samedi 19 février 2011

Les Restos du coeur

Je suis tombée sur un message de Clara tout à l'heure parlant d'une initiative originale permettant d'aider les Restos. Personnellement, j'ai un peu de mal avec les dons d'argent en ce moment, parce que je me pose beaucoup de questions sur ce que devient l'argent au final. S'il sert à payer le train en 1ère classe pour des artistes qui ne font que le spectacle télévisé au lieu des trois concerts prévus, ça me gêne. Mais là, il n'est pas question d'argent. Juste d'un billet sur un blog.
Autre problème, faire de la pub pour cette initiative revient à faire de la pub pour deux entreprises déjà géantes dans le domaine de l'agro-alimentaire et de la grande consommation. De quoi me faire me poser des questions. Mais je me dis qu'au final, ce sont eux qui financent ces fameux repas, et qu'après tout, 10 repas pour un billet publié, c'est mieux que rien.
Ceci étant dit, voici de quoi il s'agit :
Vous trouverez plus d'informations ici.
Sinon, une autre manière d'aider : le bénévolat, les collectes alimentaires... avec des produits spécifiques : petits pots pour bébé, conserves, riz, pâtes, huile, conserves de poisson ou autres... il y a de quoi faire !

vendredi 4 février 2011

La Première gorgée de bière, de Philippe Delerm


Je ne connaissais pas Philippe Delerm. Eh oui, ça arrive. Sauf que la même semaine, à la mi-janvier, Gwen a fait un atelier d'écriture utilisant les titres détournés de ce recueil ; une de mes collègues m'a parlé quelques jours après d'un texte qu'elle avait écrit et qui parlait exactement de la même chose que « La Première gorgée de bière » ; et enfin, mon autre collègue m'a prêté ce fameux recueil. Je ne pouvais pas passer à côté et ne pas lire cet ouvrage qui m'a fait de l'oeil toute la semaine. Et je n'ai pas été déçue.

Le sous-titre du livre : « Et autres plaisirs minuscules » est parfaitement bien choisi et décrit à lui seul le contenu de l'ouvrage. Il s'agit ici de 34 textes courts, de deux ou trois pages pour la plupart.
Philippe Delerm évoque là les plaisirs du quotidien, un peu désuets aujourd'hui pour certains. Je me demande en effet s'il y a encore beaucoup de personnes qui débarquent à Paris et se ruent sur la première cabine téléphonique, à l'heure des téléphones portables.
Toujours est-il qu'on y est. On la sent, l'odeur du croissant du matin, des pommes dans la cave. On est avec la personne qui conduit sa voiture sur l'autoroute et qui apprend la mort de Jacques Brel à l'autoradio.
L'auteur met ici en mots quelques petits plaisirs de la vie de tous les jours, des faits auxquels on n'accorde aucune importance quand ils arrivent, mais qui sont évidents quand on les lit racontés de cette manière. Les récits sont très poétiques, racontés aussi pour certains avec une certaine nostalgie, comme un monde en cours de disparition. Quand j'ai ouvert ce recueil, le temps s'est arrêté. J'étais dans une bulle, un cocon douillet et confortable... et ça fait tellement de bien !

Une vraie belle découverte, donc. Il est fort possible que je tente de me procurer d'autres des ouvrages de Philippe Delerm !

