mercredi 23 septembre 2026

Lefranc, tome 13 : Le Vol du Spirit, de Jaques Martin et Gilles Chaillet

 

Guy Lefranc, journaliste français, est à Washington, en marge d'une réunion du G7, où il visite le Parlement des États-Unis. Il y a retrouvé Francis, son ami de « La Camarilla », qui le prend en photo avec un appareil Polaroïd. En regardant la photo, Lefranc a la surprise d'y reconnaître, en arrière-plan, son éternel adversaire, Axel Borg.

Un peu plus tard, alors que Borg a disparu, Lefranc retourne à son hôtel, pour y recevoir un colis déposé à son intention... et qui, bien sûr, vient d'Axel Borg. La provocation continue, puisque Francis a revu Borg, cette fois-ci avec la délégation suédoise, qui se présentait sous le nom de Comte Joachim von Sylow. Francis ayant un ami au F.B.I., il a contacté ce dernier qui demande à rencontrer Lefranc.

Borg est mis sous surveillance, bien sûr, mais cela ne l'empêche pas de réussir un tour de force : voler un avion dans le musée Air and Space, et pas n'importe lequel. Il s'agit du Spirit of Saint Louis, de l'aviateur Lindberg.

Lefranc est « embauché » par le F.B.I. et la police, afin de récupérer l'avion, à cause de ses connaissances approfondies des manœuvres d'Axel Borg, suspecté d'avoir commis le vol. L'aventure va l'entraîner jusqu'en Irlande, où il rencontre (un peu brutalement) Maureen Kinley, une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux et qui va aider le journaliste français dans ses recherches afin de retrouver l'avion et celui qui l'a volé, afin de le ramener en entier aux États-Unis.

Une histoire comme je les aime, bien construite et bien menée, avec des dessins réalistes et beaux, dans la droite ligne de la tradition de la bande dessinée franco-belge. C'est bien sûr parfois « capillotracté » (mais cette fois-ci, c'est Borg qui ne reconnaît pas Lefranc sous son déguisement, ça change!), mais globalement ça tient la route et l'histoire est pleine de rebondissements.

Mention spéciale pour le titre de l'album : il est vraiment très bien trouvé, parce qu'à double-sens en plus ! 

Une bonne lecture, donc, fidèle à la série !


Paru aux éditions Casterman, 2002. ISBN : 978-2-203-31413-3.



mercredi 16 septembre 2026

Yoko Tsuno, tome 32 : L'Intelligence intemporelle, de Roger Leloup


Avec cet album, j'avoue que je suis très, très ennuyée.

C'est vraiment la première fois que je suis déçue à la première lecture. Les derniers albums montraient des faiblesses évidentes au niveau du dessin, avec des erreurs de perspective, par exemple, mais là....

L'histoire commence, comme toujours depuis « La Servante de Lucifer », dans le ciel d’Écosse. Yoko et Emilia reviennent de Glasgow avec un petit appareil volant écossais, que Yoko semble avoir échangé contre le Tsar russe qu'elle pilotait depuis le « Septième Code ». Et c'est en rentrant à Loch Castle que réapparaît le père d'Emilia, qui invite sa fille à aller observer les glaciers en Antarctique. Emilia partie, Yoko reçoit la visite de Khany, inquiète au sujet d'une navette spatiale qui revient dans les environs de la Terre, porteuse d'une cargaison dont la Vinéenne se garde d'abord de préciser la nature à Yoko, mais aussi, et surtout, d'un désintégrateur très puissant qui pourrait menacer la sécurité des terriens.

Le décor est planté, on est donc repartis dans l'espace, avec une histoire en deux parties, l'une, effectivement, dans la banlieue de la Terre, et l'autre sous la Terre... Yoko y part seule avec Myna (et je n'ai pas trop bien compris pourquoi d'ailleurs), pour retrouver Syrby à la porte de la Citadelle des Fées. Et j'avoue que là, ça part, pour moi, quelque peu en « vrille »...

Je suis déçue. De l'histoire, donc, que j'ai du mal à suivre, avec deux « aventures » qui se suivent, un peu comme dans l'un des albums précédents, « Anges et Faucons », sauf que là, les défauts graphiques remarqués sont encore plus importants. Comme si le trait, autrefois si beau, si fin et si sûr, si tendre aussi, perdait tout réalisme, en particulier dans les visages des personnages. Vic, en particulier, est vraiment maltraité, visuellement parlant, aux pages 40 et 41 de l'album. Pol aussi, mais Pol n'apparaît que sur trois vignettes... preuve qu'il commence à y avoir bien trop de monde dans ces histoires. Songez : il a fallu d'abord éloigner Emilia et son père, puis faire garder Poky, Rosée et Pya par Ebony et Mieke, au cottage, pendant que Vic et Pol étaient à Glasgow, pour justifier que Yoko parte dans l'espace, seule avec Myna et Khany. L'histoire met donc 10 bonnes pages à se mettre en route, et cette première partie n'occupe qu'une quinzaine de pages de l'album en tout.

En rentrant, Yoko tombe sur les petites qui ont peur des « sorcières » hébergées en sous-sol. Myna est au courant, bien sûr, et les deux repartent, cette fois-ci dans les profondeurs de la Terre, à la recherche de l'intelligence supérieure qui gère le monde souterrain. Yoko découvre dans cet univers l'une des « fées », en réalité une créature matérielle intelligente, que Yoko finit par ramener, bien sûr, dans le cottage, qui commence de plus en plus à ressembler à l'Arche de Noé...

Oui, je suis déçue, parce que non seulement l'histoire en deux parties aurait mérité un développement plus long en deux albums, pour honorer chaque récit comme il se doit, mais aussi parce que Roger Leloup semble réutiliser les mêmes « ficelles », les mêmes objets qu'au début de la série : le désintégrateur « modèle familial » de « La Forge de Vulcain », les boîtes mémoires des « Trois Soleils de Vinéa »... Le monde souterrain n'est pas inconnu, en réalité, sauf que dans le tout premier album, « Le Trio de l’Étrange », l'entrée ne se trouvait pas là du tout, et que dans « La Forge de Vulcain », le puits d'accès avait été fermé. Ici, l'entrée par l’Écosse semble ouvrir sur plusieurs mondes à la fois, tant Vinéens que Celtes, plus ou moins ésotériques et irréels... J'ai de plus en plus de difficultés à adhérer à ces histoires, et aussi de plus en plus l'impression que Roger Leloup a, en réalité, encore beaucoup de choses à dire et à écrire, beaucoup d'aventures à faire vivre à ses héroïnes. Tellement qu'il les condense en peu de pages, là où, dans les albums précédents, il déployait les histoires sur 48 vraies pages. Au final, cela me donne plutôt l'impression d'une histoire presque bâclée, un peu « fourre-tout », avec de nombreuses élisions qui rendent la compréhension plus difficile...

Je n'oublie pas (et j'admire, d'ailleurs, la performance), que l'auteur aura bientôt 93 ans... Mes critiques semblent acerbes, alors qu'elles reflètent, en réalité, l'étendue de mes attentes envers cet auteur... et donc l'étendue de ma déception devant cet album qui aurait pu avoir une toute autre ampleur...

Roger Leloup m'a dit un jour qu'il refusait catégoriquement que son héroïne soit reprise par un autre (ou d'autres) auteur(s), tant au scénario qu'au dessin. Yoko est et restera sa fille, et ses aventures se termineront avec la mort de son « père ». Un choix courageux, responsable aussi, mais qui peut, d'une certaine manière, expliquer aussi l'urgence qu'on ressent à la lecture des derniers albums. Quitte à sacrifier la cohérence, le graphisme, la beauté des histoires ? Pourtant, le fond des récits de Roger Leloup reflète toujours, et depuis le début de la série, une préoccupation contemporaine : les dangers de la technologie quand elle est mal utilisée, ou utilisée à des fins criminelles : le clonage, si je me souviens bien, dans « Le Secret de Khany », par exemple, ou, ici, les dangers de l'intelligence artificielle. Une vraie déception, donc, parce que j'ai une très grande affection pour cette série et pour son auteur...


Paru aux éditions Dupuis, 2026. ISBN : 978-2-8085-1465-1.


mercredi 9 septembre 2026

François, le pape venu du sud, de Bernard Lecomte, Simona Mogavino, Pasquale Del Vecchio et Giampiero Casertano


François est le premier pape venu d'Amérique latine. Mort en 2025, son successeur, Léon XIV, vient lui aussi du Nouveau Monde, mais il a, quant à lui, un pied sur les deux continents américains : il vient des USA mais a vécu une bonne partie de son ministère en Amérique latine...

Pour en revenir à François, d'origine italienne, il était évêque de Rome au moment de la pandémie de Covid 19. L'album s'ouvre d'ailleurs sur une séquence inédite : en mars 2020, dans les premiers jours du confinement qui a frappé toute la planète ou presque, les images télévisées montrent le pape, seul sur la place Saint Pierre, sous la pluie. Il prie pour le monde, pour les victimes de la pandémie.

