Avec cet
album, j'avoue que je suis très, très ennuyée.
C'est
vraiment la première fois que je suis déçue à la première
lecture. Les derniers albums montraient des faiblesses évidentes au
niveau du dessin, avec des erreurs de perspective, par exemple, mais
là....
L'histoire
commence, comme toujours depuis « La Servante de Lucifer »,
dans le ciel d’Écosse. Yoko et Emilia reviennent de Glasgow avec
un petit appareil volant écossais, que Yoko semble avoir échangé
contre le Tsar russe qu'elle pilotait depuis le « Septième
Code ». Et c'est en rentrant à Loch Castle que
réapparaît le père d'Emilia, qui invite sa fille à aller observer
les glaciers en Antarctique. Emilia partie, Yoko reçoit la visite de
Khany, inquiète au sujet d'une navette spatiale qui revient dans les
environs de la Terre, porteuse d'une cargaison dont la Vinéenne se
garde d'abord de préciser la nature à Yoko, mais aussi, et surtout,
d'un désintégrateur très puissant qui pourrait menacer la sécurité
des terriens.
Le décor
est planté, on est donc repartis dans l'espace, avec une histoire en
deux parties, l'une, effectivement, dans la banlieue de la Terre, et
l'autre sous la Terre... Yoko y part seule avec Myna (et je n'ai pas
trop bien compris pourquoi d'ailleurs), pour retrouver Syrby à la
porte de la Citadelle des Fées. Et j'avoue que là, ça part, pour
moi, quelque peu en « vrille »...
Je suis
déçue. De l'histoire, donc, que j'ai du mal à suivre, avec deux
« aventures » qui se suivent, un peu comme dans l'un des
albums précédents, « Anges et Faucons », sauf que là,
les défauts graphiques remarqués sont encore plus importants. Comme
si le trait, autrefois si beau, si fin et si sûr, si tendre aussi,
perdait tout réalisme, en particulier dans les visages des
personnages. Vic, en particulier, est vraiment maltraité,
visuellement parlant, aux pages 40 et 41 de l'album. Pol aussi, mais
Pol n'apparaît que sur trois vignettes... preuve qu'il commence à y
avoir bien trop de monde dans ces histoires. Songez : il a fallu
d'abord éloigner Emilia et son père, puis faire garder Poky, Rosée
et Pya par Ebony et Mieke, au cottage, pendant que Vic et Pol étaient
à Glasgow, pour justifier que Yoko parte dans l'espace, seule avec
Myna et Khany. L'histoire met donc 10 bonnes pages à se mettre en
route, et cette première partie n'occupe qu'une quinzaine de pages
de l'album en tout.
En rentrant,
Yoko tombe sur les petites qui ont peur des « sorcières »
hébergées en sous-sol. Myna est au courant, bien sûr, et les deux
repartent, cette fois-ci dans les profondeurs de la Terre, à la
recherche de l'intelligence supérieure qui gère le monde
souterrain. Yoko découvre dans cet univers l'une des « fées »,
en réalité une créature matérielle intelligente, que Yoko finit
par ramener, bien sûr, dans le cottage, qui commence de plus en plus
à ressembler à l'Arche de Noé...
Oui, je suis
déçue, parce que non seulement l'histoire en deux parties aurait
mérité un développement plus long en deux albums, pour honorer
chaque récit comme il se doit, mais aussi parce que Roger Leloup
semble réutiliser les mêmes « ficelles », les mêmes
objets qu'au début de la série : le désintégrateur « modèle
familial » de « La Forge de Vulcain », les boîtes
mémoires des « Trois Soleils de Vinéa »... Le monde
souterrain n'est pas inconnu, en réalité, sauf que dans le tout
premier album, « Le Trio de l’Étrange », l'entrée ne
se trouvait pas là du tout, et que dans « La Forge de
Vulcain », le puits d'accès avait été fermé. Ici, l'entrée
par l’Écosse semble ouvrir sur plusieurs mondes à la fois, tant
Vinéens que Celtes, plus ou moins ésotériques et irréels... J'ai
de plus en plus de difficultés à adhérer à ces histoires, et
aussi de plus en plus l'impression que Roger Leloup a, en réalité,
encore beaucoup de choses à dire et à écrire, beaucoup d'aventures
à faire vivre à ses héroïnes. Tellement qu'il les condense en peu
de pages, là où, dans les albums précédents, il déployait les
histoires sur 48 vraies pages. Au final, cela me donne plutôt
l'impression d'une histoire presque bâclée, un peu « fourre-tout »,
avec de nombreuses élisions qui rendent la compréhension plus
difficile...
Je n'oublie
pas (et j'admire, d'ailleurs, la performance), que l'auteur aura
bientôt 93 ans... Mes critiques semblent acerbes, alors qu'elles
reflètent, en réalité, l'étendue de mes attentes envers cet
auteur... et donc l'étendue de ma déception devant cet album qui
aurait pu avoir une toute autre ampleur...
Roger Leloup
m'a dit un jour qu'il refusait catégoriquement que son héroïne
soit reprise par un autre (ou d'autres) auteur(s), tant au scénario
qu'au dessin. Yoko est et restera sa fille, et ses aventures se
termineront avec la mort de son « père ». Un choix
courageux, responsable aussi, mais qui peut, d'une certaine manière,
expliquer aussi l'urgence qu'on ressent à la lecture des derniers
albums. Quitte à sacrifier la cohérence, le graphisme, la beauté
des histoires ? Pourtant, le fond des récits de Roger Leloup
reflète toujours, et depuis le début de la série, une
préoccupation contemporaine : les dangers de la technologie
quand elle est mal utilisée, ou utilisée à des fins criminelles :
le clonage, si je me souviens bien, dans « Le Secret de
Khany », par exemple, ou, ici, les dangers de l'intelligence
artificielle. Une vraie déception, donc, parce que j'ai une très
grande affection pour cette série et pour son auteur...
Paru aux
éditions Dupuis, 2026. ISBN : 978-2-8085-1465-1.