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samedi 14 septembre 2013

L'Ouvrier de la nuit, de Bernard Clavel


Ce livre, pioché au hasard de mes cartons, m'a littéralement happée. C'est un récit à la première personne, qui pourrait être autobiographique. Le narrateur y décrit ses premières années, son adolescence, sa jeunesse, les premières années de son mariage. Il y dépeint sa soif de création, qu'elle soit picturale ou littéraire, ses combats pour mener à bien ses rêves, pour vendre sa peinture, pour faire éditer ses romans. On y voit son courage, sa détermination, sa misère, son acceptation du quotidien difficile et épuisant... Il y a un quelque chose qui force l'admiration, devant une telle abnégation, une telle place laissée à la création littéraire et artistique.

Mais j'y ai vu autre chose aussi. J'y ai vu un homme foncièrement égoïste, prêt à sacrifier la vie de ses parents, puis celle de sa femme, pour assouvir sa passion. J'y ai vu un homme tellement sûr d'être un génie que le simple fait de travailler « comme tout le monde » pour nourrir sa famille (trois enfants quand même !) lui paraissait impossible, dégradant, humiliant. Un homme qui n'a pas hésité à demander à sa femme des sacrifices de plus en plus nombreux, simplement parce qu'il préférait aller se promener auprès du fleuve pour y trouver l'inspiration plutôt que de gagner son pain pour offrir à sa famille un logement décent en lieu et place du bouge insalubre où ils vivaient...

Est-ce à dire qu'un écrivain se doit de tout sacrifier, femme, enfants, logement, pour pouvoir écrire, créer ? La création artistique doit-elle prendre le pas sur la vie même, sur l'équilibre personnel, pour être aboutie ? Et ceux et celles qui choisissent de donner une place à leurs proches sont-ils condamnés à ne pas pouvoir créer, à ne rien pouvoir écrire de valable et de digne d'être publié ?
C'est un peu fort et exigeant, un peu « jusqu'au-boutiste »... mais peut-être est-ce le prix à payer ?
En tout cas, je me suis plongée avec un intérêt grandissant dans ce récit, dans ce Jura puis pays lyonnais des années 1950. C'est bien écrit, dans une langue belle et imagée. Et à la fin de ma lecture, je me dis que oui, peut-être, la création littéraire doit sans doute exiger qu'on s'y donne en totalité...

Paru aux éditions LGF (Le Livre de Poche), 1971. ISBN : 2-253-00028-0.

2 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ta réflexion sur le sacrifice de l'écrivain porté par toute la famille. J'ai beaucoup lu Clavel (dans une autre vie je ne lisais que lui), je ne connais pas ce titre cependant.

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  2. C'est pour ma part le premier livre de lui que je lis... d'après ce que j'ai pu comprendre, il est très différent de ce qu'il a écrit par ailleurs. Et merci pour ton appréciation ! :)

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