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samedi 12 septembre 2015

Les Déshérités, ou l'urgence de transmettre, de François-Xavier Bellamy



François-Xavier Bellamy est un auteur dont on entend de plus en plus parler depuis deux ans. Il est agrégé de philosophie et enseignant et fait de plus en plus parler de lui dans le sillage de La Manif Pour Tous et du courant de réflexion qui se met en place depuis les débats autour de la loi sur le « Mariage pour tous » de 2012 et 2013.
Ici, il est question de la transmission. François-Xavier Bellamy plaide ici l'urgence de transmettre à nos enfants la culture qui nous a été léguée par ceux qui nous ont précédés. Il réinterroge son métier d'enseignant en crise au regard des reproches que l'on fait à la culture, jugée élitiste et discriminatoire, pour arriver à la conclusion que, loin d'être un facteur d'exclusion, la culture, tout au contraire, permet à l'enfant et au jeune de construire sa pensée et sa perception du monde, afin, plus tard, d'être à même d'y prendre une place active et raisonnée, avec un esprit critique et cette faculté qu'ont les adultes normalement constitués de s'engager en toute connaissance de cause et non de suivre bêtement le dernier qui a parlé et qui, donc, a forcément raison.

De Descartes à Bourdieu, en passant par Rousseau, Bellamy démonte les mécanismes qui nous ont rendus méfiants envers la culture et sa transmission, notamment à l'école. Il met en perspective cette culture et le « vivre-ensemble », terme à la mode qui semble être, pour nos élites politiques (les mêmes qui façonnent les jeunes adultes de demain à coup de réformes scolaires, inapplicables, au rythme effréné d'une tous les un à deux ans), la réponse à tous nos maux. Et si, finalement, pour « vivre ensemble », nous avions simplement besoin de réapprendre d'où nous venons ?

Je ne résiste pas à mettre ici un petit extrait de cet ouvrage :

« Le concept de genre inaugure donc un nouveau champ de bataille dans la guerre contre la culture, cet héritage d'aliénation et d'enfermement qu'il nous faut, selon ses promoteurs, périmer de façon définitive. La mission de l'école, et de l'université, s'en trouve d'ailleurs radicalement transformée : il ne s'agit plus de construire la transmission d'un patrimoine culturel, mais au contraire, dès le plus jeune âge, d'entraîner l'élève à le déconstruire, en lui inculquant le réflexe du soupçon. On n'étudiera plus la langue, la littérature, les œuvres du passé que pour les enfermer dans leur passé – pour les priver de cette actualité qui jusque-là semblait les caractériser. On ne lira plus La Princesse de Clèves pour s'intéresser à l’œuvre dans sa présence vivante, dans ce qu'elle peut encore nous apprendre aujourd'hui ; on la lira désormais pour démonter les mécanismes des stéréotypes sexués que la narration installe : quels rapports d'aliénation sont mis en scène à travers l'amour de cette femme ? Comment la domination masculine semble-t-elle installée par la description des personnages ?
Par la position qu'adopte ainsi le lecteur, il interdit à l’œuvre de rien transmettre, et il s'interdit d'en rien recevoir : il se place au-dessus d'elle pour pouvoir mieux la juger – et non en relation à elle, pour hériter e ce qu'elle pourrait avoir à nous apprendre aujourd'hui. Et, par là même, il la tue en quelque sorte ; il anéantit en tous les cas la possibilité de sa fécondité actuelle, qui faisait la raison de notre intérêt pour elle. IL la transforme en fossile : notre héritage culturel n'est plus qu'un résidu d'archaïsmes, qui ne doit intéresser désormais que les archéologues. Si l'avenir est à l'indifférence, il faut pour cela que la culture soit soigneusement datée, périmée, enfermée dans son histoire. » (p. 166-167)


Paru aux éditions Plon, 2014. ISBN : 978-2-259-22343-0

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