En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

Et comme un blog se nourrit aussi
des commentaires de ses lecteurs,
n'hésitez pas à vous exprimer, vous aussi !

jeudi 18 août 2011

Lorraines, de Gabriel Eugène Kopp


Les Agents littéraires m'ont contactée il y a quelques jours. Ils étaient à la recherche d'un(e) lecteur(trice) qui accepterait de lire et de parler de ce recueil de poèmes un peu particulier. Je ne lis que très peu de poésie (je dois en avoir deux ou trois recueils seulement chez moi, c'est dire !), mais je suis toujours ouverte à ce qui m'est étranger. Et là, c'était l'occasion, parce qu'en général, je suis tentée, mais le livre est susceptible de terminer au fin fond d'un carton et de n'être jamais lu. Il me fallait donc une motivation sérieuse, et elle était toute trouvée ici, grâce à ce partenariat.
Cette introduction est donc aussi un petit avertissement : cette critique est une première pour moi, et étant peu familière du genre, je n'ai aucun repère ni aucune habitude de lecture. Il faut donc prendre ce billet pour ce qu'il est : le ressenti d'une lectrice novice à la lecture de poèmes auxquels elle n'est pas habituée.
Eh bien je n'ai pas été déçue.

Sur la forme tout d'abord, il s'agit d'un recueil de poèmes en trois parties, dont le thème central est la Lorraine (comme son titre l'indique), et plus particulièrement sur les mines (comme la photo de couverture l'indique également). Les poèmes sont visuellement assez classiques, avec des strophes plus ou moins longues et des vers variés tant en ce qui concerne le nombre de pieds que leur structure. On est donc loin ici des alexandrins ou des formes classiques, et j'avoue que ce point au départ m'a quelque peu perturbée. Déjà que je lis très peu de poésie, alors si en plus on me brouille mes repères... Mais j'ai très vite été séduite. Les poèmes sont courts, souvent sur une page, et certains d'entre eux semblent être construits en deux temps, ou pouvoir se lire de deux façons différentes, soit linéairement, soit verticalement. C'est assez étrange, mais j'ai lu des deux manières, et dans les deux cas, on découvre le texte sous un jour nouveau, avec une atmosphère et un sens différents en fonction du sens de lecture. C'était comme un de ces jeux d'énigmes où les mots changent de signification en fonction du contexte ou de la forme qu'ils prennent sur le papier... Je me suis prise au jeu, et avoue avoir été presque déçue d'en voir si peu avec cette construction. Et puis, dans ce recueil, il y a aussi des petites surprises, notamment dans la deuxième partie, où le dernier texte donne enfin son sens à tout ce qui précède...

Sur le fond, maintenant... J'ai dû lire à haute voix les textes pour pouvoir y entrer. Parce que pour moi, la poésie est un art oral, tout autant que la chanson. Je me suis rendu compte que ce qui me « barbait » dans la poésie en général, c'est que souvent, je n'y comprends rien. Certaines figures de style sont trop abstraites pour moi, et trop étriquées dans les règles formelles pour que j'y entende quelque chose. Mais (et peut-être est-ce dû au fait que cela fait longtemps que je ne m'y étais pas remise), ici, c'est tout différent. J'ai eu une impression bizarre en lisant ces poèmes, où la musique des mots m'emportait bien plus que le sens des mots eux-mêmes. Et j'ai alors savouré ces textes avec beaucoup de bonheur. Alors bien sûr, je n'ai pas tout compris à la première lecture. Mais j'en ai relu certains, deux fois, trois fois, en me laissant porter par la musique des mots, et des images sont nées, allant bien au-delà des mots eux-mêmes. Tout un univers est apparu devant mes yeux, à l'évocation de ces gueules cassées, de ces trous, de cette noirceur, mais aussi des saisons, des jeux d'enfants... Le ton est assez noir, voire pessimiste, sans se départir pour autant d'une petite lumière qui éclaire la scène... Est-ce pareil pour tout poème ? Je ne suis pas assez familière de ce genre pour l'affirmer. En tout cas, la magie des mots et leur musique ont opéré en moi. J'ai pour le savoir un indicateur imparable : un livre m'ennuie si je compte les pages qui me restent avant la fin, si je veux savoir la fin avant d'y être arrivée... Alors bien sûr, avec un recueil de poèmes, c'est un peu différent, mais si j'ai vu défiler les pages, ce fut en me disant qu'il était bien dommage d'arriver si vite à la dernière...

Merci donc aux Agents littéraires et aux éditions Flammes Vives pour cette jolie découverte, parce que malgré la rudesse du sujet, ce recueil m'a peut-être réconciliée avec la poésie.

Préface de Rodolphe Oppenheimer

Paru aux éditions Flammes Vives, 2011. ISBN : 978-2-915475-82-1.

3 commentaires:

  1. Pour quelqu'un qui n'aime pas la poésie, tu as fait un travail de compréhension très sérieux et une analyse de tes sentiments par rapport aux poèmes très intéressante. C'est vrai que lire la poésie, c'est à la fois ressentir une musique, voir une lumière, éprouver une émotion. Quant au sens, on peut parfois ne pas comprendre, ce n'est pas grave; ce qui importe ce sont les images qui naissent toi en écoutant les mots. Par exemple les vers de Nerval : "Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé, le prince d'Aquitaine à la tour abolie...." Ils sont magiques même si l'on ne sait pas exactement ce qu'ils veulent dire!

    RépondreSupprimer
  2. Bravo, si tu n'aimes pas trop la poésie, ton billet est d'autant plus remarquable...Et très très précis, on sait à quoi s'attendre. C'est toujours une rencontre due au hasard, la poésie, une sensation inexpliquée, on aime...Un peu comme toi avec ce recueil...

    RépondreSupprimer
  3. @ Claudialucia : Merci pour ton message. Il me rassure quant à mes capacités à lire la poésie !
    @ Jeneen : merci pour ton appréciation : chaque rencontre est un risque, dans la vie aussi... ;)

    RépondreSupprimer