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jeudi 5 janvier 2012

Les Evadés, de Christian Gailly



J'avais envie de lire Christian Gailly depuis longtemps, depuis que j'avais rencontré cet auteur au détour du livre Au bon roman, il y a un peu plus d'un an. Je ne le connaissais pas du tout, ni de nom, ni par l'écriture, et j'étais curieuse de savoir pourquoi cet auteur en particulier se devait de faire partie de la sélection de la "librairie idéale"...
Je ne saurais trop dire si j'ai été déçue ou non. J'avoue que c'est difficile de se faire une opinion quand on a lu ce roman dans les conditions dans lesquelles je l'ai lu, à savoir par petits bouts, un chapitre après l'autre (normal, me direz-vous, il vaut mieux !), à plusieurs jours d'intervalle entre chaque chapitre (et là, c'est sans doute beaucoup moins normal, et vous devez commencer à comprendre où se trouve le problème).
Donc, voilà. Un roman assez court (234 pages), que j'ai lu en pointillés, alternant le désintérêt et l'envie d'en savoir plus.
Alors autant vous dire que j'ai eu beaucoup de mal à suivre l'intrigue, avec un tel rythme de lecture. Une fois n'est pas coutume, je vais donc reprendre la 4e de couverture pour que vous puissiez vous faire une idée de l'histoire qui est ici racontée :
Le jeune Jérémie Tod ressemble trop à son père. On va le lui faire payer. En pleine rue, on le fait battre par un policier. Un homme, Théo Panol, intervient. Maladroit, il tue le policier. Il est arrêté, jugé et condamné : trente ans de réclusion. Ses amis décident de le faire évader. Les chances de réussite sont à peu près nulles. Ils vont quand même essayer.

L'aspect avec lequel j'ai eu le plus de mal, c'est la structure des phrases. C'est en fait ce qui m'a le plus marquée durant ma lecture, et qui explique peut-être le côté haché de mon rythme, qui correspond finalement plutôt bien avec le style de l'auteur : un style incisif, avec des phrases parfois incomplètes, des chapitres très courts, des dialogues insérés dans le texte sans point de repère pour le lecteur (oui, je suis très « classique » sur ce point, j'ai besoin de m'y retrouver visuellement pour comprendre ce que veut dire l'auteur, et la ponctuation, la graphie, la mise en page sont de ce point de vue fondamentales pour moi). Pour vous donner une idée, voici le début du chapitre deux :

Arthur Maiden conduisait bien, loin du volant , bras tendus, regard absent. A côté de lui Elisabeth sa femme examinait ses yeux, les siens, ses propres yeux dans un petit miroir. Elle était secouée mais ne disait rien. Elle se laissait conduire. Elle n'avait pas peur. Il y a des femmes comme ça, qui ont confiance. Elle avait confiance en Arthur. Ou bien alors. C'est plutôt ça. Elle se moquait éperdument de ce qui pouvait se produire. Sa figure seule la préoccupait, sa gueule comme elle disait, parlant de son visage elle utilisait le mot Gueule.

Voilà le premier paragraphe du deuxième chapitre, et vous pouvez déjà voir ce qui me gêne là, dans la construction des phrases, ces phrases tronquées, sans verbe, sans sujet, qui font plus penser à une personne qui parle qu'à quelqu'un qui écrit et raconte une histoire. J'ai bien sûr fini par m'habituer à ce style, sinon je ne serais sans doute pas allée au bout du livre, mais j'ai souvent dû relire plusieurs fois certains passage pour comprendre l'histoire, tant les ellipses sont nombreuses ici. Et ça, j'avoue que je n'aime pas du tout. Ou alors, c'est une écriture trop exigeante ? Je ne sais pas. A la lecture de ce livre, j'ai fini par me demander si je n'étais pas trop habituée à des lectures trop faciles, où le style est trop simple, et si, du coup, je n'avais pas été désarçonnée par ce roman à cause de ce style plus complexe, plus travaillé aussi.
Mais une autre chose m'a gênée : la multiplicité des personnages. J'ai eu beaucoup de mal à suivre, à comprendre qui est qui, du père, de la fille, des amis des uns ou des autres, des maris, femmes, amants ou autres... l'histoire est quelque peu alambiquée, et comme je l'ai lue en pointillés et que les chapitres sont très courts, j'ai eu beaucoup de mal à m'y retrouver. C'est sûrement un livre qui mériterait plus d'attention, plus de continuité et d'assiduité dans la lecture, contrairement à d'autres, plus faciles, qui peuvent se lire de manière discontinue sans que l'on se perde dedans...
Mais le pire, sans doute, c'est que je n'ai pas vraiment compris l'histoire... A force de lire ce roman de manière hachée, par ma faute, certes, mais aussi par la faute de l'auteur à cause de la construction de ses phrases, j'ai plus été attirée par les questions liées au style que par l'intrigue elle-même. Arrivée au milieu du livre, je me suis aperçue que je n'avais rien compris de l'histoire, ou alors par petits morceaux sans lien réel les uns avec les autres. Et ça, vous avouerez, chers lecteurs, que c'est quand même assez gênant et que ça empêche carrément de s'attacher aux personnages et de tenter de les suivre dans leurs pérégrinations. La fin m'a beaucoup plus accrochée, heureusement, et c'est pour cette raison que je ne peux pas donner d'avis définitif sur ce livre. J'ai vraiment la sensation que je ne lui ai pas accordé l'attention qu'il mérite ni le temps dont il avait besoin pour me montrer tout ce qu'il avait à me faire découvrir. Un peu comme un rendez-vous manqué, en fait. Donc une petite déception, de mon côté, mais mea culpa, c'est beaucoup par ma faute : je n'avais qu'à le lire dans de bonnes conditions ! Je pense que c'est un livre que je relirai plus tard, quand j'aurai moins d'idées parasites en tête...

Paru aux éditions de Minuit (MDouble), 2010. ISBN : 978-2-7037-2109-1

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