En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

Et comme un blog se nourrit aussi
des commentaires de ses lecteurs,
n'hésitez pas à vous exprimer, vous aussi !

mercredi 30 septembre 2015

Les yeux d'une mère : secrets d'un bonheur d'Isabelle Laurent



L'une de mes amies m'a offert ce livre pour mon anniversaire, et je l'ai dévoré en quelques jours. En réalité, si j'avais le temps de lire, il n'aurait « tenu » que quelques heures, mais voilà, je n'ai pas le temps…

Ce livre est le témoignage d'Isabelle, l'auteur, mariée et mère de famille très nombreuse : pas moins de dix enfants ! Dix enfants, dont deux adoptés, une qui leur a été confiée par la justice et un bébé mort avant sa naissance. Soit neuf enfants à élever, de tous âges puisque les deux frères adoptés avaient déjà six et quatre ans à leur arrivée des Philippines, soit l'âge de leur sœur aînée (fiancée au moment où sa mère a écrit ce livre) et que le dernier avait quelques mois lors de la parution du livre dans sa première édition, en 2008.

La particularité de l'auteur, outre le fait qu'elle est aussi auteur de romans pour enfants, c'est sa foi profonde et naturelle, instinctive même, et le fait qu'elle est « mère » depuis toujours. En tout cas, elle s'est toujours sentie faite pour la maternité, tout en étant profondément ancrée en Dieu et désirant se consacrer à Lui depuis toujours.
Ce témoignage m'a beaucoup touchée, en tant que maman, en tant qu'épouse et en tant que croyante. La confiance d'Isabelle envers la Providence est totale. Et à la lecture de son témoignage, je me suis aperçue que je ne partageais pas toutes ses idées, non parce que je pensais qu'elle avait tort, mais parce qu'elles supposent une foi et un abandon entre les mains du Père encore plus radicaux que ce dont je suis capable. Quelque part, ça me rassure. Parce que cela veut dire que j'ai encore une grande marche de progression dans la Foi et dans la confiance en Dieu et que, donc, mon chemin est loin d'être terminé. Ce n'est pas que je n'ai pas hâte d'arriver au bout du chemin, mais ce que je pressens du bout de ce chemin est un « oui » radical à Dieu, et ça, je sais que je n'y suis pas encore même si j'aimerais bien… Bref. On discutera de tout cela ailleurs !

J'ai vraiment beaucoup aimé ce petit livre qui se lit très vite parce que j'y vois l'amour inconditionnel d'une maman, mais aussi un chemin de sanctification à travers la maternité. Et la maternité, c'est quelque chose qui a longtemps été très compliqué pour moi. Ce livre « force » en quelque sorte les barrières et la carapace que j'ai encore et il me montre un chemin que ne ne pensais pas possible. Alors merci Virginie pour ce beau cadeau !


Paru aux éditions Artège, 2012. ISBN : 978-2-36040-093-5.

samedi 26 septembre 2015

Tu me manques, de Harlan Cohen


Ça faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman policier, qui plus est d'un auteur que je ne connaissais pas. Et, cerise sur le gâteau, un roman très récent ! Alors merci, ma sœur, de m'avoir offert ce livre que j'ai, oui, disons-le, dévoré.

Kat est policier au NYPD (New York Police Department, que tout le monde, j'imagine, connaît, entre autres grâce aux séries TV). Et, avant elle, son père l'était également, lui aussi au NYPD. Seulement son père a été tué dix-huit ans plus tôt. Et juste après ce drame, Jeff, le petit ami de Kat, l'a quittée sans explication.

Comme elle est toujours célibataire, sa meilleure amie l'a inscrite sur un site de rencontre. Et là, en visualisant les profils des hommes qui lui sont proposés, elle voit un visage, celui de Jeff, son ex. Elle entre en contact avec lui mais les choses ne se passent pas comme prévu, et la voici entraînée malgré elle dans une enquête longue et difficile où elle va côtoyer l'horreur, la réalité sordide, le meurtre froid et calculé.
Ce roman se lit d'une traite. Froid, efficace, l'enquête est menée tambour battant, sans répit pour le lecteur.
J'ai passé un bon moment de lecture, mais bizarrement, alors que je l'ai refermé il y a déjà plus de dix jours, j'éprouve un sentiment étrange en rassemblant mes souvenirs pour écrire cette chronique. Une sorte, sinon de « déjà vu, déjà lu », au moins de littérature répondant à des codes précis d'écriture, justement pour en assurer l'efficacité. C'est d'autant plus étrange que ce n'est pas un auteur que je connais ? Ou alors on est maintenant loin de la littérature ciselée façon « fait main » et on s'approche plus de uniformité dans le style « prêt-à-porter » ?
Cela reste agréable à lire et un bon moment de détente. Mais, pour moi, il y manque le petit « plus » qui en ferait un roman « à part »...


Paru aux éditions Belfond, 2015 (Noir). ISBN : 978-2-7144-5484-3.

mercredi 23 septembre 2015

Sherlock Holmes et le Mystère du Haut-Koenigsbourg, de Roger Seiter et Giuseppe Manunta



Cette BD est une adaptation du roman éponyme de Jacques Fortier, également paru aux éditions Le Verger (en 2010) et déjà chroniqué ici. Elle m'a été offerte cet été par des amis de passage et j'étais curieuse de la lire.

Roger Seiter est un auteur qui vit tout près de chez moi et que j'ai déjà eu l'occasion de rencontrer à deux reprises. Il est l'auteur du scénario qui, bien sûr, prend quelques libertés avec le roman, tout en y restant fidèle. Il est en effet difficile de faire « tenir » dans une BD un roman de plusieurs centaines de pages... Au final, la BD éclaire, pour moi, certains points qui m'avaient paru peu convaincants dans le roman. Mais je ne vais pas poursuivre dans la comparaison, parce qu'elle me paraît inutile.
J'ai trouvé les dessins de Giuseppe Manunta remarquables de précision et le rendu des décors est simplement magnifique. Un tout petit bémol sur les personnages : j'ai été gênée par le jeu des ombres, autant dans les visages que dans les vêtements. Les différences de coloris (pour les visages en particulier), font peu « naturel », même pour un œil non exercé comme le mien. Sinon, j'ai particulièrement apprécié l'emploi de l'aquarelle (si mon œil si peu exercé ne s'est pas trompé).

Et puis... c'est Sherlock Holmes. Alors non, ce n'est pas non plus Conan Doyle et, comme pour le roman, c'est une petite déception. Mais passé
ce bémol, la BD est vraiment, vraiment bien ! (et puis quel plaisir d'avoir sous les yeux de si beaux lieux que Sélestat et le Haut-Koenigsbourg...)


Paru aux éditions Le Verger, 2013. ISBN : 978-2-84574-147-8

samedi 19 septembre 2015

Le Clan Rhett Butler, de Donald McCaig



J'ai acheté ce livre il y a des années, mais, je ne sais pas trop pourquoi, je ne l'avais ouvert. Sans doute n'était-ce pas le moment... ou bien j'étais trop influencée par ce qu'on en avait dit à sa sortie ? Je l'ail u au printemps dernier (oui, je sais, ça fait longtemps !) et franchement, j'ai été littéralement absorbée par cette histoire. L'histoire elle-même, d'ailleurs, m'est bien connue, au moins dans ses grandes lignes. J'ai lu le roman de Margaret Mitchell au moins 4 ou 5 fois, j'ai vu le film plusieus fois également... et là, j'ai été agréablement surprise. Je pensais qu'il s'agissait de la suite d'Autant en emporte le vent. Eh bien... pas du tout. En fait, il s'agit de la version bis, comme un récit symétrique, ou mieux, en creux, du point de vue de Rhett Butler. Le lecteur suit Rhett depuis son enfance, bien avant le début du pique-nique chez les Wilkes où il vit Scarlett pour la première fois, jusqu'à l'après et ce qu'il advint de lui et de Scarlett après son départ dans la brume d'Atlanta.
Alors non, ce n'est pas Margaret Mitchell. Pas le même style. Une plume masculine, et ça se sent. Mais ce n'en est pas désagréable pour autant. Donald McCaig semble parfaitement maîtriser le sujet de la guerre de Sécession et son récit me semble, à moi, néophyte, très crédible. Plus que la guerre, c'est Rhett que l'on suit, ainsi que sa famille. Ses relations avec Belle Watling, son admiration pour Mélanie Wilkes, son amour pour Scarlett... tout est vu avec ses yeux et Scarlette devient personnage secondaire, là où elle prenait toute la place chez Margaret Mitchell.

Je craignais des redites ou, pire, des trahisons par rapport au roman de Margaret Mitchell. Mais on. Donald McCaig évite ces écueils et parvient à construire un roman cohérent en lui-même et avec celui qui a servi de trame, sans le trahir.


