mercredi 8 octobre 2025

Thorgal, tome 26 : Le Royaume sous le Sable, de Grzegorz Rosinski et Jean Van Hamme


Dans ce cycle commencé avec « Arachnéa », poursuivi avec « Le Mal bleu », « Le Royaume sous le sable », troisième épisode, nous entraîne dans des terres lointaines, sans doute les côtes africaines. La famille Aegirsson a fait escale en barque, et Aaricia commence à avoir le mal du pays, deux ans après avoir quitté l'île des mers grises où ils habitaient. Jolan penche du côté de sa mère : les raisons qu'avaient Thorgal et Aaricia de quitter les terres du Northland n'existent plus, puisque Gunnar, le chef des vikings du nord, a annulé le bannissement d'Aaricia et de ses enfants et qu'il connaît les circonstances de la trahison de Thorgal quand il avait perdu la mémoire et qu'il était devenu Shaïgan. Thorgal, d'abord fâché de voir son fils et sa femme ligués contre lui, finit par se ranger à leur avis et décide de retourner, dès le lendemain, dans les terres des Vikings du nord.

Seulement voilà : ils sont très vite repérés par deux hommes qui semblent faire partie du peuple bédouin et qui tentent de les faire venir dans leur village. Thorgal refuse, désormais décidé à partir dès le lendemain, mais leur barque se met à brûler durant la nuit et, au petit matin, ils n'ont d'autre choix que de suivre les deux hommes qui leur apportent leur aide : dans le désert, loin des points d'eau douce, ils ont en effet peu de chance de survivre.

La marche dans le désert, vers le village des deux hommes est longue et difficile, et Louve se retrouve prise dans des sables mouvants, Thorgal ne parvenant pas à l'en faire sortir. Il faudra l'intervention d'un des deux hommes pour l'en sortir, intervention qui révèle à Thorgal l'origine des hommes : ils viennent, comme lui, des étoiles.

Dans cette nouvelle aventure, c'est un nouveau mythe qui se retrouve convoqué, celui de l'Atlantide, appliqué au peuple des étoiles dont Thorgal est issu. Thorgal serait l'un des derniers Atlantes encore en vie, avec ses enfants et les hommes qui l'accompagnent dans le désert.

Comme toujours, quand il est question de supériorité technique, il est question aussi, à un moment, de prise de pouvoir. C'est tellement banal que cela peut en devenir lassant. C'est justement contre ce phénomène que Thorgal se bat depuis toujours, cherchant une terre où il peut vivre libre et en paix. C'est cette recherche qui a motivé son départ de leur île, avec le résultat qu'on connaît maintenant.

Si ce nouvel épisode se lit agréablement, le côté « reprise » des mythes fondateurs de nos légendes commence quelque peu à lasser. On avance, cependant, pas à pas, mais cette incursion dans les pays du sud éloigne de plus en plus le lecteur de ce qui a fait l'origine de la sage : le monde viking, ses légendes, ses mythes, ses dieux. Les emprunts aux autres civilisations (comme la civilisation grecque dans « Arachnéa » par exemple) donnent l'impression que les auteurs ont fait le tour de leurs personnages et de ce qu'ils avaient à dire. Ce cycle commence à sentir un peu le baroud final, même si cet album a quand même le mérite de ramener le lecteur à la question des origines de Thorgal, à son peuple et à ce qu'ils sont devenus. On en sait un peu plus, mais j'ai l'impression ici qu'il ne s'agit que de donner une explication de plus à la disparition des Atlantes, autre mythe de la mythologie grecque, si je ne m'abuse... Je suis donc bien moins convaincue par cet album, alors que j'avais été réellement conquise par « La Cage »... Dommage...


Paru aux éditions Le Lombard, 2001. ISBN : 2-80361-665-3

 

mardi 7 octobre 2025

Thorgal, tome 25 : Le Mal bleu, de Grzegorz Rosinski et Jean Van Hamme

Nous poursuivons avec Thorgal et sa famille leur odyssée vers le sud. Darek et Lehla sont restés sur l'île où Thorgal et Louve étaient arrivés avant eux. Après avoir réparé la barque, avec l'aide des îliens, la famille Aegirsson se met en route. Peu de temps après, ils croisent une barque qui semble abandonnée, mais Jolan, qui était monté à bord, est mordu par un rat après avoir découvert un homme mort, à la peau bleu.