Paru aux éditions Gallimard, 1997 (L'Arpenteur). ISBN : 2-07-074483-3

jeudi 3 février 2011

Sur le sable, de Michèle Lesbre


Voici un joli roman que j'ai découvert un peu par hasard à l'ISSM. La narratrice arrive sur une plage et y rencontre un homme assis sur le sable en train de contempler une maison qui brûle à quelques pas de là. Ils vont passer la nuit assis côte à côte, sur la plage. Il a besoin de parler, elle a besoin de l'écouter, de s'évader.
Au fil des pages, le lecteur apprend l'histoire de cet homme, par l'intermédiaire de la narratrice. Construit sur un système d'allers-retours entre le présent et le passé, entre le récit de l'homme et les souvenirs de la femme, le roman est en réalité une histoire complexe d'errance, de littérature, de mort, de villes, de souvenirs. Il y est aussi beaucoup question de littérature, par l'incursion, de la part de la narratrice, de divers éléments des romans de Modiano, comme des noms de personnes ou les hôtels parisiens, qui tiennent du coup une grande place dans le récit. Ils lui donnent un goût d'irréel, comme une parenthèse dans le temps entre deux moments plus ancrés dans la réalité. La maison de la plage est comme un élément éternel ramenant toujours à elle l'homme de la plage, bien sûr, qui semble fortement lié à cette maison, mais aussi la narratrice, qui ne peut quitter les lieux avant de connaître l'histoire en entier. La question que je continue à me poser, finalement, après la lecture du roman, c'est de savoir ce que cherche réellement cette femme...

J'avoue que je reste un peu mitigée sur cet ouvrage très intimiste : l'écriture est belle, poétique, empreinte de mystère et de rêve, de délicatesse et de beaucoup de sensibilité, mais laisse un petit goût d'inachevé : l'homme reste un mystère, disparaît, laisse une piste à la narratrice pour qu'elle puisse le retrouver... Le récit reste en suspens, un peu comme l'état d'esprit dans lequel on est quand on se réveille après un rêve.

Paru aux éditions Sabine Wespieser, 2009. ISBN : 978-2-84805-071-3.

lundi 31 janvier 2011

Iron & Flesh, de Thomas Gilbert


Iron & Flesh est le deuxième tome de la trilogie Oklahoma Boy, dont je n'ai pas lu le premier (non, je n'ai pas honte : je ne connais pas, loin de là, toutes les séries bd !). D'entrée de jeu, je suis séduite : la facture de la bande dessinée est soignée, le livre est beau et... monté à l'envers ! J'aime bien les livres un peu bizarres, ils ont toujours un côté un peu exceptionnel pour moi...
Passé ce premier avis, purement formel, qu'en est-il du contenu ? J'ouvre la bd et me plonge rapidement dans l'histoire. Oklahoma Boy s'est engagé dans l'armée, il est devenu aumônier et se voit dans la situation absurde de bénir des bouts de corps et de prier pour le salut des âmes des personnes dont ils proviennent. Il est confronté à l'absurdité de la guerre, mais doit aussi lutter pour sa propre survie.

C'est noir, très noir. Le dessin est minimaliste, brutal, sanguinolent, voire choquant. Mais alors que je n'ai absolument pas l'habitude de lire ce type de bande dessinée, j'ai trouvé celle-ci intelligente et intéressante en ce qu'elle interroge sur l'absurdité du monde, sur la foi, sur cette question de la vie après la mort, sur les rites et rituels qui font partie de notre vie et nous aident à passer les caps difficiles, à affronter les situations douloureuses.
N'ayant pas lu le premier tome, je n'ai qu'une idée très partielle de cette bande dessinée, et je ne pourrais pas vraiment dire si j'ai aimé. Ce qui est certain, c'est qu'elle m'a touchée : on y voit Oklahoma Boy en proie à ses doutes, à ses questions, à ses luttes intérieures ; on voit un homme face à l'horreur et à sa propre humanité, à sa finitude, aussi. Chose rare en BD, on y voit aussi le Christ souffrant, la lutte entre le bien et le mal, personnifié au travers de monstres informes, gigantesques et effrayants. Le récit bascule dans l'horreur absolue, dans le délire, la folie, l'angoisse. Les visages sont cadavériques, comme si la lutte pour la survie avait fait de ces hommes des presque morts... Oui, c'est noir. Et pourtant...
Finalement, je crois que je vais peut-être me mettre en quête du tome 1 et attendre le tome 3, moi...

Un grand merci aux éditions Manolosanctis pour cette étonnante découverte, et à BOB pour ce partenariat !

Paru aux éditions Manolosanctis, 2010 (Karma). ISBN : 978-2-35976-013-2

dimanche 30 janvier 2011

Mais où est mon pantalon ? de Aurélie Vaissier et Tony Rochon


Les éditions Loustik ont sorti ce petit livre pour enfants au milieu de l'année 2010, et je l'ai reçu début janvier, pour un partenariat avec l'éditeur et BOB. Nous étions encore près de Noël, et j'étais enthousiaste à l'idée de découvrir un nouvel éditeur, de nouveaux auteurs pour enfants, et une nouvelle histoire à raconter aux miens.
Ben... Je leur laisse d'abord la parole, parce qu'ils ont dit très simplement ce que j'ai aussi pensé plus confusément (les enfants sont formidables... !).

