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samedi 29 octobre 2016

À la fin le silence, de Laurence Tardieu

Cette année, j'ai pu participer à l'opération "Matchs de la rentrée littéraire", organisée par Price Minister, tous les ans depuis quelques années. Et suite à ma participation au tirage au sort, j'ai reçu le livre de Laurence Tardieu, "À la fin le silence".



J'ai été surprise par ce livre et, surtout, par les images qu'il a suscitées en moi. C'était assez étrange, parce que je visualisais des choses que j'avais envie de traduire sous forme de dessin. Or je suis... nulle en dessin. Eh oui. Et en plus, je suis aussi nulle en traitement d'images, en design et tout et tout. Du coup, je suis totalement coincée pour exprimer ici ce que j'ai vécu en lisant ce livre. Et c'est bien dommage, parce que j'aurais aimé traduire visuellement mes impressions. Au lieu de cela, il va falloir que je me contente des mots. Et là non plus, il faut croire que je ne suis pas très à l'aise. Comment, en effet, exprimer l'indicible, l'horreur, face au carnage, face aux meurtres sanglants qui sont en toile de fond de ce roman ? Comment, comment dire la fragmentation de la personne ?

Alors voilà. J'ai profité de cet article pour tester quelques fonctionnalités logicielles, afin de trouver une façon, pauvre, certes, mais reflétant un peu mon vécu devant cet ouvrage, pour le rendre visuellement accessible. Parce que ce sont réellement des images qui m'ont habitée en lisant ce livre. Et ces images se sont multipliées, complétées, superposées... au fil des mots, de ma lecture.


Le roman débute par le récit par l'auteur de la journée du 7 janvier. Celle qui a vu l'attentat meurtrier de Charlie Hebdo se dérouler en plein Paris, à quelques rues de l'appartement de l'auteur-narrateur. Et en lisant ces lignes, je ne pouvais m'empêcher de voir, de visualiser cette femme, déjà mère deux fois et enceinte, en plein milieu de la tourmente. Même si elle n'était pas directement concernée, la narratrice a "vécu" les attentats (celui du 7 janvier, mais aussi ceux du 9 janvier et, plus tard, ceux du Bataclan) comme si elle "y était". Sans doute est-ce dû à sa grossesse ? Toujours est-il que, même si elle n'était ni dans les locaux de Charlie Hebdo ni au concert du Bataclan, dans l'Hyper Cacher ou à la terrasse d'un des cafés pris pour cible, elle a vécu les attentats dans sa chair. Et, pour moi, ça s'est traduit par cette image, où je ne parviens pas à restituer ce que j'y ai vu : un corps et une identité morcelés, comme eux-mêmes victimes de la bombe et déchiquetés par l'explosion. Un corps et une identité éclatés...

Et puis, au fil du récit, on apprend aussi que la narratrice, avec sa famille, a décidé de vendre la maison de son enfance. Une maison sur les hauteurs de Nice, avec vue sur mer, où elle a passé et passe encore, au long de ce processus incroyable qu'est un grossesse, de bons et heureux moments. Une maison-refuge, un lieu paisible et reposant, seul endroit capable, pour elle, en ces temps troublés, de la rassurer, de la "réunifier" après l'éclatement des attentats. Vendre cette maison est donc un nouveau déchirement, tout aussi intérieur que le premier.

Dedans, dehors.


Et pourtant, cette personnalité doublement morcelée, porteuse d'une vie nouvelle, parvient peu à peu, mais pas sans peine, à surmonter les chocs successifs, les déchirements, les cassures, les blessures internes et invisibles pour tous.

Paradoxalement, c'est, semble-t-il, la naissance du bébé qui va l'aider à procéder à cette réunification intérieure, en apportant la paix à la "nouvelle" maman. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit : la naissance de cet enfant fait de cette femme une femme entièrement renouvelée, reconstruite malgré les blessures, les déchirures... 

J'ai été touchée. Parce qu'on ne peut pas rester indifférent devant les cris de douleur des victimes. Et parce qu'effectivement, une naissance est un événement à double détente : naissance d'un nouvel être humain, le bébé, mais aussi d'une nouvelle personne, la mère. Et même si elle est déjà mère, cette nouvelle naissance la renouvelle, la transforme... faisant d'elle un être différent tout en étant le même.

Je ne dirais pas que ce roman est mon préféré. Il était difficile, dur, avec souvent des répétitions, des tournures de phrases inhabituelles. Certes, les mots et les phrases sont travaillés, de manière à faire transparaître les émotions de la narratrice. Mais ces "artifices" rendent parfois la lecture compliquée à suivre. Heureusement que ce n'est pas le ressort principal du récit, sans quoi il aurait été impossible à comprendre.

En tout cas, c'est une bonne découverte, et je remercie Price Minister et Chapitre.com !

#MRL16

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