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samedi 16 mars 2013

Aâma, tome 2 : La multitude invisible, de Frederik Peeters


J'ai reçu cette bande dessinée dans le cadre de l'opération « La BD fait son festival », organisée par le site Price Minister. Le principe est simple : une BD contre une critique.

J'ai donc demandé Aâma (le tome 2, eh oui, nul n'est parfait... Va falloir que j'aille en librairie chercher le tome 1 histoire de comprendre toutes les subtilités de la série, mais heureusement, ça ne m'empêche pas d'apprécier les qualités de cette bande dessinée ! Oui, j'aime prendre des risques, il faut croire...). Pourquoi donc ai-je demandé cette bande dessinée et pas une autre ? Parce que je suis incapable de me souvenir des noms des auteurs. Ben oui, c'est comme ça. J'ai vu « Peeters » sur la couverture. Et ça m'a rappelé « Les Cités Obscures », dont je n'ai lu qu'un tome (il va vite falloir que je comble cet écueil d'ailleurs, à noter dans ma « wish-list », comme on dit sur les blogs littéraires) et qui m'avait bien plu. J'ai donc très naïvement cru qu'il s'agissait du même auteur, en solo cette fois-ci, et je me suis dit « pourquoi pas lui ? ». C'est finalement une bonne chose, ça me permet de découvrir un auteur dont je ne sais absolument rien.

Alors je vais rassurer tout de suite l'éditeur et l'organisateur : malgré la méprise à l'origine du choix, je n'ai pas de regrets parce que l'objectif de départ est atteint : découvrir un auteur que je ne connais pas. Et pourtant, ça partait plutôt mal quand j'ai reçu la bande dessinée par la poste : tome 2 sans avoir lu le premier, ignorance totale de l'univers de l'auteur, de son trait, de sa sensibilité et, bien sûr, de l'univers d'Aâma dont je n'avais jamais entendu parler.
Et pourtant, vous disais-je, j'ai été séduite par cette bd.
Tout commence dans le tome 1 bien sûr, et dans le tome 2, on arrive immédiatement dans l'action, qui s'ouvre sur un désert étrange, avec cinq personnes sur des « ambulateurs », sortes de sièges-véhicules surélevés sur trois « pattes » métalliques. D'entrée de jeu le ton est donné : nous sommes en pleine science fiction, ouf ! Au moins, là, je ne m'étais pas complètement trompée ! Et ça tombe bien : j'aime beaucoup la SF en BD (comme vous avez sûrement dû vous en rendre compte à la lecture de ce blog).
Le personnage principal, le narrateur, est un homme nommé Verloc. Il fait partie d'une expédition sur une planète qui me semble leur être inconnue. Le chef de l'expédition est Conrad, frère de Verloc. Cette expédition, que Verloc raconte dans son journal, a pour but de trouver la substance aâma. Ne me demandez pas ce que c'est que cette substance : l'explication est vraisemblablement dans le tome 1 et la substance elle-même visible sans doute dans le tome 3 qui n'est pas encore paru. Autant dire que je nage, à ce sujet-là, en plein brouillard. Mais c'est finalement assez accessoire parce que ce qui est raconté ici, c'est autant l'expédition elle-même que l'histoire de Verloc, qu'il raconte à la femme qui les accompagne, Myo.
Il y a donc une histoire dans l'histoire, comme c'est souvent le cas dans les longs récits (ici, la bd elle-même fait 86 pages, ce qui laisse largement à l'auteur le temps et le loisir de bien développer les personnages, ce que j'ai particulièrement apprécié), avec un certain nombre d'allers-retours dans le passé. L'histoire se passe dans un futur lointain, et Verloc est un homme qui remet en question le « tout-technologique » du monde dans lequel il vit. Il raconte à Myo sa rencontre avec sa femme, la naissance « entièrement naturelle » de sa fille, les troubles de celle-ci, la rupture avec sa femme...
Dans le même temps, on assiste à la progression de la petite expédition dans un monde inconnu, où les protagonistes vont rencontrer une expérience lancée par un certain Woland. Cette expérience, apparemment, a pour but de recréer artificiellement la vie sur une planète qui semble stérile, et ce que j'ai pu comprendre, c'est que pour y parvenir, Woland a utilisé la substance aâma (reste à savoir qui est Woland, mais ça, ce sera pour le tome 1 je suppose).