Cette bande dessinée reprend donc l'un des moments forts du pontificat de Jorge Bergoglio, sous le nom de François, pour en montrer les difficultés, les enjeux et le fonctionnement. François a été un pape qui n'a laissé personne indifférent : très aimé des uns, détesté des autres, avec un style bien à lui. Marqué par sa vie en Argentine, où il a été témoin des difficultés sociales de ses compatriotes en particulier, il a montré dès son élection au siège de Pierre un attachement particulier pour les migrants, les pauvres, les malades, les prisonniers, et a multiplié les gestes marquants envers eux : visites sur l'île de Lesbos, auprès des migrants, à plusieurs reprises, accueil de migrants sur le sol italien, messes du Jeudi Saint avec le geste du lavement des pieds en prison... Ces gestes forts ont émaillé son pontificat et ses déplacements.

François, c'est aussi le successeur de Benoît XVI, dont le pontificat a été marqué par les Vatileaks, une fuite de documents émanant du Vatican qui a poussé le pape à démissionner, et François à commencer un grand « ménage » au sein de la curie romaine, ce qui, bien sûr, n'a pas plu à tout le monde. Avec son style de gouvernement musclé, voire brutal, sans doute, François ne s'est pas fait que des amis.

C'est donc la vie de ce pape qui est racontée dans cet album, documents à l'appui, et qui, pour qui s'intéresse à l'histoire de la papauté et de l'Eglise, offre un regard plutôt nuancé. Les éditions du Cerf et Glénat s'associent une fois encore avec cette série sur les Papes, et c'est plutôt une bonne nouvelle, qui permet de mieux connaître différentes figures de la papauté à travers l'histoire, depuis Saint Pierre, le premier pape, jusqu'à François, en passant par Pie XII, Jean-Paul II Clément III ou Alexandre IV pour n'en citer que quelques-uns. C'est une série de qualité, que je recommande pour sa qualité documentaire, narrative et graphique, toutes qualités que l'on attend d'une bande dessinée sérieuse. Quelques pages, à la fin, donnent davantage d'informations, avec des documents d'archives (photos, par exemple) afin d'approfondir un peu la lecture.

 

Paru aux éditions Glénat/Cerf, 2025 (Un Pape dans l'Histoire). ISBN : 978-2-344-03114-8


mercredi 2 septembre 2026

Largo Winch, tome 24 : Le Centile d'Or, par Philippe Francq et Eric Giacometti

 

La deuxième partie du diptyque commencé dans La Frontière de la Nuit commence par un flashback sur l'enfance de Jarod Manskind, qui a invité Largo pour une escapade en navette suborbitale, afin de trouver une solution dans le différend qui les oppose. Dans la navette, tout ne se passe pas comme prévu : les deux milliardaires perdent connaissance durant le vol, victimes d'une panne d'oxygène orchestrée par une organisation d'éco-combattants qui a déclaré la guerre aux riches : We Blue.

Quand Largo reprend connaissance, il parvient à réveiller Jarod, juste à temps pour apprendre que We-Blue a aussi pris le contrôle de la navette et a décidé de les éradiquer tous les deux. La navette fonce vers la Terre, et s'écrasera quatre minutes plus tard...

Bien sûr, la vie de Largo, le héros de la série, ne va pas s'arrêter à la page 3 de l'album, donc on se doute qu'il finira bien par trouver une solution. Mais le suspense est bien là !

Parallèlement, Simon poursuit son enquête et découvre que l'Indomining, partenaire de Largo dans l'exploitation d'une mine en Indonésie, a monté une embrouille afin d'obliger Largo à fermer la mine et à lui vendre ses parts afin d'en prendre le contrôle.

Les deux intrigues se déroulent donc en parallèle, avec d'une part le sauvetage de Lardo et Jarod, et, d'autre part, l'enquête de Simon en Indonésie.

Mais là encore, tout ne se passe pas comme prévu, et l'adversaire est de taille, provoquant un drame qui va demander à Largo tout son courage pour rétablir la situation.

Je reste attachée à cette série, parce qu'elle m'a vue évoluer durant la fin de mon adolescence et le début de ma vie d'adulte, mais j'ai de plus en plus de mal à entrer dans les intrigues.

Je dois malgré tout reconnaître que les auteurs parviennent à « coller » à l'actualité, dans les thèmes qu'ils abordent. Ici, la question écologique et le grand reproche qui est fait aux « riches », accusés de polluer sans vergogne et d'exploiter les plus pauvres pour toujours s'enrichir davantage. Le personnage de Largo est intéressant de ce point de vue : il fait partie de ces milliardaires qui, dans l'imaginaire collectif de nos sociétés, sont dans le camp du « mal » ou des « méchants » pollueurs/exploiteurs. Mais Largo est le héros de la série, et il véhicule l'image d'un milliardaire en blue-jeans qui utilise sa fortune pour rétablir la justice, et non pour en tirer profit personnellement. Dans ce nouveau diptyque, le lecteur se rend compte que le problème n'est pas d'être riche – et donc méchant – ou pauvre – et gentil, mais de savoir comment on utilise sa richesse, ses biens, son travail, son savoir, ses rêves, pour en faire quelque chose de bon ou de mauvais pour soi et pour les autres. C'est donc un peu plus subtil que ce que nos « élites » (hommes et femmes politiques de droite, d'extrême droite ou gauche, ou écologistes par exemple) cherchent à nous faire croire. Et rien que pour ça, cette série est plus intelligente qu'il n'y paraît.

Et j'avoue que j'aime particulièrement ce qui est subtil, intelligent, et qui tord le cou aux idées simplistes et binaires. La vie est toujours, toujours en technicolor, et non en noir et blanc... Et, je vous rassure, comme c'est une bande dessinée, c'est bien le héros qui triomphe et qui fait triompher la justice, au bout du compte. Pour savoir comment, il va quand même falloir lire la BD !


Paru aux éditions Dupuis, 2023. ISBN : 979-1-0347-7090-8.

samedi 29 août 2026

L'Odyssée, de Homère


Comme beaucoup de livres, j'ai celui-ci dans ma bibliothèque depuis très longtemps. Et quand je dis « très longtemps », c'est vraiment très long... au moins 20 ans, au vu de l'année d'édition de l'ouvrage (la couverture qui sert ici d'illustration n'est pas du tout celle qui orne l'ouvrage que j'ai entre les mains!). Ce livre, cela faisait des années que je voulais le lire, et j'avais toujours eu autre chose de plus urgent à faire. Sauf que cette année, un de nos amis prêtres nous a invités à passer douze jours sur un voilier, en Grèce, et le voyage avait pour thème L'Odyssée, au moment même où est sortie l'adaptation au cinéma de Christopher Nolan. Et les consignes avant le voyage étaient claires : nous devions nous renseigner sur le voyage d'Ulysse.

Voilà l'occasion et les raisons qui me manquaient d'ouvrir enfin L'Odyssée...

L'histoire elle-même est connue, bien sûr. Ulysse, héros de la Guerre de Troie, revient dans sa patrie, à Ithaque, pour y retrouver sa femme Pénélope et son fils Télémaque, qu'il a laissés derrière lui quand il est parti pour Troie, vingt ans plus tôt. Parce que oui, son absence aura duré vingt ans au total. Dix ans de guerre, et dix autres années pour le retour, le temps de grandir en humanité, de devenir un véritable homme, capable de prendre des décisions difficiles, de choisir le moindre mal, de s'ancrer dans la réalité, de fuir les plaisirs faciles et les rêves inaccessibles pour décider de retrouver la vie quotidienne, la vie de père de famille, d'époux, de chef.

C'est tout cela que raconte L'Odyssée, à travers les différentes épreuves qu'Ulysse doit affronter : les sirènes, le cyclope, Charybde et Scylla, la fureur du dieu Poséidon, les Lestrygons, les lotophages ou encore les Cicones, la magicienne Circé, l’envoûtante Calypso... et jusqu'au séjour des morts. Ulysse doit faire face à la force brutale, à la barbarie, à la violence pure et sans raison, aux tentations diverses, et si ce voyage prend tant de temps, c'est peut-être justement parce qu'il faut du temps pour bâtir un homme droit dans ses bottes, capable de faire face aux aléas et difficultés de la vie....

Le poème (car c'en est un) se compose de 24 chants, dont la moitié est occupée par le retour d'Ulysse proprement dit et le récit de toutes ses épreuves, et l'autre moitié par l'ultime épreuve : celle du retour à Ithaque et de la reconquête de sa maison, de son épouse, mais aussi de son pouvoir et de sa place de roi d'Ithaque. Ulysse doit déployer ruses et astuces pour mettre à mal les projets des prétendants, de jeunes hommes qui convoitent le trône d'Ulysse et espèrent, pour y accéder, se marier avec Pénélope.