Noémi, 8 ans, n'a d'abord pas osé me dire clairement ce qu'elle en pensait, de peur sans doute de dire du mal ou de me blesser. J'ai du lui expliquer pourquoi je lui demandais son avis sur ce livre, et à quoi ça allait servir. Alors elle m'a tout lâché en bloc :
« J'aime bien le lutin dans la botte du Père Noël [première double-page du livre], mais le livre ne me plaît pas trop : je n'aime pas trop le visage de la Mère Noël. En fait, je n'aime pas trop les dessins. Et je ne comprends pas trop pourquoi la fée des Neiges emporte la chemise de nuit de la Mère Noël. Je ne trouve pas l'histoire drôle, je ne l'aime pas. Et puis j'aime pas les rennes : on dirait des vaches ! »
Verdict sans appel.

Rébecca, 4 ans, a été beaucoup plus concise : « Moi, j'aime le caleçon du Père Noël, il est drôle ! Et j'aime bien quand il a des tâches sur son pantalon bleu. L'histoire n'est pas drôle, c'est le caleçon qui est drôle !! »
Soit. Au moins, c'est clair.

Nathanaël, 6 ans, est sans doute le plus secret de mes trois enfants. Et le livre s'adresse plus à son âge, donc son avis était très attendu : Après un échec sur mes filles plus jeune et plus âgée, le livre peut-il toucher un enfant de la tranche d'âge pour laquelle il a été conçu ?
« Moi, j'aime bien parce qu'à la fin, c'est Mère Noël qui perd sa chemise de nuit. Mais je n'aime pas les dessins et je n'aime pas trop l'histoire. J'aime bien quand on voit le caleçon du Père Noël, les tâches sur son pantalon bleu et l'image du Père Noël qui réfléchit sur le toit. L'histoire est un peu drôle quand la Mère Noël se moque du Père Noël. »

Globalement, donc, c'est pas vraiment l'extase du côté des enfants. Et la maman ???
Ben... la maman n'a pas du tout aimé. Globalement, je trouve les dessins assez durs, les visages sont étranges, manquent de douceur, de rondeur, d'un je ne sais quoi qui aurait pu toucher les enfants. Le fait de voir les traits de construction autour des personnages participe peut-être à cette impression de « vite-fait, mal fait » ?
Au niveau de l'histoire elle-même, j'ai du mal à la trouver drôle, en effet, alors que c'est visiblement ce qui est recherché. Ca aurait pu être plus fin, plus drôle, oui, mais il manque quelque chose, ou plutôt il y a trop de choses. Le texte est un peu trop long, mélangeant allègrement narration et dialogues, voire coupant la phrase de dialogue par une parenthèse narrative qui coupe l'effet. Le texte est trop long, donc, et quelque peu répétitif sans entrer dans le comique de répétition, justement, qui aurait justifié cet artifice. Un loupé aussi, donc, côté humour. Je trouve les phrases un peu compliquées pour des enfants de cet âge-là, qui donnent aussi l'impression d'auteurs pour jeunes s'adressant à des enfants, n'ayant pas forcément l'habitude de ce public particulier de 6 ans. Graphiquement et au niveau de la mise en page, il y a une volonté de mélanger les genres, alliant le classique album pour enfants à la bande dessinée. Du coup, on est ici entre deux genres, et en tout cas pour mes enfants, ça n'a pas plu.
Enfin, la dernière double-page avec la Mère Noël est tombée totalement à plat avec mes enfants, qui n'ont pas du tout vu l'aspect comique visiblement recherché.

Finalement, la seule chose qu'ils ont bien aimée, c'est la recherche des lutins dans les pages du livre !
Une grosse déception, donc, pour mes enfants et moi !
Un grand merci tout de même à BOB et aux éditions Loustik pour le partenariat. Merci aussi aux auteurs qui ont pris le temps de dédicacer le livre à l'intention des enfants : ça en revanche, ils ont beaucoup apprécié !