Paru aux éditions Pocket, 2008. ISBN : 978-2-266-18341-3

jeudi 17 septembre 2015

Matchs de la rentrée littéraire

Les Matchs de la rentrée littéraire, c'est reparti pour un tour !

Price Minister, comme chaque année depuis quelques années maintenant, organise les matchs de la rentrée littéraire. Le principe est simple : On s'inscrit sur leur site, et en échange d'un des livres de la sélection, le participant s'engage à publier une critique du livre en question et à lui attribuer une note.
La nouveauté pour cette année : la publication se fait sur un des différents réseaux sociaux qui existent sur internet (que ce soit un blog, facebook, twitter...) selon les consignes données par l'équipe de Price Minister.

J'ai eu l'occasion de participer plusieurs fois déjà, et je n'ai jamais été déçue par mes lectures. Il faut dire que les marraines et parrains de l'opération font déjà un tri sérieux dans les catalogues de la rentrée, catalogues toujours très florissants, cela va sans dire.
En bref, pour moi, c'est l'occasion de lire une nouveauté, de découvrir de nouveaux auteurs...

Merci, donc, à Price Minister pour l'organisation de ces Matchs !

Dépêchez-vous : le 30 septembre, il sera trop tard !!!

mercredi 16 septembre 2015

Le Temple du passé, tomes 1 et 2, de Hubert et Etienne Le Roux




Mon petit frère, fondu de BD, m'a offert la semaine dernière ce diptyque, toujours pour mon anniversaire (je devrais le fêter plus souvent…) Je n'avais jamais entendu parler de Stefan Wul, au mieux, j'avais vu Niourk en librairie, sans être vraiment attirée. Peut-être est-ce parce qu'il s'agit de S.F ? Et pourtant, c'est une littérature qui ne m'est pas complètement étrangère. Eh bien, on peut dire qu'il est bien tombé. J'ai dévoré ces deux tomes, happée par l'histoire aussi étrange que déroutante. Le lecteur assiste à des allers et retours dans le passé du personnage principal, Massir, sans savoir, du moins au départ, ce qui forme le présent et où se situe le passé.

Massir est un pilote chevronné parti en mission avec tout un équipage, mais une avarie provoque une catastrophe et les trois survivants vont tout faire pour sortir de la situation délicate dans laquelle ils se trouvent.
Ce voyage emmène le lecteur très loin, dans l'espace et le temps… Et c'est drôle, en arrivant à la fin, j'ai eu l'impression d'être face à une nouvelle à chute. Décidément, il va falloir que j'aille voir mon libraire : ce Stefan Wul m'intrigue de plus en plus !


Paru aux éditions Ankama, 2014 (t.1) et 2015 (t.2) (Les Univers de Stefan Wul). ISBN : tome 1 : 978-2-35910-499-8 et tome 2 : 978-2-35910-811-8

samedi 12 septembre 2015

Les Déshérités, ou l'urgence de transmettre, de François-Xavier Bellamy



François-Xavier Bellamy est un auteur dont on entend de plus en plus parler depuis deux ans. Il est agrégé de philosophie et enseignant et fait de plus en plus parler de lui dans le sillage de La Manif Pour Tous et du courant de réflexion qui se met en place depuis les débats autour de la loi sur le « Mariage pour tous » de 2012 et 2013.
Ici, il est question de la transmission. François-Xavier Bellamy plaide ici l'urgence de transmettre à nos enfants la culture qui nous a été léguée par ceux qui nous ont précédés. Il réinterroge son métier d'enseignant en crise au regard des reproches que l'on fait à la culture, jugée élitiste et discriminatoire, pour arriver à la conclusion que, loin d'être un facteur d'exclusion, la culture, tout au contraire, permet à l'enfant et au jeune de construire sa pensée et sa perception du monde, afin, plus tard, d'être à même d'y prendre une place active et raisonnée, avec un esprit critique et cette faculté qu'ont les adultes normalement constitués de s'engager en toute connaissance de cause et non de suivre bêtement le dernier qui a parlé et qui, donc, a forcément raison.

De Descartes à Bourdieu, en passant par Rousseau, Bellamy démonte les mécanismes qui nous ont rendus méfiants envers la culture et sa transmission, notamment à l'école. Il met en perspective cette culture et le « vivre-ensemble », terme à la mode qui semble être, pour nos élites politiques (les mêmes qui façonnent les jeunes adultes de demain à coup de réformes scolaires, inapplicables, au rythme effréné d'une tous les un à deux ans), la réponse à tous nos maux. Et si, finalement, pour « vivre ensemble », nous avions simplement besoin de réapprendre d'où nous venons ?

Je ne résiste pas à mettre ici un petit extrait de cet ouvrage :

« Le concept de genre inaugure donc un nouveau champ de bataille dans la guerre contre la culture, cet héritage d'aliénation et d'enfermement qu'il nous faut, selon ses promoteurs, périmer de façon définitive. La mission de l'école, et de l'université, s'en trouve d'ailleurs radicalement transformée : il ne s'agit plus de construire la transmission d'un patrimoine culturel, mais au contraire, dès le plus jeune âge, d'entraîner l'élève à le déconstruire, en lui inculquant le réflexe du soupçon. On n'étudiera plus la langue, la littérature, les œuvres du passé que pour les enfermer dans leur passé – pour les priver de cette actualité qui jusque-là semblait les caractériser. On ne lira plus La Princesse de Clèves pour s'intéresser à l’œuvre dans sa présence vivante, dans ce qu'elle peut encore nous apprendre aujourd'hui ; on la lira désormais pour démonter les mécanismes des stéréotypes sexués que la narration installe : quels rapports d'aliénation sont mis en scène à travers l'amour de cette femme ? Comment la domination masculine semble-t-elle installée par la description des personnages ?
Par la position qu'adopte ainsi le lecteur, il interdit à l’œuvre de rien transmettre, et il s'interdit d'en rien recevoir : il se place au-dessus d'elle pour pouvoir mieux la juger – et non en relation à elle, pour hériter e ce qu'elle pourrait avoir à nous apprendre aujourd'hui. Et, par là même, il la tue en quelque sorte ; il anéantit en tous les cas la possibilité de sa fécondité actuelle, qui faisait la raison de notre intérêt pour elle. IL la transforme en fossile : notre héritage culturel n'est plus qu'un résidu d'archaïsmes, qui ne doit intéresser désormais que les archéologues. Si l'avenir est à l'indifférence, il faut pour cela que la culture soit soigneusement datée, périmée, enfermée dans son histoire. » (p. 166-167)


Paru aux éditions Plon, 2014. ISBN : 978-2-259-22343-0

mercredi 9 septembre 2015

Pico Bogue, tome 7 : Cadence infernale, de Dominique Roques et Alexis Dormal



Toujours lors de la fête d'anniversaire que j'ai organisée au mois d'août, des amis m'ont offert cette bande dessinée dont je n'avais jamais entendu parler, mais qui existe depuis quelques temps puisqu'il s'agit là du septième opus.
Pico Bogue est un petit rouquin aux cheveux ébouriffés qui s'interroge sur le monde qui l'entour et prend un malin plaisir à rendre ses parents fous.
La BD est construite sous forme de saynètes plus ou moins longues (de quelques cases à deux pages) mettant en scène Pico et ses parents, sa sœur Ana, ses amis ou le buraliste du quartier, à la maison, à l'école ou au parc…
Le jeune garçon explore le monde avec ses yeux d'enfant (très mûr pour son âge, d'ailleurs !), en s'interrogeant sur le sens et l'origine des mots, mais aussi sur les inconvénients du monde des adultes, par exemple. C'est drôle, tendre, beau et rafraîchissant ! En lisant ces petites histoires, j'ai parfois eu l'impression de me retrouver dans un volume de Calvin et Hobbes. J'y ai trouvé un esprit décalé, une imagination foisonnante et une vision de l'enfance qui fait du bien, dans un monde où le rêve et l'imaginaire sont de plus en plus rares chez nos petits… Une bande dessinée à mettre entre toutes les mains !


Paru aux éditions Dargaud, 2014. ISBN : 978-2205-07289-1

samedi 5 septembre 2015

Mon ado est un gros naze... mais je l'aime !, de Laurent Storck et Silvia Kahn



Il y a quelques jours, j'ai organisé une fête avec quelques amis et mes frère et sœurs à l'occasion de mon anniversaire. Et l'une de mes sœurs m'a offert, entre autres, ce petit livre que j'ai dévoré.
Il s'agit d'une sorte de mode d'emploi, ou de conseils de survie pour parents d'adolescents. On y trouve, entre autres, des conseils parfaitement inutiles, des réponses à des questions telles que « pourquoi il (elle) fait toujours la gueule » ou encore ce qu'il (ou elle) fait de l'argent qu'on lui donne, ainsi que les sujets à ne pas aborder avec son ado ou encore ce qu'il faut dire à un ado qui insiste pour avoir un scooter…

J'ai beaucoup ri à la lecture (très rapide !) de ce petit opuscule. J'avoue y avoir reconnu ma fille et mes neveux (les fils de ma sœur, celle qui m'a offert le livre, justement !) et avoir été rendue attentive à certaines choses. Évidemment, ce livre est à prendre au second, voire au troisième degré, néanmoins certaines situations évoquées sont si réelles qu'il vaut mieux les regarder avec humour et détachement, sous peine, sinon, de verser dans la déprime.

