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vendredi 8 juillet 2011

Dieu merci, je suis amoureuse, de Rosita Celentano



Quand on lit le titre du livre, et qu'on sait par ailleurs de quoi il parle, il y a deux choses qui viennent à l'esprit : soit c'est de la provocation, soit l'auteur a un humour féroce. Parce que le titre ne dit pas de quoi ça parle, mais, en quelque sorte, le contraire. Ou plutôt, il pourrait être pris comme une sorte de conclusion de tout ce que raconte le livre. Je m'explique.
Que les choses soient bien claires : il est ici question du couple, certes, mais aussi et surtout de la trahison au sein du couple. L'auteur emploie énormément les mots « cocufié(e) » et « cornes ». Il est donc question d'atteinte à l'intégrité du couple, de transgression de la promesse de fidélité au sein du mariage. Mais la trahison ne vient pas uniquement quand on est marié, donc on peut élargir très facilement le propos à tous les couples, mariés ou non.
Quand j'ai postulé pour ce partenariat, je savais que j'allais m'attaquer à un témoignage, et j'en ai été plutôt contente, parce que ça ne m'arrive pas si souvent ces temps-ci. A la fin de la lecture, j'étais très enthousiaste, mais là, j'avoue que quelques jours après, je suis maintenant un peu mitigée. Pas par le contenu du témoignage. Il s'agit du récit de l'expérience de l'auteure, qui, comme toute expérience, est personnelle. Il n'y a donc rien à reprocher à l'auteur à ce niveau-là : elle raconte son expérience, et tente d'en tirer les leçons de vie qui s'imposent, pour elle, pour lui permettre d'être heureuse. D'ailleurs, elle l'est, elle le dit dans tout son témoignage, et le ton employé ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Le style est enlevé, humoristique sans être graveleux ou de mauvais goût, le plus souvent très respectueux des personnes évoquées, signe qu'il ne s'agit nullement ici d'un règlement de comptes, mais bien de la mise à plat d'une expérience qui, pour douloureuse qu'elle a dû être, n'en est pas moins constructive pour l'auteur.
Un témoignage intéressant qui plus est, puisque Rosita Celentano a l'intelligence de regarder les choses en face et de ne pas rejeter la faute de la trahison au coupable apparent. En effet, dans les situations qu'elle décrit, la plupart sont le fait des hommes, qui se sont rendus coupable d'une relation extra-conjugale et donc de trahison envers leur compagne. Elle évoque aussi sa propre trahison, en décrivant les raisons objectives qui l'ont poussée à cet acte. Que ces raisons l'excusent ou non n'est même pas la question ici : elle décrit les faits, purement et simplement, sans artifice, sans fard, vraisemblablement en toute vérité (ce qui est invérifiable en soi, à moins de mener une enquête poussée sur la vie privée de l'auteure, mais ce n'est pas forcément l'objectif, pour ma part, cela me paraît totalement impossible, en ce qui me concerne du moins, donc je prends le parti de dire que ce qu'elle écrit correspond à la vérité, ça rend les choses plus simples, parce que, sinon, on peut mettre en doute l'intégralité du livre). J'ai pris le parti, donc, de croire que Rosita expose dans toute sa vérité ses déboires amoureux, y compris quand la fautive, c'est elle.
Et j'ai bien aimé la façon dont elle le fait, je le disais plus haut, parce que pour une fois, le fautif a beau être l'homme dans la grande majorité des cas, les diverses observations de l'auteure l'amènent à penser que les responsabilités sont pour le moins partagées, voire en grande partie du fait des femmes elles-mêmes. Eh oui, mesdames : nous serions tout aussi responsables que nos hommes de leur infidélité. Pas forcément la femme bafouée en personne, non, mais les femmes en général, parce que ce que dit l'auteur en substance, c'est qu'un homme est par essence volage, attiré par les femmes, et donc tenté d'aller voir ailleurs ce qui s'y passe. Et que s'ils passent à l'acte malgré l'amour qu'ils portent à la femme qui partage leur vie, c'est tout simplement parce que de l'autre côté, il y a au moins une femme assez vile pour l'attirer dans son lit alors qu'elle est tout à fait au courant qu'il n'est pas libre... Ce qui amène l'auteur à considérer la double responsabilité, et donc à nuancer plutôt finement cet aspect de la relation conjugale.