J'avoue que je suis passée par des sentiments très contradictoires à la lecture de la bd. Rassurée au début d'entrer dans un monde qui m'est quelque peu familier (la science-fiction), j'ai été séduite par le héros, Verloc, qui m'a semblé porteur de valeurs que je trouve importantes, notamment dans son refus du tout-technologique et sa volonté de revenir à un peu de nature.
Je n'ai en revanche pas été conquise par le dessin de l'auteur. Je trouve les personnages assez durs dans leurs expressions et en même temps lisses d'un point de vue graphique, comme s'ils manquaient de profondeur ou de personnalité. En revanche, le traitement de l'environnement est plutôt réussi à mon goût, puisque l'auteur fait preuve d'une vraie imagination à chaque page de la bande dessinée. Il a été capable de recréer un univers improbable, fait de robots, mais aussi d'ébauches de vies telles qu'elles ont peut-être existé au commencement de notre propre monde, sur Terre, bien avant l'apparition de l'homme. Un mélange de futurisme et de nos repères préhistoriques plutôt intéressant en ce sens que la faune et la flore décrites n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé sur Terre, mais peuvent représenter de manière crédible le foisonnement qui a présidé à la construction de la faune et la flore terrestre, où toutes les expériences ont été tentées par la nature, y compris les plus improbables. On assiste de plus à une vraie progression graphique (dans le dessin, mais aussi et surtout dans les couleurs), qui raconte bien plus que le récit lui-même l'évolution de cet environnement, mais aussi ses dangers et les incertitudes qu'il suscite auprès des protagonistes.
Par certains côtés (le foisonnement, l'imagination...), ces planches décrivant la planète où ils se trouvent et l'environnement qui entoure les personnages, j'ai souvent pensé à la série Le Cycle de Cyann, au moins dans sa troisième partie, La Clé des Confins, véritable encyclopédie d'Ohl et d'Ilo. La comparaison s'arrête là, bien sûr, mais elle a sans doute joué un rôle dans mon adhésion à cet univers.
En revanche, j'ai trouvé la bd assez dure, assez crue, et très violente à certains moments, voire carrément glauque. Alors certes, on est bien dans une bd pour adultes, mais à force de voir l'horreur, le sang, tout cela finit par atténuer la force du propos. J'ai par exemple été bien plus impressionnée par le tome deux du Cycle de Cyann, tout aussi atroce par certains côtés, où les choses sont plus suggérées que montrées. L'imagination fait parfois plus que le trait d'un dessinateur qui, à force de trop décrire l'horreur, finit par la banaliser...

En définitive, j'ai un avis plutôt positif sur cette bande dessinée, et j'ai envie d'en connaître le début et la fin (le troisième tome devrait venir !), ce qui est plutôt très bon signe chez moi. En revanche, cette bande dessinée ne fera sans doute pas partie, pour moi, des chefs-d'œuvre vers lesquels je retourne régulièrement. Il y manque un petit « quelque chose » qui aurait pu me conquérir vraiment.

Cette bande dessinée a obtenu le Prix de la Série au Festival d'Angoulême. C'est sans doute mérité, il faudrait vraiment que je lise le début pour en être certaine. Ce sera sans doute chose faite dans quelques temps !

Un grand merci à Price Minister pour cette opération et à l'éditeur, Gallimard, pour l'envoi de la bande dessinée !
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur l'univers d'Aâma, vous pouvez cliquer ici pour voir le blog de l'auteur.

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