En fait, ce livre n'apporte pas grand-chose, si ce n'est un grand bol d'air frais en permettant une mise à distance des problèmes liés à la crise d'adolescence de nos enfants. Et ce n'est déjà pas si mal !


Paru aux éditions Jungle, 2014. ISBN : 978-2-822-20895-6

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Je l'ai classé dans "témoignages", parce que ce livre est basé sur l'observation des deux auteurs de leurs propres ados... mais c'est bien plus léger que les autres témoignages que j'ai déjà présentés sur ce blog ! Zut, j'aurais dû créer une catégorie "humour"... Ce sera pour la prochaine fois ! 

lundi 31 août 2015

Sillage, 7 : Q.H.I., de Jean-David Morvan et Philippe Buchet



Dans sa navette réparée par l'I.A. du tome 6, Nävis parvient enfin à la prison où est enfermé Rib'wund, où elle arrive alors qu'une mutinerie vient d'éclater dans le quartier où son ex-ami est détenu. Persuadée qu ce n'est pas un hasard, Nävis s'introduit dans la prison et tombe nez-à-nez avec les mutins qui espèrent profiter de l'occasion pour s'évader. Deux clans s'affrontent et Nävis parvient à s'imposer pour essayer de comprendre ce qui se passe.

Un épisode plus noir et plus violent que les précédents, sans doute celui que j'ai le moins apprécié (ce qui explique sans doute que je n'aie pas suivi la série après). Néanmoins, maintenant que j'ai relu les premiers volumes, mon intérêt pour la série renaît et j'aimerais vraiment en savoir plus sur cette histoire de trafic de planètes !


Paru aux éditions Delcourt, 2004 (Néopolis). ISBN : 2-84789-360-1

Sillage, 6 : Artifices, de Jean-David Morvan et Philippe Buchet



Le Général Rib'wund a été emprisonné pour sa participation active à un trafic de planète (découvert dans le tome 4, cette fameuse intrigue se dévoilant sur plusieurs épisodes). Et Nävis a décidé d'aller le voir en prison. Mais en chemin, son vaisseau est victime d'un attentat et elle est forcée d'atterrir, avec Snivel, sur une planète inconnue sur laquelle une guerre fait rage entre le peuple Gunjinn et les Mekkas (des sortes de robots) qui les persécutent.

Cet épisode est plutôt drôle tant les poncifs y sont légion. Les Gunjinns sont une caricature de civilisation machiste et Nävis va tenter d'y introduire un peu d'égalité pour les « hembras », les femmes Gunjinns.
Par ailleurs, le scénario est plutôt simple et rappelle beaucoup l'intrigue de départ du film Terminator, où les machines ont pris le pouvoir et leur indépendance vis-à-vis des êtres qui les ont créés. On retrouve d'ailleurs ce même thème dans d'autres séries de bande dessinée, comme par exemple le premier tome de la série Yoko Tsuno, « Le Trio de l'étrange », de Roger Leloup.

Cet épisode est drôle parce qu'il est caricatural et qu'il pousse à l'extrême plusieurs logiques en même temps : l'opposition machisme-féminisme d'une part et le fantasme de l'intelligence artificielle toute puissante d'autre part. Ces deux logiques donnent lieu à des situations cocasses et absurdes tout à fait jubilatoires.
Un bon épisode !

Paru aux éditions Delcourt, 2003 (Néopolis). ISBN : 2-84789-148-X

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Tiens, là non plus, ce n'est pas cette couverture que j'ai sur mon album !

Sillage, 5 : 'J.VJ,..'\_ , de Jean-David Morvan et Philippe Buchet



Au sein du convoi spatial Sillage, Nävis est confrontée à une réalité dont elle n'avait pas conscience jusque-là : l'exclusion. Le peuple FToRoss survit dans la misère la plus noire. Pour attirer l'attention sur leur situation, certains d'entre eux n'ont trouvé aucune autre solution que le terrorisme à la mode islamiste que nous connaissons sur Terre : en se faisant sauter eux-mêmes dans des lieux publics. Leurs tentatives se révélant sans le moindre effet sur les dirigeants de Sillage, quatre FToRoss décident d'éliminer une race entière du convoi en s'en prenant à Nävis.
Comme toujours, la situation est complexe… et les réactions de la jeune fille inattendues et pas toujours appropriées étant données les circonstances.

Encore une bande dessinée marquante et, finalement, très actuelle. Actuelle au moment de sa sortie (à peine un an après les attentas du 11 septembre 2001) et toujours d'actualité aujourd'hui malgré les treize années qui se sont écoulées. Les revendications sont loin d'être pures de nos jours, mais les attentas et les « martyrs » font toujours, malheureusement, la « une » des journaux télévisés. Un autre rapprochement peut être fait aussi à propos des divers génocides qui jalonnent notre histoire dont le plus récent, celui dont sont victimes les Chrétiens, dans certaines parties du monde du fait de l’auto-proclamé État Islamique. Eux ne se font pas sauter pour alerter l'opinion sur leur situation, et n'ont pas de « Nävis » pour prendre leur défense. On peut aussi penser aux victimes de l'épidémie Ebola qui a sévit ces derniers mois en Afrique, faute de traitements accessibles au vu de leur coût (le problème est d'ailleurs le même, exactement le même, pour l'épidémie de Sida qui est plutôt bien maîtrisée dans nos pays riches mais fait toujours des ravages dans les pays plus pauvres où les traitements ne sont pas disponibles pour tous, toujours à cause de leur coût prohibitif...). Oui, il y aurait beaucoup à dire…

Prêter aux auteurs un don de prophétie semble inapproprié, et pourtant ce qu'ils ont écrit en 2002 est frappant par son à-propos, tout en restant très « soft » en comparaison avec ce qui s'est passé lors des attentats de 2001 et tous ceux qui ont suivi et suivent encore de par le monde. Comme quoi, la bande dessinée, la fiction, peuvent aussi « raconter » la réalité, sans toutefois la dépasser dans l'horreur. Heureusement, d'ailleurs, car cette série est plutôt grand public (adultes et grands adolescents) et nos enfants sont déjà bien assez confrontés à l'horreur aux informations sans en rajouter dans les lectures-détentes !

(Petit détail à propos du titre de l'album : il s'agit du cri de guerre des FToRoss, qu'ils crient juste avant d'appuyer sur le bouton qui va les faire sauter, eux et ceux qui sont autour… Oui, les auteurs sont allés jusqu'à inventer une sorte d'alphabet.)


Paru aux éditions Delcourt, 2002 (Néopolis). ISBN : 2-84055-748-7

Sillage, 4 : Le Signe des démons, de Jean-David Morvan et Philippe Buchet



Nävis et quatre autres agents spéciaux (dont Bobo qui a pris du galon) sont envoyés en mission sur la planète médiévale Hurumaru, afin d'y retrouver cinq autres agents de Sillage qui y avaient été envoyés en observation et ne donnent plus signe de vie. Mais, sur cette planète, une guerre vient d'éclater et les esclaves Escotes, menés par la princesse Monéva, y sont bien décidés à gagner leur liberté.

Ce volume est toujours aussi beau graphiquement et ce qui a fait le succès des trois premiers tomes y est bien présent : de l'action, du suspense... et du mystère. Là encore, duperies et doubles-jeux sont de mise et on est très loin du schéma classique "les gentils contre les méchants" (c'est d'ailleurs ce que j'aime bien dans cette série). C'est nettement plus élaboré que cela et c'est bien là que réside l'un des intérêts de la série.
Par ailleurs, une intrigue plus globale se met en place et verra son dévoilement au fil des tomes qui suivent, un peu à la manière d'une série TV dans laquelle chaque épisode de la saison peut être regardé pour lui-même, mais aussi dans le cadre plus vaste de la saison à laquelle il appartient. On a un peu le même principe qui se met en place ici avec le rôle des observateurs disparus et les découvertes que Nävis et ses collègues font sur la planète Hurumaru.
Nävis grandit encore, prend de l'assurance et du plomb dans la cervelle...


