En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

Et comme un blog se nourrit aussi
des commentaires de ses lecteurs,
n'hésitez pas à vous exprimer, vous aussi !

mardi 25 janvier 2011

L'Homme-Alphabet, de Richard Grossman


Le premier qualificatif qui me vient à l'esprit après la lecture de ce livre, c'est « bizarre ». Et immédiatement après : « visuel ». Ce livre est une expérience.

Au niveau de l'intrigue, je n'en dirai pas plus que ce qui est inscrit sur la 4e de couverture : un homme, dénommé Clyde, a passé vingt ans derrière les barreaux pour le meurtre de ses parents. Son corps est entièrement tatoué de lettres, et il est le poète le plus controversé des Etats-Unis. Sa fiancée Barbie disparaît et se retrouve en danger de mort, et Clyde part à sa recherche.

Une fois qu'on a dit ça, on a tout dit... et rien du tout. Parce que pour ma part, j'ai trouvé que l'essentiel était, pour une fois, tout à fait ailleurs.
Ce roman est foisonnant, étonnant, furieux, étrange. Chaque page ou presque amène une nouvelle découverte. Les chapitres se succèdent, mais leur numérotation est telle que les seuls points de repère que l'on peut prendre sont paradoxalement ceux que donne la seconde personnalité de Clyde, un clown, qui commence toutes ses interventions par une lettre de l'alphabet, dans l'ordre, depuis A jusqu'à Z.
C'est que Clyde est schizophrène. Il est totalement déjanté, totalement allumé. Il entend des voix, qui peu à peu prennent le dessus sur lui, jusqu'à le faire disparaître totalement. Clyde fait le récit de ce qui lui arrive, mais il n'est pas le seul à prendre la parole. Son « double », le clown, intervient sporadiquement, éclairant le récit de Clyde d'un autre jour, apportant une part de réponses, une part de vérité dans le récit parfois confus du héros. Ce qu'on lit, c'est autant le récit des événements tels que Clyde les vit que ses « black-outs », ses délires, ses cauchemars, les délires du clown qui prend le dessus sur Clyde... jusqu'à perdre le lecteur, sans jamais pour autant le « lâcher ». Les interventions du Clown ont ceci d'étonnant qu'il invente des tas de mots, il en répète d'autres jusqu'à la nausée, il ressasse, redit, mâche, mâche, répète encore, en une sorte de délire psychologique inventif et à vomir, la suite des mots est parfois sans aucun sens, et pourtant, je n'ai pas eu de mal à « comprendre » ce qu'il disait. Tout se passe comme si, pour une fois, les mots eux-mêmes devenaient moins importants que le récit lui-même. Les interventions du clown se succèdent, et finalement, ce sont elles qui donnent un rythme de plus en plus soutenu au récit.
Où se trouve la vérité ? Qui, de Clyde ou du Clown, raconte réellement l'histoire ? L'histoire de qui ? Quand se passe-t-elle ? Aucune de ces questions n'a de réponse évidente, les réponses arrivant à la fin du texte. Presque décevantes en elles-mêmes.

Visuellement, le récit de Clyde est très « normal », tant au niveau de la typographie que dans la mise en page. En revanche, les chapitres où le clown prend la parole sont étonnant, variant la mise en page, la taille des lettres, les polices de caractères, les répétitions d'une lettre, d'un mot, d'une phrase ou d'un paragraphe entier... renforçant encore l'impression de folie furieuse qui se dégage des lignes du clown.
Je ne saurais dire si j'ai aimé ou non ce roman. Ce qui est certain, c'est que je suis époustouflée par ce récit. Si l'histoire a un côté simpliste (un complot politique), elle est racontée avec un tel déploiement de mots, de délires, qu'elle en devient multiple, horrible et... irréelle. C'est ça qui est d'autant plus étrange ici : j'ai eu du mal à la fin à savoir qui de Clyde ou du Clown était vraiment le narrateur, qui était l'homme et qui était « la voix ». Le basculement, on le sent venir, inéluctablement. Ce qui est très fort ici, c'est qu'on entre littéralement dans la tête d'un cinglé, et qu'on suit le cheminement de sa pensée, ses doutes, ses délires, les personnalités multiples, la logique perturbée et proprement hallucinée qui guide les actes de cet homme totalement paumé.
Si le but du « jeu » était de perdre le lecteur, c'est en ce qui me concerne une vraie réussite.
Et l'intrigue ? Il faudra que je relise la fin : tout y est expliqué, mais je n'ai pas tout compris tout de suite. C'est que je suis un peu hermétique aux complots, en réalité... Je passe donc sans doute à côté d'une bonne moitié de l'intérêt du roman. Mais encore une fois, pour moi, l'essentiel est ailleurs.

Un grand merci aux éditions du Cherche-Midi et à BOB pour cet étonnant et enthousiasmant partenariat !

Paru aux éditions Le Cherche-Midi, 2010 (Lot 49). ISBN : 978-2-7491-1345-6

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire