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mercredi 9 mars 2011

Les Anges vous méprisent, de Laurent Crone


Billet difficile à rédiger que celui-ci. Je suis en effet très partagée à l'issue de la lecture de ce roman pour des raisons qui touchent tout autant à la forme qu'au fond.
Sur la forme tout d'abord, la première critique que je ferai concerne les fautes d'orthographe qui émaillent le récit, mais aussi, et c'est sans doute encore plus gênant, certains mots qui ont sauté dans le texte, rendant la lecture parfois compliquée, voire impossible à cause de phrases incompréhensibles. Heureusement que ce cas de figure n'apparaît que deux fois, mais deux fois, en ce qui me concerne, c'est déjà beaucoup trop. Trop, parce que ces erreurs, qu'elles soient dues à des fautes de l'auteur, à des coquilles involontaires dans le manuscrit ou à un défaut de correction, soulignent un manque au niveau de l'éditeur, dont le travail consiste aussi à relire le manuscrit avant publication, au moins pour les questions liées à l'orthographe. En ce sens, ce roman, comme d'autres avant et sans doute de plus en plus à l'avenir, est assez décevant. Au niveau des procédés, cela fait penser davantage aux pseudos maisons d'édition qui ne sont que des prestataires pour des auteurs ne parvenant pas à trouver d'éditeur, et qui fleurissent sur le web. J'ose espérer que « Aux Forges de Vulcain » n'entre pas dans cette catégorie et que les raisons d'un tel manque sont à chercher ailleurs (les causes peuvent être multiples et peuvent dépendre des contrats passés avec les auteurs par exemple...).

Sur la forme du récit maintenant, j'ai beaucoup apprécié le découpage en deux parties. Un même sujet (la mort et la réincarnation) est ici traité de deux manières différentes, dans chacune des deux parties, et le traitement a en plus le mérite de l'originalité, ce qui ne gâte rien. Dans la première partie, on passe d'un lapin blanc qui atteint l'état d'éveil à Hermann Göring ou à un père de famille, avec des visions différentes de la mort, qui se rejoignent à certains moments. La question de l'évolution de la personne au niveau intériorité est à mon avis très bien amenée, et j'ai trouvé toute cette partie très bien vue. D'une manière générale, l'ensemble est bien écrit, vivant voire drôle à certains moments, même si on ne peut pas parler franchement de "comique".
En revanche, pour qui, comme moi, n'est pas vraiment branché « philo », certains passages sont assez ardus (dans tout le roman, pas uniquement dans la première partie). Mais le principal reproche que j'aurais à faire à ce niveau-là tient plus dans l'absence de cohésion et de cohérence que j'ai ressenti à la lecture qu'en termes de concepts mystiques, métaphysiques, religieux ou philosophiques. Pour aborder la thématique de la mort et de la réincarnation comme il semble que ce soit l'ambition de ce roman, même de manière romancée justement, il faut encore un début et une fin. Des tenants, des aboutissants, afin que le lecteur sache où l'auteur veut l'emmener ou au moins le comprenne à la fin de la lecture. Et c'est justement cet aspect-là que je n'ai pas trouvé ici, qui fait que je reste quelque peu sur ma faim. Compte-tenu de la qualité du roman, j'attendais encore plus, en quelque sorte...

Pour entrer un peu plus dans les détails, la première partie expose de manière particulièrement intéressante la vision de l'auteur (ou sa représentation suite à ses lectures diverses) des questions liées à la mort, à l'enfer, à la réincarnation et à l'état d'éveil tel qu'il est entendu dans la tradition bouddhiste. J'ai donc été conquise par cette première partie parce qu'elle m'apportait des connaissances sur cette philosophie que je ne connais pas et à laquelle je n'adhère pas (mais on n'est pas obligé de croire à quelque chose pour s'y intéresser, n'est-ce pas ?).
J'avais donc hâte de lire la suite. Et c'est là que j'ai été un peu déçue. Parce que le choc est un peu rude entre les deux « mondes » décrits. A tel point que j'ai fini par me demander si cette vision de l' « enfer » décrite dans la première partie n'était pas finalement plus douce que le monde soi-disant réel (futuriste ?) décrit dans la seconde partie.
En fait, je crois que mon sentiment vient de la confusion qui m'a semblé régner dans cette seconde partie. Il y est question d'un jeune homme qui veut se soustraire des influences extérieures, puis des « inquisiteurs » dont on ignore toujours le rôle, la genèse et la raison d'être à la fin du livre, d'un commando qui va à l'échec, d'un auto-génocide dans un monde de vieux obsédés par la maladie et l'immortalité, le tout agrémenté d'une langue souvent grivoise, voire de scènes à la limite de la pornographie qui, à mon sens, n'apportent pas grand-chose au propos. Si vous ajoutez à cela le principe de narration qui veut que l'on passe d'un texte à la première personne du singulier puis à la troisième sans jamais savoir qui parle exactement, ça devient un peu compliqué à suivre, d'autant plus que les différents chapitres ne sont pas datés chronologiquement et ne donnent aucun repère, ni spatial, ni temporel. Ce qui, personnellement, a tendance à me gêner, surtout dans ce type de récit où les époques décrites sont visiblement différentes et donnent quelques indications sans que ce soit précis pour autant et repérable pour le lecteur. Comme si l'ambition était de perdre le lecteur et de lui montrer l'étendue de son ignorance. Après la fin de la lecture, je suis revenue aux titres et sous-titres des chapitres, et c'est à ce moment-là que j'ai un peu mieux compris le pourquoi du comment, la raison d'être et le rôle des "inquisiteurs".

