurs, avec toute la complexité que cela suppose, toutes les joies aussi, les aléas de la vie également. Et puis le récit se déroule en plein cœur de la révolution mexicaine, période ô combien troublée, mais qui donne lieu à des scènes ici fantasques et hautes en couleurs.
Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer un petit extrait :

Mamà Elena leva le fusil, se cala contre le mur pour ne pas tomber à la renverse à cause du recul, et tira dans les poules. Des morceaux de viande s'éparpillèrent et une odeur de plumes brûlées se répandit.
- Je tire très bien et j'ai très mauvais caractère, capitaine. La prochaine balle est pour vous et je vous jure que je peux vous avoir avant qu'on me tue. Mieux vaut en rester là : si nous mourons, personne n'aura besoin de moi, c'est sûr, mais la nation regrettera beaucoup votre perte, pas vrai ?
Le regard de Mamà Elena était réellement difficile à soutenir, même pour un capitaine. Il avait quelque chose de terrifiant. Il suscitait une peur inexplicable, l'impression d'être jugé et condamné pour les fautes commises. On se retrouvait comme un enfant devant sa mère. (p. 98-99)

J'ai donc globalement passé un bon moment à la lecture de ce livre, même s'il ne restera pas parmi mes préférés de l'année !

Traduit de l'espagnol par Eduardo Jimenez et Jacques Rémy-Zéphir.
Paru aux éditions Gallimard (Folio), 2009. ISBN : 978-2-07-037947-7.

vendredi 8 juillet 2011

Dieu merci, je suis amoureuse, de Rosita Celentano



Quand on lit le titre du livre, et qu'on sait par ailleurs de quoi il parle, il y a deux choses qui viennent à l'esprit : soit c'est de la provocation, soit l'auteur a un humour féroce. Parce que le titre ne dit pas de quoi ça parle, mais, en quelque sorte, le contraire. Ou plutôt, il pourrait être pris comme une sorte de conclusion de tout ce que raconte le livre. Je m'explique.
Que les choses soient bien claires : il est ici question du couple, certes, mais aussi et surtout de la trahison au sein du couple. L'auteur emploie énormément les mots « cocufié(e) » et « cornes ». Il est donc question d'atteinte à l'intégrité du couple, de transgression de la promesse de fidélité au sein du mariage. Mais la trahison ne vient pas uniquement quand on est marié, donc on peut élargir très facilement le propos à tous les couples, mariés ou non.
Quand j'ai postulé pour ce partenariat, je savais que j'allais m'attaquer à un témoignage, et j'en ai été plutôt contente, parce que ça ne m'arrive pas si souvent ces temps-ci. A la fin de la lecture, j'étais très enthousiaste, mais là, j'avoue que quelques jours après, je suis maintenant un peu mitigée. Pas par le contenu du témoignage. Il s'agit du récit de l'expérience de l'auteure, qui, comme toute expérience, est personnelle. Il n'y a donc rien à reprocher à l'auteur à ce niveau-là : elle raconte son expérience, et tente d'en tirer les leçons de vie qui s'imposent, pour elle, pour lui permettre d'être heureuse. D'ailleurs, elle l'est, elle le dit dans tout son témoignage, et le ton employé ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Le style est enlevé, humoristique sans être graveleux ou de mauvais goût, le plus souvent très respectueux des personnes évoquées, signe qu'il ne s'agit nullement ici d'un règlement de comptes, mais bien de la mise à plat d'une expérience qui, pour douloureuse qu'elle a dû être, n'en est pas moins constructive pour l'auteur.
Un témoignage intéressant qui plus est, puisque Rosita Celentano a l'intelligence de regarder les choses en face et de ne pas rejeter la faute de la trahison au coupable apparent. En effet, dans les situations qu'elle décrit, la plupart sont le fait des hommes, qui se sont rendus coupable d'une relation extra-conjugale et donc de trahison envers leur compagne. Elle évoque aussi sa propre trahison, en décrivant les raisons objectives qui l'ont poussée à cet acte. Que ces raisons l'excusent ou non n'est même pas la question ici : elle décrit les faits, purement et simplement, sans artifice, sans fard, vraisemblablement en toute vérité (ce qui est invérifiable en soi, à moins de mener une enquête poussée sur la vie privée de l'auteure, mais ce n'est pas forcément l'objectif, pour ma part, cela me paraît totalement impossible, en ce qui me concerne du moins, donc je prends le parti de dire que ce qu'elle écrit correspond à la vérité, ça rend les choses plus simples, parce que, sinon, on peut mettre en doute l'intégralité du livre). J'ai pris le parti, donc, de croire que Rosita expose dans toute sa vérité ses déboires amoureux, y compris quand la fautive, c'est elle.
Et j'ai bien aimé la façon dont elle le fait, je le disais plus haut, parce que pour une fois, le fautif a beau être l'homme dans la grande majorité des cas, les diverses observations de l'auteure l'amènent à penser que les responsabilités sont pour le moins partagées, voire en grande partie du fait des femmes elles-mêmes. Eh oui, mesdames : nous serions tout aussi responsables que nos hommes de leur infidélité. Pas forcément la femme bafouée en personne, non, mais les femmes en général, parce que ce que dit l'auteur en substance, c'est qu'un homme est par essence volage, attiré par les femmes, et donc tenté d'aller voir ailleurs ce qui s'y passe. Et que s'ils passent à l'acte malgré l'amour qu'ils portent à la femme qui partage leur vie, c'est tout simplement parce que de l'autre côté, il y a au moins une femme assez vile pour l'attirer dans son lit alors qu'elle est tout à fait au courant qu'il n'est pas libre... Ce qui amène l'auteur à considérer la double responsabilité, et donc à nuancer plutôt finement cet aspect de la relation conjugale.

