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dimanche 1 août 2010

Les Heures souterraines, de Delphine de Vigan


Ce roman est un récit à deux voix, entièrement écrit au discours indirect. Il est composé sur une double alternance, entre la vie de Thibault et celle de Mathilde, les deux principaux personnages d’une part, et entre le passé et le présent, d’autre part. De chapitre en chapitre, le lecteur est alternativement plongé dans les pensées des deux principaux. Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils habitent la même ville, et malgré des différences importantes, vivent intérieurement la même chose. Les flash-backs permettent au lecteur de comprendre ce qui a amené les deux protagonistes là où ils en sont. En filigrane, il y a l’espoir que quelque chose va changer, ce quelque chose étant évoqué dès les premières lignes.

Une fois encore, après « No et moi », l’un des précédents romans de l’auteur, Delphine de Vigan explore un thème difficile et sombre : celui du harcèlement au travail et de l’usure professionnelle. Deux sujets encore difficilement compréhensibles au quotidien, voire niés. Aujourd’hui, dans notre société, de gros efforts sont faits pour les reconnaître et, sinon les éviter, au moins les punir (dans le cas du harcèlement), ou les guérir dans celui de l’usure professionnelle.

Le talent de Delphine de Vigan, outre celui de captiver son lecteur (moins de trois heures pour lire un livre de plus de 220 pages, ça ne m’était pas arrivé depuis un bon moment !), consiste à faire entrer le lecteur dans cet univers à la fois quotidien et noir. Mais surtout, à faire entrer brutalement la réalité dans la fiction.

La vision de la vie de Delphine de Vigan est plutôt enjouée au départ, pleine d’espoir : un changement est possible, le monde peut évoluer, les personnes, actrices de leurs vies, peuvent agir sur leur quotidien, résister aux événements douloureux, voire les changer en quelque chose de meilleur. Au fil des pages, le lecteur comprend, avec les personnages, que rien n’est aussi simple, que la vie n’est pas un roman. L’irruption brutale du réel crée la surprise, à la fin du livre, tout en donnant au lecteur la certitude qu’il ne pourrait en être autrement. N’allez pas croire pour autant que tout est noir. Il reste toujours, dans ces ouvrages, une porte de sortie. Le monde est cruel, difficile, noir, mais ses acteurs peuvent faire bouger les choses. Pas forcément aussi vite qu’ils le voudraient, et pas forcément non plus dans le sens où ils le souhaiteraient. Mais les choses peuvent changer. Personnellement, j’ai eu un peu de mal à la fin. J’avais lu « No et moi », j’avais trouvé la fin extraordinaire. Dans « Les Heures souterraines », Delphine de Vigan use des mêmes procédés, d’où une impression de déjà vu, même si les sujets et intrigues sont très différents. Un tout petit bémol donc vis-à-vis de ce roman, qui pour le reste, est très bien écrit et se lit vraiment très bien.

Ce que raconte Delphine de Vigan, ce sont en réalité des tranches de vies. Le lecteur suit les personnages pendant un temps (ici, une journée de leur vie), il en apprend un peu sur leur passé, beaucoup sur leur présent, mais rien n’est écrit pour l’avenir. Que deviendront Mathilde et Thibault ? Nul ne le sait…

Paru aux éditions JC Lattès, 2009. ISBN : 978-2-7096-3040-5

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