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lundi 21 août 2023

Histoire d'une âme, de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face


Ce livre, comme bien d’autres, fait partie de ceux que je voulais lire depuis très, très longtemps. Le tirage que j’ai date de… 2006. Oui. Rien que ça.

Alors je me dis qu’il faut un temps pour tout, et celui de lire « Histoire d’une âme » était sans doute venu. Peut-être d’ailleurs que je n’étais pas prête avant à me prendre une claque magistrale comme celle que je viens de prendre. Peut-être que, lu plus tôt, je serais passée à côté de ce remarquable petit livre, très court (286 p., notes et table des matières incluses). Et sans doute que cette lecture, dont on m’avait dit tant de bien, me faisait un peu peur jusque là. J’avais peut-être peur de ne pas comprendre, de ne pas en saisir la portée, de ne pas être à la hauteur des exigences spirituelles qu’il demande… Je me trouve toujours des tas d’excuses pour ne pas lire un livre quand je ne veux pas être dérangée par lui !

Alors j’ai fini par l’ouvrir, ce livre, et je comprends mieux l’engouement qu’il a provoqué. C’est une mine d’or spirituelle. Ce qui m’a frappée en premier lieu, c’est la maturité de Sainte Thérèse quand elle l’a écrit. Il s’agit d’une autobiographie, écrite par la sainte elle-même à la demande de sa sœur (biologique et en religion, 4 des 5 sœurs Martin étant entrées au Carmel de Lisieux), au moment où cette dernière (Mère Agnès de Jésus en religion) était la Supérieure du Carmel de Lisieux. Thérèse commence par ses souvenirs d’enfance (Manuscrit A) puis sa vocation (Manuscrit B) et enfin sa vie de carmélite (Manuscrit C). En complément, des documents comme le billet de profession de Thérèse, et des lettres de Thérèse à Sœur Marie et inversement.

Ce qui est frappant (et ce n’est pas pour rien que Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face est docteur de l’Église), c’est la « petite voie » proposée par Thérèse, expérience d’humilité, de petitesse et de confiance face à la tendresse infinie de Dieu. Une expérience qui nourrit depuis plus d’un siècle maintenant la foi de nombreux croyants qui y ont vu, dès la mort de la sainte, un vrai chemin de sanctification accessible à tous.

Ce livre est, contrairement à mes craintes absurdes, très, très facile à lire ! Et donc accessible à tous.


Paru aux éditions Pocket, 1998. ISBN : 2-266-08342-2.

vendredi 31 juillet 2020

Ma vie avec vous, de Henri Caffart et Marie Compagne

Mon mari et moi avons rencontré Henri Caffart, prêtre à la retraite du Nord de la France, il y a quelques années, lors d’un de ses séjours chez un de nos voisins, retraité lui aussi, avec qui nous avons quelques liens puisqu’il est né dans la maison que nous avons achetée. Le monde est petit, donc. Encore une fois !

Henri Caffart est né en 1931, dans une petite ville du Nord et il a très tôt eu le profond désir de devenir prêtre. Peu doué à l’école et avec un parcours difficile, tant lié aux événements familiaux (son père meurt en 1938) qu’à la grande histoire (le contexte de la Seconde Guerre Mondiale n’a rien arrangé, bien sûr), il prend des chemins détournés et est finalement ordonné prêtre quelques années avant le Concile Vatican II, à une période dans la vie de l’Église où commence à souffler un vent de « modernité » qui va vite remettre beaucoup de choses en question. Du port de la soutane à la question du mariage des prêtres, le Père Henri Caffart va observer tous ces bouleversements et les traverser avec une seule ligne de conduite : aimer Jésus à travers les personnes qu’il est amené à rencontrer, en particulier les plus pauvres. Il est donc prêtre, engagé dans l’esprit du Prado, devient prêtre-ouvrier, s’engage aussi dans le mouvement Vie Libre en tant qu’abstinent volontaire durant quarante ans, devient délégué du personnel puis conseiller aux Prud’hommes, et enfin prêtre exorciste.

J’ai été très touchée par son témoignage. Il fait partie de ceux, âgés aujourd’hui, qui ont connu l’avant-Concile, le Concile et tout ce qu’il a entraîné, les expérimentations plus ou moins heureuses dans l’Église, le départ de beaucoup de ses confrères… Et ce qui m’a vraiment touchée, c’est sa bienveillance, son amitié sincère, son ouverture à tous, sa capacité à voir le meilleur en chacun et à ne pas lâcher quelqu’un qui appelait à l’aide.

Oui, un très beau témoignage, qui laisse une impression de paix, de joie, d’un regard sans complaisance sur le mal, mais doux envers les personnes...

Marie Compagne est la biographe à qui ont doit cet ouvrage, très bien écrit au demeurant !

Paru aux éditions Votre Biographie Éditions, 2020.


samedi 13 avril 2019

Requiem pour Nagasaki : Biographie de Takashi Nagai, le « Gandhi japonais », de Paul Glynn




Mon ancien accompagnateur spirituel m’avait demandé, au mois d’octobre dernier, de me renseigner sur Takashi Nagai, médecin militaire japonais, mort quelques années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. J’ai bien sûr commencé par Internet, en première exploration : qui était cet homme ? Avait-il écrit des ouvrages ? Une biographie existait-elle ? Et j’ai trouvé immédiatement beaucoup de réponses. Takashi Nagai, radiologue, a survécu à l’explosion de Fatman, la bombe qui est tombée sur la ville de Nagasaki, le 9 août 1945, trois jours après celle qui a détruit en grande partie Hiroshima.
De mes souvenirs d’histoire, je gardais en mémoire la martyre d’Hiroshima, les images de l’horreur absolue, la colère face aux destructions et surtout à l’atroce massacre d’innocents, immédiat, mais aussi à retardement, lié aux radiations. Jamais je n’avais osé ouvre cette fenêtre, ne voulant pas voir l’horreur en face.
Et voilà que ça m’était demandé par mon accompagnateur spirituel, comme quelque chose qui me permettrait d’avancer dans la foi.
Le « jeu », dans l’accompagnement, consiste, pour moi, à obéir à ce qui m’est demandé et de voir où cela me conduit, quitte à tout arrêter si c’est trop dur ou à différer si je ne suis pas prête. Ces arrêts, définitifs ou temporaires, font partie d’ailleurs de l’accompagnement.
Concernant Takashi Nagai, j’ai d’abord lu des résumés de sa vie et des extraits de son livre « Les Cloches de Nagasaki », me familiarisant peu à peu avec cet homme. Jusqu’à commander ce livre d’occasion, puisque introuvable neuf à des prix raisonnables.

Et j’ai commencé ma lecture.
Paul Glynn livre là plus qu’une biographie, puisqu’il retrace (succinctement, puisque ce n’est pas l’objet premier du livre) les vies du grand-père et du père de Takashi Nagai, vies indispensables à connaître pour comprendre Takashi lui-même. Mais il donne également de nombreuses clés pour permettre à l’occidentale que je suis de pouvoir un peu comprendre aussi la mentalité japonaise. Sans ces éléments, le récit brut de la vie de Takashi Nagai serait totalement incompréhensible, tant la mentalité japonaise du milieu du XXe siècle est éloignée de la nôtre, occidentaux.

Takashi Nagai est un jeune étudiant en médecine, athée, au moment où éclate la guerre sino-japonaise durant les années trente. Juste avant sa mobilisation, il avait trouvé un logement dans la maison des parents de Midori, à Nagasaki, dans le quartier chrétien d’Urakami. Cette famille, chrétienne, sera le point d’ancrage de Takashi et lui permettra de vivre un début de conversion au catholicisme à Noël 1932, quelques temps avant d’être envoyé comme médecin militaire sur le front chinois.
Après la guerre sino-japonaise, Takashi se convertit et épouse Midori. De leur union naîtront un fils puis une fille.

Takashi Nagai est ensuite devenu médecin radiologue, qui travaille d’arrache-pied pour permettre aux nombreux malades de la tuberculose de pouvoir bénéficier, grâce aux radios thoraciques récemment mises au point, d’être diagnostiqués puis traités à temps. Il étudie du même coup les radiations elles-mêmes et, le 8 août 1945, il apprend à sa femme, Midori, qu’il est atteint de leucémie, contractée suite à une trop grande et trop fréquente exposition aux radiations. Il n’a plus qu’une espérance de vie très limitée mais il repart à l’hôpital pour y assurer sa garde qui doit durer jusqu’au lendemain soir.
Le lendemain matin, 9 août, c’est l’explosion de la bombe sur Nagasaki, dont les effets vont être dévastateurs.
Takashi est à l’hôpital au moment de l’explosion, dont il va être protégé des effets directs, contrairement à nombre d’étudiants et, surtout, à Midori qui a été brûlée vive à 11h, ce matin-là.

Ce qui m’a frappée dans ce récit, c’est la personnalité de Takashi. Toute sa vie, après la bombe, a été éclairée par sa foi lumineuse. Takashi Nagai a, dans un premier temps, porté secours aux malades et aux mourants au sein même des ruines de l’hôpital où il se trouvait au moment de l’explosion. Ce n’est qu’au bout de trois jours qu’il a pu se rendre à l’endroit où se trouvait auparavant sa maison, où il n’a retrouvé que les cendres de son épouse, ainsi que son chapelet, intact. Par la suite, le docteur Nagai a organisé les secours dans les villages alentours, puis la reconstruction, en commençant par la cathédrale d’Urakami, lieu important pour la population de la ville, à majorité chrétienne. Son intervention et sa foi ont aussi permis que la haine n’envahisse pas les cœurs des survivants. À tel point que la perception du drame, sans en oublier ni en minimiser l’horreur, a été durablement différente de ce qui s’est passé à Hiroshima.

« Hiroshima crie, Nagasaki prie. »

Aujourd’hui encore, plus de soixante-dix ans après, cette vision pacifique de Takashi Nagai imprègne encore les lieux mémoriels de Nagasaki.

Ce qui m’a frappée, c’est en particulier la lumière et la paix qui émaillent toute la vie de Takashi Nagai, en dépit des drames auxquels il a du faire face. Loin d’une sorte de « méthode Coué » qui l’aurait empêché de voir la réalité en face, il a observé, durant les cinq ans qui lui restaient à vivre après l’explosion de la bombe, en scientifique, les effets des radiations tant sur les sols que sur la végétation, les animaux ou les êtres humains. Et il s’observait lui-même en premier… Il était donc parfaitement conscient de ce qui se passait autour de lui, et en lui. Pourtant, cette paix intérieure et cette joie ne l’ont pas quitté. À la fin de sa vie, il s’est installé dans un minuscule abri tout proche de l’épicentre de l’explosion, où il n’a cessé d’écrire et de recevoir des visiteurs. Il était lumineux. Sa vie et celle de Midori disent beaucoup, en creux, de ce que peut être une réponse à la vocation des époux chrétiens. Ou comment la Foi parvient à transcender l’horreur absolue.

Paru aux éditions Nouvelle Cité, 1994. ISBN : 2-85313-267-6.

jeudi 12 mars 2015

De Lumière en Lumière : Vie de la Bienheureuse Chiara Badano, de Mariagrazia Magrini



Chiara Badano est née à Savone, dans le Nord de l'Italie, le 29 octobre 1971. Elle est morte dans son village, à Sassello, où elle a passé la majeure partie de sa vie, le 7 octobre 1990. Une vie très courte (pas tout à fait 19 ans), et pourtant Chiara a vécu dans la foi et la sagesse de Dieu depuis sa plus tendre enfance. Elle est la quatrième jeune non martyre béatifiée par l'Eglise, le 25 septembre 2010.
Une de mes amies m'a prêté ce livre parce qu'elle est particulièrement touchée par ces jeunes, ces enfants qui mènent des vies saintes, dans la foi. Mais j'ai attendu pas mal de temps avant de le lire, parce que je n'avais pas envie d'avoir sous les yeux la description de la souffrance incroyable de cette jeune fille, morte d'un des pires cancer des os qui existent après deux ans de douleurs intenables. Je pensais devoir faire face à la mort, à la souffrance... mais c'était sans compter la bonté de Dieu. En même temps que Chiara a eu à subir la douleur, Dieu lui a donné la grâce de la vivre dans la joie, dans l'abandon et le don total d'elle-même pour son "Premier Époux", son bien-aimé, Jésus, en s'unissant à ses souffrances sur la Croix. Aimée de Dieu, elle a eu la force de tout vivre et accepter pour Lui.