Paru aux éditions Delcourt, 2001 (Néopolis). ISBN : 2-84055-670-7

Sillage, 3 : Engrenages, de Jean-David Morvan et Philippe Buchet



Nävis, maintenant agent spécial de Sillage, est chargée par ses employeurs d'enquêter sur une planète qui intrigue beaucoup la Constituante : la planète TRI-JJ 768. Cette planète au climat glacial ne présentant aucun intérêt pour le convoi (pas de peuple intelligent, ethnies peu évoluées, peu de ressources naturelles à exploiter...), les dirigeants de Sillage ne s'y étaient pas fait connaître. Mais lors d'une banale mission de surveillance de routine, des changements importants ont été remarqués. Outre un développement très rapide de la civilisation sur place, une ethnie semble y être apparue et ses membres ressemblent beaucoup physiquement à Nävis, tout en ayant des points communs avec les Püntas, l'ethnie dominante observée précédemment. Ils lui ressemblent assez, en tout cas, pour décider Nävis à accepter la mission. Elle espère ainsi en apprendre plus sur elle-même et ses origines.
La jeune fille se rend donc sur la planète TRI-JJ 768 pour tenter de comprendre ce qui s'y passe et surtout d'essayer de savoir si un lien existe entre cette nouvelle ethnie et elle.

Ce tome 3, quand je l'ai découvert en 2000, m'avait laissée scotchée. D'abord par l'ambiance sur la planète TRI-JJ 768, très XIXe siècle, en pleine Révolution Industrielle chez nous. Cette nouvelle "race", physiquement proche des humains, évolue très vite, bien trop vite d'ailleurs pour que cela soit naturel.
Et puis, les auteurs abordent des questions intéressantes, avec celle des manipulations génétiques, celle de l'autodétermination des peuples ou encore du rôle des élites dirigeantes… de quoi donner à réfléchir sur nos propres civilisations.


Paru aux éditions Delcourt, 2000 (Néopolis). ISBN : 2-84055-448-8

Sillage, 2 : Collection privée, de Jean-David Morvan et Philippe Buchet



Ce deuxième tome débute par l'entraînement de Nävis, où le lecteur fait la connaissance de deux nouveaux personnages : Ärztrachan, médecin de Sillage (en Allemand, Arzt veut dire médecin...) et Mackel-Loos, précepteur de Nävis chargé de tout apprendre à la jeune fille de manière à la "civiliser" quelque peu. À l'issue de cet entraînement, Nävis doit rencontrer la Constituante de manière à régler un problème que nous connaissons tous : celui du coût de son entretien. En résumé, il lui est demandé d'accepter de rendre des services à la Constituante, contre rétribution. Et compte-tenu de ses qualités, le "job" qui lui est proposé est celui d'agent spécial, version James Bond...
À la fin de la réunion, Nävis rencontre un autre personnage, grand séducteur, celui-ci, le consul Enshu Atsukau, plutôt trouble et aux intentions semble-t-il douteuses.
Dans ce second volume, on voit Nävis "grandir", comme si elle était passée de l'adolescence (dans le tome 1) à l'âge adulte, avec tout ce que cela suppose d'apprentissages et de désillusions. Par ailleurs, on apprend que ceux qui la côtoient cachent certaines choses... la duplicité règne en maître sur Sillage !
Un très bon deuxième tome, qui vient confirmer la qualité de la série.


Paru aux éditions Delcourt, 1999 (Néopolis). ISBN : 2-84055-260-4

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Là encore, je n'ai pas du tout le même album (ou plutôt, l'album que j'ai n'a pas la même couverture). Encore un premier tirage ? Youpi !!!

dimanche 30 août 2015

Sillage, 1 : À feu et à cendres, de Jean-David Morvan et Philippe Buchet



Le convoi spatial Sillage, constitué de milliers de croiseurs, vaisseaux, navettes… est lancé à la recherche de nouvelles planètes habitables. Toutes sortes de peuples d'origines diverses s'y côtoient, dont les Hottards, un peuple dont la survie nécessite de hautes températures et qui dépérit faute de place pour s'épanouir.

C'est lors d'une mission de reconnaissance sur une planète a priori déserte (ou au moins sur laquelle aucune forme d'intelligence n'a été détectée) que le Madjestoet Heiliig, chargé de trouver une nouvelle planète pour les siens, rencontre Nävis, la seule habitante de cette planète où elle vit en harmonie avec la faune et la flore.
Les projets du Madjestoet vont considérablement changer sa manière de vivre et transformer à tout jamais son environnement.

J'ai découvert cette bande dessinée il y a bien longtemps et ai profité de l'été pour relire les sept tomes que j'ai dans ma bibliothèque (sur 17 parus apparemment). L'univers créé par Morvan et Buchet est foisonnant et passionnant. Sillage est bien plus qu'un convoi ou un rassemblement d'extra-terrestres. Dans cet univers, l'homme n'a qu'une place infime. Sillage est un communauté de peuples aux intérêts variés (comme on le voit en particulier dans ce premiers opus), où la Constituante (les décideurs, sorte de gouvernement du convoi) s'est donné pour but non pas de détruire ou de coloniser l'autre, mais de l'intégrer. Ça, c'est le but officiel, bien sûr. Les tomes suivants montrent que les choses ne sont pas aussi simples que ça…

Dans ce premier volume, le décor est planté et les principaux protagonistes sont déjà là :
Nävis, l'héroïne, seule humaine du convoi, qui a la particularité de posséder une pensée non détectable par les autres peuples intelligents du convoi. De plus, elle est pétillante, joyeuse, jeune, jolie et très débrouillarde. Un peu rebelle à l'autorité aussi, il faut bien le dire…
Bobo, l'un des migreurs chargés de ramener Nävis au Madjestoet Heiliig, qui deviendra l'un des personnages importants dans les tomes suivants.
Snivel, un robot, conseil du Madjestoet et son lien avec Sillage. Il finit très mal dans ce volume, mais retrouve toutes ses capacités par la suite.
Le Général Rib'wund, que l'on rencontre à la fin de ce volume, et qui est chargé de ramener l'ordre sur la planète de Nävis où le Madjestoet et les migreurs, il faut bien le dire, on fichu un sacré bazar.

Je n'ai donc pas suivi cette série depuis très longtemps (il manque dix tomes, sans compter les séries dérivées !) mais je crois que je vais tenter un rattrapage !

Paru aux éditions Delcourt, 1998 (Néopolis). ISBN : 2-84055-177-2.

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L'exemplaire que j'ai n'a pas du tout cette couverture. Mais j'ai vu sur le site www.poukram.org que certaines couvertures avaient été redessinées... j'ai donc un exemplaire du premier tirage ! Yaisse. Il paraît que les premiers tirages ont plus de valeur pour les collectionneurs. Pour ma part, je m'en fous, mais si un jour mes enfants décident de vendre ma collection, il semble qu'ils pourraient avoir quelques bonnes surprises...


vendredi 15 mai 2015

In Cathedra, de Henry Le Bal et Thierry Bécouarn



Mes parents m'ont offert ce petit livre il y a quelques jours, livre qui vient de paraître et qui s'avère être très particulier pour moi.
Tout d'abord par son sujet : la Cathédrale Saint Corentin à Quimper. Quimper, chef-lieu du Finistère, est la ville où j'ai grandi et la Cathédrale est l'église où j'ai passé une bonne partie de mon enfance. J'y ai fait ma Première Communion et ma Confirmation ainsi que ma Profession de Foi, j'y ai rencontré nombre de personnes qui restent des "phares" dans mon existence, par leur amitié, leur foi, leur présence. Cette Cathédrale, c'est aussi celle où mon mère dirige, depuis plus de 35 ans maintenant, la chorale où j'ai appris les bases de la musique vocale et liturgique (j'y suis allée pour la première fois à l'âge de 4 ans !)... un lieu chargé d'histoire pour moi, sans parler des évêques qui y sont inhumés et que j'ai, pour deux d'entre eux au moins, connus et appréciés.
Le photographe, aussi, que je connais par mon père, qui prend chez lui des cours de photographie. J'ai visité son atelier, à un moment douloureux il y a un peu plus d'un an, et j'y ai rencontré un homme d'une gentillesse exemplaire et d'une grande finesse, à la fois intellectuelle et artistique... un homme dont j'apprécie beaucoup le talent.

Et puis, il y a la poésie.
Un art littéraire auquel je suis particulièrement hermétique. En lisant la préface écrite par le curé de la Cathédrale, puis l'avant-propos des deux auteurs, j'ai senti comme un appel, une invitation à lire et à savourer.