Alors si tout cela m'a plu, pourquoi suis-je mitigée ? Eh bien parce que justement, je ne suis pas tout à fait d'accord avec elle sur cette question (pas sur la responsabilité partagée, mais sur la responsabilité de l'homme). Alors certes, je ne suis pas là pour engager un débat d'opinion sur l'infidélité des hommes et la responsabilité des femmes, mais pour faire une critique d'un ouvrage. Mais justement, cet aspect « les femmes sont responsables, peut-être même plus que les hommes » m'a un peu énervée dans la mesure où cela fait passer les hommes pour des gamins, des êtres infantiles qui seraient incapables de résister à leurs pulsions, et que du coup, je trouve cela plutôt méprisant pour les hommes. Alors certes, et Rosita Celentano le dit aussi dans son témoignage, elle est italienne et cela fait peut-être une grande différence. Mais ce qui m'a le plus énervée ici, c'est sa propension à généraliser un peu trop à mon goût les processus qui conduisent certains hommes à tromper leur femme ou compagne. Et ça, passer du témoignage personnel à la généralité quasi-universelle, chez moi, ça a un peu de mal à passer, parce que cela suppose que les hommes (et les femmes) sont tous les mêmes, qu'ils n'ont aucune personnalité propre, et qu'ils sont conduits par leurs hormones plus que par leur intelligence, leur coeur ou leur jugement. Et comble de tout cela, son récit semble enfermer la gent masculine dans le rôle de « trompeur irresponsable », sans évolution possible ou à peu près. Quid de la responsabilité ? Du fait que l'on apprend de ses erreurs ? Il semble ici ne pas en être question.
Donc, vous l'aurez compris, ce que je reproche à ce livre, c'est plus une généralisation abusive de situations conjugales qui peuvent être complexes, et qui réduisent l'homme à un être guidé par ses gènes, sans laisser de place (ou si peu) à la psychologie de la personne, à son développement, au caractère propre de chacun.

Et puis, il y a la fin. Trois petites pages qui, certes, sont intéressantes, mais qui ne me semblaient pas indispensables. Et surtout, qui n'ont à mon avis pas grand-chose à voir avec le reste : il s'agit de l'intervention d'une voyante qui part du thème astral de l'auteur pour en faire je ne sais quoi (j'ai fini le livre il y a une semaine, et j'ai déjà oublié ces dernières pages, signe chez moi qu'elles n'apportent rien au texte, même pas un complément permettant de comprendre la personnalité de l'auteur). La seule chose que j'en retiens, c'est que Rosita a un caractère heureux. Tant mieux pour elle, mais était-il nécessaire de l'écrire noir sur blanc, alors même que ce trait particulier de son caractère transparaît dans tout son témoignage ? Le seul fait d'écrire sur ce sujet si personnel et si difficile, avec ce ton-là, permet de supposer que malgré la souffrance (qu'elle ne nie pas), Rosita Celentano a admirablement réussi non seulement à accepter les faits, y compris sa propre responsabilité dans le déroulement des événements, mais aussi à en faire une force dans sa vie quotidienne. Et là, je dis bravo ! Alors pourquoi ajouter ces quelques pages ?
Une conclusion avec un bémol, donc, pour un ouvrage qui, sans cela, avait tout ou presque pour être un bon témoignage : un ton drôle, ni moralisateur, ni pesant, un humour vif sans être cinglant ou cynique, et une vision des choses très nuancée. Au final, que je ne sois pas d'accord avec l'auteur est plutôt une bonne chose : cela m'aura permis de regarder les hommes (dont mon mari) un peu différemment, le temps de cette lecture, et d'aiguiser un peu plus ma manière de voir le couple.

Un grand, grand merci à Newsbook et aux éditions Pascal Galodé pour ce rafraîchissant partenariat !


Traduit de l'italien par Béatrice Vierne.
Paru aux éditions Pascal Galodé, 2011. ISBN : 978-2-35593-134-5.

2 commentaires:

  1. En tout cas, on peut dire que ce livre t'a vraiment inspirée et fait réfléchir, et c'est tant mieux. Merci pour ce beau billet très complet.

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  2. @News Book : Quelle rapidité ! Je n'ai même pas eu le temps de te prévenir de la publication ! :)

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