Le récit de la vie de Chiara Luce, du surnom qui lui a été donné par Chiara Lubich, fondatrice du mouvement des Focolari dont Chiara Badano a fait partie très jeune, est illuminé par cette joie profonde, sincère, qui l'habite dès l'enfance. La joie et aussi la volonté d'aimer l'autre, c'est-à-dire d'aimer Jésus à travers l'autre ou encore d'aimer l'autre comme s'il était Jésus. De mettre toujours Jésus "au milieu", de toujours chercher à le reconnaître dans la personne en face d'elle. C'est à travers les Mouvement des Focolari que Chiara approfondit sa foi et la vit au quotidien. Ce mouvement est vraisemblablement un élément essentiel de sa formation spirituelle et sera déterminant dans la manière de vivre l'épreuve et l'offrande.
Autre caractéristique de cette jeune fille : elle a toujours offert à Jésus ses peines, ses souffrances, ses difficultés, qu'elles soient d'ordre relationnel, scolaire ou personnel.
Une des choses qui m'a le plus frappée, c'est la manière dont elle a accepté le diagnostic final, la réaction qu'elle a eue face à sa mère, au retour de l'hôpital où le médecin lui a appris qu'elle ne guérirait pas, que tout était perdu. Elle a demandé à sa mère de se taire, de ne pas lui parler maintenant et est restée assise dans le canapé et y est restée prostrée pendant... 25 minutes. Vingt cinq minutes au bout desquelles elle a dit à sa mère : "Tu peux parler". Entre-temps, on ne peut que supposer ce qui s'est passé. Sans doute a-t-elle confié sa vie au Christ, sans doute est-ce le temps qu'il lui a fallu pour accepter le verdict et ce qu'il voulait dire, avec la grâce de Dieu et dans l'abandon, la confiance totale et l'amour pour le Christ dont elle fait preuve depuis sa petite enfance : "Si tu le veux, Jésus, je le veux, moi aussi".

En dehors de la manière dont elle a vécu la maladie, ce qui est frappant, chez Chiara Luce, c'est sa manière de vivre avec les autres. Bien que réservée, cette jolie jeune fille a toujours été entourée d'amis, elle était aimée de tous. Et vivait tout dans la paix et la sérénité, qu'elle savait communiquer à tous ceux qui venaient la voir, les soutenant et les réconfortant.

J'ai été littéralement scotchée par cette biographie. J'y ai vu l'histoire d'une sorte de comète ou d'étoile filante. Une vie de foi dont la fulgurance est incroyable : Si l'Eglise a béatifié Chiara, c'est qu'elle est un exemple de confiance et de foi dans notre monde qui a mis Dieu aux oubliettes depuis bien longtemps. Nous avons besoin de ces vies de Saints, de ces exemples de vies tout entières données au Christ et, par ricochet, données aux autres, puisque l'un ne va pas sans l'autre. Ce que j'ai appris, avec cette lecture, c'est qu'il ne peut y avoir de sainteté seule. L'amour pour le Christ est forcément fécond et ne peut qu'être tourné vers les autres. Et puis, l'exemple de Chiara Luce donne des "pistes" pour vivre une vie sainte, tournée vers le Christ et les autres. L'offrande et la prière en particulier. L'offrande de tout ce qui fait la vie quotidienne, des bonnes comme des mauvaises choses. Des joies de la journée comme des souffrances, physiques ou morales, des humiliations, des vexations ou des réussites, offrande aussi des renoncements, abandon à la volonté de Dieu.

Et puis, Chiara est un exemple d'humilité. Se faire petite fait partie de cette offrande, puisqu'elle semble en être un peu la conséquence. Si j'offre tout à Dieu, c'est que je reconnais aussi que rien ne vient de moi, que tout vient de Lui. Je n'ai donc aucune gloire à retirer de mes réussites : tout vient de Dieu. Je peux donc aussi tout lui offrir... et la boucle est bouclée.
C'est étonnant comme les choses se font bien. Le Seigneur pense à nous dans les moindres détails. Cette lecture, que j'ai terminée le week-end dernier, vient confirmer ce que m'a dit un prêtre samedi soir et me donner concrètement les moyens de faire ce qu'il m'a demandé de faire : offrir et me faire "petite"... J'ai maintenant des moyens concrets pour avancer sur ce chemin de la sainteté, auquel tous les baptisés sont appelés. Ben... y'a plus qu'à ! Et c'est là le plus difficile, mais quel défi, avec la grâce de Dieu !