Ce fut un beau voyage ! J'ai été très touchée, profondément, même, par les lignes et courtes et fluides d'Henry Le Bal. L'écrivain et dramaturge s'y adresse à la Cathédrale elle-même, telle une bien-aimée qui se découvre sous un jour inconnu, voilé de mystère.
Il faut dire que l'histoire de ce livre est assez singulière puisqu'il est né durant d'importants travaux de chauffage qui ont défiguré l'édifice pendant plusieurs semaines à la fin de l'année 2014. Henry Le Bal et Thierry Bécouarn ont eu l'occasion d'y passer du temps en dehors d ela présence des ouvriers et ont pu voir ce que personne d'autre n'a contemplé : la Cathédrale sous un aspect désolé, inhabituel, qui en a transformé jusqu'à son identité, presque son essence. Au point de lui donner une autre personnalité, marquée par l'Absence de Celui pour qui elle a été construite. Sous les bâches, les voiiles, Dieu semble avoir été relégué au rang des oubliés. La Cathédrale, si habitée d'habitude, est transformée par le manque et l'absence de Dieu durant toute la période des travaux. Et c'est cette absence qu'ont su saisir, de manière très paradoxale, les deux artistes qui nous offrent là ce très bel objet.

Mais peut-on réellement parler ici d'"absence" ? N'est-ce pas, plutôt, comme une présence malgré l'absence que Thierry Bécouarn a photographiée ? Qu'Henry Le Bal a su mettre en mots ? Eux seuls connaissent les réponses à ces questions...

Paru aux éditions Palantines, 2015. ISBN : 978-2-35678-118-5.


jeudi 9 avril 2015

Voir des baleines, de Javier de Isusi

Voir des baleines, de Javier de Isusi



J'ai eu la chance de recevoir cette bande dessinée il y a environ un mois, par courrier, dans le cadre de l'opération "La BD fait sonfestival", organisée par PriceMinister (que je remercie au passage : j'ai déjà participé deux fois à cette opération, et à chaque fois cela a été l'occasion de découvrir des ouvrages et des auteurs que je n'aurais sans doute jamais eu l'occasion de lire autrement. Et dans tous les cas, les découvertes ont été passionnantes !).


Une bande dessinée, c'est avant tout une histoire, un rythme, une atmosphère, servis par le texte mais, surtout, par le graphisme de l'auteur. Et c'est souvent là que le bât blesse, parce que, le dessin, le style de l'illustrateur, soit on aime, soit on n'aime pas. Et cela peut gêner la lecture même si l'histoire est très bien écrite et passionnante.
Ici, je dois avouer que j'ai d'abord été surprise par la couleur. Le parti-pris de l'auteur est en effet d'utiliser l'aquarelle pour le dessin, avec pour toutes teintes du noir (parfois légèrement bleuté), du blanc et du jaune. On pourrait penser que cela donne quelque chose de monotone, mais il n'en est rien. Les dessins eux-mêmes sont plutôt durs au départ, les traits des personnages assez anguleux et le climat plutôt à la violence. C'est sans doute l'effet recherché par l'auteur, la violence étant elle-même très présente dans le récit avec toutefois des plages plus douces, comme des pauses, des respirations. Le récit, graphiquement, est une alternance de passages au présent (en jaune) et au passé (en noir et blanc uniquement). Visuellement, on s'y retrouve donc très bien, ce qui est un excellent point compte-tenu du récit, plutôt complexe quand on le regarde de près.

L'histoire débute en effet avec un homme dans la rue qui en épie un autre, le suit, sort une arme, vise l'arrière du crâne, appuie sur la détente... et se réveille. Un homme hanté par un crime (nous ne savons pas encore lequel) et qui sera le "fil rouge" du récit, le lien entre tous les personnages que le lecteur croisera dans l'ouvrage, dévoilant petit à petit les identités, les histoires, les peurs, les crimes.
Le lecteur rencontre donc successivement Josu, Emmanuel et Antòn, tous les trois liés de près au meurtre du père de ce dernier par l'ETA.

J'ai dévoré cette bande dessinée. D'abord surprise par la quasi absence de couleurs, j'ai très vite accroché au style graphique efficace, précis, allant droit au but, sans fioritures. L'histoire est simplement magnifique et elle m'a beaucoup touchée. D'un épisode dramatique de l'histoire du terrorisme de l'ETA en Espagne, l'auteur a su faire un drame humain en montrant non pas les armes, mais les hommes qui ont tiré. Une histoire où on voit les personnages évoluer au fil des années, où les liens se composent et se recomposent au gré des aléas de l'histoire (les heures noires du terrorisme nationaliste basque d'ETA en Espagne). Une histoire d'évolution personnelle, de remise en question, de rédemption, de pardon aussi où, malgré la noirceur des actes, le pardon et l'amour de l'autre restent possibles, où l'espérance a toute sa place malgré la difficulté à faire taire les douleurs du passé.

J'ai vraiment beaucoup aimé les trois personnages principaux, leurs histoires, leurs évolutions et, finalement, leurs choix de vie. Cette bande dessinée redonne espoir parce qu'elle dit, finalement, que quels que soient ses actes, un homme peut être pardonné s'il se repend vraiment. Le pardon, une démarche fondamentale pour le chrétien, qui, grâce au pardon accordé par Dieu, miséricordieux, peut être relevé et avancer sans honte car il se sait aimé. Et qui sommes-nous, nous, les hommes, pour refuser à nos frères ce que Dieu accorde à chacun d'entre nous ?

Cette BD est tellement bien, tellement belle, que je voudrais lui mettre un 20/20. Mais comme je sais que la perfection n'est pas de ce monde, je me contenterai d'un 19/20, amplement mérité, selon moi ! Je laisserai aux membres de PriceMinister chargés de départager les titres le soin d'établir le classement, en espérant que celui-ci sera en bonne place !

Paru aux éditions Rackam, 2014. ISBN : 978-2-87827-180-5.



samedi 14 mars 2015

Au travers des yeux de Jésus, tomes 2 et 3, de Carver Alan Ames




Carver Alan Ames est australien et il a vécu, semble-t-il, ce que l’Église Catholique appelle des "Révélations privées". La particularité de ces révélations est qu'elles consistent en des visions où Alan Ames assiste à la vie de Jésus et de ses disciples, comme s'il était à l'intérieur du corps de Jésus. [À certains égards, cela m'a fait penser à une autre « voyante », Anne-Catherine Emmerich, qui, au 18e siècle, a eu aussi des visions de l’Évangile. Plus qu'une simple « voyante », Anne-Catherine est une mystique qui a été déclarée bienheureuse en 2004. Je crois que je vais d'ailleurs activer la lecture du livre que j'ai commencé !]

Le récit d'Alan Ames est à la première personne du singulier. Et si c'est bien lui qui écrit, ce n'est pas lui qui parle, mais Jésus. Tous les événements qui sont décrits dans ces pages le sont du point de vue du Christ. Sachant que le Christ est Dieu, c'est à la fois une narration à la première personne et un point de vue omniscient dans la mesure où le Christ sonde les cœurs et les pensées et qu'Il connaît tout de la vie de ses disciples mais aussi des personnes qu'Il rencontre. Il connaît aussi l'avenir...
D'abord un peu sceptique, je me suis plongée dans le tome 2, puis le tome 3, parce que ces récits me donnent l'impression de mieux connaître Jésus. Ces écrits ne sont pas indispensables à la foi. Le seul vraiment indispensable au croyant, c'est la Bible. La Parole de Dieu. Mais si ce livre n'apporte rien sur le fond (tout ce qui concerne la vie du Christ est déjà dans les Évangiles), il éclaire d'un jour nouveau cette vie du Fils de Dieu en nous la faisant partager dans ce qu'elle a de plus banal et de plus quotidien.

En fait, pour moi, le Christ était vrai Dieu, mais j'avais un peu de mal à percevoir en quoi il pouvait être aussi vrai homme. Ce récit a changé ma façon de voir en me montrant Jésus sur les routes, avec ses disciples, vivant avec eux la fatigue, la faim, la mémoire de son enfance, sa relation avec Marie et Joseph, les parents que Dieu Lui a donnés sur cette terre.
Si j'ai compris une chose à la lecture de ces deux livres, c'est bien cela, ce qu'énonce le Credo comme une vérité : Jésus-Christ est Vrai Dieu et Vrai homme. Il a partagé notre condition humaine, notre vie, notre humanité, en tout, sauf le péché. Ces deux livres, en fait, rendent concrète cette réalité et en font pour moi une personne plus proche, remplie d'amour pour chaque homme. Les rencontres et les guérisons décrites dans ces pages montrent aussi la soif de l'homme d'être aimé et les miracles que peut faire l'Amour dans la vie d'un homme. J'y trouve aussi un chemin pour mieux suivre le Christ au quotidien à travers ceux qui m'entourent : mon mari, mes enfants, mes frère et sœurs, mes amis…
Un autre élément important dans ce livre : la présence de Satan et des démons et la facilité avec laquelle l'homme tombe dans le péché malgré tous les efforts qu'il fait pour vivre saintement. Le personnage de Judas, disciple du Christ qui, plus tard, trahira Jésus pour de l'argent, est très important à cet égard. Très présent, il est une sorte de contre-exemple permanent : avarice, orgueil, égoïsme… Et pourtant, dans tout le récit, Jésus ne cesse de lui parler comme à un ami très cher, en sachant très bien ce qui l'habite : ses parts d'ombre et ses parts de lumière. Avec toujours un immense amour et un grand respect pour les choix qu'il fait et qu'il fera. Jamais de reproche, sachant pourtant ce qui se passera plus tard, à Jérusalem. En fait, la place de Judas au sein des disciples m'éclaire sur la liberté qui nous est laissée, à nous, être humains, de suivre ou non le Christ et Dieu. Avec un amour infini, immense, une douceur et une tendresse incroyable, Dieu et le Christ nous guident, si et seulement si nous sommes d'accord pour les suivre, avec la grâce de l'Esprit Saint.


Paru aux éditions du Parvis, 2013 (t.2) et 2001 (t.3). ISBN : tome 2 : 978-2-88022-151-5. tome 3 : 978-2-88022-171-3.

jeudi 12 mars 2015

De Lumière en Lumière : Vie de la Bienheureuse Chiara Badano, de Mariagrazia Magrini



Chiara Badano est née à Savone, dans le Nord de l'Italie, le 29 octobre 1971. Elle est morte dans son village, à Sassello, où elle a passé la majeure partie de sa vie, le 7 octobre 1990. Une vie très courte (pas tout à fait 19 ans), et pourtant Chiara a vécu dans la foi et la sagesse de Dieu depuis sa plus tendre enfance. Elle est la quatrième jeune non martyre béatifiée par l'Eglise, le 25 septembre 2010.
Une de mes amies m'a prêté ce livre parce qu'elle est particulièrement touchée par ces jeunes, ces enfants qui mènent des vies saintes, dans la foi. Mais j'ai attendu pas mal de temps avant de le lire, parce que je n'avais pas envie d'avoir sous les yeux la description de la souffrance incroyable de cette jeune fille, morte d'un des pires cancer des os qui existent après deux ans de douleurs intenables. Je pensais devoir faire face à la mort, à la souffrance... mais c'était sans compter la bonté de Dieu. En même temps que Chiara a eu à subir la douleur, Dieu lui a donné la grâce de la vivre dans la joie, dans l'abandon et le don total d'elle-même pour son "Premier Époux", son bien-aimé, Jésus, en s'unissant à ses souffrances sur la Croix. Aimée de Dieu, elle a eu la force de tout vivre et accepter pour Lui.

Le récit de la vie de Chiara Luce, du surnom qui lui a été donné par Chiara Lubich, fondatrice du mouvement des Focolari dont Chiara Badano a fait partie très jeune, est illuminé par cette joie profonde, sincère, qui l'habite dès l'enfance. La joie et aussi la volonté d'aimer l'autre, c'est-à-dire d'aimer Jésus à travers l'autre ou encore d'aimer l'autre comme s'il était Jésus. De mettre toujours Jésus "au milieu", de toujours chercher à le reconnaître dans la personne en face d'elle. C'est à travers les Mouvement des Focolari que Chiara approfondit sa foi et la vit au quotidien. Ce mouvement est vraisemblablement un élément essentiel de sa formation spirituelle et sera déterminant dans la manière de vivre l'épreuve et l'offrande.
Autre caractéristique de cette jeune fille : elle a toujours offert à Jésus ses peines, ses souffrances, ses difficultés, qu'elles soient d'ordre relationnel, scolaire ou personnel.
Une des choses qui m'a le plus frappée, c'est la manière dont elle a accepté le diagnostic final, la réaction qu'elle a eue face à sa mère, au retour de l'hôpital où le médecin lui a appris qu'elle ne guérirait pas, que tout était perdu. Elle a demandé à sa mère de se taire, de ne pas lui parler maintenant et est restée assise dans le canapé et y est restée prostrée pendant... 25 minutes. Vingt cinq minutes au bout desquelles elle a dit à sa mère : "Tu peux parler". Entre-temps, on ne peut que supposer ce qui s'est passé. Sans doute a-t-elle confié sa vie au Christ, sans doute est-ce le temps qu'il lui a fallu pour accepter le verdict et ce qu'il voulait dire, avec la grâce de Dieu et dans l'abandon, la confiance totale et l'amour pour le Christ dont elle fait preuve depuis sa petite enfance : "Si tu le veux, Jésus, je le veux, moi aussi".

En dehors de la manière dont elle a vécu la maladie, ce qui est frappant, chez Chiara Luce, c'est sa manière de vivre avec les autres. Bien que réservée, cette jolie jeune fille a toujours été entourée d'amis, elle était aimée de tous. Et vivait tout dans la paix et la sérénité, qu'elle savait communiquer à tous ceux qui venaient la voir, les soutenant et les réconfortant.

J'ai été littéralement scotchée par cette biographie. J'y ai vu l'histoire d'une sorte de comète ou d'étoile filante. Une vie de foi dont la fulgurance est incroyable : Si l'Eglise a béatifié Chiara, c'est qu'elle est un exemple de confiance et de foi dans notre monde qui a mis Dieu aux oubliettes depuis bien longtemps. Nous avons besoin de ces vies de Saints, de ces exemples de vies tout entières données au Christ et, par ricochet, données aux autres, puisque l'un ne va pas sans l'autre. Ce que j'ai appris, avec cette lecture, c'est qu'il ne peut y avoir de sainteté seule. L'amour pour le Christ est forcément fécond et ne peut qu'être tourné vers les autres. Et puis, l'exemple de Chiara Luce donne des "pistes" pour vivre une vie sainte, tournée vers le Christ et les autres. L'offrande et la prière en particulier. L'offrande de tout ce qui fait la vie quotidienne, des bonnes comme des mauvaises choses. Des joies de la journée comme des souffrances, physiques ou morales, des humiliations, des vexations ou des réussites, offrande aussi des renoncements, abandon à la volonté de Dieu.

Et puis, Chiara est un exemple d'humilité. Se faire petite fait partie de cette offrande, puisqu'elle semble en être un peu la conséquence. Si j'offre tout à Dieu, c'est que je reconnais aussi que rien ne vient de moi, que tout vient de Lui. Je n'ai donc aucune gloire à retirer de mes réussites : tout vient de Dieu. Je peux donc aussi tout lui offrir... et la boucle est bouclée.
C'est étonnant comme les choses se font bien. Le Seigneur pense à nous dans les moindres détails. Cette lecture, que j'ai terminée le week-end dernier, vient confirmer ce que m'a dit un prêtre samedi soir et me donner concrètement les moyens de faire ce qu'il m'a demandé de faire : offrir et me faire "petite"... J'ai maintenant des moyens concrets pour avancer sur ce chemin de la sainteté, auquel tous les baptisés sont appelés. Ben... y'a plus qu'à ! Et c'est là le plus difficile, mais quel défi, avec la grâce de Dieu !

Paru aux éditions du Jubilé, 2011. ISBN : 978-2-86679-530-6.

jeudi 12 février 2015

Arraché à l'enfer : la résurrection d'un toxico, de Laurent Gay



Ce livre m'a été prêté par une amie et sur le coup, je n'ai pas eu tellement envie de le lire. Trop « toxico » à mon goût. Témoignage sur la drogue et la sortie de la drogue (oui, ça existe !), encore un... non, vraiment, je n'avais pas envie de le lire. Et puis, sans trop savoir pourquoi, finalement, je l'ai ouvert et n'ai plus été capable de le lâcher. L'histoire de Laurent Gay commence on ne peut plus banalement. Un enfant de 8 ans, victime, comme tant d'autres, de harcèlement à l'école. Un « grand » qui lui pique d'abord son goûter, puis le rackette franchement... jusqu'à ce que Laurent décide un jour que ça n'irait pas plus loin. Un coup de boule dans la tête du « grand » qui le terrorisait et s'en fut fini du racket. Mais ce ne fut que le début de la descente aux enfers du « petit » Laurent qui se tailla bien vite une réputation de caïd dans sa banlieue. Avec sa bande de copains, plus rien ne l'arrête (cambriolages, vols, agressions...) à l'exception de deux choses : on ne s'attaque pas aux femmes et aux enfants.