Cette dernière est un modèle de vertu, de patience, d'abnégation. Elle attend son mari, elle attend de ses nouvelles, espère et pleure chaque jour son absence.

Les enfants, dans la Grèce antique, apprenaient à lire et à écrire avec les récits d'Homère, dont celui-ci est la deuxième partie de l'oeuvre, commencée avec L'Iliade. Et c'était loin d'être idiot, comme méthode d'enseignement de la langue. Car le contenu de l'oeuvre est aussi, en soi, un enseignement précieux sur le développement de l'être humain : comment devenir un homme avisé, par exemple.

Un fait m'a frappé, qui a fait écho à ce qu'on trouve encore, de nos jours, en Grèce : le sens de l'hospitalité. L'hospitalité, dans la Grèce antique, était d'une importance cruciale : ce qui est dit dans l'Odyssée, c'est que cette hospitalité est dûe à toute personne qui arrive, quel que soit son rang, son apparence, sa famille, sa filiation, ses qualités. L'hôte qui l'accueille doit lui donner de quoi boire et manger, se vêtir si nécessaire, se reposer... et ce avant même de lui demander son nom. Cet accueil, cette aide gratuite, nous les avons retrouvés dans les îles où nous sommes passés durant notre périple cet été. Nous y avons vécu l'accueil, l'aide de la part des îliens en cas de difficultés pour amarrer le bateau, par exemple, ou encore quand le moteur électrique de l'annexe refusait de démarrer : un habitant de l'île a alors demandé à son fils de nous ramener au bateau avec sa barque et ce jeune garçon d'une douzaine d'années nous a tous conduits à bon port.

Bien sûr, on peut voir là la solidarité des gens de mer, solidarité nécessaire et vitale pour tous. Une des règles d'or de la marine est qu'on ne laisse jamais, jamais, quelqu'un en danger en mer. Fût-ce un ennemi. Mais il y avait chez les Grecs que nous avons rencontrés une forme de bienveillance et d'accueil inconditionnel, un sourire empreint de gentillesse qui allait plus loin que la simple solidarité qui protège tous les marins. C'est peut-être parce que je n'ai pas retrouvé cette bienveillance à notre retour que cela m'a frappée, mais j'ai l'impression que l'hospitalité, en Grèce, c'est bien plus qu'un simple mot.

Quelques mots sur le film de Christopher Nolan, pour ceux qui ne l'ont pas encore vu : Allez-y !

D'abord, le film est assez fidèle au récit d'Homère. Moyennant quelques raccourcis (par exemple, c'est Calypso, dans le film, qui fait manger les fleurs de loto à Ulysse, et non les lotophages), on retrouve dans le film la quasi-totalité des épreuves que subit Ulysse dans le récit homérique. La partie la moins bien traitée, et c'est dommage, à mon sens, c'est celle où Ulysse affronte le Cyclope. Sans doute pour aller plus vite, Nolan est passé à côté d'un élément important de l'Odyssée, à savoir la question de l'identité d'Ulysse. Je n'en ai pas encore parlé, mais toute l'histoire d'Ulysse est aussi une question de nom, d'identité, celle qu'Ulysse doit accepter d'endosser, d'assumer, pour devenir vraiment lui-même. C'est donc un peu dommage. Mais par ailleurs, ce que j'ai trouvé intéressant, c'est aussi le saut dans le temps et dans la mémoire d'Ulysse, lorsqu'il raconte comment il a vécu la fin de la Guerre de Troie, et la ruse qu'il a dû utiliser pour vaincre les Troyens. Nolan a réussi à intégrer, au cœur de l'Odyssée, la fin de l'Iliade, en tout cas les hauts faits d'Ulysse dans cette guerre, alors même qu'il n'est pas le personnage principal de ce premier récit. Il y aurait beaucoup à dire, bien sûr, sur ce film de presque trois heures que j'ai trouvé magnifique, mais je ne voudrais pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l'ont pas encore vu. Alors, si vous voulez en savoir plus, foncez au cinéma le plus proche ! Et régalez-vous...


Paru aux éditions LGF (Le Livre de Poche), 1996. ISBN : 978-2-253-00564-3.


mercredi 22 juillet 2026

Lefranc, tome 12 : La Camarilla, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


Je poursuis mon exploration des bandes dessinées écrites par Jacques Martin (et dessinées par d'autres parce que l'auteur avait tant d'histoires à raconter, sur deux séries (Alix et Lefranc) puis une troisième (Jhen), qu'il ne pouvait plus les dessiner toutes lui-même, d'autant plus qu'il avait intégré, très tôt, avec Roger Leloup, les Studios Hergé).

Bref. Mon mari et mes enfants se chargent de m'offrir régulièrement les albums des deux séries principales de Jacques Martin, ce qui me permet de rattraper mon retard en lecture. Parce que, bien sûr, ce douzième album de la série Lefranc ne date pas du tout de 1997, mais plutôt des années 1970...

Nous sommes ici en Italie, à Monza, où a lieu, comme chaque année, une course automobile. Celle-ci voit s'affronter Yon Clare, un français, et Jim Hall, un américain. Très vite, le Français est mis en difficulté et réchappe de peu à un accident, qu'il sait ne pas être tout à fait accidentel... Il refuse de répondre aux journalistes présents pour couvrir l'événement, n'acceptant de parler qu'à son ami Guy Lefranc, à qui il révèle que le moteur de sa voiture a été saboté à distance, provoquant ainsi l'accident et donnant l'avantage à l'américain pour des histoires de gros sous (en gros).

Yon Clare ne se laisse pas abattre pour autant et part se mettre « au vert » quelques temps au bord du lac de Côme, où il invite Lefranc à qui il a promis une série d'interviews pour son journal. Les deux hommes vont ainsi se retrouver au cœur d'une machination mafieuse à laquelle, bien sûr, Axel Borg, le meilleur ennemi de Lefranc, n'est pas étranger.

J'ai lu cette bande dessinée assez rapidement : elle est intéressante, au rythme enlevé, bien construite et pleine de rebondissements. Tout à fait ce dont on a besoin en vacances ! (et quand il fait aussi chaud qu'au moment où j'écris ces lignes, c'est-à-dire le 24 juin!). Si vous ne connaissez toujours pas la série, foncez : il s'agit d'une valeur sûre, au même titre que Tintin, Astérix, Yoko Tsuno ou Blake et Mortimer ! 'D'autres aussi, bien sûr, mais ces séries-là sont vraiment tout public : comme je l'écrivais dans mon précédent billet, ici, le Bien triomphe toujours du Mal, même si le mal continue son œuvre, avec comme toujours des victimes innocentes...


Paru aux éditions Casterman, 1997. ISBN : 978-2-203-31412-2.

mercredi 15 juillet 2026

Jo, Zette et Jocko, de Hergé



Quand j'étais petite, nous avions de « bonnes » lectures, chez mes parents. Tintin, Astérix, Lucky Luke principalement. Et Jo, Zette et Jocko. Les cinq albums, que je connaissais par cœur à force de les avoir lus, relus et re-relus.

Jo et Zette, ce sont les deux enfants de M. et Mme Legrand. M. Legrand est ingénieur, aéronautique d'après les premiers albums, mais pas uniquement, si on s'en réfère au dernier...

Jo et Zette, ce sont les petits frère et sœur de Tintin (d'ailleurs Jo lui ressemble pas mal, en brun). Et Jocko, c'est leur singe apprivoisé, l'élément gaffeur et drôle, mais qui, plus d'une fois, vient en aide à ses maîtres (après les avoir bien mis dans l'embarras, toutefois!).

Cet album est en fait un recueil des cinq albums écrits par Hergé entre 1951 et 1957 : deux histoires en deux albums et un album simple.

La première aventure, intitulée Le Stratonef H. 22 se déroule donc en deux épisodes : Le Testament de M. Pump et Destination New York. Dans cette histoire, John Archibald Pump, un fana de vitesse et d'optimisation du temps, meurt dans un accident de voiture. Il est richissime et son immense fortune (10 millions de dollars) ira aux constructeurs de l'avion capable de rallier Paris à New York – ou vice-versa – sans escale, à une moyenne de 1000 km/h. Dans l'hypothèse où ce raid n'aurait pas eu lieu dans le délai d'un an, l'intégralité de la fortune de M. Pump ira à ses neveux William et Fred Stockrise.

Évidemment, les deux neveux de John Archibald Pump ne vont pas se laisser faire. Ils ne peuvent contester le testament, aussi s'attaquent-ils directement à M. Legrand, le candidat le plus sérieux pour réussir l'exploit. Rien ne lui sera épargné : attentat, diffamation, re-attentat, violence armée, vol... jusqu'à l'empoisonnement. Sauf que Jo et Zette suivent de près les travaux de leur père et les péripéties qui émaillent la construction du Stratonef H. 22. Et lorsque ce dernier est menacé par les bombes du traître à la solde des frères Stockrise, les deux enfants font tout pour sauver l'avion, ce qui va les lancer dans un périple improbable.