Centré sur Jolan comme l'était le précédent album sur Louve, cette histoire fait appel aux peurs les plus profondes et les plus instinctives de l'humanité. Une maladie, ici le Mal bleu, mais dans d'autres temps et d'autres lieux, il s'agissait de la Peste ou, plus récemment, de la Covid-19, une maladie, donc, contagieuse et sans remède, sévit dans le royaume de Zhar, royaume où le prince héritier Zarkaj accueille comme des rois ses visiteurs, avant de savoir qu'ils sont, eux aussi, atteints par le mal bleu. C'est Jolan qui, par la morsure du rat, est atteint le premier. Mais la maladie se transmet par contact et peu à peu, toute la famille est contaminée. Zarkaj, prince futile et égocentrique, les expédie dans le « Labyrinthe », un lieu qui ressemble aux léproseries où se trouvaient rassemblés les malades de la lèpre, contagieux également. Là, ils vivaient comme des pestiférés, à l'écart de tous et rejetés.

Seulement, Thorgal, comme toujours, n'est pas décidé à attendre la mort sans rien faire. Un mage est réputé avoir trouvé un remède contre ce mal bleu. Mais il est loin, dans la montagne au toit de neige, et Thorgal n'a que six jours, avant que Jolan ne meure, pour le trouver. Les épreuves ne manquent pas, bien sûr, mais le héros est aidé par un homme dont il ignorait tout jusque là...


J'avais survolé seulement cet épisode, un peu déçue par la tournure que prenait la série depuis « Géants », même si « La Cage » m'avait réconciliée avec la série. J'avoue ne l'avoir pas lu attentivement... ce qui est maintenant chose faite ! Sans regrets, d'ailleurs, puisque cet épisode est plutôt bien mené, même s'il n'a pas le souffle épique des premiers tomes. Une agréable lecture, donc, qui prend un sens et une saveur particulière après ce que nous avons vécu en 2020...


Paru aux éditions Le Lombard, 1999. ISBN : 2-80361-414-6


lundi 6 octobre 2025

Vie de Jude, frère de Jésus, de Françoise Chandernagor


Ce roman, et j'insiste bien sur le mot « roman », car ce livre est une fiction, raconte la vie de Jude, que l'auteur assimile à un des frères (le plus jeune) de Jésus. Il met l'accent non pas sur la prédication et la vie de Jésus, mais sur la vie des premiers chrétiens, en particulier sur la communauté de Jérusalem, celle dont Jacques, le « frère cadet » de Jésus, a été le premier responsable.

On y voit la vie au premier siècle de notre ère, en Palestine. Les premiers disciples de Jésus y ont développé et conservé le dépôt de la foi, c'est-à-dire les paroles de Jésus lui-même. Par ailleurs, ils ont aussi répandu cette nouvelle foi dans les régions autour de Jérusalem, et jusqu'aux confins de l'Empire romain. On rencontre dans ce roman les personnages de Pierre, bien sûr, de Paul aussi, considéré comme un « ennemi » par les hommes de la communauté à laquelle Jude appartient. Tout simplement parce que ce Paul ne tenait pas compte de ce que Jésus avait dit de son vivant, mais témoignait uniquement de sa propre conversion. On traverse donc ici une bonne partie du premier siècle après Jésus-Christ, jusqu'à l'incendie de Jérusalem et la destruction, en 70 de notre ère, du Temple de Jérusalem.

Françoise Chandernagor est membre de l'Académie Goncourt et son roman se lit vraiment très facilement. Par ailleurs, elle a beaucoup creusé le sujet et s'est abreuvée aux sources de la foi chrétienne, en utilisant, en historienne accomplie, les sources disponibles, dans et hors des Évangiles canoniques. Elle a en particulier puisé dans les innombrables textes apocryphes. Et, en soi, ce n'est pas un problème : nombre de traditions chrétiennes (en particulier l'âne, le bœuf de la crèche, ou encore les noms des parents de Marie) viennent de ces textes non retenus dans le canon des Écritures.