Paru aux éditions du Jubilé, 2011. ISBN : 978-2-86679-530-6.

jeudi 15 janvier 2015

Le Mystère Goldman : portrait d'un homme très discret, de Eric Le Bourhis



Ma mère m'a offert ce livre pour Noël et, de façon assez surprenante, je l'ai dévoré. Surprenant, parce que j'ai pas moins de 5 autres livres en cours et que je m'étais promis de les terminer avant de commencer celui-là. Mais il faut croire que la fan qui sommeillait en moi devait prendre les rênes de mon cerveau et me propulser directement dans les pages de cette biographie de mon chanteur préféré...
Il faut dire que, quand j'ai découvert Goldman, j'avais 13 ans je crois, il est devenu mon "idole des jeunes" à moi. Le premier album que j'ai écouté, c'est Positif, soit en réalité son troisième en solo. Tous les albums parus précédemment (jusqu'à Entre gris clair et gris foncé inclus, puisque, même s'il est paru plus tard que Positif, je ne l'ai eu entre les mains pour la première fois que l'année suivante) sont venus plus tard, en bloc, offerts par mon parrain (un souvenir émerveillé !). Quant aux suivants, je les ai acquis les uns après les autres, quasiment religieusement, au fur et à mesure de leurs sorties dans les bacs des disquaires... Du coup, j'étais très curieuse de lire ce livre, forcément, même si je n'ai jamais été une fan au sens le plus jusqu'auboutiste du terme... (je confesse un poster dans mon armoire et des paroles de chansons dans mon agenda, mais c'est à peu près tout en ce qui concerne ma "Goldman-mania" à moi... sauf si on prend aussi en compte le contexte sonore où j'ai envahi la maison de mes parents de ses chansons jusqu'à mon départ définitif...)

Difficile d'écrire une critique de ce livre, paradoxalement. Pour plusieurs raisons : un livre, c'est un style d'écriture, un récit (fictionnel ou pas), une documentation...
Ici, il s'agit de la vie d'une personne, de la documentation sur cette personne et de ce que l'auteur de ce livre peut apporter au lecteur concernant la vie de la personne en question. Et je dois avouer que je n'ai pas appris grand-chose, si ce n'est toute la partie (la plus importante pour moi dans le livre en fait) qui raconte l'histoire de la famille Goldman. C'est-à-dire qu'en réalité, plus que "qui est Jean-Jacques Goldman ?", l'auteur raconte plutôt "d'où vient Jean-Jacques Goldman ?". Les 100 premières pages s'attachent en réalité à la famille du chanteur plutôt qu'au chanteur lui-même, les 136 suivantes étant bien consacrées, elles, à sa carrière. On pourrait penser que l'auteur du livre met à profit ces 100 premières pages pour faire une étude fouillée sur l'enfance, la scolarité de Jean-Jacques Goldman mais... non. Il y est plus question de son père et, surtout, de son frère. Après réflexion, cela paraît en fait tout à fait normal de partir de là pour essayer de comprendre une personnalité comme celle de Jean-Jacques Goldman. En effet, une personne ne vient jamais de nulle part mais est le "produit" d'une histoire et d'un héritage familial... Alors oui, bien sûr, l'histoire de Pierre Goldman, ce demi-frère révolutionnaire parti au Vénézuela puis revenu dans la Capitale et qui finira accusé (à tort ou à raison, cela reste un mystère) de meurtre, ainsi que le passé de résistant communiste de leur père, ont sûrement façonné la personnalité de Jean-Jacques, le petit frère. Eric Le Bourhis insiste d'ailleurs beaucoup là-dessus... Mais je ne sais pas, lors de ma lecture, j'ai parfois eu le sentiment que cette biographie de Jean-Jacques Goldman était comme un prétexte à la réouverture d'un dossier "chaud", d'une enquête judiciaire qui n'avait jamais trouvé de conclusion satisfaisante... J'ai même eu parfois le sentiment d'être dans une émission de télévision, du type "Faites entrer l'accusé", c'est pour dire ! Bref, j'ai ressenti une sorte de malaise, même si, au demeurant, les arguments de l'auteur pour expliquer en partie la personnalité discrète de Jean-Jacques Goldman sont troublants et plausibles.