La seconde aventure, Le Rayon du Mystère, regroupe Le Manitoba ne répond plus et L’Éruption du Karamako. Les enfants Legrand et Jocko sont sur la plage, en vacances, et s'aventurent sur la mer pour jouer aux pirates : ils ont entendu parler de l'aventure du Manitoba, un bateau qui reliait New York à Liverpool et qui n'a plus donné de nouvelles pendant plusieurs heures, avant que les échanges reprennent. Et les membres de l'équipage et les passagers découvrent alors qu'ils ont été méthodiquement dévalisés... Les enfants ne reviennent pas, le soir venu, et leurs parents s'inquiètent bien sûr. En réalité, ils ont été recueillis en pleine mer par un mystérieux sous-marin qui les emmène dans une non-moins mystérieuse île sous-marine où sévit un étrange professeur qui a l'air plus fou qu'autre chose et qui cherche à mettre au point sa dernière invention. Et pour cela, il a besoin des enfants... Parce qu'évidemment, les pirates n'ont pas du tout recueilli les enfants et leur singe par pure bonté d'âme.

L'histoire bien sûr ne s'arrête pas là : Jo et Zette, accompagnés de Jocko, parviennent à s'enfuir de l'île sous-marine, mais c'est pour tomber sur une île faussement déserte, où des cannibales leur réservent un bien triste sort...

Enfin, la dernière histoire, en un album, cette fois, est intitulée La Vallée des Cobras. La famille Legrand est en vacances à la montagne et, durant l'une de leurs promenades à skis, Jo et Zette dépassent le Maharajah de Gopal, un homme irascible et quelque peu buté, mais investi d'un pouvoir absolu sur chacun de ses sujets. Et il se trouve qu'il a tendance à oublier que, quand il est en France, son autorité n'est pas tout à fait la même que quand il est au pays...

Lorsqu'il rencontre l'ingénieur Legrand, il voit tout de suite la solution à l'un des problèmes qui se posent à lui, dans son pays : il cherche à construire un pont au-dessus de la Vallée de Cobras, une vallée très encaissée avec un gué qui constitue un passage obligé pour relier la capitale. Or cette vallée est gardée par un fakir qui fait payer un droit de passage à toutes les caravanes qui s'y présentent, et décide, « au nom des dieux », du moment favorable pour le passage. En faisant payer chaque jour la caravane pour avoir l'avis des « dieux »... Là encore, la construction du pont ne se fera pas sans mal, puisque tout le monde n'a pas intérêt (et surtout pas le fakir) à ce que le gué ne soit plus utilisé...


Ces trois histoires m'ont énormément plu quand j'étais enfant, plus pour les aventures de Jo et Zette (à laquelle je m'identifiais, bien sûr, me demandant si j'aurais son courage, son intelligence, son amour sans faille pour sa famille...) que pour le message délivré en arrière fond.

Dans la première histoire, c'est l'intégrité qui est valorisée : les personnages « méchants » sont des traîtres, bien sûr. Et leur image pour le lecteur varie en fonction de leur capacité à se rendre compte du mal qu'ils ont fait. Une histoire de rédemption, donc, pour certains d'entre eux, et une réelle absence de pitié pour ceux qui refusent de comprendre où est le Bien.

Dans la seconde histoire, il est plus question du pouvoir d'un homme sur les autres, du contrôle. Le « savant fou » n'hésite pas à tuer, quitte à perdre lui-même la vie pour ne pas voir son « œuvre » lui échapper. Là c'est l'altruisme qui triomphe : M. Legrand n'hésite pas à affronter les pires dangers pour sauver ses enfants.

Enfin, dans La Vallée des Cobras, on rencontre d'abord le Maharadjah qui n'a d'autre vision que son propre pouvoir : tout le monde doit lui obéir, et il se comporte, de fait, comme un enfant pourri gâté. Mais M. Legrand finit par lui faire comprendre qu'un peu de respect pour les autres lui assure d'autant plus facilement leur collaboration, si tant est qu'ils y trouvent, eux aussi, leur intérêt. Le véritable ennemi, ici, n'est pas le « pouvoir », mais l'homme qui, dans l'ombre, tire les ficelles et manipule habilement les autres. Là encore, c'est l'empathie de M. Legrand qui permet de résoudre le problème et sauve la vie de nombreuses personnes.

Les valeurs prônées ici sont bien sûr l'honnêteté, le courage, la loyauté, l'altruisme, le pardon et la fraternité.

En filigrane, on peut y voir aussi une timide critique d'un progrès devenu fou (Le Rayon du Mystère) ou, au contraire, une exaltation d'avancées technologiques bonnes pour le plus grand nombre, et qui permettent (La Vallée des Cobras) de commencer à sortir d'une sorte d'obscurantisme ou de superstition. En ce sens, les bandes dessinées d'Hergé préfigurent déjà les œuvres de Roger Leloup, largement chroniquées ici. Et ce n'est pas un hasard : Roger Leloup a travaillé pendant un moment aux Studios Hergé, redessinant en particulier les avions dans L'Ïle Noire ou travaillant sur celui de Carédas dans Vol 714 pour Sydney. Même si la technique de Roger Leloup a bien sûr évolué avec le temps et la maturité, la filiation entre les deux œuvres est indéniable. Et c'est bien ça qui rend la série Jo, Zette et Jocko tout à fait intéressante pour les lecteurs d'aujourd'hui : dans un monde où les repères – en particulier moraux – se désagrègent allègrement et semblent disparaître peu à peu, donner ce genre de lectures à des enfants ne peut que les aider à comprendre l'importance de toutes ces valeurs véhiculées par les petits héros à leur image. Ici, au moins, c'est clair : le méchant est réellement méchant, identifié comme tel, et le gentil est vraiment bon, jusqu'au bout. Sans aller jusqu'au sacrifice ou au parallèle douteux avec la Croix, il y a quand même un peu de ça dans l'oeuvre d'Hergé, avec des enfants qui n'hésitent pas à prendre des risques pour sauver ce qui leur est cher. C'est bien sûr caricatural et tiré par les cheveux, ce n'est pas crédible pour un sou, mais ça fait du bien. Ici, point de relativisme : le bien est appelé « Bien » et l'histoire est construite afin de le voir triompher.


Paru aux éditions Casterman, 2008. ISBN : 978-2-203-25757-3


mercredi 8 juillet 2026

Lefranc, tome 11 : La Cible, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


L'histoire débute près de Lausanne, au bord du lac Léman. Le journaliste Guy Lefranc vient rencontrer Igor Lipsky, un ancien danseur de grande renommée qui a élu domicile à l'hôtel Beau-Rivage-Palace pour y passer sa retraite.

Lors de l'interview que l'artiste accorde à Lefranc, celui-ci tombe sur un document qui lui semble étrange et l'envoie directement vers une enquête bien plus mystérieuse, d'autant plus que ce document appartient à une femme, dont le nom, Ritter-Borg, n'est pas sans rappeler celui du meilleur ennemi de Guy Lefranc, Axel Borg... Il se trouve que Madame Ritter-Borg est aussi liée à une multinationale, la Sybor, à Québec, qui semble se débarrasser de certains déchets de manière frauduleuse. Il n'en faut pas plus au journaliste pour décider d'aller enquêter sur place.

Les choses, bien sûr, vont se compliquer, mais je ne vais pas en dévoiler davantage pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne connaîtraient pas encore cet album.


Et mon avis ? Eh bien je suis toujours aussi peu fan des visages féminins dans cette série (et dans Alix aussi), sinon c'est un inconvénient plutôt mineur : l'histoire est comme d'habitude vraiment bien ficelée, avec tous les rebondissements, les méchants (et les gentils qui leur font face) nécessaires, et un suspense qui dure jusqu'à la dernière page. Les dessins sont classiques mais très réalistes encore une fois et le tout se lit très agréablement. Un bon cru, donc, que cet album, si on aime le genre aventure avec un gentil héros au grand cœur et à l'honnêteté sans reproche. Peu de fissures, donc, dans le personnage de Guy Lefranc, et c'est justement un peu ça le problème : il est légèrement trop « parfait »... Heureusement que face à lui, il y a les personnages secondaires, bien plus hauts en couleurs, voire énervants, pour lui donner le change. Mais d'un autre côté, un héros comme Lefranc a aussi un côté rassurant : on sait où se trouve le bien, et où est le mal...


Paru aux éditions Casterman, 1989. ISBN : 978-2-203-31411-5.


mercredi 1 juillet 2026

XIII, tome 29 : Moscow – Spaso House, de Iouri Jigounov et Yves Sente


L'histoire du jour débute à Moscou (mais je ne me souviens plus bien de ce qui s'est passé avant, alors je suis un peu perdue quand même dans cette longue saga...).