Je mettrais toutefois un bémol important sur le postulat de départ, parce qu'il y a un point qui me chagrine particulièrement et qui me laisse sur ma faim dans ce roman, c'est le postulat de l'auteur de considérer Marie comme la mère non seulement de Jésus, mais aussi d'au moins six autres enfants : les quatre « frères » de Jésus dont parlent les Évangiles (Jacques, Simon, José et Jude), et de « ses » sœurs, signifiant qu'il y en avait au moins deux. Ce qui, en comptant Jésus comme aîné de la fratrie, amène à une famille de sept enfants au moins. Si ce nombre n'est sans doute pas problématique pour l'époque, il ne résiste pas à certaines questions exégétiques, pas toutes tranchées aujourd'hui d'ailleurs.

Préoccupée par ce que je lisais, j'ai en effet interrogé un prêtre catholique, exégète de son état, qui a pu m'éclairer sur quelques points

Tout d'abord, les Évangiles ont été écrits en grec, et non pas en hébreu. Or le grec compte un seul mot pour exprimer une réalité hébraïque qui, elle, en compte au moins cinq. Le mot grec « frère » traduit en effet dans les Évangiles et dans la Bible plusieurs réalités, qui vont du frère utérin au cousin, en passant par le « frère » appartenant simplement au même clan... Par ailleurs, les exégètes s'accordent pour dire que la mention des sœurs de Jésus pourrait être postérieure et un ajout aux Évangiles initiaux.

Enfin, de l'aveu de Françoise Chandernagor elle-même, elle s'est inspirée essentiellement de l’Évangile de Marc (le plus ancien et le plus court), ainsi que de la source Q (source plus ancienne encore, qui a servi, comme l’Évangile de Marc, d'inspiration aux Évangiles de Luc et de Matthieu). Mais l’Évangile de Marc se terminant avant la mention de la résurrection de Jésus (sur la découverte du tombeau vide le matin de Pâques), elle a du aussi compléter avec les Évangiles de Luc, Matthieu et Jean qui racontent les apparitions de Jésus à ses apôtres. Voilà pour les sources.

Sauf que, dans les Évangiles, le récit de la crucifixion mentionne aussi la présence de Jean, « le disciple que Jésus aimait », au pied de la croix. Et Jean reçoit cette parole de Jésus, au moment où celui-ci va mourir : « Voici ta mère », tout comme il a dit à Marie « Femme, voici ton fils ».

Outre l'interprétation croyante (le « disciple que Jésus aimait » peut être interprété comme chacun des croyants, hier comme aujourd'hui), il en existe une autre, bien plus ancrée dans la réalité sociale de l'époque de Jésus : Une femme, veuve, de surcroît, n'avait plus aucune place dans la société si elle n'avait pas de fils pour la prendre sous son toit. C'est d'ailleurs la raison principale pour laquelle Jésus redonne la vie au fils de la veuve de Naïm et, plus tard, pourquoi les disciples ont créé des diacres, dont Étienne : il fallait quelqu'un pour prendre soin des veuves de la communauté.

Mais si, comme le dit Françoise Chandernagor, Jésus avait encore 4 frères au moment de sa mort, pourquoi a-t-il confié sa mère à Jean, un des fils de Zébédée ? Il n'aurait jamais eu à se préoccuper du sort de sa mère s'il avait eu des frères... Le postulat de base de ce roman est donc faux, et il me semblait important de le préciser, parce que, si Jésus a eu des frères, cela remet en question certains dogmes de la foi chrétienne, dont la virginité perpétuelle de Marie...