Ce qui m'amène à mon dernier point, mais non des moindres : l'auteur est un érudit, c'est indéniable. Il a lu beaucoup de philosophes (Nietsche, Kant, Hegel, Descartes, Pascal...) et d'autres penseurs comme Foucault ou Deleuze pour ne citer qu'eux. Et il ne se prive pas de le marteler tout au long du récit. Mais de mon point de vue, il en fait trop ou pas assez. Pas assez parce qu'il ne donne aucune référence bibliographique et laisse donc le lecteur dans son ignorance des concepts évoqués, alors qu'indiquer au moins les titres des ouvrages permettrait au lecteur curieux d'approfondir certaines notions fort intéressantes en elles-mêmes. Et trop, parce que ces références incessantes aux philosophes et autres finissent par donner un peu l'impression que l'auteur « s'écoute parler » (comme il le reproche d'ailleurs à l'un des personnages de son roman). Est-ce du second degré ? L'auteur tente d'ailleurs à divers endroits l'humour, et si j'ai souri à certains moments, on ne peut malgré tout pas parler de comique, compte-tenu de la noirceur du récit. Toujours est-il que j'ai trouvé certains aspects de ce livre assez lourds, voire pénibles : on n'est pas dans un essai de philosophie, mais bien dans un roman, dont la lecture doit être avant tout plaisante et distrayante. Et là, pour moi, c'est un peu raté de ce point de vue.

C'est donc, pour toutes ces raisons, un billet très mitigé, comme vous aurez pu le constater. J'ai bien aimé certains aspects, d'autres beaucoup moins. En revanche, ce que j'ai vraiment apprécié, c'est que l'auteur ne donne pas dans la facilité et ne prenne pas les lecteurs pour des imbéciles ou des consommateurs de fiction. La difficulté qu'il peut y avoir à entrer dans le récit, les changements de points de vue obligent à se poser  des questions et à chercher les réponses. En ce sens, je trouve ce roman très stimulant. La deuxième partie m'a d'abord paru "en trop", tant la différence de traitement entre les deux m'a déroutée.  Mais cela aurait enlevé la complémentarité qui existe entre les deux "mondes" décrits, ce qui aurait été dommageable...

Un grand merci aux éditions « Aux Forges de Vulcain » et à BOB pour ce partenariat surprenant !

Paru aux éditions « Aux Forges de Vulcain », 2011. ISBN : 978-2-953025-94-1

6 commentaires:

  1. Comment un livre peut-il être éditer avec de telles fautes...! Il y a quelque chose qui m'échappe... ;)

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  2. Oui, il y a là un manquement certain. En fait, je crois que ça dépend aussi du type de contrat entre l'auteur et l'éditeur, et du degré de l'engagement de l'éditeur dans le manuscrit.
    Pour mon propre contrat, c'est très clair : il n'y a qu'un minimum de corrections qui seront à la charge de l'éditeur. Donc c'est à moi de tout corriger d'abord... sauf qu'au bout d'un moment, les fautes, tu ne les vois plus...
    Ceci dit, mon éditeur se garde une relecture pour la correction de l'orthographe. Donc même un travail "a minima" devrait comprendre ce type de choses...

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  3. Bravo pour cette analyse poussée.
    La noirceur (ou distance?) générale ne m'a pas empêché de rire assez souvent.
    J'espère que les lecteurs et critiques sauront pardonner à l'auteur les fautes de l'éditeur...
    Jordan

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  4. Merci pour cette appréciation !
    Quant aux fautes, il reste à espérer qu'une relecture et correction pourra être faite avant une éventuelle réimpression, si le livre "marche" et qu'une réimpression est en vue.

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  5. Bonjour, je connais l'auteur qui est un ami à moi, et il ma donner son bouquin. Ce qu'il faut ce dire c'est que ce livre ne ce lit pas au premier degrés, mais qu'il faut aller voir beaucoup plus loin, à un degré vraiment placer loin.

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  6. Bonjour, Anonyme (?), et merci pour votre passage ici. Effectivement, ce livre a plusieurs degrés de lecture. Qui n'excuse pas le gros problème de l'orthographe. Pour le reste, j'ai eu des contacts avec l'auteur, et nous avons pu échanger nos points de vue, de manière tout à fait agréable pour moi. Et pour lui aussi j'espère.

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