En tout cas, à Moscou, une conversation qui aurait dû rester privée est finalement interceptée par les mauvaises personnes.

Au-dessus de l'Atlantique, entre Cuba et la Russie, XIII est à bord d'un jet où Boris l'informe sur une opération qui a eu lieu à Spaso House, la résidence moscovite de l'ambassadeur américain, où XIII-Kelly (ou quel que soit son nom d'ailleurs) avait pour mission d'empoisonner Constantin Ryabko, un conservateur russe qui, s'il avait pris la tête de l'URSS, aurait, selon les services secrets américains, pu mener le monde vers la troisième guerre mondiale. La mission de « Kelly » était donc de le neutraliser. Sauf que tout ne s'est pas passé exactement comme le supposait le plan : la taupe a été surprise, des documents ont disparu, et XIII est le seul à savoir où ils ont été cachés. Sauf que XIII n'a plus de mémoire, son cerveau ayant été comme « réinitialisé »...

Les personnages qu'il croise font pour beaucoup partie de son passé, mais, comme dans toute cette série, la question qui se pose est de savoir si XIII peut faire confiance à ceux qui se disent être ses amis...


Là aussi, dans cette série, beaucoup d'action, beaucoup de personnages, des allers-retours dans les récits, des situations complexes, cette fois dans le cadre des relations internationales. On est là dans le contexte du conflit russo-américain post-guerre froide, avec une résolution dans un présent qu'il est quelque peu compliqué de dater précisément. Mais peu importe : ce qui compte, c'est l'éternelle chasse mémorielle de XIII et, plus encore, sa quête de liberté.


Paru aux éditions Dargaud, 2024. ISBN : 978-2-5051-2430-6.


mercredi 24 juin 2026

Largo Winch, tome 23 : La Frontière de la nuit, de Philippe Francq et Eric Giacometti


Ce nouvel opus des aventures de Largo Winch nous emmène dans l'espace... ou plutôt dans la proche banlieue de la Terre, à la frontière entre l'atmosphère terrestre et le vide spatial.

Mais avant d'en arriver là, il va y avoir un mort, un homme à qui seront soutirées des informations. Et Largo va visiter une de ses usines en Indonésie, pour y découvrir comment cette usine, qui appartient au groupe W, exploite le travail d'enfants.

Dans la Silicon Valley, un jeune couple, Jarod et Demetria Manskind, met au point le « Manskind Air Board » un appareil qui permet ni plus ni moins de voler. Et Jarod défie Largo.

Pendant ce temps, Largo, de retour à Chicago, dirige une réunion de son conseil d'administration, où il met en avant le scandale qu'il a découvert en Indonésie, mettant ainsi sur la sellette le directeur de la Division Mines, qui, visiblement, tombe des nues quand il apprend ce qui se passe sous sa propre juridiction...


Comme d'habitude avec cette série, c'est un peu compliqué à résumer parce que ça part dans tous les sens et ce n'est qu'à la fin du tome 2 de chaque histoire que tout prend un sens. Et je n'ai pas encore lu « Le Centile d'Or », la deuxième partie de cette aventure.

Tout ce que je peux dire, c'est que cette histoire s'inspire grandement des faits actuels, certains personnages étant directement inspirés de personnes réelles (comme Elon Musk, Jeff Bezos... par exemple).

Comme toujours dans cette série, il y a de l'action, du rythme, mais aussi, et c'est ce que j'aime bien, du « contenu », c'est-à-dire des questions actuelles qui confinent souvent à l'éthique des affaires : jusqu'où aller ? L'argent, s'il est un moteur, un moyen, surtout, peut-il, et à quel prix, devenir un but, une fin en soi ? La ligne de crête observée par Largo, qui met au-dessus de tout la morale, est bien difficile à tenir, surtout quand les apparences sont trompeuses...


Paru aux éditions Dupuis, 2021. ISBN : 979-1-0347-4295-0.


mercredi 17 juin 2026

Alix, tome 5 : La Griffe noire, de Jacques Martin


Pompéi, premier siècle avant JC. Durant la nuit, une ombre inquiétante s'approche d'une riche demeure et, s'étant introduit dans la chambre du propriétaire de la maison, Flavius, qu'il frappe alors que la victime s'est réveillée à cause du bruit que l'intrus a fait en s'approchant du lit. Flavius, terrifié, quitte sa chambre en appelant au secours, avant de s'effondrer, totalement paralysé.

Quelques jours plus tard, alors que le drame vient d'être oublié, les pompéiens se réunissent dans la demeure de Pétrone pour une grande fête. Mais au cours de la soirée, alors que la nuit est tombée, un cri se fait entendre : Sulla, l'un des invités, s'effondre à son tour, lui aussi paralysé. C'est Alix, cousin de Pétrone, qui le découvre avec le maître des lieux. Le jeune homme repère rapidement la piste du coupable mais est distancé à l'extérieur et, une fois de plus, l'homme s'en sort sans conséquences.

Pétrone, cette fois, soupçonne un danger, y compris pour lui : les deux hommes attaqués font partie de ses proches. Ces soupçons se confirment lorsqu'une troisième victime est découverte inanimée dans un cimetière. C'est Alix et Enak, lancés sur la piste par un mystérieux parchemin laissé à leur intention, qui l'ont découvert et qui se retrouvent ainsi embarqués dans cette dangereuse histoire.

En enquêtant, Alix tombe sur un mystérieux mage qui n'hésite pas à le mettre au parfum avant de disparaître avec ses sbires. Alix risque sa vie, mais il est sauvé in extremis par Enak et le serviteur de Pétrone que ce dernier a mis à leur service pour le temps de l'enquête.

Pétrone finit par faire le lien entre les différentes victimes, le mage et un événement qui s'est déroulé à Icara, et c'est Gallas, le procurateur, lui aussi membre de l'équipe et prochaine victime potentielle, qui va raconter à Alix et Enak l'événement en question, et l'horreur qui en a découlé pour les habitants d'Icara.

L'attaque a bien lieu, mais la victime n'est pas celle qui était prévue. C'est le jeune héritier de Gallas qui se retrouve paralysé, et Alix s'engage alors à trouver le remède qui doit rendre aux victimes de la « Griffe noire » toute leur santé.

Et, bien sûr, ça va être assez compliqué...


Cet album est beau et bien écrit. Heureusement, les personnages sont surtout masculins, ce qui évite la question des visages des femmes...

L'histoire est bien menée, et les personnages me semblent moins « binaires » que dans d'autres albums : les méchants sont vraiment méchants, mais agissent pour « réparer » une situation odieuse dont ils ont été victimes au départ. Quant aux « gentils », si la plupart sont de vraies victimes, d'autres, en particulier Gallas, sont réellement antipathiques. Comme d'habitude aussi, Enak se met en danger par sa propre maladresse (ou malchance?), ce qui complique encore quelque peu le périple d'Alix. Mais a aussi le mérite de rajouter quelques péripéties à l'histoire et de faire avancer cette dernière. Donc...

Un bon cru, donc, même si ce n'est pas forcément mon préféré de la série...


Paru aux éditions Casterman, 1965. ISBN : 978-2-203-31202-9.


mercredi 10 juin 2026

Lefranc, tome 14 : La Colonne, de Jacques Martin et Christophe Simon


Paris, 4 heures du matin. Guy Lefranc, journaliste, est réveillé par le téléphone. Son patron, au journal, l'appelle pour lui demander de se rendre, en pleine nuit, chez une riche dame qui a une mission importante à lui confier.

Lefranc se rend donc chez elle, et elle lui raconte ce qu'elle attend de lui : qu'il se rende en Extrême-Orient, au nord du Cambodge, dans la jungle, afin de retrouver son fils Joachim qui semble y courir un grave danger. Le tout tous frais payés : la mère est colossalement riche et a déjà tout prévu : cartes de crédit, billets d'avion, adresses, recommandations, téléphone portable, etc, ainsi, bien sûr, qu'un chèque pour les honoraires et les dépliants touristiques et documents nécessaires à la mission.

Cela semble simple, comme toujours, et, bien entendu, la mission sera bien plus compliquée que prévu.

Lefranc s'embarque sans tarder, mais dès le départ, il est évident que Barbara Trelaunay joue un jeu trouble que, bien sûr, le lecteur n'apprendra qu'au fur et à mesure du déroulement de l'aventure (sinon, ce ne serait pas drôle...).

Gros bémol pour cette histoire : les dessins des personnages féminins (peu nombreux heureusement dans cet album). Le visage de Barbara est tout sauf celui d'une femme du monde : anguleux, laid, avec des traits masculins, on dirait plutôt une femme trans qu'une véritable femme... Ce trait caractéristique des bandes dessinées de Jacques Martin est malheureusement un de ceux qui m'ennuient le plus, parce qu'ils rendent les femmes de ces histoires assez détestables, me semble-t-il, alors que toutes ne sont pas aussi abjectes que Barbara Trelaunay ici...