Tout cela pour dire qu'il s'agit ici d'un bon roman, très intéressant historiquement sur la période du premier siècle de notre ère en Palestine, et qu'il est d'autant plus intéressant qu'il a le mérite d'aborder tout un pan de l'histoire qui est totalement ignoré aujourd'hui. On parle beaucoup, y compris dans les Actes des Apôtres, des Églises chrétiennes à leurs débuts, mais très peu de l’Église de Jérusalem et de ce que sont devenus ces chrétiens après la destruction du Temple de Jérusalem en 70. De même ne sont évoquées que les Églises qui ont suivi Paul, le véritable propagateur du christianisme en tant qu’Église répandue dans toute la région. Mais ce que j'ai trouvé intéressant dans ce livre, c'est de voir qu'aux débuts de l’Église, des communautés s'étaient formées ici et là et qu'elles n'avaient pas toutes la même façon de voir leur foi toute neuve, en fonction de celui qui les avait évangélisées. La communauté de « Jude », réfugiée à Pella pendant les troubles qui ont conduit à la chute de Jérusalem en 70 semble avoir été en réalité une sorte de secte chrétienne qui a fini par disparaître. L'histoire de l’Église est donc loin, très loin d'être aussi « simple » que ce qu'en laissent voir les Écritures dans le Nouveau Testament. Même si je l'avais appris durant les dernières années dans mes cours à la faculté de théologie catholique, ça fait toujours du bien d'avoir une petite piqûre de rappel, même si c'est au travers d'un roman qui n'a d'autre prétention que de raconter une histoire. D'ailleurs, cette « secte » de Jérusalem semble avoir dénié au Christ sa condition divine, devenant par là porteuse d'une des nombreuses hérésies contre lesquelles se sont battus les Pères de l’Église. Ce peut aussi expliquer sa disparition. Les « frères » de Jésus voyaient-ils leur « aîné » d'une façon trop humaine pour comprendre qu'il était bien plus qu'un simple être humain, mais à la fois vrai Dieu et vrai homme ?


Paru aux éditions Albin Michel, 2015. ISBN : 978-2-226-25994-3


samedi 4 octobre 2025

Thorgal, tome 24 : Arachnéa, de Grzegorz Rosinski et Jean Van Hamme


Thorgal, Aaricia et leurs enfants, ainsi que Darek et Lehla ont décidé de quitter l'île où ils vivaient, celle-ci devenant bien trop connue de leurs ennemis. Pour leur sécurité, ils prennent la mer en direction du sud. Sauf qu'ils doivent rapidement affronter une tempête qui les force à se séparer : Thorgal a plongé à l'eau pour y récupérer Louve, qui était tombée, pendant qu'Aaricia, Jolan, Darek et Lehla continuent seuls sur la barque. Thorgal et Louve trouvent refuge sur la deuxième barque avec laquelle ils naviguaient, mais celle-ci, emportée par le courant, se retrouve prise dans une brume très compacte qui borde un rivage impossible à voir. Ce qui devait arriver arriva : c'est l'accident. La barque est inutilisable et Thorgal et Louve doivent aller sur le rivage de ce nouveau pays sur lequel ils viennent d'accoster un peu brutalement.

Alors qu'ils cherchent à grimper le long de la falaise, Louve se retrouve enfermée dans une étrange grotte dont elle ne peut pas sortir. Thorgal, resté à l'extérieur, parvient à se hisser tout en haut et se retrouve dans un étrange pays d'où les habitants semblent totalement ignorants de tout ce qui se trouve au-delà de leur monde, appelé « Notre Terre ».

Les noms, les paysages... tout fait penser à la Grèce. Il semblerait que Thorgal et les siens soient allés très, très au sud. Bien sûr, rien n'est nommé : on reste ici dans l'imaginaire. Encore une fois, il est question ici de dieux et de déesses, de sacrifices humains, de vengeances... et pour une fois, la solution ne viendra pas de Thorgal, mais de sa fille.