Sinon, pour ce qui est de la vie de Jean-Jacques Goldman lui-même... eh bien je dirais que je n'ai pas appris grand-chose, si ce n'est la difficulté qu'il a eue, comme nombre d'auteurs-compositeurs à leurs débuts, à "percer" dans le domaine musical. Beaucoup des faits qui sont relatés dans ce livre sont de notoriété publique et accessibles sur n'importe quel site internet ayant pour sujet l'auteur-compositeur – sites qui eux-mêmes tirent leurs informations d'interviews télévisées, d'articles dans la presse people, etc. Du côté documentaire donc, je suis quelque peu déçue, sauf en ce qui concerne les entretiens que l'auteur a eus avec les proches de Jean-Jacques Goldman (un ancien membre de Taï Phong, son premier directeur artistique...). Là, tout de suite, le livre devient plus "vivant", et ça fait du bien. C'est finalement dans ces témoignages que Jean-Jacques Goldman devient autre chose qu'une machine à tubes et que le récit prend une belle épaisseur.

À la fin du portrait, Eric Le Bourhis a cru bon d'ajouter un "abécédaire indiscret de J. J. G.", dont le rôle est, semble-t-il, de compléter la biographie par des anecdotes, par exemple. Sauf que, plusieurs fois, ce sont simplement des redites de ce que l'auteur a déjà longuement exposé dans le corps du livre... Alors je me pose la question de savoir quel est l'intérêt de cet abécédaire, sinon de rajouter quelques pages à l'ouvrage ? Tout n'est, bien sûr, pas inutile, mais nombre des informations contenues dans ces dernières pages auraient eu tout à gagner à être développées (pour celles qui n'y étaient pas déjà) dans le corps de la biographie...

Contrairement aux apparences, je ne suis pas déçue par ma lecture. C'est un livre qui se lit très vite, qui "fait du bien" en ce qu'il parle à la fan midinette que j'étais il y a des années. Mais, l'âge aidant, peut-être, je deviens de plus en plus exigeante quant à mes lectures et celle-ci restera une parenthèse bienvenue plus qu'une lecture indispensable... (maman, c'est un très beau cadeau que cette biographie et je suis bien heureuse de l'avoir dans ma bibliothèque ! Merci de m'avoir replongée dans cet univers qui a accompagné toute mon adolescence et ma jeunesse !)

Conclusion bis : mes lecteurs habituels verront bien dans ce billet que je suis très mitigée : à la fois enthousiasmée par cette lecture parce que quand on aime, on est heureux d'entendre et de lire sur le sujet que l'on apprécie, même si ce que l'on apprend n'est pas toujours neuf et qu'il y a des redites ; mais je suis aussi assez circonspecte parce que le style de l'auteur, pour le coup, ne m'a pas totalement convaincue. Et puis, il y a des coquilles marrantes, en particulier dans la partie des notes qui suit immédiatement le texte, où l'auteur n'a pas tout à fait terminé d'inscrire ses références... en particulier à la fin, où la note mentionne : "110. Livre Didier Varrod, à compléter."
Cette note a failli me faire éclater de rire ! Une note est une information importante parce qu'elle permet de revenir à la source documentaire de l'auteur. Et ici, il a simplement omis de la citer, si ce n'est l'auteur du livre. On ne connaît ni son titre, ni l'année de parution, ni la maison d'édition... rien, donc. Espérons pour les puristes que Didier Varrod n'a écrit qu'un livre ! :)
Cette petite anecdote est exactement symptomatique de ce que je disais plus haut : j'ai l'impression d'avoir entre les mains un livre écrit par un spécialiste de la presse people ou de la presse à sensation, qui écrit tout à fait correctement mais ne s'embarrasse pas d'une vraie discipline de recherche. Cela passe très bien dans le contact, visiblement, avec les "témoins", mais fait quelque peu amateur quand il s'agit de la documentation écrite. En tout cas, malgré ces petits défauts, j'ai passé un bon moment, plongée dans le "mystère Goldman".

En fait, je me dis, après cette lecture, que faire la biographie d'un homme (ou d'une femme, d'un être humain en général) est une entreprise peut-être assez vaine dans la mesure où un être humain est un mystère à lui tout seul... Il n'est pas besoin de s'appeler Jean-Jacques Goldman pour cela : qui peut donc se targuer de connaître parfaitement quelqu'un au point de percer son "mystère" ?


Paru aux éditions Prisma, 2014. ISBN : 978-2-8104-1344-7.