Sinon, comme toujours, Axel Borg est de la partie, mais plus guidé par son propre intérêt personnel que par son animosité envers Lefranc, quitte, une fois de plus, à lui venir en aide. Borg est ainsi un peu l'antithèse de Lefranc, son alter ego maléfique, qui persiste à avoir besoin de lui, et donc à préférer le préserver plutôt que lui régler son compte une bonne fois pour toutes, même quand son ennemi est à sa merci... Les ressorts du mal sont parfois bien étranges. A moins que Borg ne soit pas aussi « diabolique » que son rôle dans ces albums ne le fait penser ?


Paru aux éditions Casterman, 1965. ISBN : 978-2-203-31414-6.


mercredi 3 juin 2026

Lefranc, tome 9 : La Crypte, de Jacques Martin et Gilles Chaillet


Après l'Alsace, Lefranc, à bord d'un petit voilier, arrive dans le port de San Larco, dans un petit pays indéterminé qui ressemble furieusement à une principauté du type de Monaco. Il est immédiatement repéré par un mystérieux inconnu qui semblait l'attendre. Lefranc prend ses quartiers, mais, très vite, le mystère frappe à sa porte et son contact, la jeune femme qui l'a fait venir, prend des précautions infinies pour ne pas être elle-même repérée. Elle a ses raisons, très valables semble-t-il au passage, car sa famille est mêlée à une étrange histoire. Son père, ingénieur et surveillant général des chantiers nommé par le Conseil d’État du petit comté, découvre avec ses hommes, lors du chantier du nouvel aéroport et du complexe hôtelier de luxe qui lui sera attenant, une cavité qu'il explore et qui s'avère être une crypte gothique souterraine, entièrement préservée jusque là car totalement inconnue. Peu de temps après, l'ingénieur meurt dans un accident étrange, soi voiture écrabouillée par un bulldozer présent sur le chantier.

Julia, sa fille, a décidé de faire éclater la vérité : son père, selon elle, a été assassiné pour éviter qu'il n'ébruite sa découverte et mette un terme au chantier de l'aéroport, le complexe devant générer des bénéfices importants une fois qu'il sera opérationnel. Mais pour cela, elle a besoin de Guy Lefranc pour publier les documents qu'elle a en sa possession.

Tout aurait pu se terminer ici : Lefranc aurait pu rentrer à Paris et faire publier les documents, sauf que le mystère de la crypte le titille et il se renseigne au sujet de la vieille abbaye qui surplombe le site du chantier de l'aéroport et, la curiosité l'emportant, il décide d'y faire un tour... mettant ainsi le pied dans l'énigme de la crypte jusqu'à, finalement, ne plus pouvoir reculer.


On retrouvera bien entendu Axel Borg dans cette histoire, mais, comme dans l'album précédent, dans un rôle un peu intermédiaire, ni gentil, ni vraiment méchant (en tout cas envers Lefranc), mais plutôt cherchant son propre intérêt. Une sorte de grain de sable dans l'engrenage, donc, qui va mettre un beau bazar dans l'organisation criminelle que Lefranc tente de mettre au jour avec Julia.

Là encore, cet album est un bon cru ! Des décors soignés, une histoire bien montée, des personnages et une action qui ne laisse pas de place à l'ennui. Pour une fois, le personnage féminin a vraiment un visage de femme (c'est la grosse critique que je fais à cette série, comme on le verra dans d'autres albums). Le tout est beau, bien amené et fait montre de la bonne « dose » d'action que l'on est en droit d'attendre de ce type de bande dessinée.


Paru aux éditions Casterman, 1984. ISBN : 978-2-203-31409-2.


mercredi 27 mai 2026

Lefranc, tome 8 : L'Arme absolue, de Jacques Martin et Gilles Chaillet

 

Cette nouvelle aventure de Guy Lefranc, journaliste français, débute bien avant la naissance du héros de la série, en 1928. A Paris, en octobre, Pierre Lorrain, pilote d'avion, est accueilli au restaurant par Sylvain Lagarde et Yvonne Garand. Lagarde propose un contrat à Lorrain, dont les talents de pilote ne sont, à son avis, pas correctement exploités. Le contrat est juteux : donc dangereux. En effet, l'avion piloté par Lorrain, avec Yvonne Garand comme radio, disparaît peu après avoir passé la frontière suisse, du côté français, en Alsace.

C'est en tout cas la version que Lefranc entend du fils de Pierre Lorrain, bien des années plus tard. Mais ce dernier a reçu une étrange lettre de son père, qui laisse entendre que les occupants de l'avion n'aurait pas trouvé la mort dans l'accident qui se serait produit du côté de Zellwiller. De quoi lancer Lefranc dans une nouvelle aventure, où il se rend sur place pour essayer de comprendre ce qui s'est réellement passé, et, si c'est encore possible, de retrouver Pierre Lorrain.

Bien sûr, tout ne va pas se dérouler aussi facilement que prévu, et Lefranc est très vite entraîné contre son gré dans une histoire étrange qui va l'amener à explorer certains châteaux en ruines de la région. C'est là, en effet, qu'il a repéré quelques hommes louches qui, il le découvrira plus tard, ne sont pas sans rapport avec la disparition de Pierre Lorrain et la fameuse « arme absolue » dont le titre fait mention. Mais je n'en dirai pas plus, bien sûr.

J'ai été agréablement surprise par cet album, en partie parce qu'il reflète très bien la région où j'habite, l'Alsace. On reconnaît parfaitement la région, et notamment la ville d'Obernai, où se déroule une grande partie de l'histoire. Les dessins sont précis, parfaitement documentés et réalistes. Jacques Martin est en cela un maître de la bande dessinée franco-belge réaliste de la seconde moitié du XXe siècle, même si, pour cet album comme pour d'autres, il a laissé le dessin à Gilles Chaillet. Ce dernier montre le même souci du détail et du réalisme dans le dessin, ce qui donne à tous les albums de la série que j'ai lus jusqu'à présent une belle unité graphique, même si le dessinateur change au fil du temps.

Comme toujours avec Jacques Martin, le scénario est bien monté, même si les ressorts sont désormais bien connus. L'inévitable Axel Borg, grand ennemi de Guy Lefranc, est bien sûr de la partie, mais pas du tout dans le rôle qui lui est habituellement dévolu. Et ça fait aussi du bien de le voir autrement, ce « vilain méchant » ! Parce que, parfois, à force de voir toujours le même ennemi, il finit par en devenir caricatural. Ce qui est, de fait, moins le cas ici.

Un bon cru, donc, que je ne regrette pas d'avoir lu !


Paru aux éditions Casterman, 1971. ISBN : 978-2-203-31408-5.

 

mercredi 20 mai 2026

Les Piliers de la Terre, tome 3 : Le Chantier de l'espoir, de Didier Alcante et Steven Dupré


Dans ce troisième tome, nous retrouvons Tom à Kingsbridge, en train d'évaluer l'axe de la futur cathédrale qu'il doit reconstruire après l'incendie. Le chantier est loin d'avoir commencé, dans cette première page, mais celle-ci donne déjà le thème général de ce troisième épisode.

L'histoire elle-même s'ouvre sur le château de William, où Aliéna, qui a été violée par ce dernier, et son frère Richard, les enfants de Bartholomew, cherchent à rejoindre leur père qui a disparu. De nombreuses embûches se dressent devant eux, une jeune femme et un enfant n'étant pas réellement en sécurité sur les routes anglaises, d'autant plus qu'ils n'ont pas de moyen de transport, pas d'argent et qu'ils ne sont guère habitués à la vie rude hors de leur château. Aliéna prend toutefois les choses en mains, après avoir finalement vu son père et lui avoir promis de veiller sur Richard jusqu'à ce que ce dernier soit en capacité de récupérer son héritage. Le frère et la sœur se retrouvent ainsi à Kingsbridge, sous la protection du père Philip, prieur de la communauté.

Avril 1137 : le chantier de la cathédrale a avancé. L'ancien édifice a été totalement démoli et Tom a matérialisé dans le sol le tracé de celui qui le remplacera. Les fondations sont en cours, mais l'abbaye manque de bras pour que les travaux avancent au rythme voulu par le prieur et par Tom. Qu'à cela ne tienne, Tom se rend à la carrière qui a été laissée au prieuré pour en extraire les matériaux nécessaires, mais c'est pour constater que celle-ci est déjà exploitée par les ouvriers du Comte de Shiring, qui viole ainsi les accords négociés avec le roi... Entre les ordres donnés et la réalité du pouvoir sur place, il y a donc une bonne marge ! Averti, le prieur fait appel à Dieu, qui trouve une manière originale de permettre aux ouvriers de Tom de reprendre le travail ! Mais le bras de fer ne fait, hélas, que commencer : l'évêque de Shiring a bien l'intention de damer le pion à Philip et de construire la cathédrale sur son domaine, anticipant les gains financiers que lui apporterait l'édifice par les pèlerinages et les offrandes de messes qui y seront dites.


