En passant...



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lundi 2 avril 2012

L'homme qui ne parlait pas, de Marie-Pierre François



Jean est mort. Jean était l'un des patients du Foyer, un parmi d'autres polyhandicapés qui sont hébergés dans l'un des innombrables foyers existants en France et ailleurs. Ce récit est imaginaire, mais ces personnages décrits sont réels. Et ça fait peur, très peur, parce que ce qui est décrit ici, c'est la violence brute, réelle, incontrôlable. Celle qui déboule quand l'horreur de la vie quotidienne, répétitive, abjecte, inhumaine, prend le dessus sur la vie elle-même...
Ce livre m'a fait peur, parce qu'il décrit les penchants les plus brutaux, les plus animaux, quand il est question de survie. Il décrit la culpabilité, la honte. Il m'a fait peur, mais m'a aussi fascinée. Les phrases sont courtes, incisives, violentes comme le propos qui est derrière. Le texte est lapidaire, brutal, certes, mais aussi empreint d'une certaine tendresse, de cette tendresse de la mère qui aime ses enfants infiniment, mais qui peut aussi en arriver à les violenter quand la fatigue se fait trop pesante, trop envahissante, et qu'il faut malgré tout tenir, parce qu'il faut tout simplement continuer à vivre. Combien de temps ?

Le récit ne donne pas de réponse. Il laisse, au contraire, le lecteur sur cette question : Mais combien de temps tiendra-t-elle, cette aide-soignante qui a vu Jean mourir, qui voit chaque jour les patients se souiller, qu'elle doit doucher, laver, faire manger, torcher, accompagner sans savoir s'ils comprennent ou pas ce qu'elle leur dit au fur et à mesure que s'écoulent les heures, jusqu'à la fin de sa journée, avant la journée suivante, où elle répétera les mêmes gestes, verra les mêmes patients, avec les mêmes troubles, les mêmes comportements abjects... Combien de temps tiendra-t-elle avant de craquer, elle aussi ?
En filigrane, il y a l'épuisement professionnel, le manque de personnel dans les établissements spécialisés, la violence institutionnelle vis-à-vis des personnels soignants eux-mêmes. Et, par ricochet, la violence institutionnelle vis-à-vis des patients, forcément. Comme si la bientraitance envers les patients ne pouvait commencer qu'avec la bientraitance de l'institution ou de ses représentants envers les soignants.
Un récit très court, mais qui ne laisse pas indifférent, loin de là. Et fait réfléchir bien au-delà du récit lui-même.

Paru aux éditions Gallimard, 2003. ISBN : 978-2-07-076751-9

2 commentaires:

  1. ...merci ( de la part de l'auteur)
    Vous avez compris l'essentiel!
    marie-pierre

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