Alors si tout cela m'a plu, pourquoi suis-je mitigée ? Eh bien parce que justement, je ne suis pas tout à fait d'accord avec elle sur cette question (pas sur la responsabilité partagée, mais sur la responsabilité de l'homme). Alors certes, je ne suis pas là pour engager un débat d'opinion sur l'infidélité des hommes et la responsabilité des femmes, mais pour faire une critique d'un ouvrage. Mais justement, cet aspect « les femmes sont responsables, peut-être même plus que les hommes » m'a un peu énervée dans la mesure où cela fait passer les hommes pour des gamins, des êtres infantiles qui seraient incapables de résister à leurs pulsions, et que du coup, je trouve cela plutôt méprisant pour les hommes. Alors certes, et Rosita Celentano le dit aussi dans son témoignage, elle est italienne et cela fait peut-être une grande différence. Mais ce qui m'a le plus énervée ici, c'est sa propension à généraliser un peu trop à mon goût les processus qui conduisent certains hommes à tromper leur femme ou compagne. Et ça, passer du témoignage personnel à la généralité quasi-universelle, chez moi, ça a un peu de mal à passer, parce que cela suppose que les hommes (et les femmes) sont tous les mêmes, qu'ils n'ont aucune personnalité propre, et qu'ils sont conduits par leurs hormones plus que par leur intelligence, leur coeur ou leur jugement. Et comble de tout cela, son récit semble enfermer la gent masculine dans le rôle de « trompeur irresponsable », sans évolution possible ou à peu près. Quid de la responsabilité ? Du fait que l'on apprend de ses erreurs ? Il semble ici ne pas en être question.
Donc, vous l'aurez compris, ce que je reproche à ce livre, c'est plus une généralisation abusive de situations conjugales qui peuvent être complexes, et qui réduisent l'homme à un être guidé par ses gènes, sans laisser de place (ou si peu) à la psychologie de la personne, à son développement, au caractère propre de chacun.

Et puis, il y a la fin. Trois petites pages qui, certes, sont intéressantes, mais qui ne me semblaient pas indispensables. Et surtout, qui n'ont à mon avis pas grand-chose à voir avec le reste : il s'agit de l'intervention d'une voyante qui part du thème astral de l'auteur pour en faire je ne sais quoi (j'ai fini le livre il y a une semaine, et j'ai déjà oublié ces dernières pages, signe chez moi qu'elles n'apportent rien au texte, même pas un complément permettant de comprendre la personnalité de l'auteur). La seule chose que j'en retiens, c'est que Rosita a un caractère heureux. Tant mieux pour elle, mais était-il nécessaire de l'écrire noir sur blanc, alors même que ce trait particulier de son caractère transparaît dans tout son témoignage ? Le seul fait d'écrire sur ce sujet si personnel et si difficile, avec ce ton-là, permet de supposer que malgré la souffrance (qu'elle ne nie pas), Rosita Celentano a admirablement réussi non seulement à accepter les faits, y compris sa propre responsabilité dans le déroulement des événements, mais aussi à en faire une force dans sa vie quotidienne. Et là, je dis bravo ! Alors pourquoi ajouter ces quelques pages ?
Une conclusion avec un bémol, donc, pour un ouvrage qui, sans cela, avait tout ou presque pour être un bon témoignage : un ton drôle, ni moralisateur, ni pesant, un humour vif sans être cinglant ou cynique, et une vision des choses très nuancée. Au final, que je ne sois pas d'accord avec l'auteur est plutôt une bonne chose : cela m'aura permis de regarder les hommes (dont mon mari) un peu différemment, le temps de cette lecture, et d'aiguiser un peu plus ma manière de voir le couple.

Un grand, grand merci à Newsbook et aux éditions Pascal Galodé pour ce rafraîchissant partenariat !


Traduit de l'italien par Béatrice Vierne.
Paru aux éditions Pascal Galodé, 2011. ISBN : 978-2-35593-134-5.

jeudi 7 juillet 2011

Vacances, vacances...

Non, ce blog n'est pas en friche ! C'est juste que... je suis un peu débordée, très fatiguée et... j'avoue que j'ai un peu la flemme en ce moment. Mais comme j'ai pas mal de billets en retard, je m'y remets très prochainement, c'est promis, juré ! (d'autant que j'ai des engagements à respecter !)
A tout bientôt, donc !