Ce troisième tome est beau et bien écrit. Bien que simplifiée par rapport au roman (une adaptation d'un monument littéraire comme celui-là fait forcément des coupes sombres dans le récit), la trame reste solide et le lecteur, peu à peu, s'attache aux personnages multiples qui prennent petit à petit de l'importance dans le récit. Ce troisième album met l'accent sur les figures d'Aliéna et Richard, ce qui permet au lecteur de mieux les comprendre, ainsi que leurs interactions avec les autres protagonistes de l'histoire. On ne voyait pas bien, jusque là, les liens entre ces enfants et les moines de Kingsbridge. Peu à peu, le récit se construit...


Paru aux éditions Glénat / Robert Laffont, 2025. ISBN : 978-2-344-07000-0.


lundi 18 mai 2026

La Psy, de Freida McFadden

 

Tricia et Ethan viennent de se marier, et ils recherchent la maison de leurs rêves. Ce jour-là, ils ont rendez-vous avec Judy, l'agent immobilier, qui doit leur faire visiter une maison à l'extérieur de la ville. Ils s'y rendent de leur côté, mais ils sont surpris par le mauvais temps et contraints de s'abriter dans la maison. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de réseau téléphonique dans ce coin isolé et les deux jeunes époux vont devoir patienter : la neige tombe dru et commence déjà à recouvrir leur voiture, garée dans l'allée.

Coincés, Ethan et Tricia visitent la maison, pensant tout d'abord à un simple contretemps. Sauf que Judy ne vient pas, et qu'il leur faut se rendre à l'évidence : ils vont devoir passer la nuit sur place. Ce serait sans grand problème pour l'un comme pour l'autre si cette maison n'appartenait à Adrienne Hale, médecin psychiatre qui recevait ses patients dans cette maison mais qui, surtout, a disparu quelques années plus tôt. Les « gens » ont dit qu'elle avait été assassinée par son petit ami, mais sait-on vraiment ce qui s'est passé ?

Ethan aime immédiatement cette maison, et semble passer outre certains faits étranges : de la lumière au premier étage, de la nourriture dans le réfrigérateur alors que la maison est vide depuis plusieurs années, des empreintes de pas récentes dans la poussière, un tableau qui semble se décrocher et se raccrocher seul au mur, des indices d'occupation au grenier... Tricia ne veut pas de cette maison, qui lui semble étrange et où il se passe des choses bizarres. Et puis, Tricia est enceinte et n'ose pas l'avouer à Ethan : c'est bien trop tôt, ils avaient convenu d'attendre deux ans avant de devenir parents...

En parallèle, le lecteur découvre le récit d'Adrienne, ce qu'elle vit, ses rencontres, ses luttes... et un lien se crée entre elle et Tricia, parce que cette dernière a découvert les cassettes sur lesquelles la psy enregistrait ses séances. Et ces cassettes semblent vraiment obséder la jeune mariée.


Ce roman est efficace, il n'y a pas à dire : bien écrit (c'est déjà un très bon point!), avec une bonne intrigue, même si on retrouve vraiment les mêmes procédés d'écriture que dans la série de livres « La Femme de ménage », au point que ça en devient presque la marque de fabrique de Freida McFadden. Encore une fois, les procédés sont efficaces et ça marche vraiment. Mais j'avoue que je suis un peu déçue... peut-être justement à cause ce ça. C'est encore une fois la même « recette », et si on se laisse vite entraîner dans l'histoire, l'attrait de la nouveauté a quelque peu disparu. Peut-être que j'aurais dû lire d'autres romans entre la saga « La Femme de ménage » et « La Psy » ?

N'allez pas croire que je déconseille ce roman : il est vraiment bien. C'est juste que, pour moi, enchaîner trop de livres du même auteur semble me faire un effet du style « gavage ». Ce qui est étrange, parce que je n'ai jamais ressenti ça pour un auteur comme Agatha Christie, ou Patricia Cornwell, par exemple. Deux auteurs de livres policiers/thrillers qui ont su se renouveler, inventer de nouvelles intrigues sans copier/coller des « recettes » efficaces... Un petit bémol, donc, mais qui n'a de sens que si on lit plusieurs livres de Freida McFadden les uns à la suite des autres.

Alors, fans du genre, ne boudez pas votre plaisir !


Paru aux éditions J'ai Lu, 2025. ISBN : 978-2-290-41562-7.

mercredi 13 mai 2026

Thorgal, tome 43 : La Vengeance de la déesse Skaedhi, de Frédéric Vignaux et Yann

 

Boréale, la petite amie de Jolan, est retenue dans une fosse, un piège dont elle ne peut sortir. Deux hommes l'en sortent, mais pour la conduire à leur chef qui ne veut qu'une chose : abuser d'elle. Thorgal, qui était à sa recherche, intervient et parvient à la libérer en tuant le chef de la bande en question et plusieurs de ses hommes, mais plusieurs cavaliers arrivent sur les lieux et les font prisonniers. Ces cavaliers sont en réalité les hommes de main d'Aniel, le fils de Thorgal et de Kriss de Valnor, qui a pris le pouvoir dans cette partie du pays.

Dans son château, Aniel est quant à lui en train de superviser les expériences de mages venus d'orient, qu'il garde en son château pour mettre leurs talents scientifiques à son service : il cherche à étudier les « yeux » de la déesse Skaedhi, pour pouvoir utiliser leurs propriétés à son profit.

Voici le point de départ de ce nouvel album de la saga, dont le dessin est de plus en plus sombre (même si la série, depuis le début, n'a jamais été particulièrement « lumineuse », tant le monde qu'elle décrit est fait de trahisons, de mal, de violence). Ici, les décors « réels » sont sombres, sales, alors que les rêves sont lumineux, colorés... mais faux.

Thorgal et Boréale, prisonniers du château d'Aniel sans que ce dernier n'en soit informé (du moins au départ), parviennent à s'échapper. Mais Thorgal revient au château, car le sort de son fils lui importe, même si ce dernier a clairement choisi le « côté obscur » des forces qui l'habitent.

Aniel, de son côté, est entièrement sous influence. Celle d'une femme, Dame Pallas, qui le contrôle à l'aide de drogues et veut, bien sûr, s'approprier, à travers Aniel, pouvoir et richesse...

Toute la « famille » de Thorgal, incluant Kriss de Valnor, a intérêt à s'unir pour sortir le jeune homme des griffes de cette femme, bien plus dangereuse qu'elle ne le semble aux yeux d'un Aniel complètement tombé sous son charme, mais qui détient bien plus de pouvoir que Thorgal n'en a jamais eu et, de ce fait, est aussi bien plus dangereux, d'autant plus s'il est mal conseillé ou aveuglé...


L'histoire continue, de plus en plus noire. Les « forces » maléfiques qui sont ici déployées sont puissantes et plutôt horribles, si vous voulez mon avis. Entre ésotérisme, magie noire – ou rouge dans le cas d'Aniel – et technologie atlante que Boréale est la seule à connaître et à maîtriser encore, la violence se déchaîne régulièrement dans ces pages. Je ne sais pas si j'aime ce qu'est en train de devenir cette série...


Paru aux éditions Le Lombard, 2025. ISBN : 978-2-8082-1486-5.


mercredi 6 mai 2026

Alix, tome 4 : La Tiare d'Oribal, de Jacques Martin


Le quatrième tome des aventures d'Alix débute au Moyen-Orient. Une caravane de soldats romains se dirige vers une place forte dressée aux confins du désert syrien. Ils escortent Oribal, l'héritier du trône d'un royaume voisin, vers son pays. Ils arrivent au fort, mais pour le découvrir entièrement détruit. La caravane s'établit là pour la nuit. Alix, qui fait partie, avec Enak, de la caravane, découvre durant la nuit un soldat Parthe qui a pris la place de la sentinelle romaine. Dans le combat qui s'engage, Alix sort vainqueur, mais ne peut pas arrêter la fuite du soldat. Et dès le lendemain, c'est toute une partie de l'armée Parthe qui se jette à l'assaut du fort déjà en partie détruit.

Le plan monté par Alix fonctionne, et conduit le jeune homme et ses deux alliés, Enak et Oribal, à sauver la vie de deux éclaireurs parthes, dont l'un n'est autre que l'espion contre lequel Alix s'était battu la nuit précédente.

L'équipage réduit, plus mobile qu'une caravane entière, poursuit son chemin et le lecteur en apprend alors plus sur l'étrange tiare que les trois cavaliers transportent, seul attribut royal capable, depuis Oribal 1er, d'assurer l'identité et la légitimité de l'héritier qui doit la porter.

On est là dans l'une des premières aventures d'Alix, écrite par Jacques Martin lui-même. Le schéma narratif est clairement un classique du genre, avec des rebondissements réguliers, des trahisons, des retournements de situation et beaucoup, beaucoup de texte, l'une des caractéristiques principales des bandes dessinées de Jacques Martin.

