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lundi 3 octobre 2011

Dans la vie, de Aïssa Lacheb



Voici un roman pour le moins déroutant. Il est construit en trois parties, dont la première et la dernière sont la transcription de deux "journaux", en premier celui d'un tueur psychopathe et en dernier le cahier d'une personne âgée d'une maison de retraite, qui l'a confié avant de mourir à un infirmier de l'établissement où elle réside.
Si je vois parfaitement bien le lien qu'il peut y avoir entre la seconde partie (le récit de la vie dans cette maison de retraite) et la troisième (le récit sans doute imaginaire, à moins que ce ne soit celui de sa propre vie ? de la vieille dame), j'avoue que j'ai eu beaucoup, beaucoup plus de mal à voir le lien avec la première partie, le journal du tueur. Sans doute suis-je trop obtue pour ça ? Tout était pourtant écrit noir sur blanc. Autant dire que le récit a fonctionné à merveille sur moi.
En fait, c'est en écrivant ces lignes que je commence seulement à comprendre. Et ça change totalement mon regard sur ce roman. Un détail, un seul, permet de faire le lien entre les trois parties : le temps. Temps de travail dans la seconde, temps libre dans la première. Temps de l'adulte dans les deux premières parties et temps de l'enfance dans la troisième. Cette interprétation-là n'est que le fruit de mon imagination, mais j'aime à penser que l'homme n'a pas reçu ce récit de la vieille institutrice par hasard. Et que ce petit cahier d'écolier raconte aussi son histoire à lui.

Alors sans entrer dans les détails, sinon ce n'est pas drôle pour ceux qui souhaiteraient lire ce livre, voici en gros de quoi ça parle.
La première partie est donc exclusivement consacrée au journal de bord d'un homme qui raconte d'abord par le menu, puis de manière de plus en plus urgente, de plus en plus fugace, les "comptes qu'il solde". C'est-à-dire les meurtres qu'il commet. Il est froid, efficace, redoutablement efficace même. Il sème les cadavres, de plus en plus de cadavres, qui s'effacent aussitôt de sa mémoire et de sa liste, et sont immédiatement remplacés par d'autres noms qui deviendront eux aussi des cadavres. Il solde. C'est à la fois simple, cruel, terrifiant et parfaitement calme, parfaitement ordonné, méticuleux. Cet homme est une machine à tuer.

La deuxième partie raconte la vie dans une maison de retraite. On y rencontre des personnes âgées, des personnes grabataires, "folles" ou pas, des malades d'Alzheimer, des soignants, une infirmière cadre dépressive, un infirmier aux petits soins pour les personnes qu'il a à sa charge, un homme à tout faire qui en a marre d'être pris pour un chien mais met un point d'honneur à faire son travail le mieux possible, jusqu'à ce qu'il arrive au point de non-retour, et surtout, dans cette véritable fourmilière qu'est la maison de retraite, un directeur vicieux, pervers et manipulateur qui n'a de cesse de tout contrôler à l'intérieur de son établissement. Il harcèle littéralement la pauvre cadre chargée des plannings, fait peur à tous, impose un système de transmissions par informatique où tous doivent absolument tout noter sous peine de représailles, ne tient pas compte des demandes de bon sens des uns et des autres, mais encourage la délation, le harcèlement, l'isolement des plus faibles... pour finir par arriver à un double drame.

Quant à la troisième et dernière partie, elle relate un fait divers mettant en scène une vieille femme de ménage de 64 ans et un collégien qui passe devant l'agence où elle fait le ménage tous les jours. Un jour, il voit de la lumière, entend l'aspirateur, mais quand il l'aperçoit, elle a l'air de dormir. Interpellé par la police qui se trouvait pas trop loin, il leur dit que la femme semble malade, les policiers interviennent et la vieille femme est sauvée grâce à ce jeune Jules. Mais l'histoire ne se termine pas là : Jules est en retard, le directeur ne croit pas à son histoire et le "colle", ses parents ne cherchent même pas à en savoir plus et approuvent la punition, si bien que le jeune garçon se dit qu'il a été puni deux fois pour des choses qu'il n'avait pas faites, et surtout pour avoir dit la vérité et permis à une vieille dame de rester en vie.

Je viens de finir ce roman magnifique, et je suis scotchée. La langue employée est étrange : très différente dans les trois parties (langage (mal) parlé dans la première, ton très neutre et très bien écrit dans la seconde et style très scolaire dans la troisième), ce qui transparaît, c'est l'horreur dans la simplicité. Simplement ça. L'horreur dans ce qu'elle a de simple, de facile, de net et de définitif.
J'ai dû patienter avant d'ouvrir ce livre, mais quelle découverte !


Un grand merci, donc, à NewsBook et aux éditions Au Diable Vauvert, pour ce magnifique partenariat !

Paru aux éditions Au Diable Vauvert, 2011. ISBN : 978-2-84626-344-3

2 commentaires:

  1. Malgré ce beau billet complet, il ne me tente pas pour le moment ! En ai-je trop à lire ? Peut-être... ;)

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  2. J'ai lu aussi ce livre dans le cadre du partenariat avec NewsBook et j'ai également été scotchée. Le jeu d'écriture est très impressionnant.

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