L'enfant qu'il était grandit, rencontre assez vite le cannabis et se fait renvoyer de plusieurs établissements scolaires. Petit à petit, il plonge dans la délinquance ordinaire. Sa rencontre avec le cannabis, véritable « porte d'entrée » vers la drogue dure et le grand banditisme, l'amènera à voler de plus en plus souvent pour obtenir sa dose quotidienne, puis à tuer. Il se constitue prisonnier, est incarcéré... et tout change à ce moment-là. Non pas parce que la prison l'a changé (ce serait plutôt le contraire qui se passe la plupart du temps et qui aurait pu se passer là aussi), mais parce que du fond de sa cellule et de son désespoir, Laurent « rencontre » Dieu, qui le sauve. Il lui demande tout, sachant que seul, il ne peut rien.
Après sa sortie de prison, malgré cette rencontre, il replonge dans la drogue et cumule les ennuis de santé (sida, hépatite...) qui vont l'amener à entamer une cure de désintoxication et à accepter une hospitalisation. Durant laquelle une autre rencontre va compléter la première et le mener sur un chemin de lumière.

Ce témoignage peut paraître incroyable. Pour beaucoup, ces « rencontres » ne seront que le fruit du hasard, de la chance ou autres (mais Dieu se sert des hommes, de nos propres mains, pour agir), et certains verront dans sa « résurrection » comme il l'appelle lui-même le fruit de sa propre volonté ou de la force de son psychisme. Et pourtant ce serait méconnaître ce témoignage, car Laurent le dit lui-même : seul, il n'aurait rien pu faire. Le piège de la drogue est tellement puissant qu'il faut bien plus que la volonté (inexistante d'ailleurs chez un toxico) pour s'en sortir. Pour moi, ce témoignage corrobore ce que j'ai déjà vécu : Dieu prend soin de ses enfants, si tant est que ses enfants Lui demandent de veiller sur eux. Il suffit de demander, parfois, il est vrai, avec insistance, pour être exaucé. Faire confiance. Confiance en Dieu, en la Vie, qui est plus forte que la mort et que le Malin.

Ce petit livre se lit très vite et il est édifiant. Il m'a permis de comprendre diverses choses, comme par exemple le fait que l'orgueil humain fait toujours croire qu'on est capable de s'en sortir seul, par sa propre volonté. Ou qu'on est plus fort que l'adversité. Alors qu'en fait, il faut bien admettre que, seul, face au Mal, il peut être difficile d'en sortir vivant. Seul Dieu sauve. Pour peu qu'on veuille être sauvé et qu'on fasse appel à Lui... Un livre à lire d'urgence quand on voit l'état du monde aujourd'hui...


Éditions des Béatitudes, 2007. ISBN : 978-2-84024-284-0.

mardi 3 février 2015

La Patrouille des Castors, l'intégrale tome 5, 1968-1975, de Michel Tacq et Jean-Michel Charlier



Mes enfants ont découvert cette série il y a deux ans, totalement par hasard. Suite au décès de l'une de mes grand-tantes, nous avions récupéré chez elle, à la demande ses enfants, un carton de livres qui auraient, au mieux, fini chez Emmaüs. Dans ce carton, une bande dessinée très abîmée : un exemplaire d'une édition originale du tome 2 de la série La Patrouille des Castors, intitulé Le Disparu de Ker-Aven. Suite à cette découverte, mon second a farfouillé dans les bacs de la bibliothèque de l'école et y a découvert d'autres volumes de la série : La Bouteille à la mer, Le Trophée de Rochecombe, Le Hameau englouti, Le Traître sans visage, La Couronne cachée, et, enfin, Le Fantôme.
Pour Noël, mon second a donc, fort logiquement, demandé un album de la série, qu'apparemment on ne trouve plus qu'en version intégrale. Son parrain a eu du mal, mais il a finalement pu trouver le seul volume où les quatre aventures racontées ici étaient inconnues de mes trois aînés.
En réalité, l'intégrale 5 regroupe bien quatre albums, mais ce sont en fait deux diptyques : Le Pays de la mort et Les Démons de la nuit, qui raconte une aventure se déroulant en Afrique, où un pays se trouve étrangement condamné à la famine suite à la mort subite de sa flore et de sa faune ; d'autre part, Vingt milliards sous la terre et El Demonio, une aventure se déroulant dans les Pyrénées, à la frontière espagnole, où les scouts ont décidé de faire de la spéléologie durant leur camp d'été.
Ces quatre albums sont les derniers de la série. Ils sont parus, pour le premier d'entre eux, plus de 4 ans après le précédent, à cause du planning très chargé de Jean-Michel Charlier, le scénariste, sollicité de toute part pour des projets éditoriaux et télévisuels. Il est entre autres l'auteur de la série Tanguy et Laverdure, adaptée à la télévision sous le titre Les Chevaliers du ciel, adaptation qui lui demande beaucoup de temps et le rend peu disponible pour ses autres travaux de bande dessinée, dont La Patrouille des Castors.
Du coup, entre Le Fantôme et Le Pays de la mort, qui le suit, les scouts ont grandi et ils sont désormais de jeunes gens qui forment une troupe de Pionniers, la branche aînée des scouts, où les jeunes gens portent des chemises rouges au lieu des bleues que portent les plus jeunes.

Dans le premier diptyque, les jeunes gens partent au Moanda, où le père de Faucon, l'un des cinq scouts, a été appelé en tant que biologiste, par le souverain du pays pour y enquêter sur une mystérieuse maladie qui décime les plantations et la flore en général de la plus riche du pays, véritable grenier à blé pour la population. Touché par cette mystérieuse maladie, le pays risque la famine et le roi craint d'être évincé du trône sous la pression des trusts industriels qui s'accapareraient bien les richesses du pays. Entre magie et technologie, maladie et mauvais sort, les scouts auront fort à faire pour démêler l'écheveau.

Le second diptyque voit les scouts débarquer dans le sud des Pyrénées pour un camp « explo » spéléo au gouffre connu comme le « Trou d'enfer ». Le lieu a été choisi pour la légende qui y est attachée : au 16e siècle, un bandit surnommé « El Demonio » aurait écumé la région et se serait caché dans ces grottes dont on dit qu'elles abritent un passage reliant la France à l'Espagne. Mais personne n'a jamais pu trouver ledit passage ni explorer le gouffre. Aucun de ceux qui s'y sont essayé n'en est revenu vivant.
A peine arrivés, les jeunes gens apprennent qu'un corps a été retrouvé à proximité du gouffre et une suite de rencontres étranges et d'incidents inexplicables se produit, les enjoignant à quitter leur campement. Il faut toute la persuasion de Poulain, le chef de patrouille, pour que les scouts décident de mener leur exploration à bien, ce qui ne se fera pas très simplement tant les difficultés et contre-temps sont nombreux…

Si les aventures sont difficilement crédibles (les scouts ne partent pas en camp à une seule patrouille, par exemple), il n'en demeure pas moins vrai que le scénario est efficace, à rebondissement, et qu'il a tout pour plaire. Les héros sont attachants, bien identifiables par leurs caractères et leurs personnalités et les auteurs ont respecté la philosophie scoute : cet aspect-là de leurs aventures est donc tout à fait crédible. En fait, cette série fait partie, sans doute, des ouvrages capables d'exalter certaines qualités chez les jeunes et de leur donner matière à rêver. Tout comme la série de romans pour enfants Signes de pistes, sur le monde scout également, cette série véhicule les valeurs chrétiennes et scouts sans pour autant faire de ces lectures des ouvrages de catéchisme. Il faut sans doute y voir l'origine du succès de ces séries, capables de faire rêver des générations d'enfants. D'excellentes lectures, encore aujourd'hui, pour les filles comme pour les garçons, d'ailleurs.

À noter dans cet album, comme dans les autres de la série et des intégrales Dupuis : un excellent cahier racontant l'histoire de la bande dessinée et apportant un vrai « plus » par rapport aux albums classiques avec les carnets de croquis et les esquisses diverses, les essais du dessinateur pour les couvertures… en plus de rappeler le contexte de l'écriture de chacun des albums. Une vraie mine d'informations.


Paru aux éditions Dupuis, 2014. ISBN : 978-2-8001-6115-0.

lundi 2 février 2015

Bonnes nouvelles sur le sexe et le mariage, de Christopher West



Le Seigneur fait bien les choses. Lors de la sortie de ce livre, en mars ou en avril 2014, j'avais lu un article dans la presse catholique à son propos. Il y était dit, en gros, que cet ouvrage permettait au lecteur de débuter dans la connaissance de la Théologie du Corps de Saint Jean-Paul II (pas encore canonisé à ce moment-là), que l'article décrivait comme étant une "bombe théologique à retardement" (des mots mêmes de l'auteur du livre). Soucieuse de vivre au mieux, dans mon couple et dans ma famille, l'enseignement de l'Eglise sur la question de la sexualité, je pensais commander le livre, sans pour autant passer à l'acte et remettant à plus tard.
Et puis, à la fin du mois de juillet 2014, avec mon mari, nous avons participé à une retraite d'une semaine dont le thème était justement la Théologie du Corps. La conférencière était une religieuse américaine, en France depuis quelques années, formée à l'Institut Jean-Paul II, aux Etats-Unis, et condisciple de Christopher West, l'auteur du livre. C'est à cette occasion que je me suis procuré le livre, curieuse de savoir ce qu'il pourrait m'apporter après la riche retraite sur ce thème universel du corps, de l'amour et de la sexualité.
Je n'ai pas pu lire le livre tout de suite. La retraite et ses enseignements étaient encore trop frais, trop présents, trop proches dans le temps. Et ce n'est que six mois après que j'ai enfin pu m'y mettre sérieusement.