Pour ce qui est de l'histoire, elle est comme toujours bien menée, on est là dans un classique de la bande dessinée européenne des années 1960. Il y a un héros (Alix), l'ami du héros un peu gauche et maladroit (le pauvre Enak passe son temps à être fait prisonnier, ou à provoquer des catastrophes en faisant malgré lui du bruit au pire moment) et un troisième personnage (ici, Oribal) qu'Alix se trouve missionné pour le protéger, le conduire chez lui ou l'aider d'une manière ou d'une autre. Et bien sûr, il y a le méchant de l'histoire, en général le même d'un volume à l'autre : c'est Rastapopoulos ou Müller pour Tintin, Olrik pour Blake et Mortimer, et, ici, Arbacès, l'horrible Grec qui cherche, encore et toujours, à accaparer pouvoir et argent, quitte à défendre pour cela une cause à laquelle il ne croît pas, le temps d'obtenir ce qu'il veut et avant de larguer les pauvres naïfs qui ont cru en ses belles paroles.

Ce scénario-type a quelque chose de rassurant : il met en évidence la laideur du lâche/traître/méchant vilain profiteur et en exergue les qualités de cœur, d'abnégation, d'honnêteté et de grandeur d'âme du gentil héros qui préfère tout perdre plutôt que de laisser son ami (Enak en général) souffrir seul et inutilement.

Même si ce scénario peut faire sourire aujourd'hui par sa « simplicité », il met quand même en avant une sorte de morale bonne et belle, capable de construire, chez l'adolescent(e) qui lit ces histoires, une conscience droite. Et finalement, c'est peut-être ça que nous devrions redécouvrir aujourd'hui, dans notre monde devenu extrêmement complexe, et où le relativisme fait des ravages. Tout est bien, pourvu que la personne puisse accomplir librement ce que lui dicte sa conscience... Vraiment ? Le mal n'est-il pas mauvais, intrinsèquement, et indépendamment de la raison pour laquelle il est commis ?

Ce que nous disent aujourd'hui ces bandes dessinées d'un autre temps (celui de mes parents), c'est que le Bien vaut le coup de se battre pour lui, même si c'est au prix de notre propre liberté, voire de notre vie. Les récits de Jacques Martin ont quelque chose, dans le personnage d'Alix par exemple, de presque christique... La lutte du Bien contre le Mal est une lutte difficile, exigeante, mais fondamentalement bonne, même si elle exige de la part du Bien des sacrifices. Ces sacrifices portent du fruit justement parce que le « mal » ne peut y consentir. Et c'est peut-être pour cela que c'est le Bien qui, finalement, l'emporte toujours dans ces histoires. Même contre toute logique narrative...


Paru aux éditions Casterman, 1966. ISBN : 978-2-203-31203-6.

lundi 20 avril 2026

La Chambre des officiers, de Marc Dugain

Il y a quelques mois, une cousine de mon père était de passage quelques jours à la maison, et, en partant, elle m'a laissé ce livre, un roman très court qui se lit bien sûr très vite. J'ai mis du temps à l'ouvrir, parce qu'il a rejoint une PAL très fournie que j'épuise le plus rapidement possible, mais bon, j'ai aussi d'autres choses à faire que la lecture...

Donc j'ai ouvert ce roman de 172 pages très bien écrites en début de semaine et quelques heures plus tard, il était déjà refermé...

Adrien est ingénieur et, au début de la guerre de 14, il est envoyé au front. À peine arrivé, son officier supérieur l'envoie en reconnaissance pour trouver l'endroit idéal où construire un pont. Une embuscade, et voilà Adrien seul rescapé du trio envoyé en reconnaissance. Rescapé, mais pas indemne : il est défiguré et immédiatement envoyé à l'hôpital du Val-de-Grâce pour y être soigné.

Il est le premier arrivé dans la « chambre des officiers », la pièce où sont soignés, comme son nom l'indique, les officiers blessés au front, qu'on ne mélange pas avec les soldats du rang. Et ces officiers-là ont quelque chose de bien particulier : ils sont tous blessés de la face. Mais en ces premiers jours de conflit, Adrien est seul. Premier arrivé.

Au fil du temps, des semaines, il fait la connaissance des nouveaux arrivants. Certains s'en sortiront, d'autres ne survivront pas à leurs blessures ou, pire, se donneront la mort. Une solidarité fraternelle naît entre ces grands blessés, qui n'ont d'autre choix que de se soutenir mutuellement pour ne pas désespérer, eux qui ont perdu leur visage, leur voix, leurs sens, le goût... et jusqu'à la possibilité d'être reconnus par leurs proches.

J'ai été bouleversée par ce roman si beau et si bien écrit. Il ne tombe jamais dans le pathos et la caricature. Il décrit simplement les faits, bruts, mais sans brutalité. Avec une bonne dose d'humour et d'auto-dérision de la part d'Adrien et de ses plus proches compagnons d'infortune, le breton Penanster, l'aviateur juif Weil et Marguerite, elle aussi blessée de la face, au front, et seule survivante d'un bombardement. Entre les quatre personnages, une fraternité sans faille naît dans les couloirs de la chambre des officiers, fraternité et amitié qui se prolongeront bien au-delà de la guerre, bien après la reprise de la « vie normale », si tant est que les « gueules cassées » de 14-18 aient pu reprendre une vie normale... et jusqu'à la fin. Avec, de surcroît, le retour de la guerre 20 ans après la fin de celle qui devait être la « der des ders ».

Un roman puissant, bouleversant mais jamais misérabiliste ni larmoyant. C'est brillant. Simplement.


Paru aux éditions Pocket, 1999. ISBN : 978-2-2266-09308-8.


lundi 13 avril 2026

L'Homme biblique : Lectures dans le premier Testament, d'André Wénin


J'ai découvert André Wénin cette année, durant mon troisième semestre d'études de théologie, pour un cours de théologie du mariage. André Wénin est exégète, et il a écrit un livre, D'Adam à Abraham, où l'un des chapitres est une lecture particulièrement intéressante de la création de la femme.

Dans ce livre, on repart de la Genèse aussi, mais pour explorer les liens entre l'homme et Dieu et, surtout, pour examiner l'image que Dieu a pris pour l'homme au fil du temps. D'emblée, André Wénin interroge le lecteur sur l'origine de cette image d'un Dieu « supérieur » à l'homme et remarque que cette image nous vient non pas de Dieu lui-même, mais du serpent des origines, celui-là même qui a provoqué la chute de l'homme et de la femme.

S'en suit une relecture des premiers livres de la Bible, où l'on est amené à repenser l'image de Dieu dans nos représentations, mais aussi la relation qu'il entretient avec l'homme.

C'est brillant, fascinant et ça donne une toute autre manière de penser le rapport entre l'être humain et son Créateur.

J'ai vraiment été conquise, à la fois par le chapitre lu dans D'Adam à Abraham et par ce livre-ci, que j'ai lu en entier, même si je ne devais qu'en résumer les deux premières parties pour mon devoir de philosophie. C'est plutôt facile d'accès comme lecture, et vraiment passionnant. Si le sujet vous intéresse, c'est vraiment un livre à lire !


Paru aux éditions Cerf, 2007. ISBN:978-2-204-07418-6


mercredi 8 avril 2026

Les Aventures d'Alix, tome 17 : L'Empereur de Chine, de Jacques Martin

Je poursuis ma redécouverte de la série Alix, avec un certain plaisir parce que j'étudie justement en ce moment l’Église et ses débuts, pour ma licence de théologie. Et les débuts de l’Église, c'est aussi le temps de l'Empire romain.

Le lien s'arrête là, mais ça me donne une excuse pour lire autre chose que des livres de spiritualité et de théologie ! Et c'est toujours bien de se trouver un alibi !;)

Ici, c'est une histoire classique : pour une raison assez mineure, finalement, Alix et Enak sont embarqués par Mardokos, un de leurs amis, à bord d'un navire qui les conduit en Chine, où le père de Mardokos a été nommé percepteur du prince héritier de l'Empire chinois.

L'accroche est une excuse, bien sûr, pour permettre à Alix de quitter un temps Rome et ses environs et pour pénétrer dans un autre univers. Le prince héritier est malade, mourant, même, et bien sûr, il y a derrière tout cela des enjeux de pouvoir. Mais ce n'est même pas ce pouvoir et cette succession qui forme la trame de l'intrigue. L'enjeu, c'est le désir de guérison du jeune prince, et, encore et toujours, Enak au mauvais endroit et au mauvais moment...

L'histoire est très classique, donc, mais comme d'habitude avec Jacques Martin et tous ceux de sa génération, elle est bien écrite, bien menée et ne manque pas de rebondissements. Un grand classique du genre, donc, mais qui fait du bien !


Paru aux éditions Casterman, 1983. ISBN : 978-2-203-31217-3.