La première fois que j'ai lu cet album, je l'ai trouvé plutôt passable. Mais en le relisant, bien plus tard, je me rends compte qu'il dit plus que ce que j'avais lu la première fois. Et il remonte quelque peu dans mon estime. On est loin de « La Cage », l'album précédent, mais finalement, c'est plutôt bien vu. Et pour une fois, on ne bascule pas totalement dans l'horreur des massacres tels que nous y ont habitués les Vikings ou les « rois » des albums précédents. Ici, seuls le malheur et la culpabilité ont droit de cité, avec pour corollaire le maintien de tout un peuple dans l'ignorance et l'angoisse. Par certains côtés, cet album fait aussi penser à l'une des aventures d'Alix, « Les proies du volcan ». Là aussi, il est question de sacrifices rituels, d'un volcan, d'un dieu dont il faut satisfaire les désirs. Mais dans « Arachnéa », heureusement, l'espoir est de mise.

Et Thorgal et sa famille vivent maintenant en liberté.


Paru aux éditions Le Lombard, 1999. ISBN : 2-80361-362-X


vendredi 3 octobre 2025

Thorgal, tome 23 : La Cage, de Grzegorz Rosinski et Jean Van Hamme


Thorgal est à Brek Zarith, avec Galathorn, qui l'a aidé à rentrer du monde des Géants après sa quête de l'anneau Draupnir. Le temps de se reposer quelque peu, et le héros reprend la mer pour regagner son île. Pas de bol, il croise sans le savoir Aaricia qui, elle, tente une action désespérer : donner à Sardaz l’Écorché, un pirate au moins aussi dangereux que Shaïgan, les informations dont il a besoin pour, justement, mener l'assaut contre le château de Shaïgan et Kriss. Seulement bien entendu, les choses vont se compliquer et Aaricia, accompagnée de Jolan, doit fuir la colère de Sardaz. Seulement ils sont rattrapés et le sort que leur réserve le pirate est loin d'être sympa...

De son côté, Thorgal est bien arrivé à destination, mais Darek, ne sachant pas qui il est, parvient à le mettre dans une cage près de la maison, en attendant le retour de Jolan et Aaricia pour savoir ce qu'ils doivent faire de lui. Bien entendu, Jolan le reconnaît immédiatement, ainsi que Louve, à qui Muff a assuré qu'il s'agissait bien de son maître. Mais Aaricia, elle, semble de ne pas le reconnaître...

J'ai une tendresse particulière pour cet album. Je trouve que c'est le plus humain et le plus touchant de toute la série, au moins jusque là. C'est le personnage d'Aaricia qui est particulièrement touchant. Elle sait parfaitement qui est l'homme que Darek a enfermé dans la cage. Et elle sait de quoi elle serait capable si cet homme se retrouvait face à elle, tant qu'elle n'a pas dépassé la colère et la rancune qu'elle ressent. Elle a besoin de montrer à Thorgal qu'elle a souffert, en le mettant pour l'heure à distance. Et Thorgal n'a qu'à « revenir », c'est-à-dire à reprendre sa place de mari, aimant, protecteur, et donc patient. L'amour qui unit ce couple est vraiment magnifique...


Paru aux éditions Le Lombard, 1997. ISBN : 2-8036-1275-5


jeudi 2 octobre 2025

Thorgal, tome 22 : Géants, de Grzegorz Rosinski et Jean Van Hamme


Si Louve, Aaricia et Jolan ont pu se retrouver sains et saufs sur l'île, après le dernier épisode, Shaïgan-Thorgal n'a toujours pas retrouvé la mémoire. Il est toujours Shaïgan-sans-merci et de plus en plus en décalage avec ce que lui fait vivre Kriss, son âme damnée. Lorsque leurs vassaux reviennent au château, Dragov, leur meilleur capitaine, amène un personnage que nous connaissons depuis un moment déjà : Galathorn, roi de Brek Zarith, auquel Thorgal a redonné son trône en en chassant Shardar-le-Puissant. Galathorn reconnaît Thorgal et l'appelle par son nom, or c'est la deuxième fois que Shaïgan entend son véritable nom, nom qui ne lui dit toujours rien. Mais comme il sait que Kriss ne lui dira pas la vérité, il s'arrange pour que ce soit Galathorn qui le fasse. Et, une fois qu'il a appris qui il était, il décide de quitter cette vie dont il ne veut plus pour retrouver celle qu'il a quittée il y a plus de trois ans désormais. Et, pour ce faire, il en appelle aux dieux d'Asgaard.