Le livre est composé de neuf chapitres, tous (à l'exception du premier) construits de la même façon : une suite de questions et de réponses. Des questions très concrètes, d'ailleurs, du style "Je trouve assez ironique que de vieux célibataires cherchent à imposer une morale sexuelle aux autres" (chapitre 2, "Qui le dit ?") ou "Pourquoi l'Eglise ne vit-elle pas avec son temps en admettant que certains mariages ne marchent pas, tout simplement ?" (Chapitre 3 : "À quoi disons-nous "oui" ?") ou encore "Mais enfin, que peut-il bien y avoir de mal à recourir à la contraception ?!" (Chapitre 6 : "Oui... mais non").
Le premier chapitre, lui, est consacré au "grand mystère", c'est-à-dire à la théologie du corps elle-même, l'enseignement de l'Eglise sur la sexualité et le mariage. C'est une présentation rapide et pourtant assez détaillée de la place de la sexualité dans l'amour de Dieu et dans son plan pour l'humanité.

Ce qui m'a frappée dans ce livre et, surtout, dans l'enseignement de l'Eglise sur le corps et la sexualité, c'est sa très grande cohérence. De fait, ce que ce livre pointe, ce sont nos incohérences à nous, êtres humains, face à la sexualité et au mariage.
Par exemple, dans le mariage chrétien, catholique, ce à quoi nous disons "oui", c'est bien la participation de Dieu dans la vie du couple : on lui demande, par le sacrement du mariage, d'être partie prenante dans le mariage, c'est-à-dire d'accompagner et d'aider les époux à vivre le mariage et, de préférence, à "bien" le vivre. De fait, Dieu étant Trinité, l'Esprit Saint est présent dans la chambre à coucher. Il est même l'Amour, à l'image de ce qu'Il est dans la Trinité Sainte. C'est par ailleurs cet Amour qui est créateur, féconde et rend le couple fécond, lui donnant la joie d'accueillir des enfants (dans la plupart des cas, ce qui ne veut pas dire que les couples qui connaissent la stérilité ne sont pas féconds d'une autre manière). Du coup, l'enseignement de l'Eglise se comprend mieux, notamment au regard de la contraception. Utiliser la pilule dans le mariage catholique revient à mettre l'Esprit Saint dehors, hors de la relation et de la chambre à coucher alors même que, par le sacrement, les époux lui ont demandé d'être présent. C'est incohérent, pas de la part de l'Eglise mais de la part des hommes et des femmes agissant ainsi à l'encontre de ce qu'ils ont pris comme engagement.

L'enseignement de l'Eglise est universel. Il s'adresse à tous et peut être reçu par tous, si tant est que l'on cherche à vivre l'amour en vérité. En suivant les enseignements de l'Eglise sur le corps, le mariage et la sexualité, il est possible de vivre une sexualité ouverte à l'autre, au don de soi, dans le respect de l'autre. Cela suppose de renoncer à certaines choses, en particulier à ce qui semble être l'un des moteurs essentiels de la sexualité aujourd'hui : la recherche du plaisir pour soi, du plaisir pour le plaisir. Vécue de cette manière, la sexualité conduit à toutes les dérives que l'on constate aujourd'hui. Mais vécue dans le don gratuit de soi à l'autre, c'est-à-dire selon ce qu'enseigne l'Eglise, la sexualité est bonne et rend pleinement heureux, telle un avant-goût de paradis.
C'est un chemin exigeant, difficile peut-être, car il exige de la personne qu'elle reconsidère parfois toute sa manière d'être. Mais quelle récompense, quelle joie, quels fruits pour le couple et la famille quand ce qui en fait le cœur, l'essence même, est vécu dans le don de soi !


Paru aux éditions de l'Emmanuel, 2014. ISBN : 978-2-35389-286-0.

vendredi 30 janvier 2015

Les Sisters, tome 4 : C'est Nikol Crème !, de Christophe Cazenove et William



Wendy et Marine sont deux soeurs d'environ 12 et 8 ans. Wendy, l'aînée, est aussi brune que Marine, sa petite soeur, est blonde. Et les deux filles s'entendent... comme des soeurs : elles se chamaillent, passent leur vie à se taper dessus, mais ne peuvent pas se passer l'une de l'autre. Elles s'aiment et se détestent tout à la fois, quoi. En fait, elles sont normales !
Les différentes planches de cette bande dessinée racontent le quotidien de ces deux soeurs un peu déjantées, plutôt dégourdies, et de leurs relations en famille ou avec les copains et les copines. Les planches sont toutes indépendantes les unes des autres, certaines se suivent, d'autres non...
Mes filles (12 et 8 ans) et mon fils (10 ans) dévorent chaque tome (ils en ont 6 sur les 7 parus) et je les entend souvent rire des situations plus ou moins cocasses racontées ici. D'ailleurs, nombre de ces histoires sont tout à fait transposables à notre vie quotidienne, et c'est sans doute pour cela que ça "fonctionne" avec mes enfants... qui y trouvent une exagération drôle de leurs propres situations de conflits fraternels !
Bref, une bd sympa pour enfants !


Paru aux éditions Bamboo, 2009. ISBN : 978-2-35078-782-4.

dimanche 18 janvier 2015

Une Île au coeur du monde, de Michael D. O'Brien



Le héros de cette fresque, c'est Josip Lasta, né en 1933 dans les Balkans. Au moment où débute le récit, nous sommes en pleine Seconde Guerre Mondiale et les montagnes yougoslaves voient s'affronter les armées d'occupation (allemandes et italiennes) et les diverses factions rebelles. Josip habite un village des montagnes, préservé parce que minuscule, enclavé et sans aucun intérêt stratégique. Le nom de ce village, Rajska Polja, signifie "Les Champs Célestes"...

Mais un jour, Josip voit son monde s'effondrer et basculer dans l'horreur. Le jeune garçon va d'abord connaître la peur, la fuite, l'exil, puis l'emprisonnement, la maladie, l'exil à nouveau et, enfin, la renaissance. L'enfant, puis le jeune homme, doit faire face à des conditions de vie déshumanisantes, à une souffrance sans nom. Et pourtant, malgré la prison, les mauvais traitements, la faim, la perte de ceux qu'il aime, la haine dont il est l'objet, il parviendra à survivre et à garder son identité et son humanité.

J'ai été profondément bouleversée par ce roman. Plus de 820 pages pour raconter une vie, la vie de cet homme, traversée par la guerre, mondiale, civile, qui lui fera tout perdre. Mais sur la route de Josip se trouvent aussi des personnes qui l'aideront à "tenir" dans certains moments difficiles, puis à se reconstruire et à revivre. Un roman où l'on suit un homme très simple, habité simplement par la foi et l'envie de vivre, malgré la haine, la guerre, la souffrance physique et morale. Jamais il ne perd son humanité, même si les aléas de sa vie l'emmènent bien souvent au bord du gouffre. À chaque fois, une personne ou une autre, sortes d'anges gardiens dans ce monde hostile, lui permettent d'avancer et l'aident à préserver ce qui fait de lui un homme et non pas un animal...
On voyage beaucoup, aussi, depuis la Yougoslavie jusqu'à New York en passant l'Italie... Josip y fait de très belles rencontres, des gens humains qui font passer leur prochain avant leur profit et sont prêts à donner un peu, voire beaucoup de ce qu'ils ont pour l'aider.
Plus tard, une fois sorti de l'enfer que sont devenus les Balkans, en exil, Josip aidera d'autres, parfois plus jeunes, moins chanceux peut-être, à avancer eux aussi en restant dignes, à leurs yeux et à ceux des membres de leurs familles. En particulier, la rencontre avec le jeune Caleb est touchante parce qu'elle permet de voir Josip faire pour ce jeune garçon ce que d'autres ont fait pour lui auparavant et qui lui a permis de ne pas sombrer.

Ce magnifique roman, souvent difficile pour les images qu'il véhicule, est rempli d'espérance, de cette espérance chrétienne qui me dit que quoi qu'il arrive, je ne suis jamais seule, que Dieu m'accompagne sur le chemin de vie qui est le mien. Quelles que soient les souffrances que l'on doit traverser, c'est la Vie qui est au bout du chemin.


Paru aux éditions Salvator, 2011. ISBN : 978-2-7067-0800-8.