Paru aux éditions Loustik, 2010. ISBN : 2-9531849-2-1

jeudi 27 janvier 2011

La Messagère du temps

Amis lecteurs, amies lectrices,

Ce petit billet pour vous annoncer que mon roman vient d'être accepté par une maison d'édition de Colmar, Jérôme Do. Bentzinger, et paraîtra au mois de mai ou juin.
Plus d'infos sur mon blog d'écriture !
(je suis toute fière et excitée, même si ce billet est très sobre ! Faut pas croire !!! :) )

mercredi 26 janvier 2011

Le Fils de son père, de Olivier Mariotti


Olivier Mariotti, artiste peintre, expose ses œuvres dans une galerie d'art. Le soir du vernissage, il est accompagné de sa femme et de ses deux enfants, ainsi que de sa mère et de ses amis. Lors d'une coupure de courant, il aperçoit, entre deux éclairs, une ombre, celle d'un homme.
Toute la bande dessinée est construite sur ce moment-là, sur cette rencontre fugace qui libère les souvenirs d'Olivier, souvenirs qui déferlent en vagues successives. L'auteur nous donne à voir ici son enfance et sa vie d'adulte, sa relation avec ce père qu'il ne voit plus, à qui il ne parle plus, une fois adulte.
Le lecteur voit ce père passer du statut de héros tout-puissant à celui d'homme haï... puis à l'indifférence de son fils. Et pourtant, il suffit d'une ombre pour relancer l'espoir d'une rencontre, d'une possible réconciliation.
Le dessin d'Olivier Mariotti m'a posé un certain nombre de problèmes au départ. C'est un graphisme auquel je ne suis pas habituée, à la fois doux et chaud dans les tons et couleurs employés et dur dans les formes, en particulier les traits des personnages, très anguleux, quasiment géométriques. En particulier, les yeux des personnages sont totalement blancs et m'ont au départ presque fait peur, tant l'absence de pupilles les rendait presque inhumains. Et puis je me suis détachée des traits pour rentrer dans l'histoire.

Les souvenirs d'Olivier nous transportent dans son enfance, auprès de ce père immense, fort, aimant, presque invincible. La force du dessin est de nous donner à voir avec les yeux de l'enfant qu'il était à l'époque, et d'entrer directement dans son imaginaire, d'entrer dans les événements tels qu'il les voyait et les comprenait à l'époque. Le texte est peu présent, voire totalement absent dans certaines séquences, renforçant le mystère autour de ce père et le décalage entre le monde de l'adulte et celui de l'enfant. Les fréquents allers-retours dans la vie actuelle d'Olivier permettent de voir quel homme il est devenu, artiste, drôle, père et époux aimant; perturbé aussi dès qu'il s'agit de sa relation avec son père. On sent qu'Olivier tente de se dégager de l'emprise de son père sur lui, mais aussi qu'il reproduit bon nombre de comportements. Finalement, cette bande dessinée est aussi l'histoire de la construction d'un adulte et de la manière dont il compose avec son vécu., et le travail qui consiste à redonner à ses parents leur place d'être humain, en les faisant descendre du piédestal sur lequel on les a installés durant l'enfance, parce qu'il faut bien des modèles pour se construire en tant que personne. La fin pose la question de la relation présente et la laisse ouverte, permettant d'imaginer une suite, quelle qu'elle soit.

Les remerciements à la fin de l'ouvrage permettent au lecteur de retrouver les personnages de la bande dessinée, laissant penser qu'il s'agit là en grande partie d'une œuvre autobiographique. Jusqu'où l'est-elle ?  Il est difficile de le savoir. En tout état de cause, c'est une bande dessinée d'une très grande sensibilité, que je suis vraiment très heureuse d'avoir eu la chance de découvrir. Cette maison d'édition « Les Enfants Rouges » me semble bien prometteuse !

Paru aux éditions Les Enfants Rouges, 2010 (Mimosa). ISBN : 978-2-35419-040-8