C'est la déesse Frigg, l'épouse d'Odin, qui entend son appel et qui passe un pacte avec lui : elle lui rendra sa mémoire et son nom si Thorgal parvient à récupérer dans le monde des Géants l'anneau Draupnir, perdu par Odin lors de la bataille du Ragna Rokkr.

Thorgal accepte.

Une histoire un peu plus tirée par les cheveux que les autres, même si, globalement, on retrouve la cohérence qui fait la force de la série. Cet épisode donne un peu l'impression que les auteurs ont eu du mal à faire sortir Thorgal du piège dans lequel ils l'ont mis en faisant de lui Shaïgan-sans-merci. Il est temps qu'il retrouve sa famille, mais ce n'est bien sûr pas humainement possible, puisque sa nouvelle identité est liée à la magie des dieux... Bref, il fallait trouver une porte de sortie. Celle-ci en vaut bien une autre. J'avoue être un peu déçue par cet album...


Paru aux éditions Le Lombard, 1996. ISBN : 2-8036-1220-8

mercredi 1 octobre 2025

Thorgal, tome 21 : La Couronne d'Ogotaï, de Grzegorz Rosinski et Jean Van Hamme



Ce nouvel épisode commence au château de Shaïgan-sans-merci, où Shaïgan et Kriss de Valnor se prennent une fois de plus la tête au sujet de leurs projets. Kriss veut à tout pris repartir en expédition de pillage, tandis que Shaïgan, fidèle à lui-même même s'il n'en a ni conscience, ni le souvenir, commence à se poser des questions et à en avoir marre de ces tueries et pillages incessants. Les chefs de groupes pirates qu'ils emploient en ont eux aussi marre : ils sont là depuis trop longtemps et ne veulent que retourner en mer pour assouvir leur soif de pouvoir, de sang et d'or. Et Shaïgan-Thorgal hésite un moment de trop.

De son côté, Jolan, aidé de ses amis Darek et Lehla, qui se sont embarqués avec lui, est en mer, et en route pour son île. Mais ils essuient une véritable tempête et Jolan se retrouve seul, ses amis ayant péri en mer.

C'est alors qu'un homme étrange, Jaax, vient parler au jeune garçon et le persuade de l'aider, contre la promesse qu'il l'aidera, par la suite, à sauver ses parents. Leur mission ? Récupérer, au pays Qâ, la « couronne » que portait Varth, le père de Thorgal, et qui lui donnait le pouvoir qu'il avait sur le peuple Chaam. Thorgal avait jeté cette « couronne », en réalité un amplificateur de pensées, à l'eau, mais plus tard, un paysan l'a trouvée et donnée à celui qui, ensuite, se réclamera du pouvoir d'Hurukan pour tenir sous son joug le peuple Xinjin...

Oui, ça commence à devenir quelque peu embrouillé, tout ça...

La première mission se déroule bien, mais malheureusement, pour sauver Aaricia, Thorgal et Louve, les choses vont se compliquer, obligeant Jolan à détourner le « voyageur » de Jaax pour parvenir à ses fins.

J'aime bien les histoires de voyages dans le temps. Et j'avoue que celle-ci est plutôt alambiquée, mais finement élaborée. Le but des « veilleurs » comme Jaax est d'éviter les paradoxes temporels. Seulement, en faisant appel à Jolan pour récupérer la couronne avant sa découverte par le paysan, Jaax en crée un, de paradoxe, qui va avoir des conséquences en chaîne et entraîner toute une série de faits qui vont modifier le cours du temps. Et heureusement, sinon la série se serait sans doute arrêtée à son 21e opus... Un album plus centré sur Jolan, qui se révèle être au moins aussi redoutable que son père. C'est bien écrit, bien mené, et bien conclu. Rien à dire !


Paru aux éditions Le Lombard, 1995. ISBN : 2-8036-1161-9